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Agenda

Le 6 mars 2013: conférence à Virton à 20h sur le thème "Lutter contre l'islamisme, est-ce faire le lit de l'extrême droite ?" A la salle « Nos Loisirs », rue Léon Colleaux à Saint-Mard (Virton). Participation aux frais : adultes : 3 euros ? étudiants : 1 euro. Renseignements: 063/57 93 55

Le 7 mars 2013: séance de signatures de "La neutralité n'est pas neutre !" à la Foire du Livre de Bruxelles, de 17 à 18h, sur le stand La Muette/Interforum.

Le 8 mars 2013 à 20h: Journée internationale des droits des femmes à Neupré. "Femmes des années 2000: Anne-Joëlle Philippart, Nadia Geerts et Natacha Kowalski". "La soirée sera colorée musicalement par le récital "Portraits de Femmes", kaléidoscope lyrique autour des grandes figures amoureuses et romantiques de l'Opéra et de la mélodie..."

Le 20 mars 2013 à 19h : Conférence-débat "L'égalité hommes-femmes au regard de la laïcité de l'Etat", organisée par les Femmes MR de Schaerbeek. Intervenants: Nadia Geerts, (auteure, initiatrice du R.A.P.P.E.L, professeur de philosophie); Viviane Teitelbaum (auteure, députée MR, Présidente du Conseil des Femmes, licenciée en journalisme et relations internationales); Georges Verzin (chef de groupe MR au conseil communal de Schaerbeek, licencié en sciences politiques, diplomatiques et financières, également actif au sein du R.AP.P.E.L.).  Au Centre culturel de Schaerbeek, rue de Locht 91-93 à 1030 Schaerbeek.

Le 23 mars 2013 à 11h30, conférence et vin philo sur le thème "Liberté et transgression", dans le cadre du Festival Philo Escales à la Ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve. Plus d'infos sur http://www.escales.be/LIBERTE-ET-TRANSGRESSION-par-Nadia-Geerts-Conference-Vin-philo_a74.html

Texte Libre

Laïcité - religions

Dimanche 7 avril 2013 7 07 /04 /Avr /2013 12:15

Ceci n’est pas un article, mais un coup de gueule. Depuis quelques semaines en effet, on entend abondamment parler dans la presse du rapport rendu par le Réseau européen contre le racisme (Enar), pointant l’ « islamophobie » alarmante qui toucherait l’ensemble de l’Europe. Islamophobie ? Racisme ? Sexisme ? Laïcité ? L’Enar se s’embarrasse pas, semble-t-il, de ces distingos subtils…

 

Il faudrait en effet d’abord qu’on m’explique pourquoi un réseau de lutte contre le racisme s’intéresse à la discrimination envers les musulmans. J’ignorais en effet que l’islam soit une ethnie, et j’en connais, Sénégalais, Bosniaques ou Français « de souche » qui seraient très surpris d’apprendre qu’ils appartiennent à la même « minorité ethnique », dont le public persiste à avoir une perception négative, si l’on en juge par le rapport rendu par l’Enar.

 

Bref. Acceptons le cadre un brin cafouilleux, et penchons-nous donc sur les discriminations dont sont victimes les musulmans dans tant de pays européens. Une « islamophobie », donc, qui touche particulièrement les femmes.

Tiens donc… C’est bizarre, ça… Pourquoi donc les femmes, alors qu’on a tant entendu louer, dans les décennies passées, le fait que les filles « issues de l’immigration » (pardon, voilà que je me mets moi aussi à confondre ethnie, origine et religion) s’intégraient tellement mieux, réussissant souvent fort bien à l’école tandis que leurs frères, moins conscients de tout ce qu’ils avaient à conquérir via l’instruction, tenaient les murs des cités…

Pourquoi les femmes, donc ? La suite de la phrase nous l’apprend : « à cause de leur tenue vestimentaire », selon Sarah Isal, membre d’Enar.

Nous y voilà. On est donc passés en quelques lignes du racisme qui persiste en Europe, particulièrement envers les minorités ethniques, aux discriminations envers les musulmans, puis à l’islamophobie qu’exprime sans nul doute possible l’interdiction du voile islamique dans certaines fonctions.

Quel admirable tour de passe-passe ! Si donc une femme se voit refuser un emploi parce qu’elle porte le voile, si une fille se voit imposer d’enlever son voile à l’école, peu importe qu’elle s’appelle Malika, Anka, Bintou, Indah ou Marie-Thérèse, peu importe sa couleur de peau ou son origine nationale, peu importent les motifs que l’on peut avoir de lui demander de retirer son voile : c’est de l’islamophobie, de la discrimination raciale, du racisme.

 

Et personne ne semble se rendre compte que même dans certains pays musulmans, le voile – et parfois même la barbe ! – est interdit dans certaines fonctions, sans que nul ne songe, et pour cause, à y voir la moindre preuve d’islamophobie.

Alors oui, la discrimination religieuse existe certainement. Par exemple lorsqu’on suppose qu’Abdallah ou Rachida sont certainement musulmans, et vont donc émettre des revendications particulières, avoir des comportements dérangeants, etc. et ce alors qu’Abdallah ou Rachida n’ont rien dit ou fait qui puisse laisser présager de cela.

Mais si, se fichant comme d’une guigne de la religion d’Abdallah ou Rachida, on refuse de les engager sur la base seule de leur patronyme et de leur origine ethnique réelle ou supposée, c’est du racisme.

Et si, se fichant comme d’une guigne de l’origine de Fabienne, on lui demande de retirer le voile qui couvre sa tête, ce ne sera de la discrimination religieuse que si dans le même temps, Jonathan arbore une belle grande croix autour de cou et que Moshé arbore sa kippa sans que nul n’y trouve rien à redire.

 

Et cette manière d’amalgamer tout et n’importe quoi, dans l’intention évidence de disqualifier toute exigence laïque, c’est tout simplement insupportable. 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Lundi 1 avril 2013 1 01 /04 /Avr /2013 10:48

Cette carte blanche a été proposée à La Libre le 29 mars 2013, laquelle l'a refusée ce 1er avril.

Le récent décret relatif aux congés scolaires fait couler beaucoup d’encre. Chose étonnante pour un décret qui n’apporte pas grand chose de neuf, en vérité et fort malheureusement.

 

La seule chose qu’apporte en effet ce décret, c’est un mode de calcul des dates des congés scolaires qui vaille une fois pour toutes, alors que jusqu’ici, la Fédération Wallonie-Bruxelles devait établir tous les deux ans le calendrier des deux années à venir. Rien de bien révolutionnaire en cela, les noms desdits congés étant déjà déconfessionnalisés depuis 2000 et 2005 (pour le congé de Toussaint devenant congé d’automne).

