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Les carnets de Nadia Geerts
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Le 27 avril, conférence à la maison de la laïcité sur le thème de "Fichu voile !" à 20h.
Le 28 avril, participation à une table-ronde organisée par Entre-vues sur avenir des cours philosophiques, à la Maison de la Laïcité Hypathia, rue des Deux Ponts, 19 à 1340 Ottignies-Louvain-La-Neuve, de 10 à 15h.
Léonard a encore frappé. Je parle évidemment du primat de Belgique, qui a cru utile de déconseiller aux divorcés d’enseigner la religion ou d’exercer une fonction de direction dans l’enseignement catholique.
L’affaire fait grand bruit, et les représentants de l’enseignement catholique, notamment, s’indignent au nom de la vie privée, du refus de la discrimination à l’embauche, etc. Et certes, il est un peu surprenant d’exiger d’un enseignant ou d’un directeur d’école un état civil particulier.
Pourtant, n’est-ce pas ce que l’Eglise catholique fait très communément, lorsqu’elle interdit la prêtrise aux femmes, ainsi bien sûr qu’aux hommes mariés - ou aux homosexuels ? Il est rare qu’on parle alors de discrimination à l’embauche, tant il est admis que la profession de prêtre n’est pas tout à fait comme les autres, et, surtout, que l’Eglise a bien le droit de décider qui, et selon quels critères, est apte à prêcher la parole de Dieu dans Sa maison. Cela ne la rend ni moderne, ni en phase avec les réalités de ce temps, mais encore une fois, rien ne l’y oblige.
Si le mission de l’école chrétienne consiste bien à « évangéliser en éduquant » (1), si elle a « la conviction qu'elle n'humanise en plénitude qu'en ouvrant à Dieu et au Christ. », si « Les écoles catholiques et l'Église se reconnaissent mutuellement comme des partenaires privilégiés, inspirés à une source commune: celle de l'Évangile annoncé par Jésus- Christ » et si l’Eglise maintient que la chasteté, la fidélité et l’hétérosexualité sont voulues par Dieu, alors il n’y a pas à tortiller , et Léonard a raison de ne pas vouloir confier l’éducation des rejetons de bonnes familles chrétiennes à ces pécheurs de divorcés. On se demande simplement pourquoi il ne conseille pas pareillement aux célibataires ayant perdu leur pucelage, aux époux infidèles et aux homos de s’abstenir également de souiller son école chrétienne de leurs turpitudes. Et le distingo vie privée / vie publique semble en l’occurrence une ratiocination de rationaliste ou de laïque, totalement absurde pour qui se donne pour mission d’élever les âmes vers le Christ.
Si en revanche l’enseignement catholique « inscrit son action dans la logique du service public en s’ouvrant à tous ceux qui acceptent son projet, quelles que soient leurs convictions », alors l’école chrétienne devient l’école de tous, et en tant que service public, elle ne peut discriminer qui que ce soit sur une base aussi éminemment non pertinente que la situation matrimoniale. Et dans ce cas, Léonard a tout faux.
Le hic, c’est que l’école chrétienne se cherche : tantôt elle se veut « service public fonctionnel » à peine teinté d’un chouia de pluralisme situé, tantôt elle se veut évangélisatrice, missionnaire, prosélyte même. Ce qui lui permet à la fois de percevoir de généreux subsides publics et de revendiquer son enracinement religieux.
Alors moi, je proposerait bien un deal à André-Joseph Léonard : on lui laisse ses directeurs et enseignants mariés, fidèles et tout le toutim, et lui, il renonce à ses subsides publics. Comme ça, tout le monde est content. Et pour ceux qui ne le seraient toujours pas, il reste l’enseignement officiel, qui accueille tout le monde dans le respect de ses convictions et en se foutant comme d’une guigne de sa vie privée.
On fait comme ça ?
Ce blog se veut, entre autres choses, un espace de libre critique des tentatives d'immixtions
du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et
religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée,
au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle
soit.
Bonsoir Nadia,
Bien dit! Puis-je ajouter que je suis particulièrement reconnaissant à l'évêque de te donner l'occasion de rappeler certains "détails". Nous sommes tellement imbibés de ce système que notre exécutif communautaire a inventé un Conseil consultatif supérieur des cours philosophiques dans lequel le SEGEC est invié à siéger. C'est comme si la Conférence des évêques invitait le RAPPEL à ses travaux n'est-ce pas.
