Walibi: j'en suis baba...

Publié le par Nadia Geerts

Ainsi donc, le parc d’attraction Walibi a décidé d’offrir – enfin, façon de parler – la possibilité à ses clients d’éviter les files, contre la modique somme de 35 euros. Qui viennent s’ajouter au prix du ticket d’entrée, évidemment. Et Philippe Courard de s’indigner contre cette mesure discriminatoire, injuste, qui ouvre la porte à une société à deux vitesses, et j’en passe.

 

Ah ben oui, c’est un scoop : notre société, le monde même, n’est pas juste. Oui, il vaut mieux être jeune, beau, riche et intelligent que vieux, moche, pauvre et con. Et vous savez quoi ? Il y a même des gens qui sont tellement dans la dèche qu’ils n’ont même pas les moyens d’aller à Walibi-avec-files. Si si. Et il y a même des gens tellement cons que, même dans la dèche, ils vont encore payer des sommes pas possible pour mal bouffer et mal boire, un samedi de juillet, sous un soleil tapant, en faisant la file devant une attraction qui leur fera ensuite tout dégueuler aussi sec. Si je puis dire.

Mais je m’égare.

Donc, les files.

Selon Madame Crucifix, porte-parole de Walibi, les files, pour certains clients, ce sont des endroits de convivialité. A l’entendre ce matin sur la Première, elle semblait même croire qu’il y avait des gens qui allaient dans son parc rien que pour ça : des groupes d’amis, des copains qui, plutôt que de s’emmerder comme des rats morts en se baladant tous ensemble en forêt de Soignes (gratuit), préfèrent payer chacun une trentaine d’euros pour pouvoir aller papoter joyeusement dans une file, si possible bien longue, parce que rien n’est plus exaspérant que de devoir interrompre une conversation pour gueuler en levant les bras dans les descentes. Et ces gens-là, évidemment, préféreraient mourir plutôt que de devoir se priver de files.

Moi, ce qui m’épastrouille, dans tout ça, c’est que Philippe Courard, secrétaire d’Etat aux familles, semble découvrir le monde comme il va. Comme si le privilège de ceux qui ont du fric par rapport à ceux qui n’en ont pas était limité au nouveau système tarifaire de Walibi :

« WALIBI, en prenant cette décision, se profile comme un parc d’attractions pour familles les plus riches et non pour toutes les familles, commente Philippe COURARD. L’appât du gain lui fait en outre oublier tout sens pédagogique de base : comment expliquer à un enfant qu’il doit faire la file alors qu’il en voit d’autres passer devant lui, juste parce que papa et maman ont plus de sous ? »

Exactement,  Monsieur Courard, comme des chiées de parents expliquent chaque jour à leurs enfants

  • qu’ils doivent prendre leurs tartines et une gourde d’eau à Walibi alors que d’autres peuvent se bâfrer de délicieuses saloperies ;
  • qu’ils n’iront pas à Walibi mais faire une chouette promenade au parc de Tervuren ;
  • qu’ils n’auront pas un nouveau cartable à la rentrée, même si l’autre fait hyper ringard et tape la honte ;
  • qu’ils n’iront pas au sport d’hiver cette année, pas plus que les précédentes d’ailleurs, et que pour apprendre à skier ils attendront les classes de neige ;
  • qu’ils n’iront pas en vacances cette année, mais que papa et maman ont un tas d’idées d’excursions chouettes et pas chères, avec gourde et tartines ;
  • qu’ils n’auront pas de nouveaux vêtements, puisque ceux du grand frère leur vont comme un gant et sont à peine usés.

Je pourrais poursuivre longtemps, mais l’idée est simple : le monde, Monsieur Courard, est injuste. Et Walibi n’est pas une asbl, n’a de vocation ni sociale ni culturelle et n’a jamais prétendu faire de la pédagogie. Walibi fait du business, point. Avec les gogos qui accepteront de payer plus du double du ticket de base pour ne pas faire la file. Libre à chacun d’accepter de marcher ou non dans le système, au demeurant fondé sur la rentabilité. Mais, que je sache, l’accès à Walibi n’est pas encore un droit fondamental reconnu à chaque enfant. Et je serais tentée de dire que c’est heureux. Par contre, ce serait vraiment bien si les droits fondamentaux de chaque enfant pouvaient enfin être respectés. Si plus aucun enfant ne dormait dans la rue, si plus aucun enfant ne mourait victime de mauvais traitements, si tout enfant mangeait à sa faim, si chaque enfant pouvait grandir et s’épanouir, accéder à la culture, à la connaissance. Si l’école pouvait être un levier d’émancipation plutôt qu’un outil de reproduction sociale. Si…

 

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