Faut-il voir dans cette mesure cosmétique une tentative de nier « nos racines », dans une tentation autoritaire insufflée par les milieux laïques et maçonniques se faisant pour l’occasion les alliés objectifs des « phalanges gauchistes et islamistes » ? Ou au contraire un premier pas, d’une regrettable timidité, vers l’application du principe de neutralité – consacré par les décrets de 1994 et 2003 – de l’enseignement officiel belge francophone ?

 

Si la neutralité consiste à ne privilégier ni discriminer aucune conviction, rappelons en effet que le calendrier des jours de congé en vigueur dans l’école officielle actuelle est tout, sauf neutre : sur dix jours de congés légaux, six sont d’inspiration chrétienne – et cinq d’entre eux tombent en période scolaire – : le lundi de Pâques, l’Ascension, le lundi de Pentecôte, l’Assomption, la Toussaint et la Noël. Quatre sont d’inspiration non-religieuse : le 1er janvier, le 1er mai, le 21 juillet et le 11 novembre. Aucun n’est inspiré d’une religion autre que chrétienne.

 

Loin de moi l’idée de vouloir nier les spécificités de la culture occidentale et européenne, ni les apports du christianisme à celle-ci. Mais force est de constater qu’à l’heure actuelle, si certaines fêtes comme Noël ou le Carnaval - d’ailleurs d’origine païenne – sont entrées dans le domaine culturel, il n’en va pas de même pour d’autres, telles l’Ascension ou la Pentecôte, qui restent indissolublement liées au christianisme et sans signification aucune pour un musulman, un juif ou un athée.

A cela s’ajoute que le calendrier des congés scolaires, pour déconfessionnalisé qu’il soit à première vue, n’en continue pas moins à privilégier les petits catholiques, lesquels n’ont pas à bénéficier du moindre « mot » de leurs parents ni de la moindre compréhension de leur école pour célébrer dignement leurs fêtes religieuses. Notons également que les différents congés continuent à être calculés sur base du 1er novembre, du jour de Noël et du jour de Pâques… Les élèves juifs, quant à eux, n’ont qu’à se débrouiller pour fêter Roch Hachana ou le Youm Kippour, de même que les élèves musulmans ou orthodoxes devront « s’arranger » pour concilier l’Aïd ou le Noël orthodoxe avec leurs obligations scolaires. Ceci sans même parler des enseignants, pour qui le problème est d’autant plus complexe qu’ils ne sont pas censés témoigner de leurs convictions devant leurs élèves – ce qu’ils feraient inévitablement en s’absentant pour célébrer une fête religieuse non prévue au calendrier officiel.

Que faire alors ? Surtout ne rien changer, au nom des traditions séculaires de la Belgique ? Opter pour un « pluralisme actif » en introduisant dans le calendrier officiel des fêtes religieuses non chrétiennes, signe de la reconnaissance de la diversité culturelle présente en Belgique ?

Si la première option me semble incompatible avec la neutralité de notre enseignement officiel, la seconde me semble irréaliste, mais aussi contraire au principe de laïcité que je défends, car il est selon moi la seule manière de traduire dans la pratique l’exigence théorique de neutralité qui s’impose à tout Etat démocratique.

A quand, dès lors, une réelle réforme du calendrier scolaire, qui alterne semaines de cours et semaines de repos dans le souci unique d’harmoniser le rythme de travail des enfants et enseignants, sans se préoccuper des fêtes religieuses des uns ni des autres, qu’il resterait loisible à chacun de célébrer dans la sphère privée ?

 

Nadia Geerts

Agrégée en philosophie, auteur de « Ecole, profs, élèves : La neutralité n’est pas neutre ! » (La Muette 2012)

 

Voir la carte blanche de Drieu Godefridi dans La Libre du 29 mars 2013.

On pourrait gloser longtemps sur les origines païennes de Noël, de même dailleurs que sur les origines chrétiennes du 1er janvier, mais là nest pas le propos.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Lundi 7 janvier 2013 1 07 /01 /Jan /2013 12:00

En Belgique, le financement public des cultes reconnus coûte annuellement plus de 100 millions d’euros. En 2012, c’est pas moins de 103,4 millions qui ont ainsi été affectés au payement des salaires et pensions des ministres des cultes. Une somme à laquelle il faut encore ajouter 2,8 millions pour les diverses subventions dont bénéficient la laïcité, le culte islamique et le bouddhisme.

Mais à ces 106,2 millions déboursés par l’Etat, il faut encore ajouter les sommes déboursées par  les communautés pour l’enseignement des religions et de la morale non confessionnelle – une somme estimée à 66 millions d’euros pour la seule Fédération Wallonie-Bruxelles -, ainsi que les sommes affectées par les pouvoirs locaux à l’entretien des bâtiments religieux. Soit, en 2011, pas moins de 80 millions d’euros.

Ce qui fait un total appréciable de plus de 250 millions d’euros.

Le débat autour du financement public des cultes n’est pas neuf. Mais il serait étonnant que suite à la publication de ces chiffres dans la presse, le débat ne soit pas ravivé. Avec, en particulier, la résurgence d’une proposition déjà ancienne d’adoption d’un système d’impôt « dédicacé ».

Passons sur la terminologie hasardeuse, issue d’une mauvaise traduction de l’anglais : il faudrait en effet plutôt parler d’impôt dédié. Au-delà d’une question de vocabulaire, certains semblent ne pas voir en effet que ce système ne remet en rien en cause le principe du financement public des cultes, qu’il rend simplement plus équitable.

A l’heure actuelle, le culte catholique reçoit en effet 85 pourcent du budget alloué à l’ensemble des cultes reconnus – en ce compris la laïcité organisée. Un pourcentage qui ne correspond évidemment en rien au nombre de catholiques effectifs parmi la population vivant en Belgique. Face à cette injustice manifeste, d’aucuns souhaitent dès lors une modification de la clé de répartition du gâteau, afin que chaque culte reçoive la part de financement qui lui revient en fonction du pourcentage effectif de fidèles dont il peut se prévaloir.

Ce système, cependant, ne remet en rien en cause le principe d’un financement public des cultes, principe qui constitue pourtant une entorse majeure à la laïcité de l’Etat. La séparation des Eglises et de l’Etat s’accommode en effet on ne peut plus difficilement du financement des unes par l’autre.

D’abord parce qui dit financement, dit reconnaissance. L’Etat, pour financer un culte, doit d’abord le reconnaître. Or, outre que les critères de reconnaissance des cultes par l’Etat belge manquent de clarté – présence suffisamment établie sur le territoire, nombre suffisant de fidèles,… - est-ce bien le rôle de l’Etat de distribuer en quelque sorte des bons et des mauvais points aux différentes mouvances philosophiques ? On voit bien que certains pays reconnaissent ainsi l’Eglise de scientologie, que nous considérons comme une secte – à mon sens à juste titre, mais là n’est pas la question : le salafisme ne me semble pas moins sectaire, et n’en est pas moins financé par les deniers publics. Dans une perspective laïque, les citoyens peuvent certes pratiquer ou non le culte de leur choix, le financer de manière privée si tel est leur bon plaisir, mais l’Etat devrait se tenir à distance, sans reconnaître ni financer aucun culte ni mouvement philosophique.

