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Agenda

Le 6 mars 2013: conférence à Virton à 20h sur le thème "Lutter contre l'islamisme, est-ce faire le lit de l'extrême droite ?" A la salle « Nos Loisirs », rue Léon Colleaux à Saint-Mard (Virton). Participation aux frais : adultes : 3 euros ? étudiants : 1 euro. Renseignements: 063/57 93 55

Le 7 mars 2013: séance de signatures de "La neutralité n'est pas neutre !" à la Foire du Livre de Bruxelles, de 17 à 18h, sur le stand La Muette/Interforum.

Le 8 mars 2013 à 20h: Journée internationale des droits des femmes à Neupré. "Femmes des années 2000: Anne-Joëlle Philippart, Nadia Geerts et Natacha Kowalski". "La soirée sera colorée musicalement par le récital "Portraits de Femmes", kaléidoscope lyrique autour des grandes figures amoureuses et romantiques de l'Opéra et de la mélodie..."

Le 20 mars 2013 à 19h : Conférence-débat "L'égalité hommes-femmes au regard de la laïcité de l'Etat", organisée par les Femmes MR de Schaerbeek. Intervenants: Nadia Geerts, (auteure, initiatrice du R.A.P.P.E.L, professeur de philosophie); Viviane Teitelbaum (auteure, députée MR, Présidente du Conseil des Femmes, licenciée en journalisme et relations internationales); Georges Verzin (chef de groupe MR au conseil communal de Schaerbeek, licencié en sciences politiques, diplomatiques et financières, également actif au sein du R.AP.P.E.L.).  Au Centre culturel de Schaerbeek, rue de Locht 91-93 à 1030 Schaerbeek.

Le 23 mars 2013 à 11h30, conférence et vin philo sur le thème "Liberté et transgression", dans le cadre du Festival Philo Escales à la Ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve. Plus d'infos sur http://www.escales.be/LIBERTE-ET-TRANSGRESSION-par-Nadia-Geerts-Conference-Vin-philo_a74.html

Texte Libre

Société

Mardi 11 juin 2013 2 11 /06 /Juin /2013 11:31

Ainsi donc, le parc d’attraction Walibi a décidé d’offrir – enfin, façon de parler – la possibilité à ses clients d’éviter les files, contre la modique somme de 35 euros. Qui viennent s’ajouter au prix du ticket d’entrée, évidemment. Et Philippe Courard de s’indigner contre cette mesure discriminatoire, injuste, qui ouvre la porte à une société à deux vitesses, et j’en passe.

 

Ah ben oui, c’est un scoop : notre société, le monde même, n’est pas juste. Oui, il vaut mieux être jeune, beau, riche et intelligent que vieux, moche, pauvre et con. Et vous savez quoi ? Il y a même des gens qui sont tellement dans la dèche qu’ils n’ont même pas les moyens d’aller à Walibi-avec-files. Si si. Et il y a même des gens tellement cons que, même dans la dèche, ils vont encore payer des sommes pas possible pour mal bouffer et mal boire, un samedi de juillet, sous un soleil tapant, en faisant la file devant une attraction qui leur fera ensuite tout dégueuler aussi sec. Si je puis dire.

Mais je m’égare.

Donc, les files.

Selon Madame Crucifix, porte-parole de Walibi, les files, pour certains clients, ce sont des endroits de convivialité. A l’entendre ce matin sur la Première, elle semblait même croire qu’il y avait des gens qui allaient dans son parc rien que pour ça : des groupes d’amis, des copains qui, plutôt que de s’emmerder comme des rats morts en se baladant tous ensemble en forêt de Soignes (gratuit), préfèrent payer chacun une trentaine d’euros pour pouvoir aller papoter joyeusement dans une file, si possible bien longue, parce que rien n’est plus exaspérant que de devoir interrompre une conversation pour gueuler en levant les bras dans les descentes. Et ces gens-là, évidemment, préféreraient mourir plutôt que de devoir se priver de files.

Moi, ce qui m’épastrouille, dans tout ça, c’est que Philippe Courard, secrétaire d’Etat aux familles, semble découvrir le monde comme il va. Comme si le privilège de ceux qui ont du fric par rapport à ceux qui n’en ont pas était limité au nouveau système tarifaire de Walibi :

« WALIBI, en prenant cette décision, se profile comme un parc d’attractions pour familles les plus riches et non pour toutes les familles, commente Philippe COURARD. L’appât du gain lui fait en outre oublier tout sens pédagogique de base : comment expliquer à un enfant qu’il doit faire la file alors qu’il en voit d’autres passer devant lui, juste parce que papa et maman ont plus de sous ? »

Exactement,  Monsieur Courard, comme des chiées de parents expliquent chaque jour à leurs enfants

  • qu’ils doivent prendre leurs tartines et une gourde d’eau à Walibi alors que d’autres peuvent se bâfrer de délicieuses saloperies ;
  • qu’ils n’iront pas à Walibi mais faire une chouette promenade au parc de Tervuren ;
  • qu’ils n’auront pas un nouveau cartable à la rentrée, même si l’autre fait hyper ringard et tape la honte ;
  • qu’ils n’iront pas au sport d’hiver cette année, pas plus que les précédentes d’ailleurs, et que pour apprendre à skier ils attendront les classes de neige ;
  • qu’ils n’iront pas en vacances cette année, mais que papa et maman ont un tas d’idées d’excursions chouettes et pas chères, avec gourde et tartines ;
  • qu’ils n’auront pas de nouveaux vêtements, puisque ceux du grand frère leur vont comme un gant et sont à peine usés.

