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Les carnets de Nadia Geerts
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Le 27 avril, conférence à la maison de la laïcité sur le thème de "Fichu voile !" à 20h.
Le 28 avril, participation à une table-ronde organisée par Entre-vues sur avenir des cours philosophiques, à la Maison de la Laïcité Hypathia, rue des Deux Ponts, 19 à 1340 Ottignies-Louvain-La-Neuve, de 10 à 15h.
On parle encore de voile, ces jours-ci dans la presse. En cause, la société Hema, qui a décidé de ne pas renouveler le contrat d’une de ses intérimaires, engagée via Randstad, parce que celle-ci portait un voile qui dérangeait la clientèle. Un argument pour le moins problématique à mon sens. Mais les arguments de certains défenseurs de l’intérimaire ne me le paraissent pas moins.
Précisons d’emblée que le motif premier d’Hema n’a pas été l’hostilité au voile – sinon, la société n’aurait pas autorisé cette intérimaire à le porter, dans un premier temps – mais bien un argument de type commercial. Autant pour l’accusation fourre-tout d’ « islamophobie ». Il n’en reste pas moins préoccupant que le client puisse, par ce qui pourrait dans certains cas s’apparenter clairement à de l’intolérance, dicter sa conduite à une entreprise.
Le client est roi, dit-on souvent. Pourtant, en août 2009, la Cour du travail de Bruxelles avait condamné l’entreprise Feryn parce qu’elle refusait d’engager des travailleurs étrangers au motif que ses clients n’acceptaient pas que des étrangers viennent placer chez eux des portes de garage. Autrement dit, le tribunal a estimé que le fait que « ça dérange le client » ne pouvait constituer un motif suffisant pour refuser d’engager – ou de renouveler le contrat – d’un salarié. Et c’est heureux, tant il importe que la lutte contre les discriminations ne capitule pas devant la volonté d’une clientèle raciste, sexiste ou homophobe.
D’autre part, je suis toujours étonnée, et je dois bien le dire, de plus en plus inquiète, lorsque j’entends brandir la liberté, ou plus spécifiquement la liberté de culte, consacrées par les conventions internationales des droits de l’homme, pour s’opposer à toute interdiction du port du voile.
Liberté de s’habiller comme on l’entend, disent les uns. Ceux-là perdent manifestement de vue que les policiers, les magistrats, les infirmiers, les hôtesses de l’air et bien d’autres n’ont aucun choix en la matière. Que les vendeuses dans les boutiques de mode ou les parfumeries sont tenues d’être élégantes, et si possible jeunes et jolies en sus. Que les employés derrière un guichet de banque n’ont conquis que récemment le droit de tomber la veste et montrer leurs avant-bras, même par forte chaleur. Que peu de professions autorisent le port du bermuda. Que rarissimes sont les skinheads travaillant au contact d’une quelconque clientèle « bien comme il faut » tout comme d’ailleurs le tailleur strict serait malvenu chez une tenancière de bar libertin.
En bref, il semble que l’usage soit de demander aux employés en contact avec le public de refléter l’image de l’entreprise qui les emploie. Dans un temple de la mode, on ne s’habille pas d’un sac informe (sauf si c'est le dernier cri en la matière). Dans un bar gay, le classicisme désuet d’un costume trois pièces détonnerait. Dans une banque, un bleu de travail ferait tache.
Ah oui, mais c’est pas pareil ! Disent les autres. Un voile n’est pas comparable à un bleu de travail ou un tailleur, parce que bon, ici, on parle quand même d’un droit fondamental de tout homme (et de toute femme) : la liberté de culte. Nous y voilà.
Il m’arrive souvent de me demander si quelqu’un avait conscience, lors de l’adoption en 1948 de ce texte proclamant la liberté de « pratiquer son culte, tant en public qu’en privé », qu’il servirait à justifier, soixante ans plus tard, l’application la plus stricte de quantité de prescrits religieux (ou présentés comme tels) jusque dans le monde du travail. Il me semble qu’ils devaient penser aux multiples persécutions qu’avaient subi les protestants sous le joug catholique ou les juifs partout en Europe, à tous ces régimes qui traquaient les pratiquants de telle ou telle religion jusque dans leur sphère privée et prétendaient les priver de lieux de culte, allant jusqu’à punir toute manifestation publique d’appartenance à une foi jugée déviante par rapport au culte majoritaire. Les régimes communistes ont frappé fort dans ce domaine également, au nom d’un athéisme d’Etat qui prétendait éradiquer toute manifestation de religiosité.