Mais le contrôle, me dira-t-on ?

Voilà une objection qui m’a toujours fait sourire autant qu’agacée.

Agacée, parce que si contrôle il y a, il est totalement insuffisant aujourd’hui. Je pense en particulier ici à l’enseignement officiel, où la désignation des professeurs de religion se fait par l’organe chef de culte, et non par la Fédération Wallonie-Bruxelles ; où le chef d’établissement ne peut contrôler le contenu des cours de religion ; et où de manière générale, nombre d’abus existent, lesquels ne mènent que trop rarement à une solution structurelle. Je précise que ces règles, curieusement, ne valent pas pour les professeurs de morale non confessionnelle, lesquels sont désignés par le pouvoir organisateur.

Fait sourire parce que cette objection véhicule en filigrane l’idée selon laquelle un Etat qui ne finance pas ne peut contrôler. Voilà bien une curieuse conception des choses ! Rappelons à cet égard que nul n’est au-dessus des lois, et certainement pas les Eglises, qu’elles soient ou non publiquement financées. C’est bien pour cette raison que la Scientologie s’apprête à subir un procès retentissant, auquel elle ne peut espérer échapper au prétexte qu’elle ne reçoit pas un euro vaillant de l’Etat belge.

Non, vraiment, la laïcité s’accommode fort mal, dans son principe, d’un financement public des cultes. Et lorsque ce financement inclut la laïcité dite « organisée », le paradoxe est à son comble : la laïcité, en effet, ne saurait être considérée sans la dénaturer profondément comme un pilier convictionnel. Car la laïcité, c’est d’abord et avant tout un principe politique d’organisation de l’Etat, qui, en proclamant l’indépendance de ce dernier envers toutes les options philosophiques, assure à chacun la liberté de conscience et l’égalité de traitement.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Lundi 15 octobre 2012 1 15 /10 /Oct /2012 11:32

Les élections communales et provinciales d’hier ont une fois de plus mis en évidence une conception de la neutralité à géométrie variable selon les communes. Si dans certaines, les présidents de bureau avaient reçu des consignes strictes leur enjoignant de refuser tout signe convictionnel arboré par un membre du bureau (assesseurs, secrétaire, président lui-même), dans d’autres, les consignes étaient visiblement plus floues, puisqu’un crucifix trônait sur le mur d’un bureau de vote ostendais et que plusieurs assesseuses étaient voilées, à Bruxelles et à Charleroi.

 

Alors, les bureaux de vote et les assesseurs sont-ils soumis à une obligation de neutralité ?

Concernant les bureaux de vote, les choses semblent claires. En effet, suite à une interpellation de Fatoumata Sidibe, député bruxelloise, la réponse fut sans équivoque : « le principe de la neutralité des autorités publiques ainsi que certains autres grands principes de droit administratif qui ont force de loi tels que le principe de l’égalité des usagers devant le service public ou le principe de non-discrimination, impliquent à eux seuls que les bâtiments publics ne peuvent être revêtus d’une quelconque décoration à connotation religieuse . »

La réponse concernant les signes religieux portés par des membres du bureau de vote est un tantinet moins claire, puisqu’il est précisé que « « Il sera aussi précisé aux membres des bureaux de vote, au travers des instructions qui seront adressées aux présidents de bureaux de vote, qu’ « en vue de garantir la liberté de l’électeur dans son choix démocratique, les membres du bureau de vote doivent exécuter leur tâche en toute impartialité, c’est-à-dire en s’abstenant de toute attitude partisane et en veillant à ce qu’aucune personne n’ait un comportement susceptible d’influencer le vote. »

Le port de signes à connotation religieuse constitue-t-il une attitude partisane ? Telle est bien la question, rendue d’autant plus pertinente que les élections voient se présenter des partis à la dimension religieuse affichée, qu’il s’agisse du CD&V en Flandres – mais un candidat sur les listes CDH n’a pas hésité à mettre en avant, sur ses tracts électoraux, ses convictions chrétiennes – ou de la liste « Islam » qui a d’ailleurs obtenu un siège de conseiller communal à Anderlecht.

De la même manière qu’il serait inconcevable qu’un assesseur affiche ses sympathies politiques - par le port d’une pièce de vêtement au logo d’un parti, par exemple -, ne faut-il pas considérer qu’arborer un voile islamique en tant qu’assesseuse constitue une prise de position politico-religieuse visant à afficher son attachement aux principes religieux musulmans, lesquels sont également affirmés au travers du programme d’un parti particulier, mais également diversement pris en compte dans les programmes de chaque parti ?

 

Mes prises de position sur les réseaux sociaux en la matière ont suscité les réactions goguenardes de certains. Ainsi, Irène Kaufer a-t-elle ironisé « Quant à une assesseuse voilée... c'est sûr que ça change mon vote ! ».

On peut en effet espérer que dans le secret de l’isoloir, les citoyens aient tous la même indépendance d’esprit que Madame Kaufer. Mais s’il en est ainsi, pourquoi considérer que les crucifix décorant les murs d’une une école libre confessionnelle provisoirement transformée en bureau de vote sont inacceptables ? Après tout, un crucifix ne parle pas, ne pose même pas un regard sur vous, électeur, et s’il est facile d’ignorer le voile d’une assesseuse, n’est-pas encore bien plus simple d’ignorer un crucifix ? En termes d’influence – si l’on choisit de traiter la question sous cet angle, et non sous celui de la symbolique – un mur me semble bien moins dangereux qu’un assesseur…

Du point de vue de la symbolique, en revanche, la séparation du religieux et du politique – non acquise en Belgique, du moins si l’on se réfère au fait qu’aucun texte fondateur ne proclame la laïcité de l’Etat belge – me paraît exiger la stricte distinction entre la sphère des convictions religieuses et celle de la chose publique. Assesseurs un jour, les citoyens agissent non plus en tant que simples citoyens, mais en tant que représentants de l’Etat, après avoir dûment prêté serment. A ce titre, il me semble tout-à-fait souhaitable d’exiger d’eux la plus stricte neutralité d’apparence, afin qu’ils apparaissent non pas comme membres d’une communauté convictionnelle particulière – qu’elle soit d’ailleurs religieuse ou politique – mais comme « au-dessus de la mêlée », en d’autres termes neutres et impartiaux.

Sur les réseaux sociaux toujours, je garde pour la fin la tirade du plus haut comique d’Henri Goldman, lequel écrivait « Demain, je crée un parti "Chaussures". Comme ça, tout le monde devra venir voter pieds nus. ».

