Bravo, Madame Fourest !

Publié le par Nadia Geerts

Comme on pouvait le craindre, la conférence de Caroline Fourest à l’ULB hier soir fut émaillée de divers incidents. Tentatives de chahut organisé, invectives, insultes, déploiement d’un calicot (faute d'orthographe comprise) et autres apostrophes irrespectueuses, et jusqu’à une pitoyable tentative d’entartage.

 

Ce texte a été republié sur le site de Caroline Fourest (http://carolinefourest.canalblog.com/).

Malgré l’hostilité palpable de cette minorité d’agitateurs, Caroline Fourest fit un exposé brillant, n’esquivant aucune question, les précédant même en abordant spontanément la question ô combien sensible de la présence refusée de Tariq Ramadan dans cette même enceinte. Bien plus qu’à un exposé sur son dernier livre, Le choc des préjugés, on eut droit à un balayage très large des réflexions, travaux et engagements de Caroline Fourest, allant de sa militance en faveur des libertés sexuelles à sa critique de la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy, en passant bien évidemment par sa dénonciation radicale des intégrismes, le tout sur fond d’exhortation à refuser le simplisme réducteur, les amalgames et la lâche complaisance face à l’extrémisme, d’où qu’il vienne.

 

 

 Face à elle, les agitateurs furent bien incapables de formuler une quelconque critique argumentée de ses thèses. Ce n’était d’ailleurs manifestement pas pour cela qu’ils étaient venus, mais pour saboter le « débat contradictoire », débat qu’ils semblaient pourtant farouchement déterminés à défendre lorsqu’il s’agissait de s’opposer à l’interdiction faite à Tariq Ramadan de revenir exposer ses idées au sein de l’ULB.

 

 

 Est-ce cela, les chantres du libre examen ?

 

 

 De toute évidence, ceux-là n’ont rien examiné, et revendiquent la liberté d’expression tout en n’ayant rien à exprimer d’autre que leurs vociférations haineuses. Dans ce pathétique concert, l’un d’eux trouva le moyen de beugler que toute idée était dogmatique. Manière de discréditer par avance tout effort d’arrachement aux préjugés qui caractérise précisément le libre examen.

 

 

 Le summum du ridicule fut atteint quand, au conseil de Caroline Fourest de prendre le temps de lire les écrits de Tariq Ramadan pour se faire une idée de sa pensée, l’un des vociférateurs hurla « Vous savez bien que personne ne va le faire ! ».

 

 

 Bien sûr, ces agitateurs ont le droit inaliénable d’être ignorants, de vouloir le rester et d’en être fiers. De même qu’ils ont le droit de préférer les insultes, quolibets, tartes à la crème jetées en pleine face et autres grossièretés à la critique, même virulente, des idées d’autrui.

 

 

 Mais il y a fort à parier qu’ils n’auront convaincu personne par leurs gesticulations clownesques. Et que, hélas pour eux, ils auront même réussi à jeter le discrédit sur le camp de ceux qui tentent, en toute honnêteté intellectuelle et avec des arguments dignes de ce nom, de faire valoir une autre conception du libre examen que celle préconisée par le rectorat de l’ULB.

 

 

 Puisque « chantier valeurs » il y a, ne devrait-il pas s’atteler de toute urgence à promouvoir une authentique culture du débat démocratique, faite d’esprit critique, mais aussi d’intelligence, d’écoute et de respect mutuel ? Caroline Fourest nous a donné hier une leçon magistrale de ce point de vue, supportant sans se départir de son calme la mauvaise foi et les atteintes les plus flagrantes à sa liberté d’expression, répondant à toutes les questions avec honnêteté, clarté et intelligence, et acceptant même de poursuivre la discussion après un pathétique attentat pâtissier et en présence de sa triomphante auteur.

 

 

 À ces agitateurs d’hier, je voudrais dire ceci : si vous voulez le débat, il va falloir apprendre à débattre. Est-ce trop demander à de futurs diplômés ( ?) de l’Université du Libre examen ?  

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