Femen ou pas femen ?

Publié le par Nadia Geerts

Après le coup d’éclat de quatre activistes Femen à l’ULB, surgissant seins nus et aspergeant d’eau Monseigneur Léonard venu débattre avec Guy Haarscher de la liberté d’expression, le débat fait rage sur ce nouveau visage du féminisme. Peut-on, lorsqu’on est une femme, utiliser son corps pour dénoncer le sexisme ? N’est-ce pas sacrifier à ce qu’on dénonce ?

Et si la vraie question n’était pas là ?

 

Dans notre société, le culte de l’image, et par conséquence du corps et de la plastique parfaite, règne en maître. Et sans doute est-ce encore plus vrai pour les femmes, sommées d’être jeunes, belles, grandes et minces. Et si possible en petite tenue, que ce soit pour nous vendre des yaourts ou des bagnoles.

Nombre de féministes semblent donc embarrassés – non, je ne me résoudrai jamais à mettre le mot « féministe » au féminin ! – à la vue de ces femmes jeunes exhibant leur poitrine en même temps que des slogans : quoi, c’est ça, le nouveau féminisme ? C’est donner aux médias ce qu’ils attendent, à savoir des femmes aux tétons à l’air ?

Personnellement, je dis : pourquoi pas ? Et davantage qu’une vile concession, j’y vois un habile détournement : vous voulez des seins à l’air, soit. On va vous les donner. Mais auparavant, on  les aura barbouillés d’inscriptions provocatrices, et malgré nos seins nus, on ne se tiendra pas au rôle que vous, médias, nous assignez trop souvent. Nous serons des femmes aux seins nus, certes, mais ni alanguies, ni offertes, ni mêmes désirables. Nous irons sur votre terrain, mais en apparence seulement, pour mieux vous amener ensuite sur le nôtre.

Ce qui me gêne en revanche, c’est le principe qui consiste à s’en prendre physiquement, même de manière soft, à quelqu’un venu pour débattre. Même si la comparaison entre le mémorable Burqa blabla et l’action des Femen a ses limites, dès lors qu’ici, le débat a pu se poursuivre, il n’en reste pas moins qu’un intervenant a été physiquement pris à partie, et ce sans que le recours à cette forme de violence (très symbolique, bien sûr, mais néanmoins réelle) ne soit à mes yeux justifiable : en effet, en Belgique, et avec des gens comme Monsieur Léonard, le débat est possible, sans que nul régime autoritaire ne soit là pour l’empêcher.

Dans un contexte pareil, les mots continuent de me paraître la meilleure arme, et je dirais même la seule arme qui vaille. Sans compter l’effet pervers pointé par de nombreux observateurs : l’action de l’ULB, c’est l’arroseur arrosé : le capital de sympathie, c’est l’arrosé qui le recueille, et l’homophobie réelle de ce dernier en est éclipsée.

Comme l’écrit Caroline Fourest sur son mur Facebook : « autant je trouve les FEMEN très courageuses et efficaces lorsqu’elles foncent seins nus sur des personnages sexistes et intouchables comme Poutine, Berlusconi ou le patriarche Kirill, autant le jet d'eau (fût-elle faussement bénite) envers quelqu'un venu débattre relève de l'agression physique contre-performante. Tout comme la tarte à la crème, qui ne m’a jamais fait rire. Même envers un personnage symbolisant l'incitation à la haine homophobe comme monseigneur Léonard, et même s'il n'avait sans doute pas besoin que l'ULB lui donne une tribune supplémentaire. ».

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