Je pourrais poursuivre longtemps, mais l’idée est simple : le monde, Monsieur Courard, est injuste. Et Walibi n’est pas une asbl, n’a de vocation ni sociale ni culturelle et n’a jamais prétendu faire de la pédagogie. Walibi fait du business, point. Avec les gogos qui accepteront de payer plus du double du ticket de base pour ne pas faire la file. Libre à chacun d’accepter de marcher ou non dans le système, au demeurant fondé sur la rentabilité. Mais, que je sache, l’accès à Walibi n’est pas encore un droit fondamental reconnu à chaque enfant. Et je serais tentée de dire que c’est heureux. Par contre, ce serait vraiment bien si les droits fondamentaux de chaque enfant pouvaient enfin être respectés. Si plus aucun enfant ne dormait dans la rue, si plus aucun enfant ne mourait victime de mauvais traitements, si tout enfant mangeait à sa faim, si chaque enfant pouvait grandir et s’épanouir, accéder à la culture, à la connaissance. Si l’école pouvait être un levier d’émancipation plutôt qu’un outil de reproduction sociale. Si…

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Dimanche 3 février 2013 7 03 /02 /Fév /2013 19:54




Afficher son orientation sexuelle derrière le guichet d’une administration anversoise, c’est niet.
Voilà en tout cas ce que vient de clamer Bart de Wever, très inquiet à l’idée qu’on puisse ne pas parler de lui quelques jours durant. Car non, il ne veut pas savoir si le fonctionnaire qui le
sert est musulman, homosexuel et électeur du Vlaams Begang.


Aussitôt, d’aucuns ont crié au scandale, protestant que l’homosexualité n’est en rien comparable à un signe politique ou
religieux, puisqu’elle n’est en rien une conviction. Ce en quoi je m’empresse de dire qu’ils ont parfaitement raison. Non, être homosexuel, ce n’est pas être profondément convaincu, après avoir
mûrement soupesé les mérites comparés de la papouille homo ou hétéro, que la première l’emporte très nettement sur la seconde. Tout comme être hétérosexuel, sauf chez les refoulés compulsifs, n’a
rien à voir avec le fait de considérer que l’hétérosexualité, c’est définitivement le top du top et que l’essayer devrait mener à l’adopter. Il y a même – c’est dingue…- des homos qui
préféreraient être hétéros (ne serait-ce que pour ne pas se faire dévisager, version soft, ou casser la gueule, version hard, pour une menotte dans une autre) et des hétéros qui trouvent
l’homosexualité vachement cool  - si si, en cherchant un peu, ça doit se trouver.


Donc, l’homosexualité n’est pas une conviction, et être homosexuel et prosélyte, équivaudrait à être crétin à un point que ma
confiance désespérée en le genre humain ne peut se résoudre à envisager. Et donc, petit 1, Bart a tort.


Pourtant, à y réfléchir de plus près, je ne vois pas très bien en quoi l’orientation sexuelle du fonctionnaire qui
renouvelle mon passeport me regarde, ni surtout en quoi il éprouve le besoin de me la faire connaître. Quoi, n’aurait-il vraiment, dans sa garde-robe, que des t-shirts ornés d’un arc-en-ciel et
surmontés d’un slogan « Homo for ever » ? Est-ce vraiment une intolérable entrave à sa liberté d’expression que de lui demander de s’abstenir de dire toute la journée, par
l’intermédiaire d’un imprimé ad hoc, qu’il éprouve une attirance sexuelle nettement supérieure pour les humains de son sexe que pour ceux de l’autre ? D’autant que, en ces temps troublés,
l’expression d’une telle homophilie pourrait être perçue comme une prise de position politique en faveur du mariage, voire de l’adoption, voire même de droits égaux en toutes choses pour tous,
indépendamment de l’orientation sexuelle. Où l’on revient à l’idée bien soixante-huitarde et néanmoins pas tout-à-fait fausse selon laquelle tout est politique, même le sexe. Et donc, petit 2,
Bart a raison.


Quoique finalement, je me demande si la vraie question est là. Car enfin, quelqu’un peut-il me dire si cette bonne ville
d’Anvers a été confrontée récemment à un mouvement d’homosexuels exhibitionnistes affichant urbi et orbi les administrations communales leur affection rien moins que chaste pour les
humains du même sexe ? Voire même à un seul homosexuel particulièrement désireux de communiquer sa préférence sexuelle à l’humanité entière par le biais d’un arc-en-ciel, en commençant par
les administrés d’Anvers ?


J’ai comme l’impression que la réponse est non, et que Bart ne fait en réalité qu’agiter le t-shirt arc-en-ciel dans le but
d’escagasser, donc de séduire, l’électeur homophobe. et que donc, petit 3, Bart a tort.


 


 
Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Lundi 1 octobre 2012 1 01 /10 /Oct /2012 16:56

 

Mes récentes interventions publiques en faveur de la liberté d’expression incluant le droit au blasphème m’ont valu, ici-même et sur les réseaux sociaux, leur lot d’interpellations plus ou moins courtoises de la part d’individus généralement anonymes m’accusant de pratiquer un double discours illustré par ma complaisance suspecte envers le blasphème « anti-musulman » versus mon refus de condamner les lois mémorielles, rendant la minimisation ou la négation de la shoah passible de poursuites pénales.

 

Je pourrais évidemment me contenter d’adopter en la matière un point de vue légaliste, rappelant que le blasphème n’est pas un délit, du moins en Belgique, tandis que le révisionnisme ou le négationnisme en sont. Je pourrais également rappeler à ces amoureux de la liberté d’expression inconditionnelle que je ne pense pas m’être jamais publiquement prononcée sur les lois mémorielles, et qu’ils me font donc un procès d’intention.

Mais leur question, pour abruptement qu’elle soit posée, et souvent avec force grossièreté, n’en est pas moins pertinente. Et je préfère annoncer d’emblée à ceux qui me lisent en espérant des positions tranchées qu’ils risquent d’être déçus en cette matière.

