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Texte Libre

30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 14:16

Ce texte a été publié en courrier des lecteurs du Soir du 1er avril 2010.

La décision de la Cour s'appel de Mons autorisant une enseignante voilée à reprendre ses fonctions dans l’enseignement de la Ville de Charleroi fait couler beaucoup d’encre. Trois éléments, en particulier, suscitent mon étonnement dans cet arrêt :

Tout d’abord, la Cour d'appel relève à juste titre que le décret neutralité s’appliquant à l’enseignement officiel subventionné n’interdit pas explicitement au personnel enseignant de témoigner de ses convictions religieuses. Cependant, ce même texte stipule que l’enseignant « refuse de témoigner en faveur d'un système philosophique ou politique quel qu'il soit ». dans un pays où l’on a pris l’habitude de qualifier de « philosophiques » les cours de religion, il est pour le moins étonnant que la Cour d'appel n’ait pas considéré comme allant de soi que le terme « système philosophique » incluait les doctrines religieuses, sans qu’il soit utile de préciser davantage.

Ensuite, le décret de 2003 précise que l’enseignant « s'abstient, devant les élèves, de toute attitude et de tout propos partisan dans les problèmes idéologiques, moraux ou sociaux, qui sont d'actualité et divisent l'opinion publique. ». A l’heure où la question du port de signes convictionnels par les fonctionnaires publics divise l’opinion, à l’heure où des voix musulmanes s’élèvent pour protester contre l’idée selon laquelle le port du voile serait un prescrit religieux islamique incontestable, ne doit-on pas considérer qu’une enseignante portant le voile dans sa classe prend de toute évidence position, par son attitude, sur ces questions controversées ? Ne prend-elle pas parti, ce faisant, pour une interprétation particulière de l’islam, des devoirs de la femme au sein de ce dernier, et, last but nos least, de la neutralité des fonctionnaires et singulièrement des enseignants ?

Enfin, la distinction entre le simple port d’un signe religieux distinctif et le prosélytisme me semble pour le moins floue et sujette à bien plus de difficultés que l’interdiction de tout signe « convictionnel ». A partir de quand, en effet, estimera-t-on qu’il y a prosélytisme ? Le simple port d’un voile ne témoigne-t-il pas suffisamment du type d’islam qui a la préférence de cette enseignante, sans même parler du « système philosophique » qui aurait ses faveurs ? Que peuvent en penser les jeunes musulmanes qui, dans sa classe, ont choisi de ne pas porter le voile, quelles qu’aient été les difficultés rencontrées sur ce chemin ? Ceux et celles qui tentent de convaincre toute musulmane de porter le voile ne peuvent-ils pas y voir de la part de leur enseignante un soutien implicite ?

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Published by Nadia Geerts - dans Enseignement
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commentaires

Renaud 05/04/2010



Dans tous les cas, l'initiation au crédit est fondamentalement anti-islamique ;)



Kalima 13/04/2010



Un paradoxe analogue est à l’œuvre dans une autre invention langagière récente, qui a connu un immense succès dans le débat médiatique, au point de devenir également une catégorie d’analyse
spontanée pour les journalistes d’enquête comme vous : le « communautarisme ». C’est en effet au moment où des
citoyen-ne-s discriminé-e-s et relégué-e-s (banlieusard-e-s, racisé-e-s, femmes, homosexuel-le-s, lycéennes et étudiantes voilées…) s’unissent pour demander à être traités comme les autres, au
moment où ils et elles demandent à rejoindre les autres dans des territoires, des univers sociaux ou des modes de vie qui leur sont interdits (les centre-ville, les lieux de loisir, le travail
qualifié, le mariage et la parentalité, l’école publique, le monde associatif et politique, les postes de pouvoir), qu’on les accuse de se particulariser, de se replier sur eux-mêmes et de
diviser la société belge.


Le partage des rôles entre « modérés » et « extrémistes » (ou « radicaux », ou encore « intégristes ») obéit lui aussi à une logique binaire et étroitement
politique : pour ce qui concerne les musulmans par exemple (mais pas seulement), qu’il s’agisse des individus, des groupes politiques ou des États, les « extrémistes » ne sont pas
ceux qui exercent les violences les plus extrêmes ni ceux qui professent les thèses les plus irrationnelles, les plus réactionnaires ou les plus intolérantes, mais ceux qui demeurent les plus
indociles face aux décrets des grandes puissances – et à l’inverse un-e musulman-e belge acquiert son brevet de « modération » en clamant son soutien à une loi anti-foulard, un-e
Palestinien-ne en acceptant ou en devançant les directives israéliennes ou étasuniennes, un-e Irakien-ne ou un-e Afghan-e en acclamant l’occupant américain… et l’État Saoudien en demeurant un
partenaire économique et diplomatique de « l’Axe du Bien » .



