La question
du voile à l’école est à nouveau au centre des débats à Bruxelles. Aujourd’hui, cinq
établissements secondaires de la capitale autoriseraient encore le port du foulard islamique : l’Athénée Serge Creuz, l’Athénée royal de Ganshoren, le Lycée Guy Cudell, l’Institut
des Filles de Marie et l’Athénée Alfred Verwée. Mais les deux derniers pourraient bientôt modifier leur règlement d’ordre intérieur en vue de l’interdire… comme tout couvre-chef.La région
bruxelloise compte actuellement 98 écoles. Et le port du voile est déjà interdit dans 93 de ces établissements. Cette décision est laissée pour l’heure à l’appréciation des chefs d’établissement
puisqu’il n’existe aucun décret qui interdise – ou autorise – le port de signes
convictionnels à l’école. Une situation qui complique la tâche des directions qui craignent les recours en justice. On apprenait justement hier que l’ASBL Justice and Democracy annoncait étudier la possibilité de saisir le Conseil d’État pour contester le règlement qui interdirait le port du foulard à
l’Athénée Alfred Verwée. Même son de cloche chez Amnesty International, qui invite les autorités à ne pas interdire totalement le port de
tenues et de signes religieux dans les écoles. En effet, selon l’association, une interdiction totale irait à l’encontre de la liberté des élèves et des professeurs d’exercer leurs droits à la
liberté d’expression et de religion.Pour Nadia Geerts, philosophe, professeur à la Haute École de Bruxelles et auteure de « Fichu voile » aux éditions Luc Pire, il faut au contraire légiférer. « Il semble que
l’interdiction via ces règlements ne revête pas une force juridique suffisante. Il faut donc en passer par un décret. »Mais si le voile venait à être purement et simplement banni de
toutes les écoles, quel serait le risque de voir se créer de nouveaux établissements confessionnels musulmans, prêts à accueillir ces
élèves bien décidés à afficher leurs convictions religieuses? « L’argument avait été brandi en France par les opposants à l’interdiction des
signes ostentatoires. Dans mon livre, je faisais le constat que seules 4 écoles islamiques avaient vu le jour suite à la loi de 2004. Il y a fort à parier qu’il en irait de même en Belgique. Je
ne pense pas en effet que l’ensemble des musulmans soient si attachés que ça au port du voile. La question n’agite en réalité qu’une minorité de
fondamentalistes, qui d’ailleurs ne se contenteraient pas de voir le voile autorisé, mais demanderaient une école en tous points conforme à leur vision religieuse: repas conformes aux
prescrits religieux, présence transversale d’un référentiel religieux dans tous les cours, etc. Des écoles islamiques existent d’ailleurs déjà pour cette fraction-là de la
population. »Actuellement, il ne s’agit pas d’une décision collégiale mais plutôt le fait de quelques établissements. La législation n’impose
rien en la matière. Un problème selon vous?« Oui, très certainement. D’abord pour les raisons purement juridiques évoquées plus haut, mais aussi parce que la situation actuelle renforce la ghettoïsation des établissements scolaires: il y a aussi des jeunes filles qui viennent de loin pour pouvoir fréquenter une école où elles peuvent
porter le voile. A titre d’exemple, en 2007, lorsque l’athénée Andrée Thomas a décidé d’interdire les signes religieux, plus d’un tiers des élèves filles portaient le voile au sein de
l’établissement. J’ajoute que certaines jeunes filles (ou certains parents) font le choix d’une école non parce qu’elle convient à leurs aspirations en matière de qualité de l’enseignement, de
choix de section, d’orientation, etc. mais uniquement parce qu’elles peuvent porter le voile.Cela ne me paraît pas un critère de choix à
encourager.«
Ceci n’est pas un article, mais un coup de gueule. Depuis quelques semaines en effet, on entend abondamment parler dans la presse du rapport rendu par le Réseau européen contre le racisme (Enar), pointant l’ « islamophobie » alarmante qui toucherait l’ensemble de l’Europe. Islamophobie ? Racisme ? Sexisme ? Laïcité ? L’Enar se s’embarrasse pas, semble-t-il, de ces distingos subtils…
Il faudrait en effet d’abord qu’on m’explique pourquoi un réseau de lutte contre le racisme s’intéresse à la discrimination envers les musulmans. J’ignorais en effet que l’islam soit une ethnie, et j’en connais, Sénégalais, Bosniaques ou Français « de souche » qui seraient très surpris d’apprendre qu’ils appartiennent à la même « minorité ethnique », dont le public persiste à avoir une perception négative, si l’on en juge par le rapport rendu par l’Enar.
Bref. Acceptons le cadre un brin cafouilleux, et penchons-nous donc sur les discriminations dont sont victimes les musulmans dans tant de pays européens. Une « islamophobie », donc, qui touche particulièrement les femmes.
Tiens donc… C’est bizarre, ça… Pourquoi donc les femmes, alors qu’on a tant entendu louer, dans les décennies passées, le fait que les filles « issues de l’immigration » (pardon, voilà que je me mets moi aussi à confondre ethnie, origine et religion) s’intégraient tellement mieux, réussissant souvent fort bien à l’école tandis que leurs frères, moins conscients de tout ce qu’ils avaient à conquérir via l’instruction, tenaient les murs des cités…
Pourquoi les femmes, donc ? La suite de la phrase nous l’apprend : « à cause de leur tenue vestimentaire », selon Sarah Isal, membre d’Enar.
Nous y voilà. On est donc passés en quelques lignes du racisme qui persiste en Europe, particulièrement envers les minorités ethniques, aux discriminations envers les musulmans, puis à l’islamophobie qu’exprime sans nul doute possible l’interdiction du voile islamique dans certaines fonctions.
Quel admirable tour de passe-passe ! Si donc une femme se voit refuser un emploi parce qu’elle porte le voile, si une fille se voit imposer d’enlever son voile à l’école, peu importe qu’elle s’appelle Malika, Anka, Bintou, Indah ou Marie-Thérèse, peu importe sa couleur de peau ou son origine nationale, peu importent les motifs que l’on peut avoir de lui demander de retirer son voile : c’est de l’islamophobie, de la discrimination raciale, du racisme.
Et personne ne semble se rendre compte que même dans certains pays musulmans, le voile – et parfois même la barbe ! – est interdit dans certaines fonctions, sans que nul ne songe, et pour cause, à y voir la moindre preuve d’islamophobie.
Alors oui, la discrimination religieuse existe certainement. Par exemple lorsqu’on suppose qu’Abdallah ou Rachida sont certainement musulmans, et vont donc émettre des revendications particulières, avoir des comportements dérangeants, etc. et ce alors qu’Abdallah ou Rachida n’ont rien dit ou fait qui puisse laisser présager de cela.
Mais si, se fichant comme d’une guigne de la religion d’Abdallah ou Rachida, on refuse de les engager sur la base seule de leur patronyme et de leur origine ethnique réelle ou supposée, c’est du racisme.
Et si, se fichant comme d’une guigne de l’origine de Fabienne, on lui demande de retirer le voile qui couvre sa tête, ce ne sera de la discrimination religieuse que si dans le même temps, Jonathan arbore une belle grande croix autour de cou et que Moshé arbore sa kippa sans que nul n’y trouve rien à redire.
Et cette manière d’amalgamer tout et n’importe quoi, dans l’intention évidence de disqualifier toute exigence laïque, c’est tout simplement insupportable.
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