 

Revenons d’abord sur le blasphème. Ce dernier est par essence un concept religieux, et interne à une religion qui plus est. Selon que l’on est musulman, chrétien ou juif, le même propos (par exemple « Jésus n’est pas le fils de Dieu ») sera considéré ou non comme blasphématoire. Et pour un athée, aucun des propos jugés blasphématoires par une des trois religions précitées ne saurait en être. Le fait pour un Etat d’introduire dans sa législation une pénalisation du blasphème reviendrait donc nécessairement soit à prendre parti en faveur d’une religion particulière – ce qui serait en contradiction avec le principe de neutralité de l’Etat auquel je suis attachée -, soit à condamner tout propos risquant de heurter une quelconque sensibilité religieuse. Et dans ce dernier cas, permettez-moi de faire remarquer qu’on est parti pour la gloire…

 

Mais interdire la mise en cause de la shoah, me rétorquent alors certains, n’est-ce pas pour un Etat une manière de prendre position en faveur d’un groupe humain – les Juifs – en déniant aux autres le droit de mettre en cause leur « sacré » à eux, à savoir la shoah ?

Il y aurait beaucoup à dire sur cette manière de tirer un trait d’égalité entre blasphème et lois mémorielles. D’abord, que ces lois ne visent pas à défendre une religion particulière, mais les victimes du nazisme, en particulier les Juifs conçus non comme une communauté religieuse – Hitler se fichait comme d’une guigne de savoir si les Juifs qu’il envoyait à la mort étaient pratiquants ou même croyants – mais comme une « race » inférieure. Caricaturer un rabbin ou clamer que Yahvé n’existe pas ne me semble donc pas comparable à la mise en question de la shoah, dès lors que la cible est dans un cas la religion, dans l’autre un événement historique ayant décimé une prétendue « race » humaine.

 

Et alors, me répondra mon contradicteur, est-ce alors plus admissible de se moquer de la religion que de se moquer des noirs, des Arabes, des Chinois, des Belges ou des Juifs ?

Non, pas nécessairement, et je renverrai pour cela le lecteur à mon précédent article (http://nadiageerts.over-blog.com/article-on-peut-rire-de-tout-mais-pas-avec-n-importe-qui-110565612.html).

Mais contester la shoah, ce n’est pas rire des Juifs, c’est nier un fait historique majeur, qui a marqué l’histoire du XXième siècle.

La vraie question me semble alors être celle-ci : la liberté d’expression peut-elle s’accommoder de lois qui interdisent de mettre en cause des faits avérés ? Ou, formulé  autrement : la liberté d’expression peut-elle s’accommoder du négationnisme ?

 

Eh bien, en toute honnêteté, je ne sais pas.

D’une part, je trouve absurde d’interdire à des gens de penser que la terre est plate, que les chiens ont cinq pattes, que Napoléon est un personnage imaginaire ou que l’homme a été créé sous sa forme actuelle par un être supérieur. La seule réaction que devrait susciter de telles absurdités, c’est un haussement d’épaules – ou, si on est enseignant, une révision expresse de ce point de matière visiblement fort mal intégré.

De l’autre, je sais pertinemment bien que Faurisson & Co ne sont pas des victimes d’un système scolaire défaillant, mais des idéologues utilisant les thèses révisionnistes qu’ils développent pour asseoir une vision du monde dans laquelle les Juifs sont finalement les instigateurs de cette « invention » de la shoah, et où Hitler devient peu ou prou un gentil moustachu ayant fait beaucoup de bien à son pays. Autrement dit, le négationnisme et le révisionnisme nourrissent – et se nourrissent de – l’antisémitisme.

 

Fort bien, me dira-t-on, mais est-ce une raison suffisante pour pénaliser ces théories ? Ne peut-on dire de la même manière que Charlie Hebdo nourrit l’islamophobie, et rendra peut-être un jour possible l’extermination des musulmans d’Europe à force de les présenter comme un fléau ?

Je rappellerai ici la distinction, fondamentale à mon sens, entre le respect dû aux personnes et celui que l’on devrait aux idées. Critiquer l’islam, le judaïsme, l’athéisme, le communisme, le capitalisme ou l’écologie, même de manière virulente, caustique, bête et méchante, doit à mon sens être autorisé dans le cadre de la liberté d’expression garantie par les droits de l’homme, même si cette critique heurte les convictions de certains. En revanche, l’atteinte à la personne me semble inacceptable, comme en témoignent d’ailleurs les lois pénalisant la calomnie, la diffamation, l’atteinte à la réputation ou l’atteinte à la vie privée.

Autrement dit, il y a une différence fondamentale entre dire « Le communisme a fait des millions de morts » et dire à un communiste qu’il est un assassin. Or, les caricatures de Charlie Hebdo ne me semblent pas avoir jamais ciblé les musulmans dans leur ensemble, ni encore moins chaque musulman pris isolément, mais les intégristes religieux- et que qui se sent morveux se mouche !

 

Quant au reste,  si le rejet de l’islam existe très certainement, les théories raciales ont pour l’essentiel vécu, et c’est heureux. Aujourd’hui, le débat porte sur l’intégration de la religion musulmane dans une société peu ou prou sécularisée, voire laïque. Pas sur le droit des musulmans à vivre, ni même sur leur droit à vivre en Belgique ou en France. Et j’affirme que si les musulmans devaient un jour être persécutés pour ce qu’ils sont – qu’il s’agisse de leur foi ou de leur origine ethnique – ils trouveraient à leurs côtés quantité de militants laïques pour défendre leur droit à l’égalité de traitement, indépendamment desdites convictions ou origines.

 

Nous voilà bien loin des lois mémorielles…

Ma conclusion sera à cet égard en demi-teinte, reflet de mes tiraillements entre deux principes (liberté d’expression d’une part, antiracisme de l’autre). Oui, j’aimerais qu’un jour pas trop lointain, les propos d’un Faurisson ou d’un Garaudy ne suscitent rien de plus qu’un haussement d’épaules résigné. Oui, j’aimerais qu’il ne soit pas nécessaire d’interdire par voie de loi la contestation d’un fait historique, parce que je pense qu’un Etat quel qu’il soit n’a pas à dire l’histoire, pas plus que la science ou la morale.

