Le droit à la vie, mais encore ?

Publié le par Nadia Geerts

Le week-end dernier avait lieu une « marche pour la vie », soutenue par des mouvements d’extrême droite, mais aussi des représentants religieux comme Monseigneur Léonard ou Yacob Mahi. Des partisans inconditionnels de la vie, donc ?

 

Que l’extrême droite se soucie de la vie a quelque chose de comique, lorsqu’on connaît ses accointances passées et présentes avec les génocidaires nazis du IIIè Reich. De la même manière, l’engouement de certains pour la défense inconditionnelle du droit à la vie d’un embryon humain a de quoi faire sourire, lorsqu’on considère leur capacité d’empathie pour l’extermination d’êtres humains, bien achevés ceux-là.

Il y a vingt ans, la loi dépénalisant l’avortement passait enfin la rampe, après près de vingt années de lutte : la première proposition de loi en la matière datait en effet de 1971. Parmi ses adversaires les plus acharnés : le roi Baudouin, que sa conscience conduisit finalement à une interruption volontaire de règne, le temps que la loi soit promulguée… sans sa signature. Acte unique en son genre au cours d’un très long règne, au cours duquel on doit donc supposer qu’aucune loi ne fut votée qui n’offusquât la royale conscience.

Vingt ans plus tard, les intégristes chrétiens sont encore bien présents pour dénoncer le crime contre la vie que constitue à leurs yeux l’avortement. Sans toujours être aussi prompts à dénoncer le peu d’empressement du Vatican à dénoncer le génocide des juifs et des tsiganes pendant la seconde guerre mondiale – puis à reconnaître ce coupable silence -, ou la peine de mort encore appliquée aujourd’hui dans certains pays très chrétiens.

Côté extrême droite, on trouve évidemment, parmi les relais de cette manifestation, l’association « Belgique et chrétienté ». Un « nid de fascistes » (1) qui proclame que dorénavant, grâce à elle, « se moquer de la religion catholique deviendra dangereux », appelle à la lutte contre la construction d’un minaret à Bastogne, et constitue en réalité la branche politique de la Fraternité Saint Pie X. Une « fraternité » exclue de l’Eglise catholique depuis 1988, et qui conjugue l’admiration pour le maréchal Pétain avec un antisémitisme notoire à la Charles Maurras.

Parmi les autres soutiens de cette manifestation « pro-vie », on trouve aussi le très médiatique Yacob Mahi. Ce professeur de religion islamique, s’il ne partage sans doute pas les options de Belgique et chrétienté en matière de construction de minarets, a d’autres points d’accord avec Belgique et chrétienté. Par exemple son admiration pour Rober Garaudy, un converti à l’islam condamné en 1998 pour provocation à la haine raciale et contestation de crimes contre l’humanité. Mais ce « détail » ne semble pas gêner Mahi, qui n’hésite pas à le citer ainsi :

« Maître Roger Garaudy, sainteté sur lui, dit : "Lève toi et marche contre le chaos, en disant non à hégémonie de nos petits enfants causé par le terrorisme de l'Etat sioniste israélien"» (2) Outre celui de Garaudy, Mahi publiait également sur son site internet (3) l’ « avis de l’islam » d’un autre converti, Yahia Michot, congédié de l'UCL en 1996 pour avoir fait l'apologie de l'égorgement des moines de Tibhérine en Algérie (4).

 

Bref, si les intégristes chrétiens et musulmans sont prompts à dénoncer le relativisme (5), leur attachement à la vie humaine semble être également très relatif. Selon que l’on soit moine, juif, tsigane ou embryon…

 


 

(1) http://www.resistances.be/bcproces.html

(2) http://rachid-zz.skynetblogs.be/post/7298943/yacob-mahi--communication-du-dernier-vendredi

(5) Ainsi Yacob Mahi : « nous sommes dans une société postmoderne où le tout relatif prend le dessus, tout est réduit à des valeurs marchandes : tout s'achète et tout se vend - même la dignité des hommes - il est important que l'on maintienne les fondements de l'édifice social qui est la famille ». Source : http://www.rtbf.be/info/belgique/politique/avortement-201418