Henri Goldman, grand défenseur devant l’éternel de la veuve et de l’orphelin, si possible musulmans, s’insurge comme à son habitude devant ce qu’il considère comme de scandaleuses dérives laïcistes visant à stigmatiser toute une communauté, bla bla. Aussi, commence-t-il par rappeler que l’interdiction du voile islamique faisant l’objet d’une proposition de loi déposée par deux députés Vlaams Belang en 2009 – manœuvre désormais coutumière consistant à rappeler perfidement que la laïcité ne serait en réalité que le nouveau cache-sexe de l’extrême droite, ce qui est parfois vrai d’ailleurs. Ce qu’Henri Goldman refuse de voir, c’est évidemment la différence fondamentale qu’il y a à revendiquer pour les membres de bureaux électoraux l’interdiction du voile islamique seul ou à réclamer l’interdiction claire de tout signe convictionnel, qu’il s’agisse d’un crucifix, d’un voile, d’un sigle socialiste, libéral, athée, etc. Dans un cas, on cible en effet une religion particulière, perçue comme menaçante – « fanatisme religieux », « islam politique » - en se gardant bien de toute réflexion principielle, et pour cause. Dans l’autre, on se saisit certes d’un problème récurent ces dernières années, mais on l’analyse sur le plan de principes démocratiques fondamentaux, ce qui implique évidemment que la reconnaissance de l’égalité de droits de tous les citoyens devant la loi ; en d’autres termes, la loi doit être la même pour tous, ce qui n’est pas vraiment le socle du programme politique de l’extrême droite…

Venons-en aux chaussures, puisqu’Henri Goldman n’hésite pas à mettre sur le même pied ces dernières et les signes religieux. L’ironie a des limites, et j’aimerais que Monsieur Goldman m’explique en quoi les chaussures seraient une allusion plus ou moins voilée – ouarf ouarf – à une quelconque religion. Que je sache, de Kaboul au Caracas en passant par Sidney et Tombouctou, le port de chaussures est assez commun, du moins bien sûr pour ceux qui ont les moyens de s’en payer. Quant au reste et pour la même raison, un parti pareillement nommé aurait bien du mal à faire croire que tous les porteurs de chaussures affichent par là leur soutien indéfectible audit parti. Il en irait autrement, évidemment, d’assesseurs affichant un bandeau sur l’œil lors d’élections où figurerait le parti « Pirate », tant le port de ce bandeau est peu commun.

Qu’il s’agisse d’Irène Kaufer et d’Henri Goldman, le leitmotiv, finalement, reste le même : il y a un communautarisme majoritaire qu’on ne voit même pas, se bornant à bondir lorsque les pauvres membres d’une communauté minoritaire ont le culot de prétendre, eux aussi, afficher des signes de reconnaissance qui leurs sont propres. Bref, tout vêtement est signe, et nous sommes bien intolérants, impérialistes et occidentalo-centristes à refuser de reconnaître une telle évidence pour nous acharner sur les pauvres dames voilées.

Sauf qu’un vêtement, si révélateur soit-il, perd de sa puissance signifiante en étant communément partagé. C’est un peu comme Noël, aujourd’hui fêté par tant de non chrétiens que sa charge religieuse en est singulièrement émoussée. Les chaussures, ainsi, ne signifient rien, et le pull à col roulé ne signale pas de manière indubitable un écolo, comme la cravate ne trahit pas nécessairement un libéral.

Ce n’est pas encore vrai du crucifix, du voile ou de la kippa, et en ces temps troublés, je n’ai pas vraiment l’impression que nous nous dirigions vers ça. N’est-ce pas une réalité dont il faut tenir compte ?

 

P.S. Je rappelle que devant l'avalanche de témoignages de sympathie courageusement anonymes dont m'ont gratifiée certains internautes, j'ai décidé arbitrairement et de manière scandaleusement anti-démocratique de ne plus publier aucun message posté sous pseudonyme. Ceux-ci valsent dorénavant directement à la poubelle, sans passer par la case lecture. Ne vous donnez donc pas la peine de m'abreuver de messages fleuris, c'est en pure perte. 

 

 

http://www.fatoumatasidibe.be/wp-content/uploads/2012/04/QE-Neutralité-bureaux-de-vote.pdf

 

http://www.senate.be/www/?MIval=%2Fpublications%2FviewPub&COLL=S&LEG=4&NR=1304&PUID=67110888&LANG=fr

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Dimanche 23 septembre 2012 7 23 /09 /Sep /2012 19:34

Je n’ai pas vu « L’innocence des musulmans ». Il se pourrait d’ailleurs bien que personne n’en ait vu plus que sa bande de lancement sur internet. Et il est fort possible que ce film incite à la haine religieuse. Son titre, en tout cas, en dit long, par son ironie, sur l’image des musulmans qu’a le réalisateur de ce navet.

 

Il n’empêche : je suis abasourdie, depuis une dizaine de jours, d’entendre la presse se répandre en considérations sur ce film et les réactions qu’il a déclenchées, mais aussi sur les caricatures publiées par Charlie Hebdo, en évitant soigneusement de mettre les choses en perspective.

Il est certainement exact que le réalisateur de « L’innocence des musulmans » avait pour intention de propager une image peu flatteuse de l’islam. Ce à quoi il aurait été parfaitement normal de répondre par une tribune, une carte blanche, un manifeste, une plainte en justice même, visant à tout le moins à rectifier les erreurs manifestes contenues dans ce film, voire à réclamer l’interdiction dudit film si l’incitation à la haine religieuse était attestée.

Ce n’est hélas pas cette voie, démocratique et légaliste, que certains agités du bocal ont choisi de prendre.

En tout état de cause, reprenons le postulat de départ, selon lequel ce film inciterait à la haine.  Celle des musulmans, cela tombe sous le sens. En toute bonne logique, on aurait donc pu s’attendre à ce que, suite à la diffusion dudit film, des actes violents soient posés envers les musulmans de par le monde. Des agressions, des attentats, des incendies de drapeaux d’Etats musulmans, des menaces de mort sur des chefs spirituels musulmans, ou que sais-je ?

Mais non, rien de tout ça, et c’est heureux – je le précise pour les malcomprenants qui liraient ces lignes. En revanche, une flambée de violence envers les Occidentaux : une femme qui se fait sauter devant un bus de touristes à Kaboul, des ambassades en Allemagne ou aux Etats-Unis sous haute protection, des drapeaux occidentaux brûlés, etc.

Et lorsque Charlie Hebdo, traitant comme à son habitude de l’actualité, publie des caricatures évoquant cette désolante flambée de violence, voilà qu’à nouveau, les réactions violentes fusent, l’Etat français décidant même de fermer plusieurs de ses ambassades à l’étranger vendredi dernier, par mesure préventive.

