Quelle neutralité dans les services publics ?

Publié le par Nadia Geerts

La décision du collège communal anversois d'interdire le port du voile - en fait, des "signes extérieurs de convictions personnelles" au personnel en contact avec la population - relance le débat sur la neutralité des services publics. Neutralité des personnes ? Neutralité des services ? Et le risque est grand de s'engager dans un faux débat où les procès d'intentions prendront le pas sur la réflexion sereine.
 
Lorsqu'on se place dans une logique de service, il importe de tout mettre en oeuvre pour que l'usager, ici des services publics, se sente à l'aise face à son administration. Autrement dit et en l'occurrence, il ne me semble pas déraisonnable de faire en sorte que l'usager des services publics ne puisse pas craindre que des considérations religieuses viennent interférer avec le service qu'il est en droit d'attendre.
Le couple homosexuel venu pour la publication des bans de son mariage, la jeune femme d'origine maghrébine venant déclarer son divorce ou le père venant déclarer la naissance d'un enfant en-dehors des "liens sacrés du mariage" doivent pouvoir s'adresser à l'empoyé(e) qui se trouve derrière le guichet en toute confiance, sans craindre ne serait-ce qu'un regard désapprobateur.
 
Je ne dis pas que la musulmane portant le voile, ou d'ailleurs le juif orthodoxe à papillottes, auront nécessairement ce regard. Je dis qu'il serait légitime de le craindre, dès lors qu'en arborant des signes ostensibles d'appartenance religieuse, on envoie aux autres, qu'on le veuille ou non - mais est-il possible de ne pas le vouloir ? - un message très clair: "je suis musulmane, ou juif, ou catholique, etc. avant que d'être employé(e) communal(e)".
 
Or, être au service de la population, n'est-ce pas au contraire être et se présenter comme étant employé(e) communal(e) avant que d'être membre de telle ou telle communauté religieuse ? Le but d'une administration communale est le service. A la population, et non à Dieu.
 
La décision du collège anversois, qui permet aux employées n'étant pas en contact avec le public de porter leur signes extérieurs de convictions personnelles - notion bien plus large, remarquons-le au passage, que les signes d'appartenance religieuse, me semble donc tout à fait défendable.
 
J'ajouterai pour terminer que, pour ce qui concerne spécifiquement le voile, il est difficile de ne pas y voir l'expression d'une certaine méfiance envers les hommes. C'est en effet de ses regards concupiscents que la musulmane se protège ainsi, nonobstant le fait que, soit dit en passant, rien dans le Coran n'impose le port du voile. N'est-ce pas un bien mauvais point de départ, s'agissant du minimum de confiance qui devrait s'instaurer entre l'employée et l'homme qui se présente au guichet ?
 
Plutôt que d'ergoter sur le sens et les limites de la neutralité des services publics, il me paraît plus sain et plus conforme à l'esprit de nos sociétés sécularisées de parler de laïcité politique, c'est-à-dire de séparation des Eglises et de l'Etat, celle-ci impliquant la privatisation de la religion.
Dans nos sociétés pluriculturelles, l'harmonie est à ce prix: la reconnaissance de ce que les prescrits religieux ne sont pas supérieurs aux lois et règlements.
 

Publié dans Laïcité - religions