« Aucune raison d'accorder une dotation à Astrid et Laurent »

Publié le par Nadia Geerts

Article publié en page 18 du Soir des 6 et 7 janvier 2007.

 

« Aucune raison d’accorder une dotation à Astrid et Laurent »

 

Nadia Geerts, Présidente du Cercle républicain.

 

Propos recueillis par Dominique Berns.

 

 

Bien que vous soyez républicaine, vous devez vous accommoder de notre monarchie, dans la mesure où ce régime n’a pas été renié par une majorité de vos concitoyens, et convenir que le roi doit bénéficier d’une Liste civile, l’équivalent d’un budget de fonctionnement lui permettant de remplir sa fonction ; et que l’héritier, dès le moment où il est majeur, doit bénéficier d’une dotation. C’est le cas de Philippe. En revanche, vous contestez le fait que les deux autres enfants du roi, Astrid et Laurent, bénéficient d’une dotation. Pourquoi ?

 

En tant que républicaine, je ne peux m’empêcher de penser que ce système est lié à l’existence de la monarchie, un système d’Ancien Régime, pour l’abolition duquel je milite. Mais si on se place dans la logique monarchique, il est normal que le Roi bénéficie d’une liste civile et que l’héritier présomptif perçoive une dotation, puisqu’il doit se préparer à sa fonction, qu’il peut devoir attendre longtemps – pensons au prince Charles du Royaume-Uni – et qu’il ne faut pas l’exposer aux aléas et vicissitudes de la vie professionnelle. J’ajoute que cette dotation devrait être soumise au contrôle de la Cour des comptes, comme l’a suggéré vendredi le Premier ministre.

 

Mais je ne peux comprendre que les autres enfants du roi bénéficient d’une dotation. Le cas du prince Laurent est tout de même exemplaire. Avec l’abrogation de la loi salique (NDLR : qui interdisait le trône aux femmes) et les naissances survenues chez Philippe et Astrid, le fils cadet du roi occupe  la 11e place dans la liste de succession. Il ne régnera jamais – sauf à imaginer une épidémie touchant la famille royale, une catastrophe digne d’Hollywood ou une « tuerie sanglante » comme ce fut le cas au Népal en 2001 (NDLR : dans la soirée du 1er juin 2001, le prince héritier népalais, dans un accès de démence, assassina dix membres de la famille royale). Soyons sérieux : il est aberrant de lui accorder une dotation. De même, Astrid ne devrait pas en bénéficier. Quant à la dotation accordée à la reine Fabiola, son montant – 1,444 million d’euros - est astronomique lorsqu’on sait qu’elle n’a que très peu de frais personnels. 

 

 

Les enfants du roi sont cependant sénateurs de droit. Dans le cadre de cette fonction pour laquelle ils ne perçoivent pas de traitement, n’est-il pas normal qu’une dotation leur soit accordée, ne fût-ce que pour les mettre à l’abri de toute forme de pression ?

 

Je suis tout à fait prête, dans le cadre de cet entretien, à mettre entre parenthèses mes convictions républicaines et à jouer le jeu : nous vivons en monarchie, j’admets de raisonner dans ce cadre. Mais je ne peux pas cautionner une institution – les sénateurs de droit – que je juge tout à fait obsolète, sinon franchement anti-démocratique. Les sénateurs sont des représentants élus par les citoyens pour un mandat limité dans le temps. Il n’y a pas de raison qu’il existe des sénateurs à vie, par la seule grâce de leur naissance qui plus est !

 

 

L’institution vise à préparer le futur souverain à sa fonction…

 

A partir du moment où la monarchie en elle-même me paraît anti-démocratique, il m’est difficile de soutenir un raisonnement qui part du principe que la monarchie doit être préservée. Dans la logique monarchique, faire de Philippe un sénateur de droit a du sens ; pas dans la logique républicaine.

 

 

Imaginons que Philippe décède. Sa fille Elisabeth étant mineure, il faut nommer un régent. Ou plus exactement,  une régente : Astrid.

 

La régence est une fonction occupée temporairement, transitoire. Il ne me semble pas problématique que celui ou celle qui pourrait être amené(e) à la remplir ait vécu par ailleurs une vie normale, d’autant qu’une fois sa mission achevée, il ou elle retrouvera une vie normale.

 

 

Prenons, si vous le voulez bien, un angle qui ne soit plus celui des principes, mais celui de la contingence. Ne vaut-il pas mieux fixer officiellement et de manière transparente une dotation que de mettre sur pied une institution ad hoc afin de rémunérer un prince – je fais bien entendu référence à la création en 1994 de l’Institut royal pour la gestion durable des ressources naturelles et la promotion des énergies propres (IRGT), une ASBL où Laurent a perçu  un salaire de 1 million de FB par mois jusqu’au moment où il a bénéficié d’une dotation ?

 

 

La création de l’IRGT est un scandale. Et, au regard de ce scandale, tout était préférable, même une dotation ! Mais cela ne signifie pas que je trouve légitime de verser à Laurent un salaire « d’expert », puis une dotation, s’élevant à 1 million de francs belges par mois ! Je m’interroge donc sur la raison qui a poussé le monde politique à se sentir obligé de trouver une rémunération au prince Laurent. Je vois là un exemple du pouvoir d’influence du Palais. Et je me réjouirais de voir la monarchie ne jouer, dans notre pays, qu’un rôle strictement protocolaire – de manière transitoire, bien sûr ! Laurent, certes, est né à Laeken. Mais c’est un homme et un citoyen comme un autre. Il ne sera pas appelé à régner. Il n’y a aucune raison pour qu’il ne vive pas comme tout le monde. Qu’il travaille, comme tout un chacun.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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