Alors j’ai envie de poser la question : qui incite à la haine ? Le réalisateur du navet incriminé, très probablement, mais sans aucun succès jusqu’ici – et c’est heureux, je le précise une fois encore pour les malcomprenants. Mais plus sûrement encore, et avec bien plus de succès, ceux qui ont diffusé ce film inepte dans le but évident de susciter cette violence ; ceux qui, en bons malcomprenants, ont déduit du fait qu’un malcomprenant copte – et pas juif, contrairement à certaines rumeurs – avait commis un film imbécile que nécessairement l’ensemble des Occidentaux haïssaient l’islam et les musulmans.

On dénonce à juste titre la propension à l’amalgame qui incite certains à mettre tous les musulmans dans le même panier. Ne serait-il pas temps de dénoncer avec autant de vigueur la propension de certains excités du culte islamique à mettre dans le même sac tous les Occidentaux, malheureusement avec bien plus de succès ? Envoyer à la mort une poignée de touristes à Kaboul sous prétexte que quelque part aux Etats-Unis, un gars a commis un film sur les musulmans, n’est-ce pas du racisme  ?

Je l’avoue, j’en ai un peu marre aujourd’hui du discours victimaire que nous a encore servi la vice-présidente de l’Exécutif musulman sur le plateau de Controverse ce midi. D’accord, il n’est probablement pas facile tous les jours d’être musulman – encore que je sois persuadée qu’il est plus difficile d’être typé « arabe » que d’être musulman, ce qui d’ailleurs n’est pas marqué sur la figure des gens…- ; d’accord, il y a des lois qui, en Belgique ou en France encore davantage, peuvent sembler limiter la liberté de culte desdits musulmans – je pense avoir suffisamment écrit sur le sujet pour me dispenser d’y revenir ici. Mais enfin il est très certainement plus confortable d’être musulman en Occident que d’être chrétien, juif ou athée dans pas mal de pays musulmans. Et même en Europe, voyez-vous, je commence à penser qu’il est plus difficile d’être caricaturiste, libre penseur ou – allez, j’ose le mot – juif, que d’être musulman.

C’est pour cela que je soutiens Charlie Hebdo. Parce que, comme d’autre dessinateurs et bien plus que la presse écrite en général, ils ruent dans les brancards. Certes, ils le font sans délicatesse, sans respect, peut-être même parfois sans grande intelligence. Mais ils réaffirment que non, l’intimidation, la menace, le terrorisme ne passeront pas. Que oui, plus l’islam servira de prétexte à des fous furieux, plus il sera caricaturé. Parce que cesser de le faire, ce serait accepter leurs diktats. Parce que le rire, c’est aussi un moyen de défense. O combien plus intelligent, ô combien plus salutaire qu’une ceinture d’explosifs.

En attendant, que des jeunes nés ici, mais issus d’une famille ayant immigré en Belgique il y a longtemps – pardonnez cette périphrase, mais on ne peut plus dire « allochtones » - tombent dans la même violence que ceux d’Iran, du Pakistan ou du Yémen, ça me pose une autre question : celle de la faillite de notre système éducatif. Et je continue à penser benoitement que des cours de philosophie, de citoyenneté et, pourquoi pas, de « morale laïque », seraient bien plus utiles que des cours de religion.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mercredi 22 août 2012 3 22 /08 /Août /2012 14:01

La campagne pour les élections communales a commencé, difficile de ne pas s’en rendre compte. Après l’annonce d’une candidate voilée sur la liste PS à Schaerbeek et d'une autre sur la liste MR à Saint-Josse (qui annoncent cependant qu'elles siégeront sans voile si elles sont élues, conformément, semble-t-il, aux directives respectives du PS schaerbeekois et du MR tennoodois) et d’une autre – également PS - sur la liste du bourgmestre à Molenbeek, voici qu’arrive l’affiche de campagne (très) dévoilée : celle du PP, qui met en avant une femme couverte uniquement de trois post-it mauves. Et sur les réseaux sociaux, certains ne manquent pas de renvoyer dos-à-dos les candidates voilées et cette femme peu vêtue.

 

Et certes, le racolage dont témoigne cette affiche de campagne est pathétique, et instrumentalise – un grand classique – le corps féminin à des fins de propagande, en l’occurrence politique. Pour ma part, j’ai beau chercher, je ne vois pas plus de message politique dans la photo de cette dame dénudée que je ne vois de raison d’acheter une voiture dans le fait qu’une bimbo pose en bikini sur son capot. A peine apprend-on qu’ « En mauve, tout me va ». Le mauve, c’est justement la couleur du voile de la candidate molenbeekoise, d’ailleurs… M’est avis que Philippe Chansay Wilmotte, qui revendique l’idée de cette affiche populiste, aurait gagné à se concerter avec Farida Tahar, question couleurs.

Mais trêve de plaisanteries.

La question demeure : peut-on légitimement renvoyer dos-à-dos le voile de l’une et les post-it rikiki de l’autre ?

A gauche, on s’offusque de ce que certains soient si prompts à dénoncer l’un, tout en restant silencieux sur les autres. Deux poids deux mesures, s’exclame-t-on, quand on ne ressort pas la rengaine « islamophobie ! » qui est en passe de devenir, de tube de l’été qu’on aurait pu espérer, un grand classique indétronable du hit parade des insultes faciles.

A droite, on a tôt fait de s’époumoner : « on n’est plus chez soi ! », « ils se croient tout permis !», sans que jamais ce « on » ni ce « ils » soient d’ailleurs définis d’une quelconque manière. On comprend cependant que le « ils » désigne très certainement quelque chose du genre envahisseur mahométan, couteau entre les dents et voile au fusil, toujours et par nature un peu copain avec Ben Laden, parce que bon, ces gens-là, hein…

Au milieu, si j’ose dire, il y a ceux qui, comme tout être doué d’un peu de bon goût politique, se méfient du PP comme de la peste, n’envisagent pas une milliseconde de voter pour lui, trouvent que cette affiche atteint des sommets de mauvais goût racoleur qui n’ont d’égal que le programme dudit parti, mais que cela n’empêche pas de trouver que la laïcité est davantage mise en question par une dame voilée sur une affiche électorale que par une autre dame un peu trop dévêtue.

Car on dira ce qu’on voudra, la dame du PP n’est pas une candidate, mais une simple image, un peu comme ces beaux gosses bronzés et en sueur qui vous donnent envie d’acheter telle tenue de sport ne sont probablement pas plus sportifs que vous. Et même si elle l’était, cela poserait indéniablement une question d’éthique – à quand Joëlle Milquet en string et Didier Reynders en boxer moulant ? – mais ça ne serait toujours pas une question de laïcité. Or, ça tombe bien, la laïcité, c’est mon dada, que dis-je, mon combat.