Par ailleurs, combien d'enseignants et de parents sont-ils conscients de ce qui les attend dans ces écoles "de qualité"? Combien de profs officiant dans l'enseignement public sont-ils aussi avisés de la nature de leurs obligations en tant que fonctionnaires publics censés appliquer les "décret missions"? J'ai en revanche entendu l'un ou l'autre prof de l'enseignement privé catholique tout heureux de l'existence de ce décret qui leur sert de bouclier pour grapiller des espaces de liberté. Le hic c'est que le Législateur communautaire a pris des dispositions qu'il sait pertinemment ne pas pouvoir imposer à ce réseau particulièrement puissant. On peut saluer la prise de parole de l'Abbé Éric de Beukelaer lors des obsèques de Philippe Grollet et admirer cette relation d'estime entre deux hommes que tout opposait sur le plan philosophique mais ce fait ne doit pas nous brouiller l'esprit. L'Eglise catholique apostolique et romaine a toujours deux fers au feu, au moins.
Ses écoles restent un cheval de bataille à l'efficacité redoutable et nous sommes en définitive peu nombreux à le dire et à le répéter. Plus aucun des grands partis qui traditionnellement inscrivaient la défense de l'école publique dans leurs programmes ne l'a fait depuis bien longtemps. Le quasi-marché scolaire est passé par là, il repassera ici!!!
J'adore l'évêque et son patron du Vatican. Tant qu'on en tient deux comme ça je suis rassuré, ils constituent un rappel vivant du fait que nous avons manqué de vigilance dont le symbole est le coq. Quand je pense que certains flamingants veulent lui substituer un lion sur les clochers de leurs église, je me marre.
Chère Nadia,
Sais-tu que Caroline F.vient parler Wolulibilis( lieu diabolique à la gloire du Désir) le 11 octobre 2011 à 11h00.Sujet : Entre multiculturalisme et populisme.
Si la pluie n'est pas de la partie je viens en Scooter électrique qui craint la pluie (pas moi) fameuse batterie LIon.
Salut peut-être à plus.
Jean-Jacques
A ma connaissance, l'Eglise catholique n'a jamais été très fan des divorcés...Cette position est certes en décalage avec l'évolution de la société (encore que celle-ci a entamée ces dernières années un mouvement de courbe rentrante en matière de moeurs) mais elle n'est pas du tout neuve...
Pendant ce temps là la Tunisie est entrain de passer dans l'escarcelle de nos chers amis les islamistes...
"on lui laisse ses directeurs et enseignants mariés, fidèles et tout le toutim, et lui, il renonce à ses subsides publics"
Je suppose que vous prévoyez une exemption d'impôt au prorata du financement de l'école publique pour les chrétiens qui en ont marre de jouer les cochons payeurs pour un enseignement public inefficace, décadent et promoteur de valeurs absurdes contraires aux leurs.
Ben non. Parce que l'enseignement public est l'enseignement de tous, pour tous, et que si certains ne s'en satisfont pas et créent d'autres écoles, il est logique qu'ils les financent eux-mêmes. J'ajoute qu'on paie des impôts pour l'enseignement ou les allocations familiales même si on n'a pas d'enfant, pour l'entretien des routes mêmes si on n'a pas de voiture, pour les transports publics même si on leur préfère la voiture, etc. Ca s'appelle la solidarité.
Le fait que l'enseignement public soit financé par tous les citoyens quelque soient leurs convictions religieuses est totalement légitime m'incite justement à considérer comme peu respectueux des contribuables d'avoir pris par exemple comme "saint patron" pour d'une haute école un anarchiste prônant un athéisme militant comme Francisco Ferrer...Que l'on veuille ou non, l'athéisme est également une croyance...
Il y a des écoles catholiques qui s'appellent Galilée, ça m'interpelle aussi... Plus sérieusement, Francisco Ferrer ne peut être réduit à son athéisme ni à son anarchisme, et la haute école qui porte son nom ne porte certainement pas un message athée. Là me semble l'essentiel.
Désolé mais il y a toute une symbolique dans le fait de choisir un "parrain" à une école. Vous le savez très bien...Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que l'ULB, établissement privé, a un auditoire a son nom...Vous me direz qu'en France, il y a des lycées Diderot mais, lui, au moins, il avait la caractéristique d'être Français...
Bref, en prenant le nom de Francisco Ferrer, les responsables ont choisi la logique de l'affrontement symbolique avec l'autre partie de la population tout en étant les représentants d'un service publique sensé être au minimum neutre...
Maintenant, il est vrai que cela ne changera pas grand chose à la teneur de l'enseignement fourni par les établissements...
Au fait, vous, vous êtes partante pour une haute école Kim Il Sung???
Ferrer est surtout à mes yeux le symbole du combat pour une école moderne, rationnaliste et laïque (pas athée !), exécuté pour ses idées. Je ne vois aucune provocation dans le fait que l'école officielle se dise laïque, c'est bien la moindre des choses - et cela ne correspond hélas pas à la réalité belge, ou l'école officieille n'est PAS laïque.