Bonjour !

    

 

 


 

 

 

  

Agenda

Le 10 novembre à 20h, débat organisé par la "Coordination des femmes solidaires" avec le soutien du Centre culturel, sur le thème "Laïcité, où sont les progressistes ? ", avec Nadia Geerts, Philosophe, initiatrice du R.A.P.P.E.L. (Réseau d'Action pour la Promotion d'un État Laïque) et Inés Wouters, Avocate au Barreau de Bruxelles, spécialisée en droit des minorités religieuses. Adresse: Bibliothèque Soreil, rue Jamar à Ans.

Le 11 novembre à 20h, conférence-débat sur la question du voile à la Chapelle, rue des Telliers à Mons

Le jeudi 12 novembre 2009 à 19h30: LES ENJEUX DE LA LAÏCITE EN 2010 - Conférence organisée par l’U.A.E., en collaboration avec le C.A.L., le R.A.P.P.E.L. et le LIBREX.

Séparation Eglise / Etat : comment et avec qui ? (Pierre Galand)
Financer les cultes ou les crèches : quels choix de société pour le 21ème siècle ? (
Chemsi Cheref Khan)
La question du port du voile : enjeu symbolique de la laïcité aujourd’hui ? (
Nadia Geerts)
Laïcité, droits et libertés individuels (Nadine Rosa-Rosso)

Laïcité et santé (Elie Cogan)

Modérateur : Eddy CAEKELBERGHS

Lieu : Salle Dupréel

Institut de Sociologie

Av. Jeanne, 44 – 1050 Bruxelles

 

PAF :

UAE, ULB, CEPULB, Extension ULB : 5 €

Extérieurs : 10 €

Etudiant : gratuit

 

Réservation : Secrétariat de l’UAE – uae@ulb.ac.be

 

Le 17 novembre, conférence à la maison de la laïcité de Frameries sur "La question du voile en Belgique".

Le 4 décembre à 13h, conférence à Pensée libre pour l'Europe, Salle Jean Monnet, rest. l’Atelier européen, rue Franklin 28, 1040 Bruxelles. Thème: "La laïcité, outil du vivre ensemble".

Inscription préalable par e-mail à Penseelibrepourleurope@skynet.be ET en virant à l’avance 12€40 p.p. (assiette froide+1 boisson) sur le compte n°310.1386083.39 de Pensée libre pour l’Europe avec mention 123. (Si payement sur place : 15€).

En cas de désistement signalé à temps, la somme versée sera reportée sur une prochaine activité.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur http://users.skynet.be/penseelibre.

Texte Libre

La Louvière 9 sept. 2008

Société

Mercredi 4 octobre 2006

Non, je ne suis pas candidate aux prochaines élections, et ne vais donc pas tenter, via ce blog, de vous convaincre de voter pour moi. Plus simplement, j'ai eu envie, suivant en cela l'inexorable mouvement du "progrès" (?), de m'offrir, moi aussi, une vitrine sur internet. Non pas pour vous parler de ma vie privée, qui, désolée, ne regarde que moi et ceux qui la partagent - pas vous, donc - mais pour rassembler sur le net deux ou trois petites choses relatives à mes engagements, mes idées, mes combats, mes coups de gueule.

Certains de ces coups de gueule sont déjà disponibles sur le net, puisque je déverse depuis près de 5 ans sur le site antifasciste RésistanceS (www.resistances.be) - à une fréquence irrégulière puisqu'au gré de mes humeurs -, des textes en rapport avec le racisme, l'extrême droite, le fascisme, etc.


D'autres me connaissent via mes activités républicaines, via le Cercle républicain (www.crk.be) que je préside depuis sa fondation en 2000. Là encore, il n'est pas difficile, en quelques clics, de découvrir ma prose subversive et de s'en réjouir ou - plus souvent - de s'en offusquer.


Et puis il y a mes autres préoccupations, mes autres activités, comme par exemple le livre que je viens de publier chez Labor (collection Quartier Libre).
J'essayerai ici, via ce blog, de vous faire découvrir mes coups de coeur - car je n'ai pas seulement des coups de gueule ! -, et aussi de tenir un agenda des conférences, débats, rencontres, etc. auxquelles je suis amenée à participer.

Bonne lecture.

 

 

 

Par Nadia Geerts
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Samedi 7 octobre 2006

Interview parue dans Le Soir le 28 septembre 2006

A bout portant
Nadia Geerts, Philosophe, professeur de morale, auteur de « L'école à l'épreuve du voile ». Ed. Labor

 Hugues Dorzée


Dans votre livre « L'école à l'épreuve du voile », mi-pamphlet mi-manifeste, vous plaidez pour une interdiction totale du foulard dans les établissements scolaires. Pourquoi ?


La situation actuelle est intenable. Je vois beaucoup d'apathie, de malhonnêteté voir de lâcheté dans le chef du monde associatif et d'une certaine classe politique (la gauche « bien pensante » en tête !). En Belgique, on a décidé de ne pas décider. On laisse les directions d'école se dépatouiller avec les problèmes. On accepte de voir fleurir des écoles « foulard admis » et d'autres pas. Morale de l'histoire : ce critère devient un critère en soi, bien avant le projet pédagogique, la réputation de l'établissement, les perspectives de débouchés. C'est malsain et intenable.

Que le voile soit ou non un prescrit coranique, c'est à la société civile de déterminer, en toute indépendance, de savoir si cette pratique est compatible avec les règles du vivre-ensemble.

Quelle que soit la signification que l'on donne au voile (acte de foi, expression d'un engagement, habitude culturelle, simple accessoire esthétique...), vous dites : soit son interdiction à l'école doit s'imposer « absolument », soit elle ne doit pas poser de problème. Pourquoi ?

Je pense que l'on doit se garder de toute interprétation au cas par cas. Qu'il est temps d'établir des règles claires, communes, harmonisées. Que l'interdit est un fondement essentiel de toute société humaine. Que l'on arrête de craindre cet interdit comme d'autres sociétés humaines craignent la tendresse, le déshonneur ou les microbes !

