Islamophobie inversée ?

Publié le par Nadia Geerts

Indignation en Allemagne, suite à la décision d'une juge de refuser le "divorce immédiat" demandé par une jeune femme d'origine marocaine. Et ce au nom des lois islamiques...

La jeune femme, âgée de 26 ans et mère de deux enfants, était victime de violences conjugales persistantes, puisqu'elles n'avaient pas cessé après une première mesure d'éloignement du mari. Elle déposa donc une assignation en référé au tribunal de Francfort. Et se vit débouter, au nom du Coran.

La juge, en effet, a estimé que "dans ces milieux, il n'est pas inhabituel que l'homme exerce son droit de châtiment corporel sur sa femme". Et de citer à l'appui de sa décision des extraits du Coran, rappelant en outre que le couple s'était marié "selon les lois islamiques".

Relativisme culturel ?

Est-ce au nom de ce principe que la juge a considéré que ce qui vallait pour tout citoyen allemand ne devait pas s'appliquer avec la même rigueur à des musulmans ? Perversion inouïe d'un jugement qui équivaut à dire au mari violent qu'il a bien le droit de frapper sa femme, puisqu'après tout, n'est-ce pas, "dans ces milieux", ce n'est pas inhabituel ! Comment ne pas voir que l'idée sous-jacente à ce jugement est bel et bien une forme d'islamophobie ? Lâcheté d'un jugement, aussi, qui enferme une femme en détresse dans des pseudo traditions dont elle cherche précisément à se libérer. Les associations de femmes ont évidemment réagi en s'indignant de voir un juge se référer au Coran en Allemagne, qui plus est pour y trouver prétexte à ne pas soutenir une femme victime de violence conjugale.

Deux motifs de ne pas désespérer totalement, cependant: suite à une requête de l'avocate de la jeune femme, le tribunal a décidé de confier le dossier à un autre magistrat. Quant au Conseil central des musulmans, il a qualifié ce jugement de "contraire à la Constitution".

 

Source: Le Soir, vendredi 23 mars 2007

Publié dans Société