N'aie pas peur, Benoît !

Publié le par Nadia Geerts

A l’heure où l’Eglise catholique se distingue par les scandales de pédophilie qui la frappent – « qui la frappent », voilà que je me mets à parler comme un évêque, comme s’il s’agissait de calamités naturelles… ­- je me prends parfois à rêver que cette Eglise renoue un peu avec la très sainte humilité dont on nous bassine chaque dimanche sur les ondes de notre radio publique. Apparemment, c’est pas encore pour cette fois.


Le pape a en effet jugé bon, alors qu’il recevait en audience l’ensemble du corps diplomatique accrédité auprès de la seule théocratie d’Europe, de condamner les cours d’éducation sexuelle ou civique imposés aux pauvres gosses de certains pays européens. C’est que vous comprenez, ces cours véhiculent « des conceptions de la personne et de la vie qui reflètent une anthropologie contraire à la foi et à la juste raison ».

Alors moi, je suis d’un naturel patient (si si), mais là, j’ai quand même envie de lui demander ce qu’il en sait, ce vieux type en soutane, de la juste raison ? Et puis aussi ce qu’il en sait, tant qu’on y est, de la sexualité. Désolée, mais quand on adore une soi-disant vierge ayant mis au monde un enfant grâce aux œuvres du Saint-Esprit, quand on éprouve une sorte de crainte mêlée de dégoût et (quand même) de fascination forcément perverse pour l’acte d’amour charnel, il me semble qu’on se disqualifie à tout jamais pour causer de manière crédible d’éducation sexuelle.

De quoi a-t-il peur, notre bon pape ? Que plutôt que de fabriquer des frustrés incapables de comprendre ce qui se passe dans leur corps à l’âge des premiers émois, l’école s’attèle à fabriquer des êtres épanouis, bien dans leur peau, sachant se respecter et respecter l’autre, bref pas vraiment des proies pour les curés et les nonnes coincés au stade du touche-kiki, ni plus largement pour le séminaire ?

De quoi a-t-il peur, lorsque l’école se mêle d’éducation civique ? Qu’on enseigne aux enfants les fondements de la démocratie et la longue liste de ce qu’elle a dû arracher aux théocrates de tout poil pour que les hommes aient enfin (et encore, pas partout, loin s’en faut) le droit à la liberté de conscience et d’expression, en ce compris le droit de ne pas croire ses fadaises ?

Tiens, puisque Benoît XVI semble avoir si peur, j’aimerais lui rappeler cette phrase de Marx :« Le christianisme est sûr de sa victoire, mais il n'en est pas si sûr qu'il en dédaigne l'aide de la police. »[1]

Parce que bon, il y a quand même un truc que je comprends pas : si donc Dieu existe, et qu’il est nécessairement à la fois infiniment bon et infiniment puissant (ce qui déjà m’épastrouille, quand on voit le monde, m’enfin bon, acceptons le postulat), pourquoi diable le pape et les autres illuminés de sa clique (ou d’une clique concurrente) doivent-ils passer leur temps à nous mettre en garde, à protester, à condamner, à déplorer et à juger ? Si, pour faire simple, Dieu avait voulu que l’éducation sexuelle et civique n’existent pas, pas plus d’ailleurs que les homos, l’avortement, la contraception, l’euthanasie et toutes ces horreurs contraires à la juste raison, pourquoi ces choses existeraient-elles quand même ? Sans même parler évidemment des prêtres pédophiles, des nonnes vicelardes et autres calamités naturelles.

Enfin bref, moi, j’ai envie de lui dire, au pape, qu’il lâche un peu le domaine terrestre et s’occupe de son job, c’est-à-dire le domaine des cieux, de l’au-delà, des anges, de Saint-Pierre et tout le toutim. Là, il est sûrement vachement fort. Mais par pitié, pour le reste, qu’il se taise.

Amen.

 

P.S. Tiens, il m’a tellement énervée que je n’ai même pas envie de m’étendre davantage sur sa tirade sur la liberté religieuse, si malmenée dans “ des pays dans lesquels on accorde une grande importance au pluralisme et à la tolérance, mais où la religion subit une croissante marginalisation.

On en arrive ainsi à exiger que les chrétiens agissent dans l’exercice de leur profession sans référence à leurs convictions religieuses et morales, et même en contradiction avec celles-ci. Comme, par exemple, là où sont en vigueur des lois qui limitent le droit à l’objection de conscience des professionnels de la santé ou de certains praticiens du droit ».

 



[1] Marx, Sur la religion, Paris, Recueil des Éditions Sociales, 1972, p. 25

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