La laïcité doit-elle être sociale ?

Publié le par Nadia Geerts

Le mot « laïcité » vient du grec « laos », qui signifie « le peuple », par opposition au clergé. La laïcité consiste donc historiquement en une volonté de traiter les citoyens sans distinguer entre eux les « clercs », privilégiés, des autres, le simple peuple réduit à la gloire de l’obéissance au dit clergé.

L’exigence laïque est donc, ne serait-ce que par son étymologie, profondément égalitaire, et donc sociale. Les individus y sont d’emblée reconnus comme libres et égaux en dignité et en droits, sans que nul statut social – en l’occurrence l’appartenance au clergé - ne puisse leur conférer davantage de pouvoir, de légitimité ou de respectabilité.

Le principe d’égalité est au fondement-même de l’idéal laïque. Reste à voir comment réaliser cette égalité, et c’est là le cœur du débat sur la laïcité aujourd’hui.

Les uns considèrent en effet que l’égalité est atteinte dès lors que l’on traite chacun de la même manière, sans privilège ni discrimination. Ce dernier terme mérite cependant qu’on s’y arrête quelques instants, tant il est galvaudé ces dernières années, y compris par un mouvement aussi respectable par ailleurs qu’Amnesty international. Discriminer, c’est selon le Larousse le « fait de distinguer et de traiter différemment (le plus souvent plus mal) quelqu'un ou un groupe par rapport au reste de la collectivité ou par rapport à une autre personne ». Autrement dit, on discrimine (ou privilégie, d’ailleurs) dès lors que l’on traite différemment, bafouant par là le principe d’égalité de tous devant la loi.

Les autres considèrent au contraire que l’égalité consiste à traiter différemment des individus objectivement différents. Si ce raisonnement paraît plein de bon sens lorsqu’on pense aux handicapés ou aux femmes enceintes, par exemple, pour qui des dispositifs spécifiques doivent mis en place en vue d’une véritable égalité de droits, il n’en va pas nécessairement de même pour les minorités religieuses ou ethniques. L’approche anglo-saxonne a poussé très loin le concept de discrimination indirecte – où la discrimination n’est plus caractérisée par l’intention de celui qui discrimine, mais par le résultat -, ainsi d’ailleurs que la différentiation ethnique.

Des deux côtés, la préoccupation sociale est la même. Mais les méthodes préconisées sont profondément différentes et irréconciliables. Dès lors que la question est celle de la meilleure manière de réaliser l’égalité, il serait vain d’opposer une laïcité « de gauche » à une laïcité « de droite », même si l’on peut évidemment être par ailleurs laïque et de gauche, ou laïque et de droite.

Aujourd’hui, il y a urgence à repenser des notions aussi essentielles que celles de discrimination et d’égalité en droits. Car « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » disait Albert Camus.

Je développe dans mon prochain livre “La neutralité n’est pas neutre” (http://lamuette.be/la-neutralite-n-est-pas-neutre.html) une réflexion sur les droits de l’homme, et plus singulièrement la liberté religieuse, dont l’ancrage est à l’origine d’inspiration libérale (1789) pour devenir ensuite davantage social (1948) non sans que cela ait des conséquences sur l’interprétation de cette liberté.

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