Mais non, je ne suis pas rassurée à l’idée qu’un événement historique aussi chargé de sens que la shoah puisse être librement contesté, dès lors que ce qui motive cette contestation n’est pas le goût du savoir, mais une idéologie teintée de haine.

J’aimerais à cet égard qu’un enseignement performant rende toute loi mémorielle inutile. Qu’une certaine vision idéologisée du monde et de l’histoire ne vienne plus faire obstacle à l’apprentissage d’un pan du passé que je considère comme fondamental autant que monstrueux, qui a donné naissance à l’idée de crime contre l’humanité

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Mercredi 26 septembre 2012 3 26 /09 /Sep /2012 17:50

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Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Samedi 9 juin 2012 6 09 /06 /Juin /2012 20:26

Si je vous invitais à venir admirer ma cuisine entièrement repeinte en rouge, et que, sur place, vous me disiez combien vous trouvez cette couleur agressive, de mauvais goût ou que sais-je, sans doute pourrions nous échanger sur le choix que j’ai fait, si pas nous mettre d’accord.

En revanche, si vous me disiez que ces murs ne sont pas rouges, mais verts, il semble que tout dialogue deviendrait impossible. Comment, en effet, vous convaincre que ce que vous prétendez vert est en réalité rouge ?

 

Lorsque je vois circuler dans la presse, sur les réseaux sociaux, dans la bouche de certains, des versions diamétralement opposées d’un même fait, j’ai peur pour les faits.

Ainsi, cette femme en niqab arrêtée par la police de Molenbeek la semaine dernière, ce qui a donné lieu à des émeutes et même à une attaque à l’arme blanche sur deux policiers. Pour les uns, elle a refusé de montrer ses papiers d’identité, a été emmenée au poste, s’est rebellée et a fracturé le nez d’une policière d’un coup de tête. Pour les autres, elle a gentiment obtempéré à la demande des policiers, qui ne l’en ont pas moins emmenée au poste avant de lui déchirer les vêtements et de lui faire subir un simulacre de viol.

Lors des meurtres de Toulouse et de Montauban, même affaire : selon les uns, les autorités françaises ont abattu le coupable – Mohamed Merah –, tandis que selon les autres, toute l’affaire était d’emblée entachée de suspicion, Mohamed Merah apparaissant comme un coupable trop beau pour être vrai.

Lors de ce qu’il est convenu d’appeler le « Burqa blabla », même constat : les uns accusèrent Souhail Chichah, chercheur à l’ULB, d’avoir orchestré ce coup de force visant à réduire une conférencière au silence, les autres protestant que c’était en réalité ledit chercheur qui avait été réduit au silence par une conférencière vindicative ayant ordonné de couper le micro lors de sa prise de parole.

Ce sont trois exemples parmi bien d’autres de ce qui me paraît être au mieux une disparition de ce que j’appellerais un monde commun, au pire la recrudescence de ce que d’aucuns appellent les théories du complot.

Je n’étais évidemment pas présente au commissariat de Molenbeek, ni à Toulouse lors des événements qui ont conduit à l’interpellation et à la mort de Mohamed Merah. Je ne peux donc affirmer avec certitude ce qui s’est passé. J’étais en revanche présente à l’ULB, et peux témoigner que nul micro n’a été coupé.

Mais au-delà de ces trois évènements singuliers, il me semble extrêmement inquiétant que les faits eux-mêmes ne soient plus des éléments sur lesquels on peut se mettre d’accord, avant-même de commencer à discuter de l’interprétation qu’il convient d’en faire, de l’importance à leur accorder ou de leur possible instrumentalisation par diverses forces politiques.

Oui, parfois, j’ai l’impression de me trouver face à des gens qui soutiennent mordicus que la terre est plate. Ou que l’homme a été créé par Dieu il y a quelques milliers d’années. Ou que le mur de ma cuisine est vert. 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 17:07

Ainsi donc, l’interdiction des signes religieux à l’école et des tenues dissimulant le visage en rue seraient discriminatoires envers les musulmans.

Si je suis bien votre logique, cela signifie que dès lors qu’une loi contrarie un groupe davantage qu’un autre, cette loi est discriminatoire. L’interdiction de fumer est donc discriminatoire envers les fumeurs de cigarette (bien plus nombreux que les fumeurs de pipe ou de haschich, également visés). L’interdiction du tapage nocturne serait discriminatoire envers les jeunes amateurs de musique rock, techno ou autre musique « moderne », probablement plus nombreux à enquiquiner leurs voisins que les pensionnés amateurs de Mozart.

C’est absurde. Oui, les deux interdictions sont une réponse à la problématique du voile, intégral ou non, bien plus qu’à celle des crucifix ou des kippas. Et alors ? Votre rapport accuse le pompier d’avoir repéré le feu et d’essayer de l’éteindre, rien moins.

Quel feu ?

Le feu de l’intégrisme religieux, islamique en l’occurrence – oups ! je discrimine.

Le feu du machisme, du sexisme, du rapport pathologique au corps féminin, qui pousse certains hommes à couvrir les femmes, les jeunes filles, les fillettes parfois, pour éviter qu’elles éveillent le désir du mâle concupiscent.

Le feu de l’islam politique qui monte, s’attaquant aux libertés individuelles que vous prétendez défendre. Le feu de l’antisémitisme, de l’homophobie, du communautarisme, du fascisme religieux.

