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Agenda

Le 6 mars 2013: conférence à Virton à 20h sur le thème "Lutter contre l'islamisme, est-ce faire le lit de l'extrême droite ?" A la salle « Nos Loisirs », rue Léon Colleaux à Saint-Mard (Virton). Participation aux frais : adultes : 3 euros ? étudiants : 1 euro. Renseignements: 063/57 93 55

Le 7 mars 2013: séance de signatures de "La neutralité n'est pas neutre !" à la Foire du Livre de Bruxelles, de 17 à 18h, sur le stand La Muette/Interforum.

Le 8 mars 2013 à 20h: Journée internationale des droits des femmes à Neupré. "Femmes des années 2000: Anne-Joëlle Philippart, Nadia Geerts et Natacha Kowalski". "La soirée sera colorée musicalement par le récital "Portraits de Femmes", kaléidoscope lyrique autour des grandes figures amoureuses et romantiques de l'Opéra et de la mélodie..."

Le 20 mars 2013 à 19h : Conférence-débat "L'égalité hommes-femmes au regard de la laïcité de l'Etat", organisée par les Femmes MR de Schaerbeek. Intervenants: Nadia Geerts, (auteure, initiatrice du R.A.P.P.E.L, professeur de philosophie); Viviane Teitelbaum (auteure, députée MR, Présidente du Conseil des Femmes, licenciée en journalisme et relations internationales); Georges Verzin (chef de groupe MR au conseil communal de Schaerbeek, licencié en sciences politiques, diplomatiques et financières, également actif au sein du R.AP.P.E.L.).  Au Centre culturel de Schaerbeek, rue de Locht 91-93 à 1030 Schaerbeek.

Le 23 mars 2013 à 11h30, conférence et vin philo sur le thème "Liberté et transgression", dans le cadre du Festival Philo Escales à la Ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve. Plus d'infos sur http://www.escales.be/LIBERTE-ET-TRANSGRESSION-par-Nadia-Geerts-Conference-Vin-philo_a74.html

Texte Libre

Antifascisme - antiracisme

Mercredi 26 septembre 2012 3 26 /09 /Sep /2012 08:55

Dimanche dernier, sur le plateau de Controverse, j'ai commis une bourde en présentant la couverture de "Shoah Hebdo" comme l'une de celles réalisées par Charlie Hebdo, àl'instar de son mémorable "Charia Hebdo". En réalité, il s'agissait d'un détournement de couverture opérépar un certain Joe le Corbeau, un dessinateur proche de Dieudonné, dEgalitéet réconciliation ou des Indigènes de la république, qui sest fait une spécialité des détournements daffiches, de couvertures ou de publicités, prenant généralement pour cible les Juifs et la Shoah.

 

Certains se sont empressés de publier sur YouTube la vidéo de cette confusion, accompagnée de commentaires railleurs, voire d'insultes.

Je me dois donc aujourd'hui, non pas pour mes adversaires les plus acharnés, mais pour ceux qui jugent mes réflexions dignes d'intérêt, de présenter mes excuses pour cette malencontreuse erreur, mais aussi de repréciser certaines choses.

 

En effet, ce dessin n'est en rien l'œuvre de Charlie Hebdo. Mais pris isolément, je maintiens que je l'ai trouvédrôle, même si jouant évidemment sur les stéréotypes les plus éculés qui circulent à l'égard des Juifs. En effet, qu'est-ce donc qu'une caricature, qu'une satire, si ce n'est l'art de monter en épingle, de grossir démesurément des traits réels ou des stéréotypes ?  Pierre Desproges m'a fait rire aux larmes, comme Coluche ou d'autres, avec ses sketches sur les étrangers, les femmes ou les Juifs. Et si je doute que de tels textes puissent encore être publiés aujourd'hui, je déplore ce politiquement correct qui impose que la caricature soit respectueuse - pour reprendre le bon mot involontaire d'Isabelle Praile sur le même plateau de Controverse. Comment, en effet, une caricature pourrait-elle être respectueuse ? L'irrévérence, la moquerie, l'irrespect donc ne sont-ils pas la condition même de possibilité de la caricature, de la satire, voire même peut-être plus largement de l'humour ?

En même temps, si j'ai pu rire avec Desproges ou Coluche, c'est parce que leurs textes, aussi irrévérencieux, subversifs, provocants, outranciers soient-ils, avaient toujours pour but de caricaturer, in fine, le rieur. Coluche faisant un sketch sur les Arabes, c'est d'abord et avant tout Coluche se raillant du raciste. Desproges se moquant des femmes, c'est essentiellement Desproges raillant le machisme. On rit avec eux parce qu'on éprouve un sentiment de connivence avec l'humoriste, on comprend ce qu'il vise, ce qu'il dénonce par le rire.

C'est pour cette raison que je ne ris plus de cette couverture "Shoah Hebdo". Tout comme je ne ris pas des sketches de Dieudonné. Pas parce qu'ils ne seraient pas, pour certains d'entre eux, objectivement drôles. Mais parce que je sais que l'intention n'est pas de rire de l'antisémite, mais de rire du Juif - ce qui en soit n'est pas encore un problème - et bien plus encore de faire passer par le biais de ce rire une conception du monde non pas humaniste, mais profondément raciste.

Oui, on peut rire de tout. Il faut n'avoir jamais fréquentédes personnes handicapées, des Juifs ou des Arabes pour ignorer qu'ils sont souvent les premiers à se moquer d'eux-mêmes, et d'une façon bien plus mordante que nous n'oserions le faire, n'étant ni handicapés, ni Juifs, ni Arabes.