Est-ce vraiment de cela qu’il s’agit aujourd’hui ? Les musulmans sont-ils brimés dans leur droit de pratiquer leur culte dans les lieux dévolus à cet effet ? Quiconque se mêle-t-il de traquer jusque dans leur intimité l’étendue de leur pratique religieuse ?
Je ne prétends pas que la discrimination religieuse n’existe pas. Elle est patente lorsqu’un employeur, par exemple, licencie un employé sur la seule base de ses convictions religieuses privées, dont il a découvert l’existence.
Mais ici, ce n’est de toute évidence pas de cela qu’il s’agit.
Je déplore, je le répète, que le seul « dérangement » ressenti par la clientèle à la vue d’un voile puisse motiver un non renouvellement de contrat, parce que cela donne au client un pouvoir démesuré, celui de refuser d’être servi par un noir, par une femme, par un maghrébin, par un Juif, par un musulman, par un handicapé, par un obèse, etc.
Mais je récuse également l’idée selon laquelle aucune borne ne pourrait être mise à l’expression par un travailleur de ses convictions religieuses ou politiques, car c’est là méconnaître le droit d’une entreprise à définir son image, laquelle peut être familiale, sérieuse, libertine, branchée, contestataire, et même chrétienne ou islamique (imagine-t-on une préposée à l’accueil à l’abbaye de Maredsous ou une vendeuse dans un magasin de tenues islamiques portant bas résilles, mini-jupe et décolleté vertigineux ?).
Ce dont nous manquons cruellement, en d’autres termes, c’est d’une législation et d’une règlementation claire en la matière, qui balise la portée et les limites d’une liberté de culte certes fondamentale en démocratie, mais qui ne saurait se confondre avec la prééminence de la liberté de culte sur toute autre norme légale.
Ce blog se veut, entre autres choses, un espace de libre critique des tentatives d'immixtions
du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et
religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée,
au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle
soit.
"Je déplore, je le répète, que le seul « dérangement » ressenti par la clientèle à la vue d’un voile puisse motiver un non renouvellement de contrat, parce que cela donne au client un pouvoir démesuré, celui de refuser d’être servi par un noir, par une femme, par un maghrébin, par un Juif, par un musulman, par un handicapé, par un obèse, etc."
Je ne suis pas d'accord sur ce point. En tant qu'homosexuel, je n'aurais effectivement pas envie de me faire servir dans un magasin par une femme voilée. Le voile est un signal de l'islam et l'islam est une religion hostile à ma personne. Je n'aurais pas de problème avec une musulmane dévoilée, parce que j'estime que l'absence de voile est un signal suffisant qu'elle est au moins en apparence tolérante. Et je n'ai pas besoin qu'on m'aime, j'exige juste qu'on s'abstienne de me jeter de l'hostilité à la tête. Et le voile, c'est de l'hostilité.
La peau noire, l'obésité, le handicap... ça ne me gêne pas, parce que les noirs, les handicapés ou les gros ne veulent pas que je devienne noir, handicapé ou gros, sous peine d'être pendu haut et court.
Par ailleurs, l'obésité, le handicap, la couleur de peau, le genre... tout ça, ce sont des caractéristiques intrinsèques de la personne—comme le fait d'être homosexuel, d'ailleurs. Donc c'est inacceptable de discriminer sur ces bases (sauf exception particulière—je vois mal un flic en chaise roulante). Par contre, la religion, c'est un choix—en tout cas, pour un adulte, à partir d'un certain point, c'est quelque chose sur lequel on a prise. Le fait de choisir l'islam, ça me pose un problème. C'est une panoplie d'idées plutôt inquiétantes et les idées, j'ai le devoir de les discriminer durement.
En clair, je n'ai aucune tolérance pour l'islam, cette religion qui veut ma mort. Je ne vois pas pourquoi je devrais en avoir. Je me vois mal acheter quelque chose à une personne qui me dit par ses vêtements : "Je veux que tu sois mort, assassiné."
Je partage tout à fait votre remarque sur la différence entre une religion qu'on a choisie et une couleur de peau, une orientation sexuelle, etc. que l'on n'a pas choisie, et je pense que votre désaccord provient d'un malentendu. Ce que j'ai voulu dire, c'est que l'argument "ça me dérange" ne suffit pas à fonder une règle. C'est pour cela que j'en appelle, non pas à autoriser les employées à travailler voilées, mais à ce que les règlements des entreprises privées établissent clairement ce que l'on peut ou non afficher en tant que travailleur, et pourquoi.