David 25/04/2010



Le voile fait partie d'un certain type de tenue vestimentaire. C'est un habit. Une manière de s'habiller qui n'est pas contraire aux lois condamnant l'exhibitionisme. Conclusion : Elle n'a pas a
être exclue.


 


NB :


1) Le fait d'attribuer le terme "islamique" au foulard porté sur la tête est une erreur car il s'agit en fait d'un vêtement qui peut être porté par quiconque désire avoir ce niveau de pudeur
vestimentaire...


2) Un T-Shirt avec écrit dessus "Dieu n'existe pas !" ? ... Grand Dieu non... car il s'agirait alors d'un manque de neutralité par diffusion visuel d'un message clairement lisible... La
neutralité passe par les dires et les écrits de l'enseignant(e). Le jour où un message islamique sera écrit sur le voile de là-dite enseignante, alors je protesterai volontiers, malgré mon
appartenance à la communauté musulmane, car la neutralité m'importe pour la sauvegarde du "bon-vivre" dans notre société multiculturelle. En attendant, aucune raison valable pour l'exclusion...


Bien à vous.


 



David 27/04/2010



Bonjour,


Les roumaines (Roms) et les africaines animistes, qui portent le voile, ne sont pas musulmanes que je sache.


Une casquette ou un chapeau ne cache ni le cou, ni la poitrine, ni même la nuque ou les oreilles. Ce genre de vêtements est donc inadapté pour la mise en oeuvre d'une pudeur de ce type. Désolé si
le foulard reste la seule solution acceptable de nos jours.


Encore une fois, être neutre pour un prof signifie "ne pas introduire de matières religieuses dans un cours qui n'est pas un cours de religion" ! Et concernant les locaux, ils doivent être nus de
toute affiche partisane. Voilà les seules conditions valables de neutralité. Les personnes ne peuvent pas se voir refuser de croire, de pratiquer ou même de porter des symboles.


Je pense (mais arretez-moi si je me trompe) que votre problème réside dans le fait que ces femmes ont une conception de la pudeur qui vous dérange et vous voudriez les voir totalement
assimilées...


J'affirme qu'une femme qui porte le voile peut être citoyenne (et est !) une citoyenne à part entière, non soumise à qui que ce soit (même à certains dictats que vous défendez !), reconnue à
égalité avec les autres citoyens et pouvant pleinement participer à la progression des droits des femmes qu'elle défend. Et ce dernier point, si bien sûr vous pensez de la même façon qu'une
certaine "Caroline Fourest", vous apparaît comme intolérable car vous ne voudriez jamais travailler avec ces femmes, même si vous vous retrouvez en contradiction avec les principes (présumés !)
féministes que vous défendez...


Si le voile en rue vous pose (même !) ne fut-ce qu'un léger problème (mais arretez moi si je me trompe), c'est que votre point de vue est, de fait, faussé à la base et que vous ne valez guère
mieux que les partisans de la "Nation" qui veulent imposer l'assimilation et qui voit comme une agression toute personne qui porte des valeurs (ou des vêtements) qui diffèrent de l'ordinaire en
nos contrées...


 


 



David 01/05/2010



Bien sûr qu'il y a des belges de souches converti(e)s à l'islam, et j'en fais partie. Néanmoins, l'islam est toujours considéré comme une religion étrangère par une majorité écrasante de
personnes. Je vous remercie donc d'avoir clarifier votre position par rapport à ce sujet.


Les vêtements "neutres", cela ne veut absolument rien dire... Un employé derrière son guichet qui porterait un costume-cravatte et qui serait catholique pourrait très bien ne pas être neutre du
tout (dans son comportement vis-à-vis de la clientèle ou au niveau de la qualité du service rendu). Inversément, une employée portant le foulard pourrait très bien être totalement neutre à ce
niveau, et ne pratiquer donc aucune forme de prosélitisme ou de discriminations.


Par ailleurs, les discriminations potentiellement "ressenties" par les "usagers" de l'administration lorsqu'ils ont face à eux un(e) employé(e) arborant un signe quelconque d'appartenance
politique, philosophique ou religieuse... Par définition, ce n'est que de "l'impression", du "ressenti" qui n'a d'autre origine que le retard de mentalité "plurielle" qui devrait caractériser nos
sociétés. Il ne s'agit donc pas d'une discrimination réelle et l'employé(e) n'est donc pas en cause. A l'usager(ère) donc d'entrer (enfin !) dans le 21ème siècle de notre Europe pour le coup
réellement libre, démocratique, ouverte, tolérante et plurielle...


A noter qu'un(e) usager(ère) pauvre qui se retrouve devant un employé en costume-cravatte pourrait très bien ressentir un "mal-aise"... Ce dernier point ne constitue donc pas un argument fiable
en faveur du type de neutralité que vous défendez.



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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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