L'Eglise catholique: une forme de la spiritualité qui a mal évolué ?

Publié le par Nadia Geerts

Ceux qui m'accusent d'islamophobie devraient être contents: l'actualité des derniers jours m'offre l'occasion d'un petit couplet de catholicophobie caractérisée, bien que je conteste les deux accusations pour leur préférer celle, que j'assume complètement, d'intégristophobie.

Je veux bien sûr parler de la récente interview d'André-Mutien Léonard, évêque de Namur, parue dans Télé-Moustique, dans laquelle d'aucuns ne manqueront pas de voir un nouveau symptôme d'homophobie manifeste. Le brave André-Mutien présente en effet l'homosexualité comme "une forme de la sexualité humaine qui a mal évolué", "contraire au sens profond de la sexualité, tant sur le plan biologique que sur les plans psychologique et spirituel". Outre qu'on peut à juste titre se demander de quelle expertise un évèque peut se targuer pour gloser sur la sexualité, il me semble que le sens profond de la sexualité, qui est ce que nous avons de plus privé, de plus intime, c'est à chacun de le trouver pour lui-même.

Est-ce à dire que toute sexualité est acceptable, tout désir légitime ? Non, bien sûr. Mais l'immense mérite de l'évolution de nos sociétés ces dernières décennies me semble précisément être d'avoir substitué au discours religieux, toujours teinté d'essentialisme, une morale du consentement qui rend à chacun sa dignité et sa liberté d'homme - car non, nous ne sommes pas uniquement des êtres biologiques mis sur Terre par un Créateur ou une Nature exigeant de nous que nous satisfaisions à notre mission reproductrice - pour peu qu'il ne contraigne personne. Nulle contrainte en sexualité, en quelque sorte. Ce qui condamne sans appel la pédophilie ou le viol.

Mais pour André-Mutien, la distinction entre homosexualité et pédophilie est manifestement floue, dès lors qu'il "comprend que, dans certains milieux, on se montre prudent quant à l'engagement de personnes homosexuelles pour des missions éducatives concernant des jeunes". Ben oui, dès lors que les homosexuels sont atteints d'une sexualité qui a mal évolué, Dieu sait où ce défaut de développement pourrait les conduire... Soit dit en passant, il me semble qu'il y a dans ce conseil du prêtre ayant fait voeu de chasteté à l'homosexuel une histoire de la paille et de la poutre, mais je m'égare sûrement.

Quant au sida, l'évêque y voit "une sorte de justice immanente (...). Quand on malmène l'amour humain, peut-être finit-il par se venger". L'usage du préservatif s'apparente dès lors à une "roulette russe", puisqu'il souffrirait d'un taux d'échec moyen de 10 %. Jusqu'ici, je croyais bêtement que c'était la mauvaise utilisation du préservatif qui expliquait largement ce taux d'échec, d'où l'importance d'une éducation affective et sexuelle de qualité. Mais évidemment, si c'est Dieu himself qui se venge de nos turpitudes, la conclusion de l'évêque prend tout son sens : rien ne vaut "la fidélité et la sobriété dans les relations sexuelles, comme on le préconise en Afrique". "On" ? L'Eglise catholique, évidemment. Et les victimes du sang contaminé ? Et les nouveaux-nés contaminés in utero ? Dégâts colatéraux d'un Dieu qui a parfois des slaptitudes ?

Cerise sur le gâteau, l'évêque de Namur conteste aux instances démocratiques le droit à légiférer en matière éthique: "Un parlement (...) n'a pas autorité sur le sens métaphysique et biologique de la sexualité". C'est vrai ça: de quoi se mêlent nos élus en autorisant l'avortement et le mariage homosexuel ?

Et André-Mutien, de quoi se mêle-t-il, au juste ? En quoi aurait-il plus qu'un parlement démocratiquement élu autorité pour imposer à l'ensemble d'une société, largement laïcisée qui plus est, ses propres conceptions en matière d'éthique sexuelle ? L'évêque paraît oublier que la théocratie, c'est fini. Qu'aujourd'hui, les lois ne sont plus faites au nom de Dieu,  puisqu'aussi bien cela reviendrait à confier le pouvoir législatif (et tant qu'on y est, exécutif et judiciaire aussi) à ceux qui, pensant avoir entendu et compris Son message, s'arrogent le droit de restreindre les libertés de tous.

Pendant ce temps, la Conférence épiscopale italienne appelle les catholiques ayant des charges politiques à s'opposer au "dico", le projet de loi relatif aux droits et devoirs des personnes qui vivent ensemble, dans lequel elle voit une légalisation des unions de faits, une sorte de pacs italien (1). La CEI s'inspire en cela de deux textes signés du nouveau pape Benoît XVI, lesquels invitent les politiques catholiques à défendre les "valeurs fondées sur la nature humaine", parmi lesquelles, qui en douterait, "la famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme".

La CEI est présidée par Mgr Angelo Bagnasco, qui n'hésite pas à comparer la loi sur les "dico" à une légalisation de l'inceste ou de la pédophilie, rien que ça. Ni à tenter d'interférer sur les affaires publiques de son pays.

Angelo et André-Mutien: même combat. Et Karol Wojtyla, auteur d'un "miracle" certifié conforme, sera bientôt béatifié.

En Belgique, en Italie et partout dans le monde, on attend impatiemment d'autres miracles. L'un a pour nom "acceptation de la séparation des Eglises et de l'Etat". Y a du boulot...

 

(1) Comble de l'ironie, ce texte a été rédigé par deux ministres, dont l'une, Rosy Bindi, est non seulement en charge de la famille, mais aussi et surtout très catholique. Face à la réaction du CEI, elle rappelle que le "dico" ne concerne pas les couples, mais les individus, sans créer aucunement un type de famille alternatif.

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