Belgique & Chrétienté, un nid de fascistes ? L'issue d'un procès

Publié le par Nadia Geerts

Le 7 mai 2004, je publiais un article pour RésistanceS, intitulé "Un cardinal chez les fachos" (http://www.resistances.be/joos02.html). Au centre de cet article, l'association Belgique & Chrétienté, dirigée par Alain Escada, également fondateur de feue la revue Polémique Info, ex-FNB et ex-FN.

Belgique & Chrétienté ? Selon la présentation qu'elle en fait elle-même sur son site, "est une asbl dont les statuts permettent de poursuivre judiciairement toute personne physique ou morale ayant commis un acte raciste anti-chrétien ou anti-belge." Nous voilà prévenus...

 

Dans l'article précité, je qualifiais Belgique et Chrétienté de "nid de fascistes", évoquant notamment les accointances d'Alain Escada avec la mouvance d'extrême droite et l'existence d'écrits pronazis ou antisémites dans Polémique Info.

On s'en doute, ça n'a pas plu à Belgique & Chrétienté ni à Alain Escada, qui ont donc déposé plainte, estimant que les écrits en question étaient "scandaleux, calomnieux et diffamatoires" et qu'ils avaient en outre "porté une très grave atteinte à l'image, à la réputation et à l'honneur des requérants", ces derniers niant être le moins du monde antisémites ou pronazis.

La 14ième Chambre du Tribunal de première instance de Bruxelles vient de rendre son jugement. Et déboute Belgique et Chrétienté et Escada.

Dans son jugement, elle revient sur certains articles publiés dans Polémique Info. Ainsi, revenant sur un article intitulé "Adieu Gil", en hommage à un ancien de la légion SS Wallonie, elle reconnaît que de tels écrits peuvent être perçus comme "une tentative de réhabiliter ceux qui paraissent à la lecture avoir eu pour seul tort de ne pas avoir été du côté des vainqueurs". S'agissant d'un article consacré à Robert Brasillach, elle estime qu'"il n'est pas crédible que la sympathie inconditionnelle pour le personnage, qui a dirigé jusqu'en 1943 l'hebdomadaire "Je suis partout", et a été fusillé à la libération pour collaboration, ne s'étende pas à la sympathie pour les idées qu'il professait".

Elle conclut que "la revue Polémique a ainsi incontestablement accueilli des écrits louangeurs à l'égard de collaborateurs zélés des nazis. Ces écrits ont pu, sans faute des défendeurs, être considérés comme faisant l'apologie du nazisme".

Quant à l'accusation d'antisémitisme, elle estime que "dès lors qu'il est avéré que la revue a accueilli des articles pronazis, être taxée d'utiliser des expressions antisémites ne peut générer un préjudice distinct ou constituer une faute distincte, l'antisémitisme étant une des composantes essentielles du nazisme lui-même."

Concernant le qualificatif de "nid de fascistes", le tribunal, après avoir rappelé "le dévoiement progressif du sens du mot "fasciste", souvent utilisé comme synonyme d'extrême droite et détaché de son contexte historique primitif", réaffirme qu'"il y a en outre au sein de la revue Polémique des accointances fascistes incontestables, au sens le plus strict du terme". Il conclut donc que "l'utilisation des termes "nid de fascistes" ne constitue dans ces conditions pas une faute."

Bref, Belgique et Chrétienté et Alain Escada ont eu tout faux lorsqu'ils ont tenté de se profiler en victimes de militants d'extrême gauche tendance trotskiste, internationalistes et anti-catholiques. La seule question qui valait réellement d'être posée, comme le procureur du Roi le rappela d'ailleurs à l'audience, était celle de savoir si RésistanceS et moi-même disposions d'éléments suffisants pour qualifier l'association intégriste catholique de "nid de fascistes". A l'évidence, la réponse est "oui".