Pour vous, le port du voile est incompatible avec les missions de l'école publique - émanciper, inculquer des valeurs universelles, transmettre un regard critique... Vous attaquez de front les trois symboliques du voile : le rapport à la féminité, à Dieu et à la culture.

Le voile, contrairement à d'autres signes d'appartenance religieuse, ne vise que la femme. Il tend à nier la féminité. Il est porteur d'un message explicitement sexuel : qu'elle soit ou non mariée, celle qui le porte se garde pour son (futur) époux. Ce n'est pas un jugement de valeur, c'est un constat. L'école n'est pas un espace public comme un autre. Ça n'est pas la rue, le hall de gare ou le square ! C'est à l'école qu'on apprend la mixité, l'égalité des sexes, le respect de la différence, etc. Derrière le voile se cache une dangereuse restriction des rôles et des prérogatives de chacun. Aux hommes les pulsions incontrôlées ; aux femmes de devoir s'y soustraire en reléguant leurs attraits au placard.

Votre esprit mécréant vous fait dire « que Dieu, s'il existe, n'a nul besoin qu'une jeune fille se dissimule la tête pour savoir qu'elle appartient à son fan-club ». Pourquoi ?

Je n'ai pas de problème avec la jeune musulmane qui veut afficher sa foi, mais qu'elle le fasse en dehors de l'enceinte scolaire. A l'école, on forme des citoyens et des citoyennes libres, émancipés. Les appartenances identitaires sont secondaires. On tend au maximum vers l'universalité. Ce qui implique qu'il faille laisser ses particularités au « vestiaire » pour laisser place à des valeurs communes. Cela dépasse de loin la question du voile.

Vous vous insurgez contre ceux qui voient dans l'interdit du voile une forme de racisme. Vous dénoncez les amalgames « pernicieux et culpabilisants » qui faussent totalement le débat.

Oui, j'y vois une grossière erreur ou une malhonnêteté intellectuelle. On peut être parfaitement démocrate et s'opposer à l'intrusion du religieux dans l'école publique. Comme on peut être opposé au fondamentalisme islamique sans être forcément taxé d'islamophobe ou de raciste ! Comme on peut être opposé à la politique menée par Ariel Sharon sans être pour autant antisémite ! Qu'on m'accuse d'anticléricalisme, à la limite. Je suis partisane de reléguer la foi dans la sphère privée et je refuse le pouvoir politique de la religion. Mais crier à la xénophobie, ça c'est malhonnête !

Par-delà la question du voile, vous plaidez pour « l'édification de sociétés laïques ». « Il est temps, écrivez-vous, que nos sociétés se libèrent de leur complexe vis-à-vis du religieux, et qu'elles le considèrent enfin comme ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être : un simple ensemble de coutumes et de croyances, qu'il n'y a pas lieu de fétichiser. » Face à la recrudescence des phénomènes religieux, vous préconisez « non pas une animosité combative et revancharde, mais une saine indifférence ».

L'actualité est là : l'affaire des caricatures de Mahomet, le récent discours de Benoît VXI, les velléités des chrétiens intégristes... Il faut préserver le droit au blasphème. Préserver la liberté d'expression. Rappeler que la société multiculturelle, ça n'est pas des individus juxtaposés, des écoles-ghettos, le repli identitaire, mais le brassage, le métissage, le partage de valeurs universelles, etc. Reléguer la religion dans la sphère privée. Réaffirmer que la démocratie n'est pas une égale et infinie bienveillance pour tous. Proclamer que les droits de l'homme, cela n'est pas (re)négociable.

Par Nadia Geerts
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Mercredi 11 octobre 2006

Soyons clairs: ma première réaction, suite à l'annonce du pied de nez qu'avait infligé Isabelle Durant à Laurette Onkelinx en signant avec le MR, a été: "bien fait !". Ni plus ni moins.
Parce que lorsqu'on se fait parachuter à Schaerbeek alors qu'il est de notoriété publique qu'on n'y a pas la moindre attache ni la moindre intention de s'y installer, on ne mérite guère mieux qu'un rappel, fût-il brutal, du fait que dans "élections communales" on entend "communales", et donc "commune".

Ma deuxième réaction, mon premier mouvement d'humeur - de bonne humeur - passé, fut pour m'étonner des mines de vierge effarouchée qu'adoptaient certains mandataires PS, Moureaux en tête, pour fustiger le manque d'éthique d'Isabelle Durant, qui n'hésitait pas à rompre un accord sans même en informer les signataires dudit accord. D'accord, le procédé manquait d'élégance, mais la politique a ses raisons que la raison connaît fort bien, et il y a belle lurette qu'hélas les leçons d'éthiques, venant du PS, ne provoquent plus rien d'autre en moi que le sourire narquois de celle à qui on ne la fait pas. D'autant que la présence d'au moins un candidat proche des "loups gris", organisation turque d'extrême droite, sur la liste socialiste schaerbeekoise, rendait caduque à la fois toute leçon de morale émanant du PS - quand on fricotte avec ces gens-là, remisant au placard ses soi-disant principes au nom d'un électoralisme de bas étage, on a la décence de se faire petit dans le registre de l'éthique...- et la légitimité du préaccord signé entre le PS, le CDh et Ecolo.

Vive Isabelle Durant, alors ?
Ben non, pas tout à fait. Parce qu'un point reste obscur à mes yeux, et m'empêche de l'applaudir sans mesure: lorsqu'elle a signé cet accord avec le CDH et le PS, ignorait-elle la présence de ce loup gris sur la liste PS ? C'est peu probable. Et si elle ne l'ignorait pas, pourquoi n'a-t-elle pas résilié l'accord en question avant même les élections ? Voilà qui aurait été moralement irréprochable.
Au lieu de cela, cette saga schaerbeekoise me laisse la désagréable impression que ledit loup gris, à lui tout seul, ne suffisait pas à déraciner l'olivier. Qu'on aurait pu s'en accommoder, si la majorité de cet olivier avait été plus confortablement assise. Bref, que les principes, chez Ecolo aussi, ont été singulièrement malmenés ces temps-ci...