Qu’on ne s’étonne donc pas que la présence de candidates affichant ostensiblement leurs convictions religieuses dans le cadre d’une campagne politique m’interpelle particulièrement. Et si j’use d’italiques, c’est pour rappeler que la laïcité étant la séparation du politique et du religieux, il me semble déplorable de mêler l’un et l’autre, tout simplement. Que ces dames aient ou non des idées politiques intéressantes, quel que soit leur degré de compétence, qu'elles enlèvent ou non leur voile une fois élues, cela ne change rien : en s’affichant voilées, elles détournent l’attention de leur projet politique, pour la braquer sur leurs convictions religieuses. Impossible, après cela, d’ignorer purement et simplement qu’elles sont musulmanes. Certains voteront pour elles pour cette raison, d’autres s’y refuseront pour cette raison, sans qu’on puisse en blâmer ni les uns ni les autres.

Mais il est amusant de voir les candidates voilées inviter leurs possibles électeurs à se focaliser sur autre chose que leur « foulard » : le meilleur moyen pour qu’on ne se focalise pas là-dessus, ce serait de ne pas l’arborer sur une affiche électorale. Un peu comme il serait idiot de s'offusquer que celui qui passe devant l'affiche du PP fasse autre chose que lorgner les formes de la belle qui la remplit. 

Je terminerai en invitant tous ceux qui s’apprêtent à poster des commentaires indignés rappelant qu’on a eu des prêtres siégeant au parlement, qu’il y a des radicaux en costume cravate, que le voile n’a rien de religieux, que ces dames ont bien le droit de porter le voile ou que je suis une immonde raciste qui cache bien son jeu sous le voile (hi hi) de la laïcité à lire mon livre « Fichu voile ! » - pas besoin de l’acheter, il est en bibliothèque.

Allez, là-dessus, vive le mauve, cette couleur si rassembleuse en ces temps troublés…

 

Remarque: précisons cependant que le PS vervietois a quant à lui, via une charte des valeurs, explicitement demandé à ses candidats de ne pas porter de "signes convictionnels ostentatoires de nature religieuse ou philosophique", mentionnant clairement à l'appui de cette exigence son attachement à la laïcité.


Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Vendredi 17 août 2012 5 17 /08 /Août /2012 17:30

En Allemagne, le tribunal administratif de Berlin a autorisé « Pro Deutschland » à exhiber les caricatures controversées de Mahomet lors d’une manifestation que ce groupe d’extrême droite organise demain, à l’occasion de la fin du Ramadan, pour affirmer que « L’islam ne fait pas partie de l’Allemagne » et qu’il faut « stopper l’islamisation ».

En Russie, le groupe féministe punk « Pussy Riots » vient d’être condamné à deux ans de camp pour « hooliganisme » et « incitation à la haine religieuse », parce qu’elles avaient entonné une chanson anti-Poutine dans une cathédrale moscovite.

Deux affaires certes très différentes, mais qui remettent au centre de l’actualité la question de la liberté d’expression et de la critique des religions.

En lisant la relation dans la presse de ce jugement berlinois, je n’ai pu m’empêcher de songer au procès fait à Oriana Fallaci il y a quelques années, suite à la parution de ses deux essais La rage et l’orgueil et La force de la raison (2002) : dans ces deux ouvrages, elles mêlait considérations racistes (par exemple : « il y a quelque chose, dans les hommes arabes, qui dégoûte les femmes de bon goût ») et propos virulemment hostiles à la religion musulmane, ou aux musulmans (ainsi écrit-elle que les imams sont « d'une manière ou d'une autre les guides spirituels du terrorisme » et que « Au lieu de contribuer au progrès de l’humanité, [les fils d'Allah] passent leur temps avec le derrière en l'air à prier cinq fois par jour. »).

A l’époque, le MRAP avait demandé l’interdiction du livre, la LDH et la LICRA demandant quant à elles l’insertion d’un bandeau insistant sur la nécessité de ne pas confondre les musulmans et les islamistes.

Ce qui m’avait frappée à l’époque, c’est que les plaignants axaient leur argumentaire sur la critique, certes virulente et grossière, que faisait l’auteur de la religion musulmane, alors que des passages franchement racistes étaient laissés de côté. Comme s’il était plus grave de se moquer de la religion que d’inciter à la haine envers les personnes, que ce soit en raison de leur origine ou de leur religion d’ailleurs…

Avec l’affaire « Pro Deutschland », c’est pareil : à nouveau, les plaignants s’indignent qu’on puisse brandir des caricatures du prophète, mais ne pipent mot du véritable problème, du moins à mes yeux : les propos discriminatoires que constitue ce slogan proféré par un groupe, d’extrême droite qui plus est : « L’islam ne fait pas partie de l’Allemagne ».

Parce que si, l’islam fait partie de l’Allemagne, comme de l’Italie, de la Belgique ou de bien d’autres pays. Prétendre le contraire, c’est suggérer que les musulmans eux-mêmes n’ont rien à faire dans ces pays, c’est les renvoyer à leur origine supposée (« arabe », comme dirait Fallaci), et c’est donc faire du racisme, indéniablement.

Et les Pussy Riots dans tout ça ? Elles ont eu moins de chance, si l’on peut dire, que Fallaci ou les extrémistes de Pro Deutchland, puisqu’elles viennent d’être condamnées à deux ans de camp. Pourtant, à la différence des précédents, elles n’ont pas attaqué de front la religion : leur véritable cible était en réalité Poutine, puisque leur prière dans une cathédrale visait à implorer Dieu de délivrer la Russie de celui-ci.

En d’autres termes, il me semble qu’une fois encore, le véritable problème n’était pas religieux, mais politique. Je ne dis pas qu’elles auraient dû être condamnées pour outrage à chef d’Etat. Je m’étonne seulement que le motif des poursuites judiciaires à leur encontre soit si futile, et tellement éloigné de ce qui me semble être le véritable motif de mécontentement.

Drôles de sociétés, décidément, que celles où certains jugent pertinent de porter plainte parce qu’un type a dessiné un prophète d’une religion qui n’est même pas la sienne, qu’une bande de punkettes a chanté dans une cathédrale ou qu’une journaliste rigole du fait que les musulmans prient le cul en l’air, sans voir que la haine qui monte est bien plus grave que le rire qui éclate…

Je terminerai sur cet extrait d’une lettre ouverte adressée à Oriana Fallaci par Azar Majedi, présidente de l'Organisation pour la libération des femmes d'Iran :

« Vos commentaires racistes m'ont rendue furieuse. J'ai été indignée par votre eurocentrisme, par votre manque de compassion humaine pour les millions de personnes qui ont fui la Loi islamique et se sont réfugiés à l'Ouest dans l'espoir d'une vie meilleure. Je partage votre mépris et votre indignation pour le mouvement islamiste. Mais je dénonce catégoriquement le racisme que vous exprimez ouvertement. Et enfin je déclare défendre la liberté d'expression sans conditions, et condamner le tribunal qui vous jugera pour ce que vous avez exprimé dans vos livres. On doit être libre d'exprimer tout avis. Cela est le pilier d'une société libre. »

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Vendredi 22 juin 2012 5 22 /06 /Juin /2012 16:05

Le mot « laïcité » vient du grec « laos », qui signifie « le peuple », par opposition au clergé. La laïcité consiste donc historiquement en une volonté de traiter les citoyens sans distinguer entre eux les « clercs », privilégiés, des autres, le simple peuple réduit à la gloire de l’obéissance au dit clergé.