En revanche, je ne pense pas qu'on puisse rire avec n'importe qui. Je peux rire d'une blague sur les femmes, mais pas avec un machiste de la pire espèce. D'une blague sur les noirs ou les arabes, mais pas avec un raciste. Et d'une blague sur les Juifs, mais pas avec un antisémite. Parce que le rire me rend complice, et qu'il y de ces sortes de gens avec qui je refuse toute complicité

 

Passons maintenant au fond. Ce que je voulais démontrer en évoquant ce dessin sur le plateau, c’était que la « communautémusulmane »n’était pas la seule à devoir subir des caricatures blessantes, irrévérencieuses, voire insultantes. Que les Juifs aussi avaient àsubir de telles productions, et parfois même bien pire, comme lorsque lIran organise en 2006 un concours de caricatures sur la Shoah certaines étant clairement négationnistes - pour riposter aux caricatures de Mahomet. Or, une seule ambassade iranienne dans le monde a-t-elle dû être mise sous haute protection suite à ce concours ? A-t-on entendu parler dun seul attentat kamikaze commis par un Juif se faisant exploser devant un bus de touristes au profil vaguement oriental ?

A lheure de la mondialisation de linformation, oùinternet permet à chacun daccéder à tout et à nimporte quoi en deux clics, nest-il pas urgent que principes démocratiques et singulièrement la culture du débat se mondialisent également ?

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 12:05

Quelques jours après la consternante « Burqa blabla » qui a mis fin prématurément à un débat à l’ULB sur le thème « L’extrême droite est-elle devenue fréquentable ? » l’émission Controverse (RTL) organise un débat sur le thème de l’islamophobie. Curieuse manière de revenir sur le mardi noir de l’ULB...

 

 

Après s’être emparé du micro que lui tendait Guy Haarscher et avoir scandé à nouveau son « Burqa blabla », Souhail Chichah a en effet dénoncé l’islamophobie, de gauche comme de droite. Plus tard, on a appris dans la presse que cette action était motivée par le fait que, bien qu’ayant demandé à pouvoir faire partie du panel d’intervenants, Souhail Chichah n’avait pas obtenu gain de cause, refus qui marque selon lui la « colonisation » dont souffrent toujours les descendants d’immigrés. Mais s’agissait-il réellement de cela ?

 

Une rapide recherche sur internet ne m’a pas permis de trouver la moindre publication de Souhail Chichah sur le thème de l’extrême droite. Quelle légitimité aurait-il donc à en parler ? Economiste, spécialisé en « économie de la discrimination » ( ??) Souhail Chichah ne peut se prévaloir de la moindre compétence en ce qui concerne l’analyse du discours de l’extrême droite. Et quand bien même : si je devais saboter toutes les conférences auxquelles je ne suis pas invitée à participer, et si toutes les personnes pouvant se prévaloir d’une quelconque expertise dans un quelconque domaine faisaient de même, plus aucune conférence ne pourrait avoir lieu.

 

Mais ce n’est évidemment pas de l’extrême droite que Souhail Chichah aurait voulu débattre. Son obsession à lui, c’est l’islamophobie, et Caroline Fourest en est à ses yeux l’incarnation. Revendiquer un débat contradictoire sur la personne de Caroline Fourest serait toutefois jugé incongru, voire imbécile, car dans une université, et plus largement dans un cercle intellectuel quel qu’il soit, on ne débat pas des personnes, mais des idées. Alors, Souhail Chichah déplace le débat : il voit – ou fait mine de voir - dans les ennuis qui s’accumulent sur sa tête le signe que la Belgique est « islamophobe ». Thèse difficilement soutenable, dès lors que d’une part il n’est pas musulman, et que de l’autre il n’a pas vraiment le profil des « damnés de la terre » et autres « exclus du système », comme en témoigne à suffisance son poste de chercheur et d’assistant à l’ULB.

 

Mais c’est plus facile, évidemment, de voir partout le spectre du grand méchant monstre raciste – car « islamophobe » n’est évidemment qu’une autre manière de nommer le « racisme » anti-musulmans – que d’admettre qu’insulter régulièrement ses collègues et saboter une conférence organisée dans son Alma Mater est pour le moins peu collégial et dénote, outre une incapacité crasse à participer au débat argumenté, une loyauté vacillante envers l’université qui l’emploie.

 

Le plus consternant est que certains lui emboitent le pas, voyant dans la « Burqa blabla » l’expression d’un malaise social. Il est sans doute vrai qu’être d’origine arabo-musulmane n’est pas toujours facile. Les discriminations sont une réalité, tout comme la défiance d’une partie de la population envers une religion perçue comme revendicatrice et en porte-à-faux avec la laïcisation de la société. Mais cela doit-il tout excuser ? Après tout, c’est sur fond de malaise social qu’a grandi le nazisme dans les années trente. Les partisans de l’extrême droite actuelle, eux aussi, peuvent certainement se prévaloir d’un malaise social : la société change, la multiculturalité les inquiète, leur fait perdre leurs repères, etc. Ce Monsieur Pennincks qui m’adresse des menaces de mort sur ce blog est très certainement aussi hanté par un malaise social, même si de toute évidence, il a encore la chance de posséder une voiture dont le pare-choc va me défoncer le crâne.

Faut-il alors minimiser les agissements de ces énergumènes ? Faut-il pardonner aux nazis des années trente, qui subissaient de plein fouet la crise économique et le « malaise social » ?