Par Nadia Geerts
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Mercredi 29 novembre 2006

C’est peu dire que la conférence que j’ai présentée ce lundi 27, à l’invitation du PAC de Watermael-Boitsfort, fut animée… A plusieurs reprises, elle s’apparenta plus à une foire d’empoigne, où l’agressivité, les procès d’intention, les accusations insultantes et la mauvaise foi l’emportaient sur le débat d’idées.

 

 

 

 

 J’ai écrit « mauvaise foi ». Et en effet, je ne peux totalement me défaire de l’idée que certains de mes contradicteurs ce soir-là étaient ni plus ni moins que des agitateurs. Mais soit. Faisons l’hypothèse, ne serait-ce qu’un instant, qu’ils ne le soient pas. Que ce soit en toute bonne foi, donc, qu’ils m’aient traitée de raciste, d’intolérante, de dogmatique laïque et j’en passe. La question, alors, est de comprendre où mon discours coince, étant entendu que je réfute vigoureusement ces accusations, qui me paraissent générées par un certain nombre de confusions et d’amalgames que je vais essayer d’énumérer ici.

 

 

La confusion entre la laïcité politique et la laïcité philosophique sous sa forme la plus dure, celle de l’athéisme. La première notion désigne l’exigence de séparation stricte des Eglises et de l’Etat. En d’autres termes : le refus de l’immixtion du religieux dans la sphère politique. Nombre de croyants sont aujourd’hui laïques en ce sens, que ce soit par affinité avec le principe qui consiste à considérer les convictions religieuses comme une affaire privée, de l’ordre de l’intime, ou par réalisme, constatant que leur religion n’étant pas majoritaire, tout autre système que la laïcité reviendrait à se voir imposer des dogmes et des pratiques qui ne sont pas les leurs. Si l’on veut tenter de représenter la laïcité politique, il faudrait la dessiner au-dessus des cultes, puisqu’elle constitue le cadre dans lequel les rapports entre les cultes et l’Etat vont s’organiser.
La seconde notion, celle de laïcité philosophique, désigne quant à elle un mouvement de pensée qui ne reconnaît aucune transcendance ou qui tente de conduire sa vie en-dehors de toute référence de ce type. Athées, agnostiques, humanistes, libre penseurs, rationalistes, telles sont les composantes de cette famille philosophique. Cette laïcité-là devrait être représentée, quant à elle, comme à côté des cultes, puisqu’elle est un mouvement de pensée, une manière parmi d’autres de concevoir le monde et sa vie.
Il va de soi que lorsque je préconise davantage de laïcité en Belgique, il s’agit de laïcité politique : il serait absurde en effet qu’un Etat légifère – cela s’est vu et continue pourtant à se voir aujourd’hui…- sur ce que la population qui l’habite doit croire ou ne pas croire. Un Etat ne peut donc être, à moins de totalitarisme, philosophiquement laïque, mais se doit, pour le plus grand bien de toutes les communautés religieuses et des « mécréants », d’être politiquement laïque.
A la lumière de cette brève réflexion, il me paraît urgent de sortir de la confusion actuelle, confusion hélas entretenue par la laïcité organisée en Belgique lorsqu’elle prétend à la fois une égalité de traitement avec les « autres » cultes et davantage de séparation des Eglises et de l’Etat. Attitude assez schizophrène si l’on veut bien considérer qu’on ne peut être « au-dessus » et « à côté ».
D’où la méprise, sans doute : comment un musulman – ou un membre d’une autre religion – pourrait-il ne pas être heurté s’il croit qu’il s’agit d’établir demain un Etat belge qui édicterait l’athéisme en doctrine d’Etat ? Je caricature, bien entendu, laïcité philosophique ne signifiant pas d’emblée athéisme, mais que de notions à élucider d’urgence, à l’école évidemment, dans le cadre d’indispensables cours d’éducation civique et philosophique…

Le refus ou l’ignorance de la territorialité, territorialité qui me paraît caractériser les sociétés sécularisées. Parmi les « ignorants », ceux qui confondent sans cesse « interdiction du voile » et « interdiction du voile à l’école et dans les fonctions de représentation de l’Etat ». Ceux-là ne voient pas, manifestement, que l’école n’est pas assimilable à un jardin public ou à un hall de gare, ils ignorent tout simplement la distinction entre lieux publics, espace public et sphère privée. Les « refusants » quant à eux, réfutent cette distinction, au motif qu’elle établit des frontières au-delà desquelles l’appartenance religieuse n’est plus valable, ou en tout cas n’a plus droit de cité en tant que telle. Ceux-là s’offusquent de ce que l’école accueille non pas des juifs, des musulmans, des catholiques, des athées, etc. mais des hommes et des femmes en devenir. Ceux-là ne voient pas pourquoi, au cours du débat, un intervenant disait qu’il refuserait d’être jugé dans un tribunal par une juge voilée. Ceux-là, si accrochés au symbole que constitue le voile, refusent que le représentant de l’Etat (de la justice en l’occurrence) soit contraint d’être symboliquement neutre. Si l’on considère cependant, soit dit en passant, qu’un symbole est essentiel, on ne peut dénier à d’autres le droit de penser de même, et de s’appuyer sur ce constat qu’un symbole dit quelque chose, qu’il n’est pas rien, pour le refuser en certains lieux censés être soustraits à l’influence du religieux.
Dans le même registre « territorial », j’ai été frappée de constater que pour certains intervenants, le chef d’établissement n’avait tout simplement pas à contrarier l’autorité parentale. Pourtant, les règles de l’école sont toujours, peu ou prou, différentes de celles qui prévalent à la maison. Symboliquement, l’élève franchissant les grilles de l’école sort de l’autorité de ses parents pour tomber sous celle du chef d’établissement. Délimitation symbolique essentielle, indispensable au processus de sécularisation qui plus est.
Serait-il exagéré de dire que l’évolution de nos sociétés a été rendue possible par le courage de ceux qui ont osé dire aux parents de milieux ruraux que leurs enfants iraient dorénavant à l’école, que ça leur plaise ou non, car le pouvoir des parents sur leurs enfants n’était pas illimité et ne pouvait aboutir à les priver d’instruction dans un monde qui en avait un urgent besoin ? et aussi par l’impertinence de ceux qui ont rappelé autant de fois que ce fut nécessaire à nos curés que leur pouvoir se limitait à leur église et à leurs ouailles, mais ne pouvait en rien prétendre s’exercer sur l’ensemble de la société civile ?

