Salle de sport, tribunal et voie publique

Publié le par Nadia Geerts

La congrégation religieuse juive hassidique Yetev Lev de Montréal s’est récemment distinguée en demandant à un club sportif de la ville d’installer des vitres teintées dans les salles de gymnastique, au motif que « notre religion nous interdit de voir des femmes en maillot de bain ». Croyant sans doute prouver ainsi leur bonne volonté, lesdits religieux ont eux-mêmes payé les nouvelles vitres, et s’offusquent aujourd’hui que des gymnastes, refusant de devoir s’entraîner à la lumière artificielle, aient déposé une pétition réclamant le retrait des vitres teintées. « En quoi cela les dérange-t-il ? » s’interroge le représentant de la congrégation, qui n’a visiblement jamais envisagé d’occulter les vitres de son centre religieux afin de soustraire les sportives en tenue légère aux regards des dévots. Quant à moi, si ça me dérange de voir ma voisine se promener chez elle dans le plus simple appareil, au lieu de lui payer des vitres opaques, je tire mes rideaux ou je regarde ailleurs. Et si la présence d’une école coranique emplie de fillettes voilées m’empêche de dormir, je ferais mieux de déménager… La congrégation du Bon Cœur, c’est son nom, manquerait-elle de bon sens ?

 En Grande-Bretagne, c’est au tribunal que la question de la place du religieux a récemment ressurgi, lorsqu’une avocate a refusé de retirer son niqab. Le juge a suspendu l’audience pour plusieurs jours. Le temps peut-être pour l’avocate en question de réfléchir au fait qu’un tribunal appartient de toute évidence à la sphère publique – celle de l’Etat, donc –, et qu’un jugement, dans nos contrées, se rend au nom des hommes et devant les hommes, Dieu n’ayant quant à lui rien à y faire.

 Jacques Bompard, maire d’Orange et ancien du Front National aujourd’hui rallié à Philippe De Villiers, a quant à lui sollicité l’intervention du préfet du Vaucluse afin que soit interdit le voile dans les rues de sa commune. Selon lui, « le port du «voile» qu’il s’agisse du simple «hijab» nord-africain, du «haïk» maghrébin, du «tchador» iranien ou, pour l’heure plus rarement, de la «burqa» afghane, heurte profondément une part croissante de l’opinion nationale et, à ce titre, est de nature à troubler l’ordre public. De nombreux témoignages d’administrés montrent que le port du voile islamique, ainsi que ses variantes, est vécu comme une véritable provocation. »

 Trois exemples de la confusion qui règne aujourd’hui entre l’espace public, les lieux publics et la sphère privée. Une distinction que certains catholiques ont d’ailleurs également grand peine à appréhender, si l’on en juge par les interventions de représentants de l’Eglise catholique sur le plateau de Controverse le 5 novembre dernier…

C’est pourtant simple : l’espace public, ce sont les institutions de l’Etat : écoles publiques, administrations, bureaux de vote, tribunaux. Revendiquer la neutralité de l’espace public, c’est permettre à chacun de s’y sentir chez lui parce qu’aucune tendance religieuse n’y sera privilégiée. C’est donc la garantie d’un traitement égal pour tous, et cela implique nécessairement que les représentants de l’Etat (fonctionnaires, assesseurs, juges, enseignants,…) remisent au vestiaire les signes d’appartenance religieuse qui pourraient les faire percevoir comme non neutres.

Ni la rue ni la salle de sport ne font partie de l’espace public. Ce qui renvoie dos à dos les hassidim, l’avocate en niqab et Jacques Bompard : tous, ils n’ont rien compris.

 

 

Sources :

Émission « Et Dieu dans tout ça ? » sur le thème de « L’explosion de la filière halal » diffusée sur la RTBF ce dimanche 12 novembre, à écouter en ligne ici : http://old.rtbf.be/rtbf_2000/bin/view_something.cgi?id=0178638_sac&menu=default&pub=RTBF.PREM%2fPREM.FR.la_taille.HOME

« Juifs orthodoxes contre Québecoises en tenue d’aérobic », Le Soir, 13 novembre 2006

Pour constater à quel point le niqab rehausse le potentiel de séduction des femmes :

http://niquab.ifrance.com/siteniqab.htm

Publié dans Laïcité - religions