En brandissant l’accusation de discrimination, vous tombez dans le piège québécois de la discrimination indirecte, qui considère que traiter chacun à égalité de droits est discriminatoire envers certains, parce que l’obéissance à la loi qui vaut pour tous serait plus contraignante pour eux. Absurde, grotesque… Jusqu’où irez-vous dans cette logique dangereuse et potentiellement liberticide ? Considérerez-vous demain que la mixité est discriminatoire, en ce qu’elle heurte les convictions religieuses de certains – qui sait, peut-être à nouveau musulmans, ce qui dénoterait d’une obstination suspecte à « stigmatiser » toute une « communauté » ?

Parlons-en, tiens, de la « communauté ». Ne vous a-t-il jamais traversé l’esprit qu’il y avait au sein de la sacro-sainte et fantasmatique « communauté musulmane » des musulman(e)s profondément d’accord avec la « discrimination » que leur pays leur fait subir en interdisant le voile à l’école ou le voile intégral en rue ? Estimez-vous que des pays comme la Turquie, la Tunisie ou le Maroc, pour ne citer qu’eux, discriminent les musulmans en limitant le port du voile ?

Mais non, bien sûr : quand un pays musulman (du moins sociologiquement) prend de telles mesures, c’est certainement avec un motif valable. Mais si c’est un pays européen, c’est forcément discriminatoire. Allez, dites-le : raciste.

Votre prochaine campagne, ce sera quoi ? "Agissez pour que X. puisse retourner à l'école, dont les règlements discriminatoires l'excluent en lui interdisant de porter son voile, ce qui la contraint de rester à la maison et la prive de son droit fondamental à accéder à l'instruction." ?

Ne comptez pas sur moi pour vous soutenir dans cette voie.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 17:18

 

« Minorités et droits de l’homme », tel était le thème de la conférence-débat de ce 13 mai 2011 à l’Académie royale de Belgique, avec Henri Goldman et Caroline Fourest comme orateurs. L’occasion d’assister à un débat courtois permettant de cerner les désaccords entre deux intellectuels engagés.


 

Plutôt que de faire ici un compte rendu exhaustif de la soirée, j’ai choisi de repartir d’une intervention de la salle : celle d’Irène Kaufer, déplorant qu’une fois de plus, on débattait des minorités sans qu’elles soient aucunement représentées à la tribune. Au-delà de la réponse de Caroline Fourest, rappelant non sans humour qu’en tant que femme et lesbienne, elle avait bien du mal à se considérer comme la représentante de la majorité, je voudrais souligner ici l’absurdité du raisonnement.

Irène Kaufer, il me paraît pertinent de le rappeler ici, traque sans merci la représentation des femmes dans les débats politiques et autres. Alors que je considère qu’un débat est bien orchestré s’il met en scène des représentants d’opinions diverses et divergentes, quels que soient leur sexe, leur âge, leur origine, etc., elle estime quant à elle qu’il est du devoir des organisateurs de débat d’inviter des femmes, si possible en nombre égal à celui des hommes présents. Soit. Mais ici, il y en avait une, de femme, et non des moindres. La parité était même parfaite – si on excepte le modérateur masculin. Mais ce n’était pas assez.

À l’évidence, il aurait fallu un musulman, ou mieux une musulmane, ou mieux encore une musulmane voilée. Étrange, vraiment. Car le sujet de la soirée n’était ni l’islam, ni le voile, même si les débats se sont orientés vers cette thématique en cours de soirée.

Mais passons. Le raisonnement, qui n’est pas propre à Irène Kaufer, consiste à supposer que l’on ne parle bien que de ce qu’on connaît, et qu’on ne connaît que ce qu’on vit de l’intérieur. Pas question alors de parler de peinture si l’on n’est pas peintre, de littérature si l’on n’est pas écrivain, des camps de concentration si l’on n’y a pas séjourné, de la violence conjugale si on n’en est pas victime (ou acteur ?), et du nazisme si l’on n’est pas nazi.

Je sens qu’à ce stade, j’en fais bondir plus d’un. Et pourtant…

Revenons à cette soirée. Il est quand même étrange que pour parler des minorités, d’aucuns considèrent comme allant de soi que la personne la plus indiquée, voire la seule réellement habilitée, c’est une musulmane. Comme si la musulmane (voilée évidemment) incarnait désormais les minorités dans leur ensemble. À moins que l’objection soit venue du fait qu’on abordait la question du voile ? Mais alors, les deux intervenants étaient-ils en droit de parler du kirpan sikh ? N’auraient-ils pas dû interrompre immédiatement le débat, faute de sikh pour témoigner de son rapport au kirpan ? Etaient-ils en droit de parler des juifs hassidiques, faute de membre de cette communauté pour communiquer au public son rapport au religieux ? Combien de fois n’a-t-on pas mentionné les Bretons ? Et Sarkozy, et Hortefeux, et Marine Le Pen, sans qu’aucun Breton ni aucun porte-parole de ces individus ne soit invité à monter à la tribune, dans un louable souci d’équité ?

Tout cela me rappelle une séance préparatoire à la constitution de listes électorales du parti Ecolo, au temps où j’en étais encore une membre active et enthousiaste. Je me souviens en particulier de la satisfaction générale née du constat qu’il y avait des candidats d’origine marocaine et turque (certains se vantant de leurs bons contacts avec la mosquée), et même un gay, et puis du désappointement soulevé par la remarque de l’un d’eux, remarquant à juste titre qu’il n’y avait pas de Kurde…

Si l’on accepte la logique selon laquelle ce ne sont pas les points de vue qui, dans un débat démocratique, doivent être représentés – ce qu’ils étaient parfaitement hier soir -, mais les communautés, je crains que tout débat ne devienne rapidement impossible. Une fois qu’on aura trouvé une femme musulmane voilée, qu’est-ce qui nous prouvera que cette femme est le moins du monde représentative de celles qu’elle est censée représenter ? Est-elle chiite ou sunnite ? Voilée de noir, de blanc, d’un tissu chatoyant, en niqab ? Elégamment habillée et maquillée, ou disparaissant derrière son voile ? Porte-t-elle son voile par quête identitaire, au nom d’un prétendu féminisme islamique, parce qu’elle le considère comme un prescrit islamique, parce qu’elle veut avoir la paix, parce qu’elle le portait déjà dans son pays d’origine, parce qu’on lui a appris ici à le porter ?

