Intégration : ce qui se conçoit bien s’énonce clairement…

Publié le par Nadia Geerts

 

Le débat sur l’intégration ressurgit ces derniers jours, suite aux émeutes qui ont suivi l’arrestation d’une femme en niqab, à Molenbeek. L’idée d’un parcours d’intégration refait donc surface, les politiques se bornant à un désaccord sur le caractère obligatoire ou non de ce parcours d’intégration.

Bref, on reparle « intégration ». Curieux vocable, cependant, dès lors qu’on parle d’une part d’une femme d’origine belge, convertie à l’islam radical, et de l’autre de jeunes molenbeekois probablement nés en Belgique, comme leurs parents peut-être.

Car  l’intégration, qu’elle soit ou non l’objectif d’un parcours du même nom, ne peut concerner que des immigrés, des étrangers, des primo-arrivants.

Dans le procès qui se tient en ce moment aux assises de Bruxelles, l’un des deux exorcistes impliqués dans le décès de Latifa se prénomme Xavier. Va-t-on faire subir à Xavier un parcours d’intégration ? Et plus largement, va-t-on imposer aux jeunes belges de confession musulmane qui se reconnaissent davantage dans le discours des agités du bocal de Sharia4Belgium que dans les principes démocratiques des cours accélérés d’intégration ?

Qu’on n’aille pas déduire pourtant de ce qui précède que je suis opposée à un parcours d’intégration. Au contraire, et je ne vois même rien de choquant à ce qu’il soit rendu obligatoire pour les primo-arrivants. Et à ceux qui verraient dans le caractère obligatoire de ce parcours une contradiction avec l’idée même de démocratie et de citoyenneté, je rappellerai que le droit de vote est également obligatoire.

 

Pourtant, ne soyons pas naïfs : ce parcours, quand bien même serait-il mis en place et rendu obligatoire, ne résoudra pas tout.

D’abord, comme je viens de le montrer plus haut, parce que plus qu’à un problème d’intégration, nous avons aujourd’hui affaire à un problème de « désintégration » : certains citoyens belges se sentent aujourd’hui davantage proches d’une conception de l’islam qui les éloigne dramatiquement des principes démocratiques et humanistes que de ces derniers, et là est le problème.

Ensuite, parce que pour intégrer, encore faut-il savoir à quoi. Or, s’agissant de la place du religieux dans la sphère publique, nous-mêmes (nous qui ? Nous les Belges, les autochtones, la société d’accueil, les « de souche », etc. ? Autant de termes qui échouent à nommer les choses avec exactitude) n’avons pas tranché. L’Etat belge continue d’osciller entre les modèles anglo-saxon et français : d’une part le pluralisme – ou multiculturalisme - qui implique la reconnaissance active par l’Etat de diverses communautés, de l’autre la laïcité, qui refuse au contraire cette reconnaissance. Qu’allons-nous dire dès lors à ces primo-arrivants ? Qu’ils doivent faire silence à 22h, être à l’heure à leurs rendez-vous, ne pas rendre visite à quelqu’un sans prévenir, sortir leurs poubelles, chercher du boulot ?

Si c’est comme ça qu’on espère résoudre le problème de la montée du radicalisme religieux, en particulier musulman, j’ai comme un doute.

 

Publié dans Laïcité - religions