La confusion permanente entre le respect des personnes et celui des idées. Or, comment, si l’on exige le respect des idées, encore imaginer le moindre débat ? Comment défendre une opinion sans démonter le raisonnement de celui qui, en face de nous, défend l’opinion inverse ? Et comment, si l’on montre les apories de cette opinion, si on questionne sa légitimité, si on met en doute sa pertinence, si on dénonce ses coups de force et ses paradoxes, ne pas se voir accuser de manquer de respect à cette idée ? Soit dit en passant, le respect des personnes ne paraissait pas étouffer certains de ces chantres du respect des idées, mais soit.
Respecter la personne, qu’est-ce ? L’écouter d’abord, et autant que possible avec bienveillance, c’est-à-dire à tout le moins sans a priori. La laisser exprimer son point de vue sans l’interrompre intempestivement, ne pas recourir à l’insulte ou à l’attaque personnelle. Cela étant posé, cela implique le droit pour chacun d’exprimer son désaccord. D’ailleurs, que peut bien signifier le respect des idées ? Faut-il éprouver du respect pour le communisme, l’anarchisme, le féminisme, le taoïsme, le nazisme, le sionisme, le socialisme, le révisionnisme, le bouddhisme, le créationnisme ou l’écologie ? Autant d’idées, volontairement piochées dans des registres divers et pourvues de qualités diverses et (très !) inégales. Autant d’idées à passer au spectre de la raison critique, afin d’en étudier la pertinence et, pour certaines d’entre elles, de les déclarer infondées, absurdes, nuisibles ; pour d’autres, les déclarer améliorables, donc imparfaites. Avec tout l’irrespect que cela commande, non pas simplement dans les conclusions, mais déjà dans la méthode : pas de critique possible sans désacralisation. Serait-ce là que le bât blesse ?
 

  En guise de conclusion, je ne saurais trop vous conseiller d’aller écouter cette interview de Caroline Fourest au sujet de son livre « La tentation obscurantiste » : http://www.gabrielperi.fr/fourest/

 

 Dernière minute: Je venais de poster cet article que je recevais la prose de Rachid Zegzaoui. Rachid Zegzaoui n'est autre que l'un de ceux que j'ai soupçonnés d'être des "agitateurs" l'autre soir. L'homme était venu me présenter ses excuses pour son attitude durant la conférence qu'il avait largement contribué à saboter. Il m'avait alors assuré qu'il enjoindrait les jeunes filles à se plier à une loi qui interdirait le port du voile à l'école, mais qu'il refusait que l'arbitraire des chefs d'école fasse loi. Double jeu ? On en jugera en lisant son article plein de haine, relatant cette soirée mémorable http://rachid-z.skynetblogs.be/post/3919696/la-dignite-a-lepreuve-de-la-haine. Il se passe de commentaire.  

 

 

  

Par Nadia Geerts
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Lundi 11 décembre 2006

A l'époque où mon nom n'était associé qu'au Cercle républicain, je recevais régulièrement des avertissements de gens qui, plutôt que de prendre position pour ou contre l'institution monarchique, préféraient m'accuser de "faire le jeu" de l'extrême droite. Combien de fois n'a-t-on pas ainsi attiré doctement mon attention sur le fait que "Le Vlaams Blok/Belang aussi était républicain" ?!  Ce à quoi j'ai toujours répondu très patiemment des choses dans le genre de celle-ci: http://www.crk.be/F/etrerepublicain.php.

Aujourd'hui que mon nom est également associé à un livre plaidant contre le port du voile à l'école, voilà qu'on m'accuse à nouveau de "faire le jeu" de l'extrême droite. J'en conviens, c'est pas demain la veille qu'on verra Philippe Dewinter défiler en brandissant des calicots du genre "Le voile, c'est mon choix, c'est mon droit"(1). Et il y a peut-être quelques fachos qui confondent - comme bien d'autres d'ailleurs - exclusion du voile et exclusion des filles voilées, et qui rêvent déjà d'affréter des charters...

Mais si être républicain et opposé au port d'un signe d'appartenance religieuse discriminatoire envers des jeunes filles mineures - et ici chaque mot est important ! -, c'est "faire le jeu" de l'extrême droite, qu'est-ce qu'être progressiste ?

Est-ce être monarchiste - "de raison", j'oubliais ! -, voir d'un oeil plein de bienveillante sollicitude les mises en cause de la mixité au nom de la religion, laisser les fillettes et adolescentes aux mains des barbus sous prétexte qu'"il est interdit d'interdire", et se montrer tout à fait disposé à faire copain-copain avec les pires intégristes liberticides, pourvu qu'ils s'appellent Mohammed et/ou soient musulmans ?

Dites les gars, et si on se remettait à penser sans oeillières ? J'ai comme l'impression qu'il y a urgence, et que le système binaire, ça réussit aux ordinateurs, mais nettement moins à l'intelligence humaine...

Allez, le truc marrant dans tout ça, c'est qu'il n'y a guère plus que l'extrême droite la plus crétine pour me croire crypto-communiste...

 

 

 

(1) Quoique: dans quelle mesure le repli communautaire ne constitue-t-il pas le fond de commerce des partis d'extrême droite ? Quel score ferait demain le Vlaams Belang sans les "affaires" du voile,  les piscines non mixtes, les abattages rituels, les mosquées islamistes, les quartiers et écoles ghettos, etc.?