Mais je crains surtout qu’en entérinant cette logique absurde, on fasse une nouvelle fois passer les appartenances communautaires avant les idées. Nous avions hier soir en face de nous deux intervenants défendant, quoique certains aient pu en penser, des idées extrêmement différentes. N’est-ce pas ça, l’essence-même d’un débat ? Et à force de se focaliser sur l’apparence de ceux qui portent les idées, ne risque-t-on pas de passer dramatiquement à côté de cette essence et d’ouvrir la voie à la concurrence des minorités ?

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Lundi 7 juin 2010 1 07 /06 /Juin /2010 15:40

 

Cet article s’adresse tout spécialement à ceux (et celles) qui traînent les pieds à l’idée d’aller voter : toujours les mêmes, on comprend rien, que des menteurs et des magouilleurs, les enjeux nous dépassent, etc.

Rien n’est plus faux. La preuve par deux sondages de la presse écrite qui font souffler un vent de fraîcheur bienvenue sur la morosité pré-électorale.

 

Le premier émane de La Libre Essentielle, et pose la question ô combien existentielle : « Nos femmes politiques sont-elles séduisantes ? » (http://essentielle.lalibre.be/fr/7445/nos-femmes-politiques-belges-sont-elles-seduisantes#comment-523583). À vous, amis lecteurs, d’élire la plus séduisante d’entre elles. Qui sait, peut-être gagnera-t-elle grâce à vous un poste de ministre ou de secrétaire d’Etat ? Et en tout cas, nul doute que ce sondage aura su réveiller, l’espace de quelques minutes, l’intérêt du citoyen lambda pour la chose politique.

 

Mais j’entends déjà des grincheux, des grincheuses aussi, s’offusquer de ce que nul ne s’amuse à tester le potentiel de séduction des candidats masculins. Détrompez-vous, bonnes gens, l’égalité des sexes est en marche, et ce grâce à Sudpresse, qui lance un grand concours « Elisez les candidats carolos les plus sexy » (http://www.sudpresse.be/regions/charleroi/2010-06-04/elisez-les-candidats-carolos-les-plus-sexy-787119.shtml). Ici, pas de discrimination sexiste, le quotidien nous propose six hommes et six femmes, « douze candidats de la région de Charleroi dont les arguments, derrière les postures idéologiques, sont les plus séduisants. Votez, jusqu'à mercredi pour désigner votre favori féminin et masculin.

Un rancard entre les deux lauréats suivra. Et, attention, la maîtresse de cérémonie de la rencontre sera Marie-Audrey. »

Je n’ai pas la moindre idée de qui peut être cette Marie-Audrey, mais qu’importe ? L’essentiel n’est-il pas de savoir que grâce à l’engagement citoyen du groupe Sudpresse, un beau petit couple de politiciens diablement sexy auront bientôt un super rancart, voire plus si affinités ? Et quoi de mieux pour remotiver le citoyen lassé des crises gouvernementales, des querelles en trois lettres et autres impasses budgétaires ?

 

Et au cas où même ça ne suffirait pas à raviver la flamme de l’électeur-citoyen, j’ai déjà d’autres super idées pour la grande presse toujours soucieuse de remobiliser sur les vraies questions : l’élection du plus profond décolleté politique, un super concours de quel-candidat-pisse-le-plus-loin, le prix des plus gros lolos politiques, la médaille du torse politique le plus viril, etc. On pourrait même imaginer une nuit d’hôtel pour miss-gros-lolos-politiques et mister-pisse-le-plus-loin, ou un séjour à Toremolinos pour miss-décolleté et mister-torse-viril.

 

 

N’empêche, blague à part, s’il semblerait que les femmes politiques proposées par La Libre Essentielle (qui porte en l’occurrence foutrement bien son nom) n’aient pas été consultées ­­- et que certaines n’apprécient guère -, les candidats carolos au titre de super sexy ont bien dû marquer leur accord pour participer à un « rancart » avec leur alter ego de l’autre sexe. Je pose donc la question :

Que vont faire Olivier Chastel, Olivier Henry, Paul Magnette, Jean-Marc Nollet, Damien Laloyaux, Antoine Tanzilli, Julie Crucke, Catherine Lutzeler, Ozlem Ozen, Véronique Salvi, Caroline Taquin et Françoise Daspremont dans cette galère ?

N’étant pas carolo, j’avais déjà une bonne raison de ne pas voter pour eux. Maintenant, j’en ai deux. Et la seconde est politique. Comme quoi, les sondages, ça forme le sens civique.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /Nov /2009 16:53

 

Il y a quelques jours, j’ai publié sur ce blog un article (voir ci-dessous) relatant une mésaventure dont aurait victime un Monsieur, Frank Sweijd, qui se serait fait arracher et piétiner son chapeau, sur lequel figurait l’inscription « Dieu n’existe pas », lors de la manifestation contre l’interdiction du voile à l’école, le 11 novembre dernier. Suite aux protestations indignées de personnes qui niaient que cet événement se soit produit, j’ai pris la décision de retirer cet article. En effet, j’avais commis l’erreur de ne pas recouper mes sources et de m’en tenir à la seule version de Frank Sweijd. Or, on ne peut publier n’importe quoi sur un blog. Je tiens donc à m’excuser ici, publiquement, pour cette légèreté, à cause de laquelle le discrédit a été injustement jeté sur des personnes qui n’avaient aucun tort, si ce n’est d’avoir dit la vérité.