Oui, entièrement d'accord. C'est important d'établir une règle et de s'y tenir. La vraie injustice, c'est de faire du cas par cas. Je ne trouve pas que les gens de chez Hema aient été très honnête avec cette femme.
Honnêtes, je ne sais pas. Il ne s'agissait pas d'un licenciement, mais d'une décision de non renouvellement de contrat. Et l'employée ne portait pas le voile lors de son engagement, a commencé à le mettre ensuite avec l'accord d'Hema, puis la suite, qu'on connaît. Le hic, à mon sens, est que justement, ils aient d'abord accepté, puis fait marche arrière en fonction des réactions de la clientèle. Cela tend à prouver que 1/ il n'y avait pas de règlementation claire en la matière et que 2/ de ce fait, c'est la voix des clients qui l'a emporté, deux choses qui me gênent dans cette affaire.
Pour ma part, ce qui me dérange c'est que MM. De Witte et Delruelle soient payés avec l'argent des contribuables pour défendre l'indéfendable. Soyons clairs, je suis un antiraciste convaincu et je pense que le Centre pour l'Egalité des Chances doit continuer à faire son travail.
Mais ce qui me dérange c'est quand les personnes qui le dirigent se mèlent soit de cosigner (avec de vagues réserves) le rapport scandaleux des soi-disant assises de l'interculturalité, soit de prendre des positions militantes (comme dans ce cas) qui n'ont plus rien à voir avec la lutte contre le racisme.
C'est beau comme du Finkielkrault!
Pour une analyse plus subtile du phénomène:
http://lmsi.net/Islam-voile-et-laicite-un-debat
Ce que démontre surtout cet incident c'est que la société est devenue intolérante envers ceux qui expriment leur foi islamique.
Des points annexes peuvent être discutés comme le bienfondé des arguments de ceux qui défendent l'ex-interimaire, le principe que dans une économie de marché des clients peuvent imposer des choix discriminatoires à des entreprises, le fait qu'on ne devrait discriminer ni noir, ni musulman, ni obèses, ... Mais tout ça c'est du vent.
Le problème reste : la critique ouverte du musulman et de la musulmane est maintenant légitime. Les intellectuels l'affirment : c'est une bête sauvage et le port du voile, comme la personne ci-dessus l'affirme, serait devenu un signe d'agression. Tout le monde sait maintenant où est le mal. La meute n'attend que le signal déclencheur d'un leader populiste pour les premières agressions.
Où avez-vous lu que le voile était considéré dans ce cas précis comme un signe d'oppression, et refusé à ce titre ? Pourquoi ne pas y voir tout simplement un signe d'appartenance religieuse ?
Bonjour Madame Geerts,
Je ne sais plus par quel hasard et quels méandres de l'Internet j'ai découvert aujourd'hui votre blog, mais je tenais à vous exprimer toute ma sympathie.
Quelle bouffée d'oxygène de lire des opinions étayées, réfléchies, loin de tout extrémisme d'un côté ou de l'autre et correctement exprimées. C'est (trop) rare.
Cordialement
Merci !
Cordialement
Monsieur Aux Faits,
Vous laissez entendre que la chasse aux musulmans est ouverte ou du moins est sur le point de l’être en Europe. Mais est-ce vrai et à titre de comparaison : quel est le sort des non musulmans, plus particulièrement des chrétiens en terre d’islam, notamment en ce qui concerne le prosélytisme?
Or à lire une série d’articles, il apparait que si en Europe personne ne menace les musulmans la situation est toute autre pour les chrétiens en terre d’islam. Si des milliers de mosquées ont été construites en Europe ces dernières décennies, combien d’églises construites en terre d’islam. Il y a une grande mosquée à deux pas du Vatican, une église à deux pas de la Kaaba est impensable. Pourquoi cette asymétrie ? Si environ 50 mille Français se sont convertis à l’Islam sans encourir de sanction, combien de Marocains se sont-ils convertis au christianisme et quel sort les attend ?
Quant aux athées, ils peuvent librement s’exprimer en Europe, mais ne peuvent le faire en terre d’islam, souvent ils risquent la peine de mort.
J’invite les lecteurs de ce blog à lire les trois articles dont lien ci-dessous :
http://www.aujourdhui.ma/couverture-details75249.html
http://www.grands-reporters.com/Ces-chretiens-qu-on-persecute.html
http://fr.altermedia.info/general/9466_9466.html
Bonjour,
Je suis votre blog depuis longtemps mais je n'ai jamais pris le temps d'exprimer mes réflexions.