On m'objectera que ces "affaires", c'est "nous" qui les créons. Pas sûr: en France, les deux jeunes filles à avoir lancé "l'affaire du voile", Alma et Lila Lévi, ont refusé l'offre de compromis qui leur était faite par leur établissement: elles auraient dû accepter de ne porter qu'un "petit" voile, découvrant... leurs lobes d'oreille ! Et en Belgique, les règlements scolaires qui ont toujours interdit le port de tout couvre-chef, par exemple, ou de tout signe d'appartenance religieuse, sont aujourd'hui mis en cause au nom de la liberté religieuse. Alors ?

Par Nadia Geerts
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Jeudi 14 décembre 2006

Ils me font bien rire, à faire tout un foin autour de ce docu-fiction de la RTBF.

Bon d'accord, faire croire à la déclaration d'indépendance de la Flandre n'était peut-être pas de très bon goût ,et il y a sans doute des pauvres gens qui ont eu la toute grosse émotion de leur vie hier soir.

Mais de là à brandir le fait qu'"on ne joue pas avec les institutions belges !" Comme si on avait enfreint un tabou fondamental ! De là à réclamer le lynchage des journalistes "coupables" d'avoir manigancé une gigantesque blague de potache !

Finalement, au-delà de la question - importante, évidemment - de la déontologie journalistique, de "jusqu'où peut-on aller pour susciter une réaction ?" - de l'éducation des médias, en quelque sorte -, se pose à mon sens celle de l'éducation aux médias: faire preuve d'esprit critique, c'est aussi recouper ses sources. Quoi de plus facile à cette époque hypermédiatique: il suffisait hier soir de zapper, d'allumer la radio, de surfer sur internet, pour se rendre compte que les autres chaînes continuaient inlassablement à diffuser leurs âneries habituelles, et que le seul indice qu'il se passait bel et bien quelque chose de curieux en Belgique était la saturation des serveurs internet !

Beaucoup de téléspectateurs ulcérés vilipendent aujourd'hui la RTBF, disant que jamais plus ils ne lui feront confiance. Et bien là, je dis "Bravo !" à la RTBF, même si ce n'est sans doute qu'un effet collatéral de son docu-fiction: si elle a réussi ne serait-ce qu'à nous rappeler de nous méfier de ce que racontent les médias, de ne jamais nous dispenser de penser par nous-mêmes, elle a accompli hier du tout grand journalisme.

 

 

Une pétition de soutien aux journalistes de la RTBF qui ont réalisé ce docu-fiction est disponible en ligne: http://www.petitiononline.com/rtbf1312/

Voir aussi à ce propos le communiqué de presse du Cercle républicain: http://www.crk.be/F/actualites.php

Par Nadia Geerts
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Lundi 1 janvier 2007

En ce jour de l'an 2007, je forme des voeux - qui l'eut cru ?-

  • pour plus de laïcité
  • plus de république
  • moins de langue de bois et de consensus mou
  • moins d'intolérance, d'intégrisme, d'extrémisme, de machisme

Bref, pour plus de démocratie bien comprise, celle qui ne substitue pas aux valeurs qui la sous-tendent - humanisme et droits de l'homme en tête - la fascination pour la loi du nombre.

Que soient abolis les privilèges de naissance; que l'école joue réellement son rôle d'ascenseur social; qu'hommes et femmes poursuivent leur marche vers l'égalité, non seulement dans les textes, mais aussi dans les têtes; que le pape dise un peu moins de conneries; que les religieux de tous poils puissent se sentir choqués sans brandir pour autant des fatwas ou provoquer des morts; que les politiques relisent les principes fondateurs de leur parti; que les automobilistes respectent les sas pour cyclistes.

Que l'orientation sexuelle des uns ne les expose pas à la violence ou au rejet des autres; que les fumeurs puissent fumer une clope en rue demain sans se faire lyncher; qu'Israëliens et Palestiniens construisent une paix acceptable; que Claude Semal soit enfin diffusé sur les ondes de la RTBF; que la Poste cesse de nous infliger ses sempiternels timbres à effigie du roi ou de saints; que les propriétaires de chiens cessent de prendre mon trottoir pour un canisite; que le mythe de la croissance soit définitivement enterré au profit d'un développement durable, respectueux des générations futures, mais aussi de nos contemporains qui meurent de faim en ce lendemain d'agapes.

Et puis de l'humour, beaucoup d'humour...

Par Nadia Geerts
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Mardi 16 janvier 2007

L'affaire Laurent paraît entrer dans une phase d'accalmie. Ouf ! C'est que je commençais à me lasser d'entendre les Balace, Laporte, Cannuyer, De Decker et consorts s'apitoyer sur le sort du malheureux prince lynché par les médias, abandonné par sa famille et qui plus est interdit de se défendre. Et puis, ce blog tendait à devenir une annexe du site du Cercle républicain, ce qui n'était pas le but au départ.

Je reviens donc à d'autres de mes préoccupations. La lutte contre l'extrême droite d'abord, avec un article sur la création du groupe Identité-Tradition-Souveraineté (tout un programme !) au Parlement européen. Un groupe qui a pu se constituer grâce à l'entrée de la Bulgarie et (surtout) de la Roumanie dans l'Union européenne, et dont les valeurs s'axent clairement autour des valeurs chrétiennes et familiales les plus traditonnelles: http://www.resistances.be/edeurop.html. Sans même parler d'une idéologie nauséabonde évidemment... L'article dont je vous parlais récemment, consacré à la nouvelle campagne présidentielle de Le Pen, est lui paru dans le Journal du Mardi de ce 16 janvier. Il est également possible de le lire ici: http://www.journaldumardi.be/index.php?option=com_content&task=view&id=1514&Itemid=52

Le retour dans l'actualité de la question du voile à l'école ensuite, avec la décision du collège communal anversois d'interdire le port de signes extérieurs de convictions personnelles. La Libre Belgique a consacré un dossier à cette question aujourd'hui.
Le port du voile, à l'école cette fois, sera par ailleurs le sujet de la conférence que je donnerai au CCLJ ce vendredi 19 janvier. Tous les détails ici:
http://www.cclj.be/. Et le vendredi suivant, une conférence de Fatoumata Sidibe, présidente de Ni Pute Ni Soumise Belgique, sur le thème: "

Par Nadia Geerts
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Lundi 5 février 2007

On va bientôt reparler des caricatures de Mahomet. En effet, les 7 et 8 février prochains aura lieu à Paris le procès intenté contre Charlie Hebdo par la Grande Mosquée de Paris. Motif ? "Injures publiques envers un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une religion". L'UOIF "Union des Organisations Islamiques de France) et la Ligue Islamique Mondiale sont également parties civiles.

