Vous avez dit "service public" ?

Publié le par Nadia Geerts

Chaque année, c’est la même chose. A la rentrée scolaire, la chaîne publique nous abreuve de reportages sur les institutrices qui préparent leur classe, les directeurs qui sont fins prêts, la première journée des petits bouts à l’école,…

Normal, c’est la rentrée. Ce qui l’est moins, c’est que tant de ses reportages soient réalisés dans l’enseignement « libre » confessionnel catholique.

 

Passe encore que le libre confessionnel tente de se présenter comme un « service public fonctionnel ». Késako ? C’est simple : c’est un service qui n’est pas public, mais en fait c’est tout comme, parce qu’il fait le même boulot, vous comprenez ? Un peu comme si je créais ma petite milice privée et que je revendiquais ensuite des subsides égaux à ceux de la police, sous prétexte qu’après tout je fais bien mon boulot et que j’assure après tout moi aussi une mission de service public en assurant la sécurité de mes concitoyens. Bon d’accord, les milices privées, c’est pô bien, c’est d’ailleurs interdit, ma comparaison vaut donc ce qu’elle vaut. Mais enfin il y a de ça.

Or donc, l’enseignement confessionnel est passé maître dans l’art de clamer qu’il est ouvert à tous, qu’il est fini le temps de l’évangélisation, qu’on y respecte la diversité des convictions,... Nombre d’enseignants et de parents se joignent d’ailleurs à ce chœur émouvant, protestant que les enfants sont choyés, les locaux agréables, la formation de qualité, et qu’au cours de religion on ne parle même pas de Jésus, c’est vous dire si ces gens-là sont ouverts.

Par ailleurs, le Secrétariat général de l’enseignement catholique (SEGEC) s’est fendu en 2007 d’un petit mot explicatif sur les « missions de l’école chrétienne ». Ces dernières, en effet, prétendaient « évangéliser en éduquant », le tout « à la lumière de Jésus-Christ ». On peut donc lire aujourd’hui sur le site su SEGEC que

« Dans une société déconfessionnalisée, s’adressant à un public pluriel, l’enseignement catholique ne doit-il pas réaffirmer son identité chrétienne? Comment réconcilier espace public et convictions personnelles? L’enseignement catholique entend répondre à ces questions en rappelant son projet: être au service du jeune dont il espère faire une personne de conviction, qui prend sa place dans la société d’aujourd’hui. Et cette mission, il la remplit en faisant résonner la parole de Dieu et en gardant vivante la mémoire de son histoire. C’est de tout cela qu’il est question dans "Mission de l’école chrétienne". La philosophie générale du document est bien, en effet, de rechercher des articulations, des liens entre des éléments qu’on aurait plutôt tendance à séparer. Du texte, on peut dégager trois accents principaux: le premier, le choix de parler d’identité plutôt que de spécificité; ensuite, l’affirmation d’une unité entre formation humaine et formation chrétienne; enfin, l’articulation de la mission pastorale de l’école sur sa mission sociale. » (…) Il était important de redire qu’il s’agit bien de faire de l’éducation à la lumière de l’Évangile, en étant guidé par la conviction que la voie qu’Il propose conduit à être pleinement humain. Quant aux valeurs, si elles ne sont pas l’apanage des seuls catholiques, elles revêtent une signification particulière en ayant été assumées de façon radicales par Jésus, qui leur a donné une force et un éclat singuliers.

Au fond, c’est un peu comme cette histoire de service public fonctionnel : l’enseignement confessionnel catholique est catholique, mais pas trop. Juste assez pour rassurer les parents soucieux de mettre leurs rejetons dans une école où la tradition, le respect, les valeurs et tout ça ont encore un sens, dans un monde où tout fout le camp ma bonne dame. Pas trop, histoire de ne pas effrayer les gentils parents athées ou d’une autre confession, pour qui l’école Saint-Machin est la plus proche.

C’est de bonne guerre. Et c’est évidemment ce qui permet à Benoit Lutgen de revendiquer, avec un sens de l’à propos qui force le respect en ces temps de disette, le financement du réseau libre (ultra majoritairement catholique, faut-il le rappeler) à hauteur de l’officiel. Ben oui, vous comprenez : on fait la même chose que ceux de l’officiel, mais autrement (et souvent mieux, entend-on si on tend bien l’oreille). On tient à notre autonomie, ça oui : pas question de devoir calquer nos programmes sur ceux de l’officiel, quand même, faut pas exagérer ! Mais on tient à avoir des sous aussi, et autant que les autres, parce que sinon, c’est pas juste.

 

Mais la RTBF, radio et télévision de service public, doit-elle vraiment se prêter à cette comédie ? Dans « service public », n’y a-t-il pas « public » ? Pourquoi alors tendre si souvent son micro à des directeurs, enseignants, parents où élèves du réseau  dit « libre », dont la mission évangélisatrice est toujours affirmée dans les textes ? N’y a-t-il pas suffisamment d’écoles communales et athénées royaux (vous savez, ceux où les enfants de roi ne vont jamais) près de la RTBF ? (Amis journalistes, si vous voulez, je peux vous donner des adresses.)

 

Je sais : on me dira que la guerre scolaire, c’est du passé. Que les écoles libres d’aujourd’hui sont vachement ouvertes (c’est possible), qu’elles sont meilleures que celles de l’officiel (j’en doute fort), que j’ai bien tort de me focaliser sur un texte alors que sur le terrain, c’est tout différent…

Soit. Eh bien, Messieurs et Mesdames du libre confessionnel catholique, si vous faites vraiment la même chose que vos collègues de l’officiel, si vous avez vraiment renoncé à évangéliser nos chères têtes de toutes les couleurs, si vous êtes prêts à introduire des cours de morale non-confessionnelle, de religions (les autres que la vôtres) en attendant la suppression de tout ce bazar au profit d’un cours commun à tous, j’ai une idée toute simple :

 

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