L’exigence laïque est donc, ne serait-ce que par son étymologie, profondément égalitaire, et donc sociale. Les individus y sont d’emblée reconnus comme libres et égaux en dignité et en droits, sans que nul statut social – en l’occurrence l’appartenance au clergé - ne puisse leur conférer davantage de pouvoir, de légitimité ou de respectabilité.

Le principe d’égalité est au fondement-même de l’idéal laïque. Reste à voir comment réaliser cette égalité, et c’est là le cœur du débat sur la laïcité aujourd’hui.

Les uns considèrent en effet que l’égalité est atteinte dès lors que l’on traite chacun de la même manière, sans privilège ni discrimination. Ce dernier terme mérite cependant qu’on s’y arrête quelques instants, tant il est galvaudé ces dernières années, y compris par un mouvement aussi respectable par ailleurs qu’Amnesty international. Discriminer, c’est selon le Larousse le « fait de distinguer et de traiter différemment (le plus souvent plus mal) quelqu'un ou un groupe par rapport au reste de la collectivité ou par rapport à une autre personne ». Autrement dit, on discrimine (ou privilégie, d’ailleurs) dès lors que l’on traite différemment, bafouant par là le principe d’égalité de tous devant la loi.

Les autres considèrent au contraire que l’égalité consiste à traiter différemment des individus objectivement différents. Si ce raisonnement paraît plein de bon sens lorsqu’on pense aux handicapés ou aux femmes enceintes, par exemple, pour qui des dispositifs spécifiques doivent mis en place en vue d’une véritable égalité de droits, il n’en va pas nécessairement de même pour les minorités religieuses ou ethniques. L’approche anglo-saxonne a poussé très loin le concept de discrimination indirecte – où la discrimination n’est plus caractérisée par l’intention de celui qui discrimine, mais par le résultat -, ainsi d’ailleurs que la différentiation ethnique.

Des deux côtés, la préoccupation sociale est la même. Mais les méthodes préconisées sont profondément différentes et irréconciliables. Dès lors que la question est celle de la meilleure manière de réaliser l’égalité, il serait vain d’opposer une laïcité « de gauche » à une laïcité « de droite », même si l’on peut évidemment être par ailleurs laïque et de gauche, ou laïque et de droite.

Aujourd’hui, il y a urgence à repenser des notions aussi essentielles que celles de discrimination et d’égalité en droits. Car « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » disait Albert Camus.

Je développe dans mon prochain livre “La neutralité n’est pas neutre” (http://lamuette.be/la-neutralite-n-est-pas-neutre.html) une réflexion sur les droits de l’homme, et plus singulièrement la liberté religieuse, dont l’ancrage est à l’origine d’inspiration libérale (1789) pour devenir ensuite davantage social (1948) non sans que cela ait des conséquences sur l’interprétation de cette liberté.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mardi 5 juin 2012 2 05 /06 /Juin /2012 11:50

 

Le débat sur l’intégration ressurgit ces derniers jours, suite aux émeutes qui ont suivi l’arrestation d’une femme en niqab, à Molenbeek. L’idée d’un parcours d’intégration refait donc surface, les politiques se bornant à un désaccord sur le caractère obligatoire ou non de ce parcours d’intégration.

Bref, on reparle « intégration ». Curieux vocable, cependant, dès lors qu’on parle d’une part d’une femme d’origine belge, convertie à l’islam radical, et de l’autre de jeunes molenbeekois probablement nés en Belgique, comme leurs parents peut-être.

Car  l’intégration, qu’elle soit ou non l’objectif d’un parcours du même nom, ne peut concerner que des immigrés, des étrangers, des primo-arrivants.

Dans le procès qui se tient en ce moment aux assises de Bruxelles, l’un des deux exorcistes impliqués dans le décès de Latifa se prénomme Xavier. Va-t-on faire subir à Xavier un parcours d’intégration ? Et plus largement, va-t-on imposer aux jeunes belges de confession musulmane qui se reconnaissent davantage dans le discours des agités du bocal de Sharia4Belgium que dans les principes démocratiques des cours accélérés d’intégration ?

Qu’on n’aille pas déduire pourtant de ce qui précède que je suis opposée à un parcours d’intégration. Au contraire, et je ne vois même rien de choquant à ce qu’il soit rendu obligatoire pour les primo-arrivants. Et à ceux qui verraient dans le caractère obligatoire de ce parcours une contradiction avec l’idée même de démocratie et de citoyenneté, je rappellerai que le droit de vote est également obligatoire.

 

Pourtant, ne soyons pas naïfs : ce parcours, quand bien même serait-il mis en place et rendu obligatoire, ne résoudra pas tout.

D’abord, comme je viens de le montrer plus haut, parce que plus qu’à un problème d’intégration, nous avons aujourd’hui affaire à un problème de « désintégration » : certains citoyens belges se sentent aujourd’hui davantage proches d’une conception de l’islam qui les éloigne dramatiquement des principes démocratiques et humanistes que de ces derniers, et là est le problème.

Ensuite, parce que pour intégrer, encore faut-il savoir à quoi. Or, s’agissant de la place du religieux dans la sphère publique, nous-mêmes (nous qui ? Nous les Belges, les autochtones, la société d’accueil, les « de souche », etc. ? Autant de termes qui échouent à nommer les choses avec exactitude) n’avons pas tranché. L’Etat belge continue d’osciller entre les modèles anglo-saxon et français : d’une part le pluralisme – ou multiculturalisme - qui implique la reconnaissance active par l’Etat de diverses communautés, de l’autre la laïcité, qui refuse au contraire cette reconnaissance. Qu’allons-nous dire dès lors à ces primo-arrivants ? Qu’ils doivent faire silence à 22h, être à l’heure à leurs rendez-vous, ne pas rendre visite à quelqu’un sans prévenir, sortir leurs poubelles, chercher du boulot ?

Si c’est comme ça qu’on espère résoudre le problème de la montée du radicalisme religieux, en particulier musulman, j’ai comme un doute.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Dimanche 3 juin 2012 7 03 /06 /Juin /2012 14:51

Cet article a été publié initialement sur http://www.enseignons.be/actualites/2012/06/01/interdiction-voile-ecole/.