En cause: deux des caricatures dites "danoises" qui avaient été publiées dans le Jyllands Posten le 30 septembre 2005, et la Une du 8 février 2006, que voici et que des associations musulmanes avaient déjà tenté d'interdire : 

(source: http://unecharlie.canalblog.com/archives/2006/02/08/2702568.html)

Selon Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, ces dessins amalgament musulmans, islamistes et terroristes.

Moi, je veux bien, mais tout de même... Observons quelques instants attentivement le dessin ci-dessus. Accordons une attention plus particulière à ce qui semble bien être son titre. Que dit-il ? "Mahomet débordé par les intégristes".

Poursuivons: dans le phylactère sur la droite, que dit Mahomet ? Il dit: "C'est dur d'être aimé par des cons...". Bien. Oserais-je avancer l'hypothèse, certes aussi audacieuse que farfelue, que les cons au sujet desquels se lamente Mahomet, ce sont les intégristes qui le débordent ? Et donc aucunement les musulmans qui vivent leur foi sans confondre chapelet de prière et ceinture d'explosifs ?

Alors quoi, c'est ça qu'on ne peut plus dire, y compris dans un journal satirique ? Qu'il y a des cons sur la terre, que l'on trouve d'ailleurs sans doute approximativement dans la même proportion dans toutes les religions... et même chez les athées, si si !

Le problème, c'est que cette caricature, moi, je la trouvais justement pleine d'humanité, et même d'humanisme, si on voulait bien la lire au second degré. Il mettait en scène un homme, prophète certes mais homme tout de même - et peut-être avant tout ? -, en proie au découragement. Découragement de voir des hommes s'étriper, des libertés bafouées, des pays mis à feu et à sang, des femmes encagées, et peut-être même des dessinateurs menacés de mort et des journaux cités devant les tribunaux... tout ça en son nom.

Qui sait si après-demain, lorsque s'ouvrira le procès et que les avocats des plaignants entameront leur plaidoirie, Mahomet ne sanglotera pas de plus belle en constatant que certains fervents lecteurs du Coran - ce livre qui, me suis-je laissé dire, commence par ces mots : Lisez !" - ont tout simplement désappris à lire les deux phrases surmontant un petit dessin ?

Pleure Mahomet, sur ces hommes qui ont voulu interdire un dessin.

Pleure, sur ceux qui parce qu'on les traitait d'intégristes, se sont conduits comme tels.

Pleure, sur ceux qui n'ont pas vu que cette caricature était porteuse d'un message fort, qui te distanciais radicalement de ceux-là pour te rapprocher des innombrables musulmans qui ont pris le parti honorable de vivre leur foi et de foutre la paix aux autres.

Je blasphème ? Qu'importe, mes blasphèmes à moi me paraissent infiniment moins blasphématoires que ceux de ceux qui s'arrogent le droit de brimer, d'entraver, de contraindre ou de punir au nom d'un Dieu. Et je pense avec un mélange de tristesse et de reconnaissance à tous ceux qui, de Rabelais à Voltaire, de Cavanna à Brassens ou Ferré, ont eu à coeur de faire vivre la libre pensée, avec la joyeuse audace de celui qui se moque et défie. Avec, pour seul étendard, la liberté.

 

 

 

Voir aussi à ce sujet: http://mohamed-sifaoui.over-blog.com/archive-01-2007.html, le point de vue d'un musulman laïque qui soutient Charlie Hebdo contre les cons...

On peut aussi y lire le texte de la pétition de soutien à Charlie Hebdo, qu'on peut cosigner en envoyant un mail à soutien@charliehebdo.fr.

Par Nadia Geerts
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Dimanche 4 mars 2007

Note préliminaire: ce long article m'a paru nécessaire pour rendre compte de la difficulté qu'il y a à cerner Tariq Ramadan. D'autre part, j'ai voulu éviter de faire ce que beaucoup de ses détracteurs font, à savoir le condamner sans étayer leur jugement par des éléments concrets.

  

La controverse née du refus de l'ULB de vous accueillir dans ses murs m'a donné l'envie de remonter à la source pour tenter de répondre à cette question essentielle : qui êtes-vous ? Le « prédicateur fondamentaliste soft »[1], voire le dangereux islamiste que certains dépeignent, ou un musulman profondément démocrate et respectueux des valeurs fondamentales de notre société, diabolisé pour l'unique raison qu'il serait musulman ?

Il va de soi en effet, en tout cas à mes yeux, qu'une université qui, depuis sa fondation, défend les valeurs des Lumières ne peut être sommée, au nom de la tolérance, du respect ou du libre examen, d'offrir une tribune à des ennemis avérés de ceux-ci. Aussi espèré-je que jamais l'ULB ne permettra à un Jean-Marie le Pen ou à un Filip Dewinter de répandre ses propos nauséabonds sur son campus. Et que leurs éventuels alter ego islamistes ne bénéficieront jamais de plus de « tolérance » au motif qu'une certaine bien-pensance interdirait d'ostraciser un quelconque musulman, fût-il fervent adepte de la charia.