 

Il est plus que temps de mettre fin à ce discours victimaire. Quand Alain Destexhe ironise sur les « Norvégiens » qui ont vandalisé la station de métro Horta, la réprobation est unanime, et à raison. Pourtant, qui nous dit que sa tirade n’est pas l’expression d’un « malaise social ». Pourquoi se trouve-t-il des démocrates pour défendre Chichah, et aucun pour défendre Destexhe ? La réponse coule hélas de source : l’un est d’origine étrangère, l’autre pas. De ce fait, l’un aurait le droit de mentir effrontément, de recourir à l’insulte la plus grossière, de déshonorer son université, de flirter avec l’antisémitisme. Et l’autre pas.

 

Souhail Chichah mérite mieux : quoi qu’il en dise lui-même, il n’a rien d’un colonisé ni d’un indigène du royaume. Il fait partie de mes concitoyens, il a un statut social enviable, une formation intellectuelle, bref il maîtrise parfaitement les codes en vigueur. Tellement bien qu’il réussit à ce qu’une émission grand public l’invite sur son plateau pour débattre de l’ « islamophobie ». Bien joué. (1)

Personnellement, je ne suis pas dupe. Et je continuerai à me battre pour que tous, indépendamment de nos origines, de notre ethnie, de notre sexe, de nos convictions, soyons traités à égalité. Sans qu’aucune de ces caractéristiques ne puissent constituer ni un handicap, ni un privilège.

 

(1) Souhail Chichah a finalement annoncé, quelques minutes avant le début de l'émission, qu'il refusait de débattre seul contre tous. Le pauvre chou était plus courageux quand il s'agissait de s'attaquer à quarante à une conférencière que pour affronter sept contradicteurs... 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 19:50

 

Il l’avait annoncé, il l’a fait : Souhail Chichah, chercheur et assistant à l’ULB, a orchestré le sabotage d’une conférence-débat sur le thème « L’extrême droite est-elle devenue fréquentable ? » ce 7 février 2012, au sein même de son Alma Mater.

 

L’événement était annoncé sur Facebook : il s’agissait de trouver cent personnes prêtes à revêtir une burqa pour participer à une « Burqa Pride » dans l’enceinte où devait se tenir le débat entrHasquin. Des messages privés envoyés par Chichah précisaient davantage le projet, en le complétant d’un entartage en règle.

 

DSC 0043La veille de la soirée, convoqué par le président du Conseil d’administration, Chichah fanfaronnait encore, disant que ce dernier n’avait pas promis qu’il se joindrait aux manifestants en burqa.

Le soir-même donc, c’est par des sonneries incessantes de portable que le sabotage commence. Rapidement, des invectives fusent entre deux groupes, situés l’un à l’extrême gauche, l’autre à l’extrême droite de la salle ( !). De l’extrême droite, on entend une insulte « Bougnoule ! ». On comprendra plus tard que tout ceci n’était que mise en scène, les deux camps étant en réalité complices. Mais le but est évident : pouvoir prétendre ensuite que les défenseurs de Caroline Fourest sont des racistes, ce que fera Chichah sur son mur Facebook le soir-même de l’événement.DSC_0058.JPG

Ensuite, ça dégénère très vite : un slogan inepte « burqa bla-bla » scandé par quelques dizaines d’agitateurs, l’intervention d’Hervé Hasquin, celle de Guy Haarscher qui, très intelligemment, invite Chichah, orchestrateur de cette pitoyable manœuvre, à prendre la parole – ce que celui-ci ne se prive pas de faire, la tête enveloppée dans un foulard noir, pour scander à son tour le même slogan, avant de dénoncer l’islamophobie de gauche comme de droite -, et enfin celle du recteur, Didier Vivier. La conférence est interrompue, Chichah joue les malheureuses victimes prétendûment menacé et bousculé par Caroline Fourest, le public quitte la salle.DSC_0056.JPG

En matière de provocations, Chicha n’en est pas à son coup d’essai. C’est lui déjà qui avait estimé, lors d’une conférence sur Dieudonné et la liberté d’expression, ne rien pouvoir dire du génocide des Juifs, car la loi interdisait d’avoir un avis sur le sujet. C’est lui encore qui interpellait publiquement une chercheuse par écrit, sur un réseau social, écrivant « Eh Caroline, il faut arrêter de te toucher ». Lui encore qui manifestait son approbation à l’un de ses contacts Facebook qui avait traité un éminent professeur de l’ULB de « suceur de bites sioniste ». En effet, au débat argumenté, Chichah préfère l’attaque ad hominem.

Cette fois, il a sans doute été trop loin. Dans un communiqué adressé à la presse ce jour, le recteur de l’ULB affirme en effet que « Consterné et scandalisé par cette atteinte grave à la liberté d'expression dans une Université pour qui le débat et le respect de l'autre sont des valeurs fondamentales, le recteur de l'ULB a décidé, dans le strict respect de la procédure prévue par les règlements de l'Université, de mettre en oeuvre une instruction disciplinaire qui pourra amener Souhail Chichah devant la commission de discipline, seule compétente pour prononcer des sanctions disciplinaires majeures. »

Nul doute que l’ULB entame aujourd’hui un bras de fer, dont il est impérieux qu’elle sorte gagnante. Au vu des nombreuses réactions indignées émanant de la communauté universitaire (UAE, Librex et ACE notamment), mais aussi de l’extérieur, il est évident que le capital de sympathie, ou simplement de tolérance, dont jouissait Chichah fond comme neige au soleil. Plusieurs associations ont d’ailleurs annoncé leur intention de porter plainte contre Souhail Chichah pour incitation à la haine.

