Excuses

Publié le par Nadia Geerts

 

Il y a quelques jours, j’ai publié sur ce blog un article (voir ci-dessous) relatant une mésaventure dont aurait victime un Monsieur, Frank Sweijd, qui se serait fait arracher et piétiner son chapeau, sur lequel figurait l’inscription « Dieu n’existe pas », lors de la manifestation contre l’interdiction du voile à l’école, le 11 novembre dernier. Suite aux protestations indignées de personnes qui niaient que cet événement se soit produit, j’ai pris la décision de retirer cet article. En effet, j’avais commis l’erreur de ne pas recouper mes sources et de m’en tenir à la seule version de Frank Sweijd. Or, on ne peut publier n’importe quoi sur un blog. Je tiens donc à m’excuser ici, publiquement, pour cette légèreté, à cause de laquelle le discrédit a été injustement jeté sur des personnes qui n’avaient aucun tort, si ce n’est d’avoir dit la vérité.

 

Comme promis, je me suis donc mise en devoir de mener ma petite enquête. Et celle-ci confirme la véracité des faits relatés par Frank Sweijd, désormais confirmés par plusieurs témoins.

Une journaliste présente ce jour-là, et qui a assisté à la scène juste avant d’interviewer Frank Sweijd, confirme en effet, écrivant, dans un mail adressé à ce dernier : « tu confonds entre une personne qui t'as arraché le chapeau à qui j'ai parlé plus tard en disant qu'il avait tort et avec les autres qui ont organisé la manif. ».

Précision importante, en effet, et qui était absente de mon premier article, dans lequel je mettais en cause les organisateurs de la manifestation, à savoir le Mouvement pour les Droits fondamentaux. Ce qui explique sans doute, au moins en partie, la réaction outrée de Kaoutar Boustani, organisatrice de cette manifestation.

Soyons clair : il est évident que dans une manifestation qui a rassemblé, selon les organisateurs, 500 personnes, il est impossible d’avoir l’œil à tout. Et il est donc fort possible que ce soit en toute bonne foi que certains des organisateurs aient prétendu n’avoir rien vu. Mais entre n’avoir rien vu et m’accuser d’avoir inventé de toutes pièces cet incident, il y a un pas, que d’aucuns n’ont pas hésité à franchir, me traitant publiquement de menteuse avec une agressivité et une hargne qui les discrédite bien plus que le fait qu’ils n’aient pas vu, ni pu empêcher, un dérapage regrettable.

Mais il y a autre chose. La journaliste n’est pas la seule témoin de cet incident. Deux autres personnes, toutes deux enseignantes, Abdel E. et Mohamed E., ont également été témoins indirects de cette « affaire du chapeau ». Elles arrivaient à la Bourse lorsqu’elles ont rencontré deux jeunes hommes de leur connaissance qui venaient d’assister à l’incident et le leur ont raconté, tout en approuvant ce qui s’était produit : « [Ils] approuvaient le geste de leurs camarades parce qu'ils estimaient qu'il n'avait rien à faire là ». Continuant leur marche, elles sont arrivées devant la Bourse, où elles ont parlé avec plusieurs manifestants. Mohamed E. témoigne : « Certes le chapeau a été déchiré par des jeunes adolescents sans porter aucun préjudice physique à la personne qui a été perçue par les manifestants comme un provocateur. Cependant, beaucoup d'autres manifestants ont désapprouvé ce geste qu'ils ont estimé comme inutile. ». Et Mohamed E. d’ajouter : « Et même la présidente  de l'exécutif musulman nous a dit que c'était un geste déplorable mais qu'il y avait aussi un peu de provocation de la part du monsieur au chapeau ».

J’ai évidemment contacté Isabelle Praile, présente à la manifestation, pour avoir confirmation de ces dires. Sa réponse fut nette : « Je n’ai pas été témoin de cet événement ». A ma question suivante, « En avez-vous entendu parler ? », envoyée par sms, je n’ai pas obtenu de réponse…

Comment expliquer une telle discordance entre la version de Mohamed E. et celle de Madame Praile ? Le premier avance une hypothèse : « A notre arrivée à la manifestation tout le monde parlait de l'histoire du chapeau. Peut-être mentir à un non Musulman est-il légitime pour Mme Praile. ».

 

Il est pour le moins curieux qu’un incident attesté par quatre personnes n’ait été vu par aucun des manifestants présents. Si je peux admettre que certains n’aient réellement rien vu, il est manifeste que d’autres ont nécessairement dû voir. Et ont préféré se taire, voire déverser leur fiel à mon encontre et à celle de Frank Sweijd. Des internautes, anonymes ou non, tels Rémy, Thierry, Kaoutar Boustani, Alain Gribinski, Soumeya, Pierre, Desperado, Dobisha (http://www.youtube.com/watch?v=xIH6rWjI0hs&feature=player_embedded), ou encore Nordine Saïdi, m’ont publiquement traitée de menteuse. C’est d’eux, aujourd’hui, que je serais en droit d’attendre des excuses. Mais je ne me fais aucune illusion.

