Portugal: la dépénalisation de l'avortement: une défaite aussi grave que le rétablissement de la démocratie !

Publié le par Nadia Geerts

Le Portugal vient-il de faire un grand pas en avant dans la séparation de l'Eglise et de l'Etat, depuis qu'un référendum a débouché, hier, sur la décision de dépénaliser l'avortement au cours des dix premières semaines de la grossesse ?

La question de l'interruption de grossesse est indéniablement une question éthique complexe, dès lors qu'il s'agit de déterminer ce qu'est une vie, et plus précisément ce qu'est une vie humaine. A cela, la science ne peut répondre totalement, dès lors qu'il s'agit de fixer des critères qui seront nécessairement empreints de subjectivité: si nul ne considère la masturbation masculine comme un crime contre la vie - et pourtant ! chaque spermatozoïde ne contient-il pas rien moins qu'une demi-vie humaine ? -, si nul ne conteste qu'un nouveau-né soit indubitablement un être humain, la période gestationnelle correspond en quelque sorte à un indéterminé. Le petit être en cours de formation est certes une vie humaine en devenir, mais quelle place doit-on accorder à cette potentialité, et où mettre la limite entre ce qui n'est que simple matériel biologique et ce qui nécessite toute la considération que l'on éprouve généralement pour un être humain accompli ?

Ce qui frappe toutefois dans les débats qui ont eu lieu autour du projet de dépénalisation de l'avortement au Portugal, c'est la mainmise de l'Eglise catholique sur ceux-ci, dans le camp des défenseurs du non. Le quotidien Publico estimait ainsi aujourd'hui qu' "Il s'agit peut-être de la plus grande défaite de l'Eglise catholique depuis le rétablissement de la démocratie", avant de présenter le refus de l'avortement comme "une question fondamentale de sa doctrine".

Passons sur l'aveu savoureux de ce que l'Eglise catholique portugaise - et seulement portugaise ? - considère la démocratie comme une défaite. Ce qu'a confirmé l'archevêque de Braga en affirmant que "la question de la vie ne peut être abordée par voie référendaire".

Les partisans du non ne semblent pas s'émouvoir outre mesure, en revanche, de ce que la question de la vie soit tranchée une fois pour toutes au nom d'un texte religieux, et ce au nom du peuple portugais. Il m'étonnerait cependant que la Bible aborde des questions aussi modernes que celles qui ont surgi ces dernières décennies à la faveur de développements scientifiques dont Jésus de Nazareth ignorait tout. Face à ces nouveaux problèmes, et sauf à adopter résolument le mode de vie qui était celui de leur illustre prophète (un choix qui n'engagerait toujours qu'eux), les chrétiens devraient à l'honnêteté intellectuelle de reconnaître qu'ils sont bien démunis, avec leur seule Bible, pour trancher d'aussi modernes questions. Et que d'autres lumières doivent donc être appelées à leur rescousse.

Ces lumières ayant à éclairer l'indéterminé, on comprendra que chacun réponde en son âme et conscience à la délicate question de l'interruption volontaire de grossesse. Joao Paulo Malta, porte-parole de la plateforme pour le "non", a bien raison de souligner que "la question de l'avortement divise fortement la société portugaise" et "n'est pas définitivement réglée". Aussi n'a-t-on jamais obligé aucune femme à interrompre sa grossesse, du moins dans les sociétés démocratiques - cette cuisante défaite !

L'avortement n'est pas une contraception, en ce sens qu'au lieu d'éviter que "quelque chose" apparaisse, il supprime "quelque chose qui est déjà là et qui, s'il avait vécu, serait devenu un petit d'homme. Et je gagerais qu'aucune femme n'avorte le coeur léger, avec la même légèreté que si elle se coupait les ongles. Faut-il alors ajouter au poids de la décision à prendre celui de la désapprobation sententieuse d'une Eglise peu encline à reconnaître son peu de qualification en la matière ?

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