Jupe ou pantalon ? Le 25 novembre, jupe !

Publié le par Nadia Geerts

 

Le monde est bizarre. Pour beaucoup de femmes de ma génération, le pantalon est un symbole de l'émancipation féminine: finie l'obligation d'être coquettes, « féminines », en portant des jupes et des robes qui entravent le mouvement, empêchent de courir, ne protègent guère du froid en hiver, mais plaisent à ces messieurs... Désormais, les femmes peuvent, comme les hommes, porter des vêtements pratiques, et pas seulement esthétiques. Et pas seulement, comme le prévoyaient encore deux circulaires préfectorales françaises (en 1892 et 1909) si elles tiennent par la main un guidon de vélo ou les rênes d'un cheval...

Alors d'où vient qu'aujourd'hui, le Mouvement Ni Putes Ni Soumises lance une action « Le 25 novembre, toutes en Jupe ! »1 ? Pourquoi devrions-nous, nous les femmes, renouer le temps d'une journée avec cette jupe qui, pendant tant de siècles, nous a enfermées dans un rôle déterminé ?

 

Tout simplement parce que les choses ont changé. La situation décrite par le film bouleversant « La journée de la jupe » n'est hélas pas une fiction: dans certaines écoles, dans certains quartiers, les filles dissimulent aujourd'hui leur corps dans des vêtements de sport informes, renoncent à toute féminité, non pas par choix, mais pour acheter la paix: pour ne pas être considérées et traitées comme des filles faciles. Aux yeux de certains mâles humains, aujourd'hui, porter une jupe est ipso facto synonyme d'invite sexuelle. La jupe est devenue, par un curieux retournement, synonyme d'émancipation, et émancipation est devenue synonyme de légèreté des moeurs et de non-respectabilité.

Autrement dit, porter une jupe aujourd'hui est devenu un acte politique, exactement comme porter un pantalon a pu l'être pour des pionnières telles que Marlène Dietrich ou Katharine Hepburn dans les années 30.

 

C'est pour cette raison que toutes les femmes attachées aux valeurs d'égalité, de mixité et d'émancipation devraient porter une jupe ce 25 novembre. Non pour plaire aux hommes ni pour les provoquer. Mais simplement pour réaffirmer le droit des femmes de s'habiller comme elles le veulent. Leur droit, aussi, au respect inconditionnel, en tant qu'êtres humains, et non parce qu'elles portent sur elles le signe de leur respectabilité. Face à la recrudescence des obscurantismes de tout poil, il importe de ne pas céder à la pression machiste: ce sont les hommes qu'il faut éduquer à respecter les femmes, et non les femmes qu'il faut éduquer à être respectables.

 


1Voici le texte complet de l'appel:


 

Partout en France, en Belgique, en Russie, en Espagne, en Suisse, en Grèce, en Allemagne, en Italie, au Québec et aux Etats Unis !

 

Lorsque je suis en jupe, je remarque, oui, que les hommes me regardent. Lorsque je suis en jupe, je me sens femme, oui, aussi dans mon propre regard. Lorsque mes sœurs, à Vitry ou ailleurs, tentent d’en faire de même, elles se font traiter de putes. Elles bravent l'interdit en arborant trop de liberté et de féminité.

C’est de là qu’est venue l’idée de se servir des jupes comme un symbole de notre mouvement. Le 25 novembre donc, j...ournée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, j’appelle toutes les françaises à porter une jupe, qu’elle soit crayon, porte feuille, mini, bouffante, plissée…comme un acte de soutien à toutes celles qui subissent le fait d’être née femme.

Aussi, ce même jour, Ni Putes Ni Soumises organisera « Toutes en Jupes », une vente aux enchères de jupes de femmes célèbres, qui ont décidé de soutenir notre combat pour les femmes. Les fonds récoltés à l’occasion de cette vente serviront à financer des « appartements-relais », projet de Ni Putes Ni Soumises et de l’association Aurore, un acteur social reconnu. Dans la continuité, des photos de filles des quartiers portant les dites jupes seront exposées et mises en vente.

J’attends que les valeurs de Ni Putes Ni Soumises de métissage et de mixité empreignent le Palais de Tokyo le soir du 25 novembre, et que cette soirée soit un bel hommage à toutes celles qui se battent, en France et ailleurs, contre les pressions de toutes sortes.

Sihem HABCHI
Présidente de Ni Putes Ni Soumises

Publié dans Féminisme