Je pense que le port du voile islamique n'a pas pour but de montrer sa foi religieuse. Si c'était le cas, les hommes musulmans, du moins en Belgique (je ne parle des barbus intégristes mais des musulmans simplement croyants modérés), devraient aussi 'trouver' un moyen pour montrer à tout le monde leur croyance. Or, cette manifestation extérieure n'apparait que chez les femmes musulmanes, sans doute une majorité je l'admets.
Je ne vois pas l'intérêt qu'elles auraient à montrer leur croyance : la fierté d'appartenir à une communauté de croyants? (mais alors les hommes en sont exclus!). Personnellement il m'est indifférent qu'elles soient croyantes (si elles ont besoin de ça pour être heureuses, grand bien leur fasse...).
Si elles portent le voile par prescrit religieux, c'est possible mais cela n'a rien à voir avec la croyance mais avec une soi-disant obligation religieuse (soi-disant car il est de notoriété qu'il n'existe que cinq véritables obligations religieuses chez les musulmans: les cinq piliers de l'islam). D'ailleurs, toute musulmane non porteuse du voile serait alors vouée aux enfers. Certaines déclarent suivre les recommandations du coran, d'accord mais les avis mêmes chez les musulmans restent partagés à ce sujet. De toute façon, même si c'était exact, il faudrait réfléchir à la signification de cette recommandation qui ne vise que le genre féminin.
Je pense que le port du voile résulte tout simplement d'habitudes culturelles qui indiquent que la 'position' de la femme musulmane est simplement inférieure à celle de l'homme. Le rôle de la femme musulmane est simplement d'être une 'bonne mère' et une 'bonne épouse' qui va s'occuper de son mari et de ses enfants, sans sens péjoratif. D'ailleurs, il en a été de même dans nos sociétés occidentales depuis des millénaires avant que la femme ne commence à s'émanciper depuis le dernière guerre mondiale.
De ce fait, la femme musulmane devra montrer sa respectabilité (selon leur propre notion) vis à vis du monde extérieure (pas chez elles évidemment), chaque fois qu'elles seront en présence d'individus mâles, qu'ils soient musulmans ou non.
Cette position inférieure n'a pas que des désavantages car cela rassure beaucoup de femmes de se sentir à 'charge' d'un homme, de se sentir 'protégée' par ce rôle social et familial.
Ce qui nous choque alors devant ce voile, c'est la discrimination subie par la femme uniquement parce que cet individu humain a eut la 'malchance' d'être conçu avec deux chromosomes XX, par pur hasard.
C'est pour cela qu'il est fondamental que le port du voile soit interdit dans l'enceinte scolaire car on ne peut concevoir une éducation moderne basée sur la discrimination sexuelle ostentatoire.
De plus, les travailleurs du service public ne peuvent manifester une discrimination sexuelle, interdite par la Loi qui impose l'égalité des sexes sur le lieu de travail.
Merci pour ceux qui ont eut la patience de me lire jusqu'au bout.
Bonjour,
Je développe exactement le même raisonnement dans mon livre "Fichu voile" en y ajoutant une dimension politique: si seules les femmes éprouvent le besoin de manifester leur religion, c'est à mon sens également parce qu'existe massivement un discours islamiste pro-voile. Or, le but des islamistes n'est pas prioritairement que la femme couvre ses cheveux, mais qu'elle joue dans la société un rôle conforme à sa "nature". C'est en cela que le voile m'apparait comme politique et en effet, contraire aux valeurs de l'école publique.
Concernant le monde du travail, la chose me semble plus (et moins) complexe: rien n'interdit en réalité à une femme de se discriminer elle-même; ce qui est interdit, c'est la discrimination de l'autre sur base du sexe. En revanche, il me semble tout à fait légitime, dans certains contextes professionnels, de refuser l'affichage d'un signe religieux/politique qui peut nuire à l'image de l'entreprise (ouverte, accueillante, familiale, ...)
Votre commentaire sur le voile islamique omet une donnée. La porteuse de ce type de vêtement sera-t-elle apte à adopter une conduite et un mode de traitement impartial avec un interlocuteur mâle. la misandrie cela existe aussi !
Dans cette affaire précise, d'après mes informations, les clients n'ont pas protesté parce qu'ils se sentaient discriminés sur base du sexe. Je ne récuse pas l'existence de telles discriminations, mais en l'occurrence ce n'est pas ce motif qui a été invoqué. Et je ne pense pas, très honnêtement, qu'une femme voilée est par "essence" incapable de servir un homme en toute impartialité.