Perles monarcholâtres: quand y en a plus, y en a encore

Publié le par Nadia Geerts

Chaque émission télé amène sa moisson de perles. Celle de ce midi sur RTL ne fait pas exception à la règle:

Noël Vaessen, à propos de Laurent: "Je suis fier de mon poulain. Il est venu en citoyen. Il a accepté de se faire traiter de Monsieur".

Waouw ! Quelle bonté, Monseigneur ! Oyé oyé, bonnes gens, acclamez le prince, qui a accepté, l'espace de 15 minutes dans sa vie, d'être traité comme vous !

Pierre-Yves Monette, à propos de Noël Vaessen: "Faut-il continuer à donner la parole à des gens qui disent des choses hallucinantes ?"

Très bonne question, en effet. Mais ça ferait vide sur les plateaux, s'il fallait appliquer ce sain principe à la lettre...

Didier Gosuin: "Le prince Laurent est un homme meurtri"

C'est vrai quoi zut: c'est pas parce qu'on bénéficie d'une éducation citoyenne de pointe en étant sénateur de droit (puisque selon Francis Delpérée, c'est à ça que ça sert), grassement rémunérée qui plus est (puisque toujours selon le sénateur-baron CDH, les princes perçoivent une dotation parce qu'ils sont sénateurs de droit) qu'on est obligé de savoir qu'il n'est pas normal que la Marine paie son micro-onde personnel et les photocopieuses de sa Fondation pour le bien-être animal...

Christian Laporte: "Le prince a témoigné avec beaucoup de courage, comme un simple citoyen".

André Risopoulos: "Comme tout le monde, non. Si c'était comme tout le monde, il aurait pu communiquer avant, pendant et après".

Curieux, j'ai jamais eu l'impression que Laurent était tellement gêné aux entournures lorsqu'il s'agissait de causer aux médias. Ca lui serait pas venu avec cette histoire de fonds détournés, des fois, cette subite et exquise discrétion ?

Rudy Bogaerts (attention, sortez vos mouchoirs): "Quand je vois Laurent, je vois un homme qui n'est plus un enfant, un homme très seul qui attend sur le pas de sa porte l'arrivée de l'huissier. (...) On n'a pas été fichu de lui donner un avocat."

Moi, je propose qu'on crée d'urgence une vraie fondation Prince Laurent, destinée à aider le prince au quotidien. Le but serait, petit à petit, sans le brusquer, de l'amener à une relative autonomie.

Didier Gosuin: "J'ai participé à la création de l'IRGT, à la demande du Palais. Il fallait occuper le petit dernier. En 15 ans, c'est un homme qui a évolué, c'est un citoyen comme les autres. Il a créé une nouvelle fondation, il est enfin déchargé de tout le poids qui a pesé sur lui. C'est quelqu'un qui va bientôt pouvoir voler de ses propres ailes."

Pas trop tôt ! C'est qu'il va sur ses 44 ans, le gaminou...

Jean-Michel Javaux: "Le prince Laurent a choisi plusieurs combats qu'il porte".

Qu'il porte, qu'il porte, c'est vite dit. Moi aussi, je veux bien porter tous les combats qu'on veut (non allez, pas tous) s'il suffit que je dise que je suis vachement sensibilisée à l'environnement (au hasard) bien que fan de grosses bagnoles énergivores qui font vroum vroum (au hasard toujours) pour que les trois régions se mettent en quatre pour allonger les budgets ... A propos, dites, je suis vachement sensibilisée à la république, pourriez pas faire quelque chose ? Moi, je promets: je porterai !

Christian Laporte à Bart de Wever (NVA): "La famille royale est une cible facile pour vous, extrémistes flamands"

Allez, on recommence l'éternel petit jeu: c'est le premier qui accuse l'autre d'extrémisme qui a gagné. Et si en plus, on peut ajouter "flamand", on gagne le gros lot. Mais ça ne marche que sur les chaînes francophones...