Le plus préoccupant reste cependant non pas l’individu Chichah, mais le fait que plusieurs dizaines de personnes (plus de cent à en croire les inscriptions à la Burqa Pride annoncée sur Facebook) soient prêtes à ajouter foi aux propos haineux de celui-ci.

Les évènements de ce mardi noir à l’ULB ont à cet égard quelque chose de tragi-comique.

Comique, en effet, de voir des hommes et des femmes enturbannés ou voilés réclamer un débat contradictoire, dès lors que les deux intervenants sont manifestement d’accord pour dire que non, l’extrême droite n’est pas devenue fréquentable : ces messieurs-dames voudraient donc que l’ULB invite un défenseur d’une extrême droite devenue fréquentable ?

Tragique, car de toute évidence, le fascisme, à leurs yeux, l’est devenu. Car leurs méthodes ne sont pas celles de démocrates. Et c’est précisément ce qui est tragique. Ces jeunes gens n’ont visiblement pas la moindre idée de ce que sont les valeurs fondatrices de leur université. Au libre examen, ils ont préféré l’endoctrinement, l’obéissance panurgienne à des consignes absurdes. A la réflexion critique, ils ont préféré les slogans, les invectives, les insultes. Au débat argumenté, ils ont préféré la réduction de l’adversaire au silence forcé.

 

 

Pas un de ces excités, j’en suis sûre, n’a lu une ligne de Caroline Fourest. Pas un n’a manifestement vu l’absurdité qu’il y avait à dénoncer un « burqa blabla » inexistant en l’occurrence, puisque ce sujet n’a pas été abordé. Pas un n’a compris, surtout, qu’en agissant de la manière pitoyable qui fut la leur, ils ont fait infiniment plus pour la montée de l’islamophobie qu’ils dénoncent qu’une Caroline Fourest qui a le précieux mérite d’être intransigeante sur la laïcité sans tomber jamais dans la dénonciation de l’islam en tant que tel, ni encore moins des musulmans.

Il est maintenant minuit moins cinq : depuis trop longtemps, l’ULB est gangrénée par des trublions qui instrumentalisent un libre examen auquel ils n’ont rien compris au profit du muselage de la parole. L’intégrisme religieux - particulièrement islamique -, l’antisémitisme déguisé en antisionisme et plus insidieusement, le relativisme culturel ont fait ces dernières années une montée en force préoccupante, avec le résultat que l’on sait : Dieudonné et Ramadan, désormais, sont mieux accueillis dans ma vénérable Alma mater que Caroline Fourest.

L’urgence, aujourd’hui, est de réaffirmer avec force les valeurs fondatrices de l’ULB, qui sont définitivement incompatibles avec les procédés fascisants que nous avons eu à subir hier.

 

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
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Samedi 16 octobre 2010 6 16 /10 /Oct /2010 13:30
Cet article a été proposé au Soir en guise de carte blanche suite à celles de M. Chichah et de Mme Van Opstal, le 7 octobre dernier. Elle ne sera pas publiée dans l'édition papier, faute de place, mais devrait être publiée prochainement dans l'édition en ligne du quotidien.

Faut-il rappeler que dans « libre examen », il y a bien sûr liberté, mais aussi « examen ». Or, qu’a-t-on réellement examiné le 20 septembre dernier à l’ULB ? S’est-il agi de passer les propos de Dieudonné au crible de la raison critique ? S’est-il agi, plus largement, de penser les limites légitimes à la liberté d’expression, en vue de préserver d’autres droits fondamentaux ? Que nenni !

 

Suite à la parution des deux cartes blanches de Souhail Chichah et d’Aurore Van Opstal, j’aimerais apporter quelques éléments de réflexion au débat.

Je préciserai d’emblée qu’en effet, à mes yeux, certains propos qui ont été pointés comme antisémites par certains intervenants ne l’étaient pas : ainsi, présenter les immigrés juifs des années 30 comme pas très propres et ne parlant pas bien le français est peut-être inexact, mais ne peut être considéré comme antisémite dès lors que l’on inscrit ces propos dans un contexte : celui du parallèle établi par M. Chichah entre les Juifs de cette époque et les Roms d’aujourd’hui, victimes de préjugés et de stigmatisation.

Par ailleurs, il me paraît aller de soi que l’on a le droit de critiquer Israël, même durement, sans pour autant être a priori soupçonné d’antisémitisme. La critique des idées, des politiques, des religions, des idéologies, etc. ne saurait être confondue avec l’attaque envers des personnes sans dommage dramatique pour la liberté d’expression.

Enfin, je condamne sans ambiguïté toute manœuvre d’intimidation, menaces physiques ou verbales, insultes, etc.

Ceci étant posé, il n’en reste pas moins que j’ai éprouvé un indéniable malaise en visionnant la vidéo du débat qui a eu lieu le 20 septembre dernier à l’ULB, et je vais tenter d’expliquer ici pourquoi[1].

 

D’abord par le glissement qui s’est d’emblée opéré entre la thématique de la soirée, à savoir « Peut-on débattre avec Dieudonné ? » et plus largement la liberté d’expression, et la question d’Israël, et ce sans qu’aucun intervenant, ni le modérateur, ne juge utile de recentrer le débat : autant, lorsque Joël Kotek, chargé de cours à l’ULB, prit la parole pour dénoncer le racisme de Dieudonné, le vice-recteur l’interrompit-il pour lui rappeler que ce n’était pas le sujet (??), autant ne jugea-t-il à aucun moment utile de rappeler à l’assistance que le sujet de la soirée n’était pas Israël, mais Dieudonné et la liberté d’expression.

