Lettre ouverte à Amnesty International

Publié le par Nadia Geerts

Ainsi donc, l’interdiction des signes religieux à l’école et des tenues dissimulant le visage en rue seraient discriminatoires envers les musulmans.

Si je suis bien votre logique, cela signifie que dès lors qu’une loi contrarie un groupe davantage qu’un autre, cette loi est discriminatoire. L’interdiction de fumer est donc discriminatoire envers les fumeurs de cigarette (bien plus nombreux que les fumeurs de pipe ou de haschich, également visés). L’interdiction du tapage nocturne serait discriminatoire envers les jeunes amateurs de musique rock, techno ou autre musique « moderne », probablement plus nombreux à enquiquiner leurs voisins que les pensionnés amateurs de Mozart.

C’est absurde. Oui, les deux interdictions sont une réponse à la problématique du voile, intégral ou non, bien plus qu’à celle des crucifix ou des kippas. Et alors ? Votre rapport accuse le pompier d’avoir repéré le feu et d’essayer de l’éteindre, rien moins.

Quel feu ?

Le feu de l’intégrisme religieux, islamique en l’occurrence – oups ! je discrimine.

Le feu du machisme, du sexisme, du rapport pathologique au corps féminin, qui pousse certains hommes à couvrir les femmes, les jeunes filles, les fillettes parfois, pour éviter qu’elles éveillent le désir du mâle concupiscent.

Le feu de l’islam politique qui monte, s’attaquant aux libertés individuelles que vous prétendez défendre. Le feu de l’antisémitisme, de l’homophobie, du communautarisme, du fascisme religieux.

En brandissant l’accusation de discrimination, vous tombez dans le piège québécois de la discrimination indirecte, qui considère que traiter chacun à égalité de droits est discriminatoire envers certains, parce que l’obéissance à la loi qui vaut pour tous serait plus contraignante pour eux. Absurde, grotesque… Jusqu’où irez-vous dans cette logique dangereuse et potentiellement liberticide ? Considérerez-vous demain que la mixité est discriminatoire, en ce qu’elle heurte les convictions religieuses de certains – qui sait, peut-être à nouveau musulmans, ce qui dénoterait d’une obstination suspecte à « stigmatiser » toute une « communauté » ?

Parlons-en, tiens, de la « communauté ». Ne vous a-t-il jamais traversé l’esprit qu’il y avait au sein de la sacro-sainte et fantasmatique « communauté musulmane » des musulman(e)s profondément d’accord avec la « discrimination » que leur pays leur fait subir en interdisant le voile à l’école ou le voile intégral en rue ? Estimez-vous que des pays comme la Turquie, la Tunisie ou le Maroc, pour ne citer qu’eux, discriminent les musulmans en limitant le port du voile ?

Mais non, bien sûr : quand un pays musulman (du moins sociologiquement) prend de telles mesures, c’est certainement avec un motif valable. Mais si c’est un pays européen, c’est forcément discriminatoire. Allez, dites-le : raciste.

Votre prochaine campagne, ce sera quoi ? "Agissez pour que X. puisse retourner à l'école, dont les règlements discriminatoires l'excluent en lui interdisant de porter son voile, ce qui la contraint de rester à la maison et la prive de son droit fondamental à accéder à l'instruction." ?

Ne comptez pas sur moi pour vous soutenir dans cette voie.

Publié dans Société