 

Comme promis, je me suis donc mise en devoir de mener ma petite enquête. Et celle-ci confirme la véracité des faits relatés par Frank Sweijd, désormais confirmés par plusieurs témoins.

Une journaliste présente ce jour-là, et qui a assisté à la scène juste avant d’interviewer Frank Sweijd, confirme en effet, écrivant, dans un mail adressé à ce dernier : « tu confonds entre une personne qui t'as arraché le chapeau à qui j'ai parlé plus tard en disant qu'il avait tort et avec les autres qui ont organisé la manif. ».

Précision importante, en effet, et qui était absente de mon premier article, dans lequel je mettais en cause les organisateurs de la manifestation, à savoir le Mouvement pour les Droits fondamentaux. Ce qui explique sans doute, au moins en partie, la réaction outrée de Kaoutar Boustani, organisatrice de cette manifestation.

Soyons clair : il est évident que dans une manifestation qui a rassemblé, selon les organisateurs, 500 personnes, il est impossible d’avoir l’œil à tout. Et il est donc fort possible que ce soit en toute bonne foi que certains des organisateurs aient prétendu n’avoir rien vu. Mais entre n’avoir rien vu et m’accuser d’avoir inventé de toutes pièces cet incident, il y a un pas, que d’aucuns n’ont pas hésité à franchir, me traitant publiquement de menteuse avec une agressivité et une hargne qui les discrédite bien plus que le fait qu’ils n’aient pas vu, ni pu empêcher, un dérapage regrettable.

Mais il y a autre chose. La journaliste n’est pas la seule témoin de cet incident. Deux autres personnes, toutes deux enseignantes, Abdel E. et Mohamed E., ont également été témoins indirects de cette « affaire du chapeau ». Elles arrivaient à la Bourse lorsqu’elles ont rencontré deux jeunes hommes de leur connaissance qui venaient d’assister à l’incident et le leur ont raconté, tout en approuvant ce qui s’était produit : « [Ils] approuvaient le geste de leurs camarades parce qu'ils estimaient qu'il n'avait rien à faire là ». Continuant leur marche, elles sont arrivées devant la Bourse, où elles ont parlé avec plusieurs manifestants. Mohamed E. témoigne : « Certes le chapeau a été déchiré par des jeunes adolescents sans porter aucun préjudice physique à la personne qui a été perçue par les manifestants comme un provocateur. Cependant, beaucoup d'autres manifestants ont désapprouvé ce geste qu'ils ont estimé comme inutile. ». Et Mohamed E. d’ajouter : « Et même la présidente  de l'exécutif musulman nous a dit que c'était un geste déplorable mais qu'il y avait aussi un peu de provocation de la part du monsieur au chapeau ».

J’ai évidemment contacté Isabelle Praile, présente à la manifestation, pour avoir confirmation de ces dires. Sa réponse fut nette : « Je n’ai pas été témoin de cet événement ». A ma question suivante, « En avez-vous entendu parler ? », envoyée par sms, je n’ai pas obtenu de réponse…

Comment expliquer une telle discordance entre la version de Mohamed E. et celle de Madame Praile ? Le premier avance une hypothèse : « A notre arrivée à la manifestation tout le monde parlait de l'histoire du chapeau. Peut-être mentir à un non Musulman est-il légitime pour Mme Praile. ».

 

Il est pour le moins curieux qu’un incident attesté par quatre personnes n’ait été vu par aucun des manifestants présents. Si je peux admettre que certains n’aient réellement rien vu, il est manifeste que d’autres ont nécessairement dû voir. Et ont préféré se taire, voire déverser leur fiel à mon encontre et à celle de Frank Sweijd. Des internautes, anonymes ou non, tels Rémy, Thierry, Kaoutar Boustani, Alain Gribinski, Soumeya, Pierre, Desperado, Dobisha (http://www.youtube.com/watch?v=xIH6rWjI0hs&feature=player_embedded), ou encore Nordine Saïdi, m’ont publiquement traitée de menteuse. C’est d’eux, aujourd’hui, que je serais en droit d’attendre des excuses. Mais je ne me fais aucune illusion.

Je ne porterai pas plainte pour diffamation. Je pars en effet du principe que certains de mes adversaires dans cette affaire sont probablement de bonne foi lorsqu’ils disent n’avoir rien vu. Je retiens l’arrogance et la grossièreté de certains d’entre eux, et le fait que d’autres, manifestement, soit ont menti, soit ont choisi de ne rien dire qui puisse invalider la thèse selon laquelle la version des faits publiée sur ce blog était exacte. Que ceux-là sachent qu’ils sont désormais très mal placés pour me donner des leçons de déontologie, d’honnêteté intellectuelle ou d’impartialité.

Je tiens par ailleurs à remercier très chaleureusement Frank, Mohamed, Abdel et Nora. Ces gens que je ne connaissais pas il y a quelques jours ont eu à cœur de m’aider à rétablir la vérité, quelles que soient leurs opinions personnelles sur la question du voile à l’école.

 

 

Je tiens évidemment à disposition de la police ou de toute autorité compétente les témoignages dont j’ai reproduit des extraits ici, les mails et sms reçus, les captures d’écran, ainsi que l’identité complète des témoins, que j’ai simplement voulu préserver de la virulence coutumière des attaques sur ce blog en taisant leur identité.



C’est beau, la tolérance…

 

Ce 11 novembre avait lieu une manifestation organisée par le « Mouvement pour les droits fondamentaux ». Parmi ses mots d’ordre, une mobilisation contre l’interdiction du port du « foulard » à l’école, considérée comme « niant les droits fondamentaux, comme la liberté de culte et d’expression ou le droit à la scolarité », raciste, sexiste, violente et alimentant la haine.