En revanche, il va de soi aussi à mes yeux qu'une université qui défend le libre examen doit permettre à ceux qui la fréquentent d'exercer leur libre examen en confrontant leur esprit critique à diverses opinions, diverses sensibilités, pour peu bien sûr que celles-ci soient respectueuses des valeurs de la démocratie et des droits de l'homme.

Toute la question se résume donc, pour moi, à celle-ci : « Tariq Ramadan, qui êtes-vous ? ».

 Aussi espérais-je beaucoup de votre intervention lors de la conférence qui se tenait ce vendredi 2 mars 2007 aux facultés universitaires Saint-Louis, à l'initiative de Femmes musulmanes de Belgique et de Loqman, sur le thème « Islam, femmes et droits humains »[2].
Devant un public manifestement très majoritairement acquis, vous avez fait un exposé brillant sur « Le concept des droits humains à la lumière de l'Islam et de l'Occident ». Brillant, mais nébuleux.
Dissertant sur les droits humains, vous avez réussi le tour de force de proclamer à la fois leur historicité et leur universalité, et de pointer la proximité entre Sartre et l'Islam en ce qu'ils renverraient tous deux à la responsabilité individuelle, mais aussi entre Descartes et la tradition musulmane dans le rapport au doute.
Vous avez distillé  vos critiques à la fois à l'encontre de ceux qui s'arrogent le droit de condamner ici-bas au nom d'un verset du Coran et à l'encontre des « rationalistes dogmatiques », les renvoyant dos à dos au nom de l'humilité intellectuelle et de l'intelligence.
À l'issue de votre intervention, chacun dans cet auditoire par ailleurs plein à craquer pouvait être rassuré, ayant trouvé dans vos propos de quoi apaiser ses craintes éventuelles : vous vous êtes habilement profilé à la fois comme un bon musulman, attaché au retour au texte révélé et à la réaffirmation de la dignité de la tradition islamique, et comme un homme éclairé, pourfendeur des dogmatismes, ami des philosophes autant que des « savants » (c'est-à-dire des docteurs de la foi), des droits humains, des femmes et de la raison. Le tout au nom du Coran, que vous avez adroitement dédouané de toute responsabilité dans les excès commis en son nom, les imputant plutôt à la tradition ou au contexte historique.

Soit. Pourquoi vouer aux gémonies, en effet, un homme qui donnerait aux musulmans d'Europe le moyen de concilier leurs convictions religieuses avec le respect des valeurs fondatrices des sociétés dans lesquelles ils vivent ? Comme vous le disiez vous-même en guise d'introduction à votre intervention, les chemins sont multiples qui mènent à l'universel.

Cependant, à l'issue de cette première partie, je restais sur ma faim. Pas plus que vous n'aviez tenu de propos réellement inquiétants pour un démocrate, vous n'aviez en effet pris position sur le moindre point précis qui nous aurait permis, à nous observateurs soucieux de mieux vous cerner, de comprendre comment, concrètement, vous comptiez articuler le respect des droits de l'homme et les prescrits coraniques.
C'est donc le débat qui suivit qui m'apporta un début de réponse à cette question, et plus particulièrement la question du port du voile à l'école, à laquelle vous fîtes une réponse révélatrice de l'ambiguïté de votre discours relativement à la laïcité de l'Etat.
Comprenez-moi bien : bien qu'opposée au port du voile à l'école, je ne considère pas systématiquement ceux qui estiment préférable de l'autoriser comme de dangereux anti-laïques. Je conçois en effet que nous puissions diverger de vue quant à la meilleure manière d'atteindre un objectif commun, tel que l'intégration ou l'émancipation[3].
Je ne vous reprocherai donc pas de considérer la loi française comme une « loi linéaire qui ne résout rien ». C'est d'ailleurs la position qu'a défendue avant vous Dan Van Raemdonck, et ce serait faire preuve de mauvaise foi ou de racisme que d'attendre de vous patte plus blanche sur ce chapitre que de Monsieur Van Raemdonck.
En revanche, vous avez d'emblée affirmé que ce n'était pas à la société laïque de faire de la théologie, autrement dit de déterminer les pratiques religieuses, qualifiant cette attitude de digne de l'époque coloniale. Ce faisant, vous avez induit la confusion dans le débat, feignant de croire qu'interdire le port du voile à l'école équivalait à interdire purement et simplement le port du voile. Or, déterminer les pratiques religieuses, autrement dit « faire de la théologie » est à mille lieues de l'approche laïque, laquelle se fiche d'ailleurs souvent comme d'une guigne de ce que dit le Coran en matière de voile, dès lors qu'elle considère que ce n'est pas au texte religieux de déterminer la manière dont on vit en société. Non, ce que prétend la laïcité, c'est circonscrire le religieux à un territoire précis, lui interdire d'envahir l'espace public, ou pire, de se poser en instance supérieure régulatrice du vivre ensemble. Autrement dit : faire de la religion une affaire privée. Libre à la femme musulmane de penser que le port du voile est, comme vous le dites, un « acte de foi », mais cela ne l'autorisera jamais à enfreindre les règles qui valent pour tous et, en l'occurrence, lui imposent de ne pas afficher de signe d'appartenance religieuse ostensible dans certains lieux qui appartiennent à la sphère étatique,... - école, tribunal, administration, ...

