Charlie, Mahomet et les autres

Publié le par Nadia Geerts

On va bientôt reparler des caricatures de Mahomet. En effet, les 7 et 8 février prochains aura lieu à Paris le procès intenté contre Charlie Hebdo par la Grande Mosquée de Paris. Motif ? "Injures publiques envers un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une religion". L'UOIF "Union des Organisations Islamiques de France) et la Ligue Islamique Mondiale sont également parties civiles.

En cause: deux des caricatures dites "danoises" qui avaient été publiées dans le Jyllands Posten le 30 septembre 2005, et la Une du 8 février 2006, que voici et que des associations musulmanes avaient déjà tenté d'interdire : 

(source: http://unecharlie.canalblog.com/archives/2006/02/08/2702568.html)

Selon Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, ces dessins amalgament musulmans, islamistes et terroristes.

Moi, je veux bien, mais tout de même... Observons quelques instants attentivement le dessin ci-dessus. Accordons une attention plus particulière à ce qui semble bien être son titre. Que dit-il ? "Mahomet débordé par les intégristes".

Poursuivons: dans le phylactère sur la droite, que dit Mahomet ? Il dit: "C'est dur d'être aimé par des cons...". Bien. Oserais-je avancer l'hypothèse, certes aussi audacieuse que farfelue, que les cons au sujet desquels se lamente Mahomet, ce sont les intégristes qui le débordent ? Et donc aucunement les musulmans qui vivent leur foi sans confondre chapelet de prière et ceinture d'explosifs ?

Alors quoi, c'est ça qu'on ne peut plus dire, y compris dans un journal satirique ? Qu'il y a des cons sur la terre, que l'on trouve d'ailleurs sans doute approximativement dans la même proportion dans toutes les religions... et même chez les athées, si si !

Le problème, c'est que cette caricature, moi, je la trouvais justement pleine d'humanité, et même d'humanisme, si on voulait bien la lire au second degré. Il mettait en scène un homme, prophète certes mais homme tout de même - et peut-être avant tout ? -, en proie au découragement. Découragement de voir des hommes s'étriper, des libertés bafouées, des pays mis à feu et à sang, des femmes encagées, et peut-être même des dessinateurs menacés de mort et des journaux cités devant les tribunaux... tout ça en son nom.

Qui sait si après-demain, lorsque s'ouvrira le procès et que les avocats des plaignants entameront leur plaidoirie, Mahomet ne sanglotera pas de plus belle en constatant que certains fervents lecteurs du Coran - ce livre qui, me suis-je laissé dire, commence par ces mots : Lisez !" - ont tout simplement désappris à lire les deux phrases surmontant un petit dessin ?

Pleure Mahomet, sur ces hommes qui ont voulu interdire un dessin.

Pleure, sur ceux qui parce qu'on les traitait d'intégristes, se sont conduits comme tels.

Pleure, sur ceux qui n'ont pas vu que cette caricature était porteuse d'un message fort, qui te distanciais radicalement de ceux-là pour te rapprocher des innombrables musulmans qui ont pris le parti honorable de vivre leur foi et de foutre la paix aux autres.

Je blasphème ? Qu'importe, mes blasphèmes à moi me paraissent infiniment moins blasphématoires que ceux de ceux qui s'arrogent le droit de brimer, d'entraver, de contraindre ou de punir au nom d'un Dieu. Et je pense avec un mélange de tristesse et de reconnaissance à tous ceux qui, de Rabelais à Voltaire, de Cavanna à Brassens ou Ferré, ont eu à coeur de faire vivre la libre pensée, avec la joyeuse audace de celui qui se moque et défie. Avec, pour seul étendard, la liberté.

 

 

 

Voir aussi à ce sujet: http://mohamed-sifaoui.over-blog.com/archive-01-2007.html, le point de vue d'un musulman laïque qui soutient Charlie Hebdo contre les cons...

On peut aussi y lire le texte de la pétition de soutien à Charlie Hebdo, qu'on peut cosigner en envoyant un mail à soutien@charliehebdo.fr.

Publié dans Société