Or, le problème est que si la liberté d’expression est un droit fondamental, elle souffre quelques limites, dont justement l’incitation à la haine raciale dont Dieudonné s’est rendu coupable à plusieurs reprises, ce qui se solda d’ailleurs par plusieurs condamnations devant les tribunaux français (la dernière en 2007, sanction qui fut confirmée en appel en 2008). Prétendre donc que l’on n’est pas là pour parler de haine raciale, mais de liberté d’expression, c’est gommer purement et simplement que c’est précisément parce que Dieudonné utilise l’une pour diffuser l’autre qu’il est au centre de ce débat.

Or, j’ai beau chercher, je ne vois pas de lien immédiat entre un débat sur Dieudonné et la liberté d’expression et Israël, si ce n’est le lien que fait Dieudonné lui-même lorsqu’il tente de faire passer son antisémitisme pour de l’antisionisme. Fallait-il vraiment que ce soir-là, dans le temple du libre examen qu’est l’ULB, soit ainsi adoptée la grille mensongère de l’humoriste raciste ?

 

Ensuite, par des silences. On s’étonnera sans doute que dans le brouhaha de ce piètre débat, j’aie pu déceler un silence. Et pourtant, lorsqu’une jeune fille prit la parole pour demander « Pourquoi attaquer l’islam, c’est gratos, et attaquer les Juifs c’est payant ? », il ne se trouva personne pour lui répondre[2]. Qui ne dit mot consent, dit le dicton. Et malheureusement, j’ai la conviction à la fois que cette jeune fille se trompe, et qu’elle exprimait un sentiment bien présent ce soir-là : celui d’un deux poids deux mesures en faveur des Juifs, celui d’une hostilité particulière à l’égard de l’islam. Quelle désolation qu’il ne se soit trouvé personne, parmi les intervenants, pour lui répondre ! Quelle belle occasion cela aurait été de faire la distinction, in situ, entre antisionisme et antisémitisme, mais aussi entre critique des idées religieuses et racisme anti-musulmans[3] !

 

Enfin, par une « petite phrase » de Souhail Chichah : « Moi, la question du négationnisme, elle ne m'intéresse pas. D'ailleurs, je n'ai pas d'avis puisqu'il est interdit d'avoir un avis dessus donc en tant que légaliste, je m'en tiens à la vérité officielle ». Petite phrase à tout le moins maladroite, mais aussi intellectuellement malhonnête, dès lors qu’il n’est pas interdit d’avoir un avis sur le négationnisme, mais seulement de professer des thèses négationnistes. Un intellectuel comme M. Chichah ne peut pas ignorer la différence qu’il y a entre contester le bien-fondé des lois mémorielles et minimiser ou nier le génocide nazi.

 

Pour conclure, on peut évidemment débattre de, et même avec Dieudonné. Tout comme on peut débattre avec Le Pen. A chacun de juger en conscience. Mais je ne peux imaginer un débat sur ou avec Le Pen, a fortiori à l’ULB, où le point de vue démocratique et antiraciste serait minoritaire, et où certains intervenants entreraient avec complaisance dans la logique de Le Pen, le rendant ainsi de facto maître du débat. Or, c’est ce qui s’est passé à l’ULB ce soir-là : la critique d’Israël a supplanté celle de Dieudonné, et beaucoup de personnes présentes dans le public en auront probablement déduit (ou reçu confirmation) que si d’aucuns n’aimaient pas Dieudonné, c’est parce qu’il critiquait Israël, que les Juifs n’aiment pas ça, et que puisque les Juifs dominent le monde, …

Lamentable ! Et plus lamentable encore est que certains membres du corps académique de l’ULB permettent, voire favorisent ce glissement.

 

Nadia Geerts

 

 

[1] On lira également avec profit l’article suivant : http://lessakele.over-blog.fr/article-doi-57486895.html

 

[2] Je l’ai fait ici : http://nadiageerts.over-blog.com/article-lettre-ouverte-a-une-jeune-inconnue-58619866.html

 

[3] Mais il ne faut pas s’étonner que M. Chichah ne l’ait pas fait, lui qui m’a traitée publiquement à plusieurs reprises de xénophobe, parce que j’ai l’outrecuidance de critiquer certaines revendications politiques islamistes…

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
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Dimanche 10 octobre 2010 7 10 /10 /Oct /2010 12:15

J’ai visionné hier la vidéo (http://sidimedia.blip.tv/) du débat qui a eu lieu à l’ULB le 20 septembre dernier sur le thème de la liberté d’expression, sous le titre « Est-il permis de débattre avec Dieudonné ? ». Un « débat » affligeant et inquiétant, qui a dévié rapidement sur la critique d’Israël, comme si le conflit israélo-palestinien était le seul, ou même l’un des exemples les plus judicieux censés illustrer la problématique de la liberté d’expression.

Mais j’ai envie de revenir sur ce débat par le biais d’une interpellation venue de la salle, à la fin de la soirée. Une jeune fille voilée à pris la parole pour poser cette question : « Pourquoi attaquer l’islam, c’est gratos, et attaquer les Juifs c’est payant ? ».

Passons sur la formulation approximative de la question, qui laisse supposer que finalement, attaquer les Juifs ou l’islam, c’est pareil. Je pense en effet que ce que cette jeune femme a voulu dire, c’est en réalité qu’on pouvait impunément s’en prendre à l’islam, tandis qu’il était interdit de s’en prendre aux Juifs. Et c’est sur cette question que je voudrais revenir, tant elle me paraît à la fois sincère et terriblement révélatrice d’une confusion conceptuelle qui fait le lit de l’antisémitisme et de la haine qui se sont déversés ce soir-là à l’université du libre examen.

