Laisser les femmes voilées en paix ? Evidemment... à deux réserves près

Publié le par Nadia Geerts

La carte blanche publiée dans Le Soir du 27 octobre 2009 sous le titre « Femmes voilées : laissons-les en paix ! » m’a interpelée par ce qui m’apparaît comme un manque préoccupant de sens du politique. À en croire les auteurs, toute la question du voile se résume à une question de liberté individuelle manifestée par la liberté de s’habiller comme on l’entend. Le problème, me semble-t-il, est plus complexe que ça.

 

Moi aussi, je suis partisane de laisser les femmes voilées en paix. À deux réserves près cependant.

La première est que je ne considère pas que les gamines soient des « femmes ». Et que je crains donc, conséquemment, que sous prétexte de les laisser en paix, on ne les livre pieds et poings liés à des radicaux qui n’auront pas, pour leur imposer le voile, les scrupules que certains éprouvent à le leur interdire.

La seconde est que j’estime que, dans l’exercice de certaines fonctions, il est souhaitable de ne pas afficher ses convictions religieuses – en ce compris son athéisme. Il n’y a là aucun fondamentalisme, mais une exigence de neutralité dans l’apparence des fonctionnaires publics, policiers, juges, enseignants, etc.

De ce point de vue, là question du voile ne saurait se résumer à une question de liberté individuelle ni être comparée à la jupe et aux talons aiguille. Certes, on peut considérer que ces accessoires vestimentaires sexualisent la femme tout autant que le voile. Mais libre à chacune de se soumettre aux diktats d’une mode féminine qui réduit la femme à un objet de désir.

 

En revanche, si nous devons laisser les femmes voilées en paix, cela signifie-t-il que nous n’ayons pas le droit de limiter d’une quelconque manière leur liberté d’afficher leurs convictions religieuses ? C’est ce que semblent défendre les auteurs. Poussons alors le raisonnement jusqu’au bout, et acceptons des policières, des magistrates, des enseignantes, des médecins en hôpitaux publics, etc. voilées. Mais soyons alors cohérents, et acceptons de même que les membres de ces professions qui seraient juifs, bouddhistes, catholiques, témoins de Jéhovah, Amish, voire même athées (!), affichent pareillement leurs convictions en tous lieux.

Pensez-vous réellement que nous vivrons mieux ensemble ? Pensez-vous que les jugements pourront être rendus, les cours donnés, les patients accueillis, les troubles de l’ordre public gérés, … dans la sérénité ?

 

Ma réponse est non. Et j’estime que ce n’est pas persécuter les femmes voilées que de leur demander une certaine intériorisation de leur foi, et ce dans l’intérêt de la collectivité, dans l'exercice de certaines fonctions.

 

Un dernier mot sur l’école. Les auteurs plaident pour une interdiction d’y interdire le voile. Cette position est irréaliste. 95% des écoles interdisent aujourd’hui le voile, tous réseaux confondus. Cela n’a pas mené à une flambée d’écoles islamiques. En revanche, c’est le résultat direct des difficultés que l’ingérence de considérations d’ordre religieux au sein de l’école faisait naître. Dans cette perspective, il ne faut pas être devin pour prédire que toute mesure d’interdiction d’interdire déclencherait une réaction massive du monde enseignant, qui n’accepterait pas qu’au nom de beaux principes, on néglige la réalité qu’ils vivent quotidiennement sur le terrain.

Car contrairement à une antienne, les seules concernées ne sont pas les filles voilées. Ce sont également, et au même titre, leurs condisciples qui refusent le voile, les garçons qui les côtoient et, plus encore, les enseignants et éducateurs qui les encadrent.

 

 

 

Publié dans Laïcité - religions