 

J’ai déjà maintes fois expliqué, ici et ailleurs, que la liberté de culte ne devait pas, selon moi, autoriser le port de signes convictionnels en tous lieux ni dans l’exercice de toute fonction. Mais une chose est sûre à mes yeux : dans les lieux publics, tels que les rues, la liberté la plus grande doit être garantie, et toute interdiction de signes religieux ou philosophiques dans cet espace doit donc être condamnée.

Une opinion que ne partagent visiblement pas certains des manifestants d’hier. En effet, il n’est pas resté grand-chose de leur belle tolérance lorsqu’il s’est agi de défendre le droit d’un athée à exprimer ses convictions.

Sur les marches de la Bourse se tenait en effet Frank Sweijd, arborant son couvre-chef désormais bien connu proclamant que « Dieu n’existe pas ». A l’issue d’un dialogue serein avec des manifestantes, les choses ont tourné au vinaigre : une jeune femme voilée venait à peine de lui affirmer que les musulmans étaient aussi tolérants que les autres que quelques individus se sont jetés sur son chapeau, l’ont déchiré et piétiné, avant de siffler Frank Sweijd et de lui crier dessus, puis de perturber son interview par une chaîne de télévision.

Où est la tolérance ? Lorsqu’à Verviers, nous manifestions notre soutien aux écoles de Dison ayant interdit le voile, des femmes voilées se tenaient le long du cortège et ont été interviewées. Nul ne les a agressées. Elles avaient le droit d’être là, nul ne le leur déniait.

Comment ne pas voir le deux poids deux mesures pratiqué par certains, qui tout en défendant ardemment le droit d’exprimer partout ses convictions religieuses, dénient à un athée le droit d’afficher son athéisme ?

En juin dernier, Frank Sweijd avait déjà été emmené au poste pour « provocation » parce qu’il avait arboré le même couvre-chef devant le Parlement bruxellois, où prêtait serment la députée voilée Mahinur Özdemir. Dans la salle se trouvaient pourtant plusieurs femmes voilées, grâce au combat mené par Zoé Genot quelques années auparavant pour que les travées parlementaires soient désormais accessibles aux personnes conservant leur couvre-chef. Zoé Genot qui, malgré plusieurs interpellations concernant la mésaventure de Frank Sweijd, a encore prétendu lundi dernier, lors d’une séance de travail à laquelle nous participions toutes les deux, ne pas être au courant de cette affaire.

Alors, Mesdames et Messieurs les militants des « droits fondamentaux », faudrait savoir… Si votre préoccupation est de défendre le droit de chacun à exprimer ses convictions, il serait temps que cela s’étende à tous, y compris aux incroyants. Si en revanche vous ne prétendez accorder ce droit qu’aux seuls musulmans, voire aux seuls croyants, ayez le courage de le dire : nous saurons alors à quoi nous en tenir sur la noblesse de votre combat.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 10:07

La burqa ? Selon le président du MRAX, ça n’existe pas en Belgique. Et pourtant… Pourtant, c’est bel et bien l’histoire d’une jeune femme contrainte de porter la burqa en Belgique que nous raconte Karima dans son dernier livre, relation d'une histoire vraie, Burqa, la révolte d’Aïcha.

Aïcha a grandi au Maroc. Ses parents, bien que pauvres, ont voulu le meilleur pour elle : les études et la liberté. Tout irait pour le mieux pour elle si elle ne rencontrait un jeune homme belgo-marocain, en vacances au Maroc. On devine la suite : la grande histoire d’amour, la demande en mariage, la venue en Belgique. Et là, c’est un autre homme qu’Aïcha découvre. Tyrannique, violent, prêt à tout pour que sa femme lui soit pleinement soumise. La burqa, dans ce contexte, n’est qu’une manière parmi d’autres de s’assurer le contrôle total sur elle.

Aïcha, femme libre au Maroc, devient esclave en Belgique. Jamais elle ne pourra terminer ses études de médecine, entamées à Tanger. Pendant vingt années, son univers se réduira à ses deux enfants, seule lueur dans son enfer. Une lueur d’où sortira, finalement, la liberté.

 

Burqa, la révolte d’Aïcha est un livre bouleversant, mais aussi révoltant. Un livre qui devrait ouvrir les yeux de ceux et celles pour qui la burqa n’est qu’un vêtement comme les autres et l’islamisme un fantasme d’islamophobes.

 

 

Pour ceux-là également, mais aussi pour tous ceux qui aiment les lectures joyeusement revigorantes et délicieusement subversives, une autre lecture s’impose : celle du pamphlet de Claude Demelenne et Alain Destexhe, Lettre aux progressistes qui flirtent avec l’islam réac. Il  y a quelques mois, les deux auteurs étaient victimes d’une plainte pour incitation à la haine religieuse suite à leur carte blanche « Voile : où sont les progressistes ?, plainte déposée auprès du Centre pour l’égalité des chances par Abdelghani  Ben Moussa, coordinateur du groupe « Vigilance musulmane ». Aujourd’hui, ils remettent ça, nullement impressionnés par les tentatives d’intimidation des vigiles de la pensée. Et dénoncent l’attitude d’une certaine gauche qui pactise avec l’islamisme, quand elle ne refuse pas de le voir. C’est sûr, voilà un livre qui ne plaira pas à tout le monde. Puisse-t-il du moins en faire réfléchir certains, adeptes des indignations sélectives et de l’aveuglement volontaire.

 

 

Claude Demelenne et Alain Destexhe présenteront leur livre lors d’une conférence le mardi 27 octobre à 20h00 au siège du MR, 84-86 avenue de la Toison d'Or à 1060 Bruxelles (veuillez confirmer votre présence en téléphonant au 02/501.77.07)

 

 

Karima, Burqa, la révolte d’Aïcha, Luc Pire, 2009

Claude Demelenne et Alain Destexhe, Lettre aux progressistes qui flirtent avec l’islam réac, Le Cerisier, 2009

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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