Le paradoxe du foulard ?

Publié le par Nadia Geerts

Dans un récent texte publié dans La Libre Belgique (http://www.lalibre.be/culture/divers/article/574612/breve.html), « Le paradoxe du foulard », Irène Kaufer fustige le fait que « au nom de l’émancipation des femmes, ce sont précisément celles qui prétendent s’émanciper, par les études, un travail qualifié ou une participation politique et citoyenne, qui se retrouvent en point de mire », prenant à l’appui de sa démonstration trois femmes voilées qui sont en effet sous le feu des projecteurs aujourd’hui : Mahinur Özdemir, Fatima Zibouh et Nuran Topal.

La thèse est archi-connue : « nous » accepterions volontiers une femme voilée pour nettoyer « nos » bureaux, mais pas dans des postes à responsabilités. Bref, le vrai problème serait que « nous » n’acceptons pas que ces femme s’émancipent et deviennent nos égales. Un discours culpabilisant, victimisant, et surtout erroné.

Qu’une femme portant le voile devienne chef d’entreprise, juriste, comptable, manager, chasseuse de têtes, voilà qui ne me pose aucun problème. En revanche, et ce sont là des métiers parfois bien moins grassement rémunérés, qu’elle travaille avec son voile en tant qu’institutrice, éducatrice, assistante sociale, préposée à la Poste ou infirmière dans un hôpital public, ne me paraît pas souhaitable. Le clivage ne se fait donc pas, contrairement à ce que prétend Irène Kaufer, entre postes à responsabilités et métiers à faible niveau de qualification. La ligne de démarcation passe ailleurs, dans l’exigence de neutralité qui est liée à l’exercice de certaines fonctions, quels que soient le salaire, la reconnaissance sociale, le prestige qui y sont associés.

Qu’une femme choisisse « d’affirmer une identité stigmatisée » est son droit le plus strict. Cela ne doit pas, cependant, la dédouaner des obligations qui s’imposent à tous, dans l’exercice de certaines fonctions. Si un Vincent Decroly put se faire éjecter du Parlement en 2002 parce qu’il portait une tenue inappropriée à sa fonction – un t-shirt et une casquette « un autre monde est possible », je ne vois pas très bien en quoi la tenue de Mahinur Özdemir serait plus appropriée. Celle de Vincent Decroly affichait des idées politiques dans un lieu dévolu à la décision politique – quoi de plus normal ? – alors que celle de Madame Özdemir affiche une conviction religieuse dans le même lieu.

Si un professeur de mathématiques peut afficher ses convictions religieuses dans l’exercice de ses fonctions, il faudra alors l’autoriser non seulement à tous les enseignants, mais également leur autoriser le port de  tous les autres signes « convictionnels ». Dans le cas contraire, quels critères nous permettront de faire le tri entre ceux jugés acceptables et les autres ?

Le misérabilisme ne nous aidera guère dans cette réflexion. D’abord parce certaines femmes voilées, et les trois exemples donnés par Irène Kaufer l’illustrent parfaitement, sont instruites, diplômées et actives dans la société civile. Ensuite et surtout parce que ce n’est pas en accordant des dérogations à des catégories de personnes supposées moins favorisées qu’on les fera accéder à l’égalité, mais en les traitant comme des égales, ce qui suppose les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Bon nombre de professions charrient avec elles des exigences en matière de tenue vestimentaire. Il ne faut pas être musulmane et porter le voile pour expérimenter cette réalité : tout employé de banque, tout policier, tout juge, tout enseignant vous le dira. Il ne faudrait pas que demain, sous couvert de lutte contre les discriminations, l’appartenance à une religion exonère certains de ces règles qui valent pour tous, et doivent, dans un Etat de droit, continuer à valoir pour tous. Ce qui n’exclut pas de les remettre en question, mais en ayant toujours à  l’esprit l’intérêt commun, et non la défense d’un particularisme érigé en plaisant exotisme à respecter inconditionnellement.

Voir à ce sujet l’action du R.A.P.P.E.L. : http://www.le-rappel.be/FR/?Action-Neutralite-des-enseignants

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