VERS L’INTERDICTION DU VOILE À L’ÉCOLE?

voileLa question du voile à l’école est à nouveau au centre des débats à Bruxelles. Aujourd’hui, cinq établissements secondaires de la capitale autoriseraient encore le port du foulard islamique : l’Athénée Serge Creuz, l’Athénée royal de Ganshoren, le Lycée Guy Cudell, l’Institut des Filles de Marie et l’Athénée Alfred Verwée. Mais les deux derniers pourraient bientôt modifier leur règlement d’ordre intérieur en vue de l’interdire… comme tout couvre-chef.La région bruxelloise compte actuellement 98 écoles. Et le port du voile est déjà interdit dans 93 de ces établissements. Cette décision est laissée pour l’heure à l’appréciation des chefs d’établissement puisqu’il n’existe aucun décret qui interdise – ou autorise – le port de signes convictionnels à l’école. Une situation qui complique la tâche des directions qui craignent les recours en justice. On apprenait justement hier que l’ASBL Justice and Democracy annoncait étudier la possibilité de saisir le Conseil d’État pour contester le règlement qui interdirait le port du foulard à l’Athénée Alfred Verwée. Même son de cloche chez Amnesty International, qui invite les autorités à ne pas interdire totalement le port de tenues et de signes religieux dans les écoles. En effet, selon l’association, une interdiction totale irait à l’encontre de la liberté des élèves et des professeurs d’exercer leurs droits à la liberté d’expression et de religion.Pour Nadia Geerts, philosophe, professeur à la Haute École de Bruxelles et auteure de « Fichu voile » aux éditions Luc Pire, il faut au contraire légiférer. « Il semble que l’interdiction via ces règlements ne revête pas une force juridique suffisante. Il faut donc en passer par un décret. »Mais si le voile venait à être purement et simplement banni de toutes les écoles, quel serait le risque de voir se créer de nouveaux établissements confessionnels musulmans, prêts à accueillir ces élèves bien décidés à afficher leurs convictions religieuses? « L’argument avait été brandi en France par les opposants à l’interdiction des signes ostentatoires. Dans mon livre, je faisais le constat que seules 4 écoles islamiques avaient vu le jour suite à la loi de 2004. Il y a fort à parier qu’il en irait de même en Belgique. Je ne pense pas en effet que l’ensemble des musulmans soient si attachés que ça au port du voile. La question n’agite en réalité qu’une minorité de fondamentalistes, qui d’ailleurs ne se contenteraient pas de voir le voile autorisé, mais demanderaient une école en tous points conforme à leur vision religieuse: repas conformes aux prescrits religieux, présence transversale d’un référentiel religieux dans tous les cours, etc. Des écoles islamiques existent d’ailleurs déjà pour cette fraction-là de la population. »Actuellement, il ne s’agit pas d’une décision collégiale mais plutôt le fait de quelques établissements. La législation n’impose rien en la matière. Un problème selon vous?« Oui, très certainement. D’abord pour les raisons purement juridiques évoquées plus haut, mais aussi parce que la situation actuelle renforce la ghettoïsation des établissements scolaires: il y a aussi des jeunes filles qui viennent de loin pour pouvoir fréquenter une école où elles peuvent porter le voile. A titre d’exemple, en 2007, lorsque l’athénée Andrée Thomas a décidé d’interdire les signes religieux, plus d’un tiers des élèves filles portaient le voile au sein de l’établissement. J’ajoute que certaines jeunes filles (ou certains parents) font le choix d’une école non parce qu’elle convient à leurs aspirations en matière de qualité de l’enseignement, de choix de section, d’orientation, etc. mais uniquement parce qu’elles peuvent porter le voile.Cela ne me paraît pas un critère de choix à encourager.« 

UN DÉFICIT DE CONSCIENCE CITOYENNE?

Certains députés s’inquiètent au Parlement des problèmes d’intégration à Bruxelles? Une réalité selon vous? Quel rôle peut encore jouer l’école?« Je suis mal à l’aise face au terme « intégration ». En effet, ce terme renvoie à l’immigration, or les jeunes musulmans aujourd’hui ne sont majoritairement pas des immigrés. Ils sont de la 3e, parfois même de la 4e génération. Ce sont nos concitoyens, en aucun cas des immigrés. En revanche, ce qui pose question, c’est le repli communautaire auquel on assiste: certaines jeunes issus de l’immigration semblent à la fois très conscients qu’ils sont belges lorsqu’il s’agit de revendiquer ce qu’ils perçoivent comme leurs droits, et à la fois très imprégnés d’un autre référentiel culturel. Ce qui est interpelant, c’est qu’ils se réfèrent souvent aux mêmes valeurs que les laïques (liberté d’expression, tolérance, égalité, liberté, etc.) mais aboutissent à des conclusions totalement inverses. Il me semble que le problème provient d’un déficit de conscience citoyenne, qui devrait pousser chacun à reconnaître qu’il doit nécessairement accorder à l’autre les droits qu’il revendique pour lui-même. Par rapport à cela, je suis convaincue que l’éducation à la citoyenneté devrait être davantage développée à l’école, pour déboucher sur une réflexion sur le vivre ensemble et ses conditions de possibilité dans une société fondée sur l’égalité de droits. »

QUELLE PLACE POUR LE RELIGIEUX À L’ÉCOLE?

Comment voyez-vous le rôle de l’enseignant qui doit faire face au religieux dans sa classe?« Je pense que l’enseignant est actuellement dans une situation extrêmement difficile, qui provient du fait que la Belgique n’a jamais pris de position claire concernant la place du religieux à l’école: à titre d’exemple, je trouve quelque peu incohérent d’interdire les signes religieux mais d’organiser des cours de religion dans l’enseignement officiel: comment les élèves peuvent-ils comprendre un message pareillement brouillé ? D’une part on leur dit qu’il faut laisser ses convictions religieuses au vestiaire quand on rentre dans l’école, et d’autre part on organise leur formation religieuse ! Le décret neutralité, sensé baliser les choses, n’est que peu de secours lorsqu’il s’agit de gérer des situations extrêmement concrètes qui posent la question du religieux à l’école: que fait-on lorsqu’un élève témoin de Jéhovah refuse de participer aux anniversaires ? Lorsque des parents refusent de laisser partir leur fille en classes vertes pour des motifs religieux ? Lorsqu’un élève conteste la théorie de l’évolution comme contraire au récit religieux de la création ? Ce sont des questions qui me sont posées chaque année dans le cadre de la formation à la neutralité que je donne dans la haute école où je travaille. Aussi ai-je décidé de les aborder dans un livre à paraître en octobre. Mon but n’y est pas de proposer des solutions toutes faites, mais d’inviter les (futurs) enseignants à la réflexion, dès lors que la Belgique hésite entre laïcité et pluralisme, autrement dit entre le rejet du religieux dans la sphère privée et sa prise en compte par l’institution scolaire. »
Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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