Réforme du calendrier scolaire : au-delà du cosmétique

Publié le par Nadia Geerts

Cette carte blanche a été proposée à La Libre le 29 mars 2013, laquelle l'a refusée ce 1er avril.

Le récent décret relatif aux congés scolaires fait couler beaucoup d’encre. Chose étonnante pour un décret qui n’apporte pas grand chose de neuf, en vérité et fort malheureusement.

 

La seule chose qu’apporte en effet ce décret, c’est un mode de calcul des dates des congés scolaires qui vaille une fois pour toutes, alors que jusqu’ici, la Fédération Wallonie-Bruxelles devait établir tous les deux ans le calendrier des deux années à venir. Rien de bien révolutionnaire en cela, les noms desdits congés étant déjà déconfessionnalisés depuis 2000 et 2005 (pour le congé de Toussaint devenant congé d’automne).

Faut-il voir dans cette mesure cosmétique une tentative de nier « nos racines », dans une tentation autoritaire insufflée par les milieux laïques et maçonniques se faisant pour l’occasion les alliés objectifs des « phalanges gauchistes et islamistes » ? Ou au contraire un premier pas, d’une regrettable timidité, vers l’application du principe de neutralité – consacré par les décrets de 1994 et 2003 – de l’enseignement officiel belge francophone ?

 

Si la neutralité consiste à ne privilégier ni discriminer aucune conviction, rappelons en effet que le calendrier des jours de congé en vigueur dans l’école officielle actuelle est tout, sauf neutre : sur dix jours de congés légaux, six sont d’inspiration chrétienne – et cinq d’entre eux tombent en période scolaire – : le lundi de Pâques, l’Ascension, le lundi de Pentecôte, l’Assomption, la Toussaint et la Noël. Quatre sont d’inspiration non-religieuse : le 1er janvier, le 1er mai, le 21 juillet et le 11 novembre. Aucun n’est inspiré d’une religion autre que chrétienne.

 

Loin de moi l’idée de vouloir nier les spécificités de la culture occidentale et européenne, ni les apports du christianisme à celle-ci. Mais force est de constater qu’à l’heure actuelle, si certaines fêtes comme Noël ou le Carnaval - d’ailleurs d’origine païenne – sont entrées dans le domaine culturel, il n’en va pas de même pour d’autres, telles l’Ascension ou la Pentecôte, qui restent indissolublement liées au christianisme et sans signification aucune pour un musulman, un juif ou un athée.

A cela s’ajoute que le calendrier des congés scolaires, pour déconfessionnalisé qu’il soit à première vue, n’en continue pas moins à privilégier les petits catholiques, lesquels n’ont pas à bénéficier du moindre « mot » de leurs parents ni de la moindre compréhension de leur école pour célébrer dignement leurs fêtes religieuses. Notons également que les différents congés continuent à être calculés sur base du 1er novembre, du jour de Noël et du jour de Pâques… Les élèves juifs, quant à eux, n’ont qu’à se débrouiller pour fêter Roch Hachana ou le Youm Kippour, de même que les élèves musulmans ou orthodoxes devront « s’arranger » pour concilier l’Aïd ou le Noël orthodoxe avec leurs obligations scolaires. Ceci sans même parler des enseignants, pour qui le problème est d’autant plus complexe qu’ils ne sont pas censés témoigner de leurs convictions devant leurs élèves – ce qu’ils feraient inévitablement en s’absentant pour célébrer une fête religieuse non prévue au calendrier officiel.

Que faire alors ? Surtout ne rien changer, au nom des traditions séculaires de la Belgique ? Opter pour un « pluralisme actif » en introduisant dans le calendrier officiel des fêtes religieuses non chrétiennes, signe de la reconnaissance de la diversité culturelle présente en Belgique ?

Si la première option me semble incompatible avec la neutralité de notre enseignement officiel, la seconde me semble irréaliste, mais aussi contraire au principe de laïcité que je défends, car il est selon moi la seule manière de traduire dans la pratique l’exigence théorique de neutralité qui s’impose à tout Etat démocratique.

A quand, dès lors, une réelle réforme du calendrier scolaire, qui alterne semaines de cours et semaines de repos dans le souci unique d’harmoniser le rythme de travail des enfants et enseignants, sans se préoccuper des fêtes religieuses des uns ni des autres, qu’il resterait loisible à chacun de célébrer dans la sphère privée ?

 

Nadia Geerts

Agrégée en philosophie, auteur de « Ecole, profs, élèves : La neutralité n’est pas neutre ! » (La Muette 2012)

 

Voir la carte blanche de Drieu Godefridi dans La Libre du 29 mars 2013.

On pourrait gloser longtemps sur les origines païennes de Noël, de même dailleurs que sur les origines chrétiennes du 1er janvier, mais là nest pas le propos.

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