Complot laïco-sioniste: la resucée ?

Publié le par Nadia Geerts

J'ai la faiblesse de faire quelquefois une promenade virtuelle sur des forums, blogs et autres sites traitant de sujets qui m'intéressent. Et manifestement, "laïciste" et "sioniste" sont en passe d'y devenir les dernières insultes à la mode.

"Laïciste", je comprends. Le laïcisme est en effet, m'assure mon vieux Petit Robert, une "doctrine qui tend à donner aux institutions un caractère non religieux". Parfait, je serai donc laïciste, et ce terme n'a rien à voir avec une quelconque interprétation extrémiste de la laïcité. Même si, dans le chef de ceux qui invectivent leurs adversaires en les traitant de "laïcistes", le but est très probablement de porter le discrédit sur un mouvement qui serait à la laïcité ce que l'islamisme est à l'islam.

En revanche, la suspiscion ou l'accusation de "sionisme" m'intrigue. Outre qu'elle m'est à l'occasion adressée, à moi qui n'ai jamais pondu une seule ligne sur Israël, elle révèle un amalgame pour le moins inquiétant entre juif, partisan d'un Etat d'Israël et partisan de la politique actuelle d'Israël. Un peu comme si on mettait dans le même panier musulman et islamiste, au fond...

Ce que cela révèle ? Que certains tentent, d'une manière potentiellement criminelle, d'instiller dans la tête des musulmans que ceux qui dénoncent l'islamisme ne sont autres que des défenseurs inconditionnels d'Israël: des Juifs, des ennemis. Autrement dit, que le conflit israëlo-palestinien se rejoue ici, en Europe, et que les "sionistes" (traduisez: les Juifs) ont trouvé en les "laïcistes" (traduisez: les laïques ou les athées, c'est selon) un allié de poids dans l'oppression de la communauté musulmane (traduisez: les Arabes).

Tout cela est fort commode, évidemment. Les colleurs d'étiquettes s'en donnent à coeur joie: sioniste, laïcard, franc-maçon, laïciste, harki, bounty (pour ceux qui ignoreraient encore le sens de cette délicate adresse: "noir dehors, blanc dedans", le bounty a commis le crime suprême qui consiste à s'intégrer dans le pays d'accueil), et ne font finalement que rappeler à chacun ce qu'il est censé être étant donné sa communauté d'origine: Juif donc partisan inconditionnel d'Israël; Arabe donc musulman. Et tant pis si c'est simpliste et souvent faux.

Entendu dernièrement d'un élève, à propos d'un Belge, maghrébin d'origine, athée  de culture musulmane : "il a trahi sa race, il a trahi sa religion".

Au fond, c'est peut-être ça, la laïcité: la possibilité de trahir. De se choisir. Contre tous les racismes qui enferment (quoi de plus raciste que d'accuser quelqu'un d'avoir "trahi sa race" ?).

N'empêche: le complot laïco-sioniste, comment y voir autre chose qu'une resucée du trop connu complot judéo-maçonnique ?

Publié dans Laïcité - religions