 

Je voudrais commencer par vous dire, Madame, que vous avez à la fois raison et tort. Raison parce qu’en effet, attaquer l’islam est autorisé, alors qu’attaquer les Juifs ne l’est pas. Tort parce que cela ne révèle en rien une différence de traitement entre les Juifs et les musulmans, mais au contraire d’une compréhension très saine de la liberté d’expression, qui était, rappelons-le, le thème de la conférence-débat de ce soir-là.

Attaquer l’islam, c’est attaquer une idée, un texte, une religion. Or, en démocratie, comme cela a été martelé par plusieurs intervenants ce soir-là, la critique des idées est légitime. La liberté d’expression implique le droit de dire des choses que l’autre n’a pas envie d’entendre. Par exemple que l’on trouve sa religion absurde, fausse, ridicule, dangereuse. Bien sûr, on peut se demander s’il est bien utile, voire élégant, de le faire. Mais la loi n’a pas pour fonction de sanctionner le manque d’élégance ou de courtoisie, et c’est heureux. J’ajoute qu’il est tout aussi légitime de critiquer la religion juive, le christianisme, le bouddhisme ou l’athéisme, que de critiquer l’islam.

Attaquer les Juifs, en revanche, c’est attaquer des personnes. Et l’histoire nous apprend, qui plus est, que le nazisme a été le point d’orgue de l’attaque contre des personnes non seulement pour ce qu’elles pensent, mais plus encore pour ce qu’elles sont. Manifestement, vous ignorez qu’être Juif, depuis la seconde guerre mondiale, cela ne signifie pas nécessairement être adepte du judaïsme. C’est une subtilité qu’il est pourtant essentiel de comprendre pour tenter de répondre à votre question.

Lorsqu’Hitler a commencé à persécuter les Juifs, il se souciait comme d’une guigne de leurs croyances, de leur religion, de leur pratique. Pour lui, on était Juif par le sang, quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, quoi qu’on pense. Beaucoup de Juifs ont ainsi appris par les nazis qu’ils étaient Juifs, alors qu’eux se sentaient simplement Allemands, ne pratiquaient pas et ne croyaient même pas en un quelconque dieu. Lorsqu’on était étiqueté comme juif, dans l’Allemagne nazie, il n’y avait aucun moyen de se racheter : on était marqué d’une tare indélébile, on appartenait à une « race » inférieure, méprisable, dont il fallait débarrasser la terre.

C’est cela, aujourd’hui, que nous désignons par le terme « antisémitisme » : c’est le fait d’attribuer aux Juifs, par le simple fait qu’ils sont Juifs, une série de caractéristiques intrinsèques. C’est l’exact équivalent d'autres formes de racismes, lequel consiste à considérer que telle ou telle « race » humaine est par nature dotée de tel ou tel trait de caractère.

 

Revenons maintenant à l’islam. Vous voulez sans doute dire, lorsque vous dites qu’attaquer l’islam, c’est « gratos », qu’on peut impunément s’en prendre aux musulmans. Et j’imagine que vous pensez à tous ces débats actuels dans lesquels l’islam est effectivement visé, qu’il s’agisse du port du voile, de la viande halal, du terrorisme islamique, des caricatures de Mahomet et j’en passe.

 

Soit. Je peux comprendre que vous ayez le sentiment que c’est toujours sur les mêmes qu’on tire. Mais de votre coté, reconnaissez que l’islam pose aux sociétés occidentales des problèmes nouveaux (ou parfois anciens, mais qui avaient pu être réglés ces dernières décennies, en assignant à la doctrine catholique une place bien délimitée, dans la sphère privée) dont, avec la meilleure volonté du monde, on aurait du mal à trouver l’équivalent dans les revendications actuelles d’autres religions en Occident : ce ne sont pas les Juifs ultra-orthodoxes qui revendiquent le droit de porter kippa et papillotes dans l’enseignement officiel et d’y voir respectés leurs prescrits religieux, qu’ils soient alimentaires ou relatifs à la séparation des sexes. Ce ne sont pas des bouddhistes qui ont commis au nom de leur Dieu les attentats de New-York, de Londres, de Madrid ou de Mumbaï. Ce ne sont pas des catholiques qui ont commis des attentats sur des ambassades et menacé de mort un dessinateur qui aurait commis l’erreur de caricaturer Jésus ou le pape.

J’admets volontiers qu’en l’occurrence, il faut se garder de toute généralisation : ce ne sont pas les musulmans qui sont responsables de ces faits, mais certains d’entre eux. Et porter un voile n’a évidemment pas la même portée, en termes de menace sociale, que poser une bombe dans un métro.

Il n’empêche que l’islam nous interroge. Et que prétendre que s’il le fait, c’est uniquement parce que nous serions racistes, c’est confondre la critique légitime d’une idée avec l’hostilité avec des individus.

 

Alors bien sûr, il y a des racistes. Il y a des gens qui, sitôt que vous avez une tête d’Arabe, vous supposent musulman, donc forcément intégriste, partisan de la lapidation, de la polygamie et du crime d’honneur. Ces gens-là sont des imbéciles, tout autant que ceux qui, sitôt que vous portez un nom juif, vous soupçonnent d’être riche, fourbe et de tirer les ficelles du monde – un discours qu’on trouve notamment chez Dieudonné…

Mais j’ai beau chercher, je ne vois aucun projet politique d’envergure qui vise à marquer les musulmans d’un signe distinctif – comme l’étoile jaune des Juifs – sauf peut-être, suprême ironie, chez certains musulmans eux-mêmes qui tiennent à marquer leur femmes du voile… Je ne vois aucun projet politique d’envergure qui vise à les enfermer dans des ghettos, à leur interdire l’accès à certains emplois, à réquisitionner leurs logements pour les attribuer à des non-musulmans, à les déporter dans des camps et à les y exterminer.