Didier Gosuin, à propos de l'IRGT: Tout travail mérite salaire."

Là, on s'est un peu engueulés, Gosuin et moi. Moi, il me semblait qu'un million par mois, c'était un peu beaucoup pour quelqu'un qui est expert de rien du tout (si j'étais un homme et un tantinet vulgaire, je dirais: un expert de mes deux). Gosuin a clamé, outré, que c'était de la désinformation, parce qu'en net, ça ne fait que la modique somme de 6.000 euros par mois et que d'ailleurs, plein d'asbl reçoivent des subsides - remarquez qu'il n'a pas contesté que Laurent soit expert de rien du tout ! Là, je me suis inclinée, vaincue par la force de l'argument: c'est vrai que 6.000 euros par mois, c'est rien du tout pour être pseudo-expert dans une fondation qui n'est d'aucune utilité.

Francis Delpérée: "Il y a des tâches de représentation qui doivent ou peuvent être remplies. Il est tout à fait normal qu'une dotation soit allouée pour l'exercice de cette fonction".

J'aurais bien aimé que l'éminent constitutionnaliste développe un peu la nuance: "doivent ou peuvent". Parce que bon, si je comprends bien, chaque fois qu'un rejeton "De Belgique"  aura une subite envie de représenter quelque chose quelque part, faudra allonger ? C'est cool, ça !

Francis Balace: "Ce que je n'aime pas, ce sont les dégâts colatéraux: la princesse Astrid n'a rien fait. On ne s'en prend pas à des gens qui ne sont pas mêlés à une affaire et leur faire payer".

Là, Monsieur Balace, je crains que vous n'ayez pas tout suivi: il ne s'agit pas de leur faire payer, mais d'arrêter de nous faire payer. Et pas parce qu'on n'aime pas Astrid-qui-n'a-rien-fait (et qui continue à ne pas faire grand chose, d'ailleurs), mais parce que le principe n'est pas juste.

Rudy Bogaerts: "Il faut reprendre ce garçon, cet homme et lui donner un entourage différent". "Quand je lis les chiffres de ce que coûte un Mitterand ou un Chirac, c'est cent fois ce que nous coûte la monarchie".

Quand je pense que Bogaerts a traîné Laurent dans la boue à une époque pas si lointaine, témoignant notamment des faiblesses intellectuelles du prince, je me demande quand même à quoi il joue. Faudrait reprendre ce garçon aussi, et lui trouver un précepteur qui fasse d'urgence son éducation citoyenne.

André Flahaut: "Il y a aussi les problèmes des gens. Occupons-nous d'abord des problèmes des gens".

 


Mais soyons juste: il ne s'est pas dit que des conneries sur ce plateau. Exemples:

Jean-Michel Javaux, à propos de l'audition du prince: "Il fallait que les droits de la défense soient assurés.

Bart De Wever: "Pourquoi a-t-on attendu 6 ans avant de l'interroger ? Ca donne l'impression d'une justice de classe. Un citoyen quelconque aurait été interrogé immédiatement et pas de façon si gentille".

Marc Metdepenningen: "Son audition tardive et nocture était assez grotesque comme situation. Mais ça a permis une révélation importante. On n'a pas voulu savoir (pendant l'instruction, ndlr) si le prince était impliqué à quelque niveau que ce soit".

Bart de Waver: "Le prince est traité de héros parce qu'il a donné un témoignage de 15 minutes. Il est quand même sans doute le bénéficiaire de fraudes".

Et Jean-Michel Javaux a aussi mentionné l'autocensure de la justice, le fait que la non-audition du prince pendant les 6 années de l'instruction a donné l'impression qu'on a voulu protéger le prince, la nécessité de limiter les dotations à l'occasion de l'accession au trône de Philippe, l'intérêt du système espagnol, dans lequel le roi reçoit une enveloppe qu'il distribue comme il l'entend sans qu'il y ait de dotation, etc.

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