Les Juifs, les musulmans, les roms…

Publié le par Nadia Geerts

Rassurez-vous, je n’ai aucune intention de vous présenter les caractéristiques communes à chacun de ces groupes humains. Mais au contraire d’attirer l’attention sur l’usage de ce « les », qui semble décidément devenir une manie chez certains…

 

Les Juifs… Pour le commissaire européen Karel De Gucht, ces gens-là ont une fâcheuse tendance à penser qu’ils ont raison : « Il y a en effet la foi chez la plupart des juifs - je pourrais difficilement décrire cela autrement - qu’ils ont raison. Et la foi est quelque chose qu’on peut difficilement combattre avec des arguments rationnels ». Une déclaration qui a été à juste titre jugée antisémite : en effet, elle attribue à tout un groupe humain, indépendamment de ses orientations politique ou religieuse par exemple, une même caractéristique qui ne serait dès lors explicable que par la génétique : qu’ils soient Européens, Américains, Africains ou Israéliens, qu’ils soient croyants ou non, « les Juifs » seraient incapables d’appréhender rationnellement la question du Proche-Orient. C’est dans leur sang, vous comprenez. Et les Juifs qui critiquent, parfois virulemment, la politique de l’Etat d’Israël, voire même son existence, sont sûrement des faux Juifs, ou à tout le moins des exceptions qui confirment la règle, comme le boucher arabe mais si sympa que tous les racistes vous resservent à l’occasion.

 

Les musulmans… Deux événements de l’actualité viennent nous rappeler à leur propos combien la tentation de l’essentialisation reste grande.

Tout d’abord, la riche idée du pasteur Terry Jones de brûler un Coran le onze septembre prochain, au nom du fait que l’islam serait la religion du diable. Le « raisonnement » est simple : les attentats du onze septembre 2001, c’est la faute aux méchants musulmans assoiffés de conquête du monde. Ripostons donc en brûlant leur livre saint. Certes… Sauf que c’est oublier – et je ne parlerai même pas ici de considérations politico-stratégiques – que parmi les victimes du onze septembre se trouvaient aussi des musulmans qui n’étaient ni pilotes d’avion ni anti-Américains, et qui allaient tranquillement bosser quand des fanatiques ont mis brutalement fin à leur existence. Et quand bien même aucun musulman n’aurait figuré parmi les victimes, j’ai beau chercher, je ne vois vraiment pas en quoi il serait légitime d’accuser tous les musulmans d’être les complices silencieux mais consentants de ces attentats. Si Terry Jones tient absolument à brûler quelque chose – c’est une manie qui ressurgit régulièrement chez certains obscurantistes chrétiens – qu’il brûle une effigie de Ben Laden, ou alors qu’il fasse un grand bûcher oecuménique de livres sacrés, mêlant petit livre rouge, Mein Kampf, la Bible et tant d’autres pour dénoncer les ravages criminels de la foi aveugle en quelque idéologie que ce soit. Mais dénoncer les ravages de la foi aveugle, ça ne semble pas être son fort, au bon pasteur…

Ensuite, l’annonce par la presse d’une plainte contre Aldo-Michel Mungo, ex PP, qui aurait diffusé via « Les Résistants » en document Powerpoint incitant à la haine contre les musulmans. J’ai fini par voir ce chef d’œuvre : en gros (en très gros), il propage l’idée suivante : les musulmans mangent halal. Ces gens-là ont donc la fâcheuse manie d’égorger les bêtes sans étourdissement préalable, et qui plus est nous imposent leur nourriture religieusement estampillée, à nous qui n’en demandions pas tant. Mais ce n’est pas tout, car les musulmans  n’égorgent pas seulement les bêtes : ils font pareil avec les hommes. Et donc, braves Européens soucieux de défendre vos traditions, réveillez-vous si vous ne voulez pas être bientôt purement et simplement égorgés !

Rétrospectivement, j’ai des frayeurs : quand je pense au nombre de musulmans que j’ai dû croiser dans la rue, sans qu’aucun ne m’égorge ! Sans doute avaient-ils justement oublié leur grand couteau chez eux ? Bénis soient les musulmans distraits !

 

Les Roms enfin… Le seul élu du Parti Populaire a réussi à attirer l’attention sur lui en approuvant la politique de Sarkozy, justifiant les expulsions de Roms par le fait que ces gens-là ne peuvent ni travailler ni se contenter d’amour et d’eau fraîche, et sont donc fatalement des voleurs. Ici, c’est plus subtil – mais reconnaissons que faire plus subtil que De Gucht, Jones et Mungo, même réunis, c’est pas dur… ­- puisque l’explication donnée à la délinquance des Roms n’est pas génétique, ni même culturelle, mais sociale. Il n’empêche : Laurent Louis aurait pu s’informer, il aurait alors appris que non, tous les Roms ne sont pas des voleurs. Que de plus, il y a des voleurs qui ne sont pas Roms. Et que donc, soit on considère que tout voleur doit être déchu de sa nationalité et chassé du pays – mais vers où ??  -, soit on considère que certains ont plus le droit de voler que d’autres : si t’es de souche, tu peux (tu iras peut-être en prison, mais c’est tout), mais si tu viens d’ailleurs, ou si tes parents ou autres aïeux ont des origines suspectes, fais gaffe quand même.

 

Toute ressemblance avec du racisme serait purement fortuite.