Alors soyez rassurée, Madame : si l’antisémitisme nous est particulièrement insupportable, à nous démocrates, ce n’est pas parce que les individus concernés sont Juifs. Auraient-ils été, seraient-ils Arabes, Noirs, Chinois ou Pakistanais, que ce serait pareil : parce qu’aujourd’hui, lorsque je pense au nazisme, je pense à ce que des humains ont été capables de faire à d’autres humains. Parce qu’ils étaient Juifs, mais aussi parce qu’ils étaient homosexuels, témoins de Jéhovah ou communistes.

 

Un dernier mot pour conclure : vous étiez peut-être de ceux qui ont applaudi lorsque Souhail Chichah a glissé qu’il ne se prononcerait pas sur le négationnisme puisque c’était interdit. Une petite phrase qui a certainement conforté une partie de l’assistance, manifestement antisioniste à tout le moins, dans l’idée que décidément, dans cette société, tout ce qui concerne les Juifs est sacré.

Mais Monsieur Chichah a menti. On a parfaitement le droit de parler du négationnisme. On a parfaitement le droit de considérer que la loi (http://www.resistances.be/negat02.html) qui interdit de nier ou de minimiser grossièrement le génocide commis par les nazis durant la seconde guerre mondiale devrait être abrogée. Et il y a d’ailleurs des intellectuels non suspects de négationnisme pour soutenir cette idée.

Mais à votre tour, je vous demande de remplacer « Juifs » par « musulmans ». Imaginez que demain, un parti d’extrême droite arrive au pouvoir et mette en place une politique d’extermination des musulmans ou supposés tels. Imaginez que des millions de musulmans d’Occident soient déportés et exterminés. Et imaginez que soixante ans plus tard, certains prétendent que cela n’a jamais existé, ou qu’il y a certes quelques musulmans qui sont morts, mais que c’était de maladie, parce qu’à l’époque les conditions sanitaires n’étaient pas terribles, n’est-ce pas. Imaginez que vous soyez à ce moment-là une vieille dame. Que vous ayez perdu plusieurs membres de votre famille par la faute de cette barbarie. Et qu’en plus, vous deviez subir les discours arrogants de ceux qui vous disent, en vous regardant dans le blanc des yeux, que vous mentez.

C’est en ces termes que se pose la question du négationnisme aujourd’hui : car si prétendre que la terre est plate se limite à vous faire passer pour un être peu instruit, prétendre que le génocide n’a pas existé blesse des gens, non pas dans leurs convictions, mais dans leur réalité, dans leur histoire familiale.

À nouveau, nous revenons à la différence entre libre critique des idées et attaque envers les personnes. Je reconnais qu’elle n’est pas toujours aisée. J’espère sincèrement que vos études au sein de l’université du libre examen vous aideront à clarifier cette distinction. Pour le plus grand bien de la démocratie et de la liberté d’expression.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
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Jeudi 9 septembre 2010 4 09 /09 /Sep /2010 16:27

Rassurez-vous, je n’ai aucune intention de vous présenter les caractéristiques communes à chacun de ces groupes humains. Mais au contraire d’attirer l’attention sur l’usage de ce « les », qui semble décidément devenir une manie chez certains…

 

Les Juifs… Pour le commissaire européen Karel De Gucht, ces gens-là ont une fâcheuse tendance à penser qu’ils ont raison : « Il y a en effet la foi chez la plupart des juifs - je pourrais difficilement décrire cela autrement - qu’ils ont raison. Et la foi est quelque chose qu’on peut difficilement combattre avec des arguments rationnels ». Une déclaration qui a été à juste titre jugée antisémite : en effet, elle attribue à tout un groupe humain, indépendamment de ses orientations politique ou religieuse par exemple, une même caractéristique qui ne serait dès lors explicable que par la génétique : qu’ils soient Européens, Américains, Africains ou Israéliens, qu’ils soient croyants ou non, « les Juifs » seraient incapables d’appréhender rationnellement la question du Proche-Orient. C’est dans leur sang, vous comprenez. Et les Juifs qui critiquent, parfois virulemment, la politique de l’Etat d’Israël, voire même son existence, sont sûrement des faux Juifs, ou à tout le moins des exceptions qui confirment la règle, comme le boucher arabe mais si sympa que tous les racistes vous resservent à l’occasion.

 

Les musulmans… Deux événements de l’actualité viennent nous rappeler à leur propos combien la tentation de l’essentialisation reste grande.