Et c'est là que vous m'inquiétez, Monsieur Ramadan. Vous pensez rassurer le public en soulignant que Caroline Fourest, lorsqu'elle vous cite[4], omet une phrase prétendument essentielle. Et cette phrase, selon vous, dit qu'il n'y a aucun problème à  observer la Constitution en Occident, puisque rien dans les constitutions occidentales ne contredit l'Islam. Mais en réalité, ce que vous affirmez, ce n'est rien d'autre que la supériorité des lois islamiques sur les lois séculières. Nous avons bien de la chance, en quelque sorte, que rien dans les Constitutions des Etats occidentaux ne contredise l'Islam, car sinon, votre choix serait vite fait. Madame Fourest n'a donc en l'occurrence en rien tronqué vos propos, contrairement à ce que vous prétendez.
De manière générale d'ailleurs, vous fondez votre raisonnement, aussi progressiste puisse-t-il parfois paraître, sur le retour au texte révélé. L'autorisation du divorce ? Vous vous référez au Coran pour montrer que jamais le prophète n'a empêché une femme de quitter son mari ou son fiancé sous le seul prétexte qu'il ne lui plaisait pas, qu'il n'était tout simplement (sic) « pas beau ». Le droit de changer de religion ? A nouveau, vous reconnaissez l'existence d'un hadith disant « Tuez-les tous », mais vous soulignez que le prophète n'a, lui, jamais tué pour ce motif, ce qui permet le « doute raisonnable ». La Déclaration islamique des droits de l'homme ? Vous ne la délégitimez que parce que la charia sur laquelle elle se fonde est un terme polysémique qui désigne dix-huit écoles de pensée différentes.
Autrement dit, si je vous ai bien suivi, votre beau discours sur l'historicité des textes ne vaut absolument pas pour le texte révélé qu'est le Coran. Face à une question éthique, politique ou philosophique, vous invoquez le Coran et les « savants », reconnaissant d'ailleurs volontiers que votre modèle de société avait cours au VIIième siècle et n'est pas transposable aujourd'hui. Hélas ?
Cette insistance sur le retour au texte vous conduit même à réfuter certaines lectures modernes dudit texte : ainsi prétendez-vous que les interprétations du Coran niant que le foulard soit une obligation sont toutes coloniales et post-coloniales, ce qui, sous-entendez-vous, suffit à les discréditer. D'ailleurs, ironisez-vous, il y a des choses que tout musulman sait, même si elles ne sont pas écrites dans le Coran : ainsi de l'obligation des cinq prières quotidiennes... ou du voile. Impossible dès lors de lire le Coran sans la Sunna, dites-vous.
En somme, tout se trouve dans des textes datant du VIIième siècle, qu'il ne s'agit que de relire, et dont les principes fondateurs, dites-vous, sont au nombre de cinq : Etat de droit, citoyenneté égalitaire, suffrage universel, séparation des pouvoirs et « accountability » (responsabilité politique).
Ultime pirouette ? Comment, Monsieur Ramadan, pouvez-vous concilier votre prétendu attachement à un Etat de droit ou à la séparation des pouvoirs avec votre opinion qu'« il faut respecter la Constitution et la loi à partir du moment où «tout ce qui dans ce pays, d'un point de vue social, culturel, économique et légal, ne s'oppose pas à un principe islamique (...) devient islamique».
Comment conciliez-vous votre attachement à la libre conscience individuelle (vous savez, ce principe sartrien que vous évoquiez) avec le fait que pour vous, les droits humains s'accompagnent d'une responsabilité que votre foi vous dicte envers les autres hommes ?

J'aurais aimé que vous répondiez à toutes ces questions. J'aurais aimé assister à un véritable débat contradictoire entre vous, Dan Van Raemdonck ou Nadia Oulehri, comme j'aurais aimé, par exemple, que vous acceptiez de participer à l'émission que réalisait Mohamed Sifaoui sur votre personne (voir à ce sujet le débat sur Europe 1 entre vous et Monsieur Sifaoui : http://www.tariqramadan.com/rubrique.php3?id_rubrique=53). Comme j'aurais aimé moins d'arrogance de votre part, ce vendredi, lorsque vous vous plaisiez à inciter tel ou tel membre du public à lire un peu, fatigué que vous étiez d'expliquer cent fois la même chose.

 Il est possible qu'on vous comprenne mal, Monsieur Ramadan. Mais avouez que vous ne faites pas grand chose pour être plus clair. Sur la question du moratoire sur la lapidation, par exemple, qu'avez-vous voulu dire exactement ? Qu'il fallait simplement s'asseoir et réfléchir un peu (en relisant le Coran et la Sunna pour savoir s'il existait un « doute raisonnable » permettant de mettre en cause cette pratique barbare ?) ou qu'il fallait se diriger résolument vers son abolition, mais que des questions de stratégie politique commandaient de passer par la revendication d'un simple moratoire ? Votre  réponse à un internaute sur votre propre site internet est pour le moins inquiétante de ce point de vue : vous dites en effet « Je n'ai rien rendu illicite, je dis que "adam tawfîr ash-shurût" (l'impossible réunion des conditions) exige la suspension de l'application des peines. » Une fois encore, nous avons bien de la chance que les conditions ne puissent plus être réunies ... (http://www.tariqramadan.com/article.php3?id_article=289&var_recherche=lapidation)

Si, comme d'autres, je vous avais mal compris, n'hésitez pas à rectifier. Je vous envoie cet article et publierai volontiers votre réponse ici même. Pour le plus grand bien du libre examen.

 


   

 
[1] Comité belge Ni Putes Ni Soumises : « Tariq Ramadan à l'ULB : l'université du libre examen mérite mieux ! »
 
 
[2] avec comme conférenciers, outre Tariq Ramadan, Dan Van Raemdonck et Nadia Oulehri, Sophie Léonard animant la soirée.
 
 
[3] D'autres, évidemment, ne cherchent ni l'une ni l'autre, qu'ils veuillent asservir la femme ou préserver une fantasmatique homogénéité culturelle. C'est précisément là que les fascismes vert (islamiste) et brun se rejoignent.
 
 
[4] «Comme résident de ce pays ou comme citoyen, je respecte la Constitution. C'est un principe islamique» [dit-il]. Mais une précision de taille vient donner un tout autre sens à cette déclaration d'intention. Il précise en effet qu'il faut respecter la Constitution et la loi à partir du moment où «tout ce qui dans ce pays, d'un point de vue social, culturel, économique et légal, ne s'oppose pas à un principe islamique (...) devient islamique». (cassette de Tariq Ramadan, Vivre en Occident: les cinq fondements de notre présence, partie II, QA 40, Tawhid)
Par Nadia Geerts
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