Je ne porterai pas plainte pour diffamation. Je pars en effet du principe que certains de mes adversaires dans cette affaire sont probablement de bonne foi lorsqu’ils disent n’avoir rien vu. Je retiens l’arrogance et la grossièreté de certains d’entre eux, et le fait que d’autres, manifestement, soit ont menti, soit ont choisi de ne rien dire qui puisse invalider la thèse selon laquelle la version des faits publiée sur ce blog était exacte. Que ceux-là sachent qu’ils sont désormais très mal placés pour me donner des leçons de déontologie, d’honnêteté intellectuelle ou d’impartialité.

Je tiens par ailleurs à remercier très chaleureusement Frank, Mohamed, Abdel et Nora. Ces gens que je ne connaissais pas il y a quelques jours ont eu à cœur de m’aider à rétablir la vérité, quelles que soient leurs opinions personnelles sur la question du voile à l’école.

 

 

Je tiens évidemment à disposition de la police ou de toute autorité compétente les témoignages dont j’ai reproduit des extraits ici, les mails et sms reçus, les captures d’écran, ainsi que l’identité complète des témoins, que j’ai simplement voulu préserver de la virulence coutumière des attaques sur ce blog en taisant leur identité.



C’est beau, la tolérance…

 

Ce 11 novembre avait lieu une manifestation organisée par le « Mouvement pour les droits fondamentaux ». Parmi ses mots d’ordre, une mobilisation contre l’interdiction du port du « foulard » à l’école, considérée comme « niant les droits fondamentaux, comme la liberté de culte et d’expression ou le droit à la scolarité », raciste, sexiste, violente et alimentant la haine.

 

J’ai déjà maintes fois expliqué, ici et ailleurs, que la liberté de culte ne devait pas, selon moi, autoriser le port de signes convictionnels en tous lieux ni dans l’exercice de toute fonction. Mais une chose est sûre à mes yeux : dans les lieux publics, tels que les rues, la liberté la plus grande doit être garantie, et toute interdiction de signes religieux ou philosophiques dans cet espace doit donc être condamnée.

Une opinion que ne partagent visiblement pas certains des manifestants d’hier. En effet, il n’est pas resté grand-chose de leur belle tolérance lorsqu’il s’est agi de défendre le droit d’un athée à exprimer ses convictions.

Sur les marches de la Bourse se tenait en effet Frank Sweijd, arborant son couvre-chef désormais bien connu proclamant que « Dieu n’existe pas ». A l’issue d’un dialogue serein avec des manifestantes, les choses ont tourné au vinaigre : une jeune femme voilée venait à peine de lui affirmer que les musulmans étaient aussi tolérants que les autres que quelques individus se sont jetés sur son chapeau, l’ont déchiré et piétiné, avant de siffler Frank Sweijd et de lui crier dessus, puis de perturber son interview par une chaîne de télévision.

Où est la tolérance ? Lorsqu’à Verviers, nous manifestions notre soutien aux écoles de Dison ayant interdit le voile, des femmes voilées se tenaient le long du cortège et ont été interviewées. Nul ne les a agressées. Elles avaient le droit d’être là, nul ne le leur déniait.

Comment ne pas voir le deux poids deux mesures pratiqué par certains, qui tout en défendant ardemment le droit d’exprimer partout ses convictions religieuses, dénient à un athée le droit d’afficher son athéisme ?

En juin dernier, Frank Sweijd avait déjà été emmené au poste pour « provocation » parce qu’il avait arboré le même couvre-chef devant le Parlement bruxellois, où prêtait serment la députée voilée Mahinur Özdemir. Dans la salle se trouvaient pourtant plusieurs femmes voilées, grâce au combat mené par Zoé Genot quelques années auparavant pour que les travées parlementaires soient désormais accessibles aux personnes conservant leur couvre-chef. Zoé Genot qui, malgré plusieurs interpellations concernant la mésaventure de Frank Sweijd, a encore prétendu lundi dernier, lors d’une séance de travail à laquelle nous participions toutes les deux, ne pas être au courant de cette affaire.

Alors, Mesdames et Messieurs les militants des « droits fondamentaux », faudrait savoir… Si votre préoccupation est de défendre le droit de chacun à exprimer ses convictions, il serait temps que cela s’étende à tous, y compris aux incroyants. Si en revanche vous ne prétendez accorder ce droit qu’aux seuls musulmans, voire aux seuls croyants, ayez le courage de le dire : nous saurons alors à quoi nous en tenir sur la noblesse de votre combat.

 

Publié dans Société