Le fascisme est-il devenu fréquentable ?

Publié le par Nadia Geerts

 

Il l’avait annoncé, il l’a fait : Souhail Chichah, chercheur et assistant à l’ULB, a orchestré le sabotage d’une conférence-débat sur le thème « L’extrême droite est-elle devenue fréquentable ? » ce 7 février 2012, au sein même de son Alma Mater.

 

L’événement était annoncé sur Facebook : il s’agissait de trouver cent personnes prêtes à revêtir une burqa pour participer à une « Burqa Pride » dans l’enceinte où devait se tenir le débat entrHasquin. Des messages privés envoyés par Chichah précisaient davantage le projet, en le complétant d’un entartage en règle.

 

DSC 0043La veille de la soirée, convoqué par le président du Conseil d’administration, Chichah fanfaronnait encore, disant que ce dernier n’avait pas promis qu’il se joindrait aux manifestants en burqa.

Le soir-même donc, c’est par des sonneries incessantes de portable que le sabotage commence. Rapidement, des invectives fusent entre deux groupes, situés l’un à l’extrême gauche, l’autre à l’extrême droite de la salle ( !). De l’extrême droite, on entend une insulte « Bougnoule ! ». On comprendra plus tard que tout ceci n’était que mise en scène, les deux camps étant en réalité complices. Mais le but est évident : pouvoir prétendre ensuite que les défenseurs de Caroline Fourest sont des racistes, ce que fera Chichah sur son mur Facebook le soir-même de l’événement.DSC_0058.JPG

Ensuite, ça dégénère très vite : un slogan inepte « burqa bla-bla » scandé par quelques dizaines d’agitateurs, l’intervention d’Hervé Hasquin, celle de Guy Haarscher qui, très intelligemment, invite Chichah, orchestrateur de cette pitoyable manœuvre, à prendre la parole – ce que celui-ci ne se prive pas de faire, la tête enveloppée dans un foulard noir, pour scander à son tour le même slogan, avant de dénoncer l’islamophobie de gauche comme de droite -, et enfin celle du recteur, Didier Vivier. La conférence est interrompue, Chichah joue les malheureuses victimes prétendûment menacé et bousculé par Caroline Fourest, le public quitte la salle.DSC_0056.JPG

En matière de provocations, Chicha n’en est pas à son coup d’essai. C’est lui déjà qui avait estimé, lors d’une conférence sur Dieudonné et la liberté d’expression, ne rien pouvoir dire du génocide des Juifs, car la loi interdisait d’avoir un avis sur le sujet. C’est lui encore qui interpellait publiquement une chercheuse par écrit, sur un réseau social, écrivant « Eh Caroline, il faut arrêter de te toucher ». Lui encore qui manifestait son approbation à l’un de ses contacts Facebook qui avait traité un éminent professeur de l’ULB de « suceur de bites sioniste ». En effet, au débat argumenté, Chichah préfère l’attaque ad hominem.

Cette fois, il a sans doute été trop loin. Dans un communiqué adressé à la presse ce jour, le recteur de l’ULB affirme en effet que « Consterné et scandalisé par cette atteinte grave à la liberté d'expression dans une Université pour qui le débat et le respect de l'autre sont des valeurs fondamentales, le recteur de l'ULB a décidé, dans le strict respect de la procédure prévue par les règlements de l'Université, de mettre en oeuvre une instruction disciplinaire qui pourra amener Souhail Chichah devant la commission de discipline, seule compétente pour prononcer des sanctions disciplinaires majeures. »

Nul doute que l’ULB entame aujourd’hui un bras de fer, dont il est impérieux qu’elle sorte gagnante. Au vu des nombreuses réactions indignées émanant de la communauté universitaire (UAE, Librex et ACE notamment), mais aussi de l’extérieur, il est évident que le capital de sympathie, ou simplement de tolérance, dont jouissait Chichah fond comme neige au soleil. Plusieurs associations ont d’ailleurs annoncé leur intention de porter plainte contre Souhail Chichah pour incitation à la haine.

Le plus préoccupant reste cependant non pas l’individu Chichah, mais le fait que plusieurs dizaines de personnes (plus de cent à en croire les inscriptions à la Burqa Pride annoncée sur Facebook) soient prêtes à ajouter foi aux propos haineux de celui-ci.

Les évènements de ce mardi noir à l’ULB ont à cet égard quelque chose de tragi-comique.

Comique, en effet, de voir des hommes et des femmes enturbannés ou voilés réclamer un débat contradictoire, dès lors que les deux intervenants sont manifestement d’accord pour dire que non, l’extrême droite n’est pas devenue fréquentable : ces messieurs-dames voudraient donc que l’ULB invite un défenseur d’une extrême droite devenue fréquentable ?

Tragique, car de toute évidence, le fascisme, à leurs yeux, l’est devenu. Car leurs méthodes ne sont pas celles de démocrates. Et c’est précisément ce qui est tragique. Ces jeunes gens n’ont visiblement pas la moindre idée de ce que sont les valeurs fondatrices de leur université. Au libre examen, ils ont préféré l’endoctrinement, l’obéissance panurgienne à des consignes absurdes. A la réflexion critique, ils ont préféré les slogans, les invectives, les insultes. Au débat argumenté, ils ont préféré la réduction de l’adversaire au silence forcé.

 

 

Pas un de ces excités, j’en suis sûre, n’a lu une ligne de Caroline Fourest. Pas un n’a manifestement vu l’absurdité qu’il y avait à dénoncer un « burqa blabla » inexistant en l’occurrence, puisque ce sujet n’a pas été abordé. Pas un n’a compris, surtout, qu’en agissant de la manière pitoyable qui fut la leur, ils ont fait infiniment plus pour la montée de l’islamophobie qu’ils dénoncent qu’une Caroline Fourest qui a le précieux mérite d’être intransigeante sur la laïcité sans tomber jamais dans la dénonciation de l’islam en tant que tel, ni encore moins des musulmans.

Il est maintenant minuit moins cinq : depuis trop longtemps, l’ULB est gangrénée par des trublions qui instrumentalisent un libre examen auquel ils n’ont rien compris au profit du muselage de la parole. L’intégrisme religieux - particulièrement islamique -, l’antisémitisme déguisé en antisionisme et plus insidieusement, le relativisme culturel ont fait ces dernières années une montée en force préoccupante, avec le résultat que l’on sait : Dieudonné et Ramadan, désormais, sont mieux accueillis dans ma vénérable Alma mater que Caroline Fourest.

L’urgence, aujourd’hui, est de réaffirmer avec force les valeurs fondatrices de l’ULB, qui sont définitivement incompatibles avec les procédés fascisants que nous avons eu à subir hier.