Tout d’abord, la riche idée du pasteur Terry Jones de brûler un Coran le onze septembre prochain, au nom du fait que l’islam serait la religion du diable. Le « raisonnement » est simple : les attentats du onze septembre 2001, c’est la faute aux méchants musulmans assoiffés de conquête du monde. Ripostons donc en brûlant leur livre saint. Certes… Sauf que c’est oublier – et je ne parlerai même pas ici de considérations politico-stratégiques – que parmi les victimes du onze septembre se trouvaient aussi des musulmans qui n’étaient ni pilotes d’avion ni anti-Américains, et qui allaient tranquillement bosser quand des fanatiques ont mis brutalement fin à leur existence. Et quand bien même aucun musulman n’aurait figuré parmi les victimes, j’ai beau chercher, je ne vois vraiment pas en quoi il serait légitime d’accuser tous les musulmans d’être les complices silencieux mais consentants de ces attentats. Si Terry Jones tient absolument à brûler quelque chose – c’est une manie qui ressurgit régulièrement chez certains obscurantistes chrétiens – qu’il brûle une effigie de Ben Laden, ou alors qu’il fasse un grand bûcher oecuménique de livres sacrés, mêlant petit livre rouge, Mein Kampf, la Bible et tant d’autres pour dénoncer les ravages criminels de la foi aveugle en quelque idéologie que ce soit. Mais dénoncer les ravages de la foi aveugle, ça ne semble pas être son fort, au bon pasteur…

Ensuite, l’annonce par la presse d’une plainte contre Aldo-Michel Mungo, ex PP, qui aurait diffusé via « Les Résistants » en document Powerpoint incitant à la haine contre les musulmans. J’ai fini par voir ce chef d’œuvre : en gros (en très gros), il propage l’idée suivante : les musulmans mangent halal. Ces gens-là ont donc la fâcheuse manie d’égorger les bêtes sans étourdissement préalable, et qui plus est nous imposent leur nourriture religieusement estampillée, à nous qui n’en demandions pas tant. Mais ce n’est pas tout, car les musulmans  n’égorgent pas seulement les bêtes : ils font pareil avec les hommes. Et donc, braves Européens soucieux de défendre vos traditions, réveillez-vous si vous ne voulez pas être bientôt purement et simplement égorgés !

Rétrospectivement, j’ai des frayeurs : quand je pense au nombre de musulmans que j’ai dû croiser dans la rue, sans qu’aucun ne m’égorge ! Sans doute avaient-ils justement oublié leur grand couteau chez eux ? Bénis soient les musulmans distraits !

 

Les Roms enfin… Le seul élu du Parti Populaire a réussi à attirer l’attention sur lui en approuvant la politique de Sarkozy, justifiant les expulsions de Roms par le fait que ces gens-là ne peuvent ni travailler ni se contenter d’amour et d’eau fraîche, et sont donc fatalement des voleurs. Ici, c’est plus subtil – mais reconnaissons que faire plus subtil que De Gucht, Jones et Mungo, même réunis, c’est pas dur… ­- puisque l’explication donnée à la délinquance des Roms n’est pas génétique, ni même culturelle, mais sociale. Il n’empêche : Laurent Louis aurait pu s’informer, il aurait alors appris que non, tous les Roms ne sont pas des voleurs. Que de plus, il y a des voleurs qui ne sont pas Roms. Et que donc, soit on considère que tout voleur doit être déchu de sa nationalité et chassé du pays – mais vers où ??  -, soit on considère que certains ont plus le droit de voler que d’autres : si t’es de souche, tu peux (tu iras peut-être en prison, mais c’est tout), mais si tu viens d’ailleurs, ou si tes parents ou autres aïeux ont des origines suspectes, fais gaffe quand même.

 

Toute ressemblance avec du racisme serait purement fortuite.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
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Dimanche 29 août 2010 7 29 /08 /Août /2010 10:24

C’est sous ce titre que Georges-Pierre Tonnelier, bien connu pour sa proximité avec le FN et ses démêlés afférants avec la justice, a choisi de diffuser sur le net un extrait d’une interview où, partant de la question du voile, j’explique la différence entre avoir des idées et les afficher dans un cadre précis, comme celui de la fonction publique, par exemple.

 

L’intention de Monsieur Tonnelier est limpide : me mettre face à mes soi-disant contradictions : « vous dites qu’un fasciste a le droit de travailler, mais en me refusant le droit à l’oubli, vous m’empêchez bel et bien de trouver un emploi ».

Or, de quel droit à l’oubli parle-t-on ? Monsieur Tonnelier n’est pas, contrairement à ce qu’il tente de faire croire, un jeune homme qui s’est brièvement égaré dans les méandres de l’extrême droite avant de prendre conscience de son erreur. Loin d’être un simple électeur du FN, il est actif au sein de l’extrême droite francophone depuis 1998, et, contrairement à ce qu’il prétend, ne lui a jamais tourné le dos : lors des élections de juin dernier, il a participé activement à la campagne du FN de Patrick Cocriamont (celui qui prêta serment en 1994 en faisant le salut nazi) et de Michel Delacroix (celui de « Ma petite juive est à Dachau »). Qui plus est, il a été condamné en 2006 à sept ans d’inéligibilité pour incitation à la haine, à la discrimination et à la ségrégation raciales.

 

Je maintiens donc que :

un électeur du FN, du VB ou d’un quelconque autre parti d’extrême droite a évidemment le droit de travailler. Et il y a certainement, dans tous les milieux professionnels, des racistes, des révisionnistes, des islamistes, bref des extrémistes de tout poil. Tant qu’ils n’enfreignent aucun règlement professionnel, l’Etat n’a pas à se faire juge des consciences. Nous sommes en démocratie, pas en dictature.

Il est cependant évident que, lors de toute recherche d’emploi, notre curriculum vitae peut jouer en notre faveur ou en notre défaveur. Il ne faut d’ailleurs pas nécessairement être d’extrême droite pour en avoir fait l’expérience: cela vaut pour toute activité publique.

Pour ce qui est de la fonction publique – je rappelle que ma position sur le voile, sur laquelle Mr Tonnelier fonde son parallèle, ne vise que les écoles et la fonction publique -, j’estime qu’il est souhaitable que les fonctionnaires publics s’abstiennent d’afficher ou d’exprimer leurs préférences politiques ou religieuses dans l’exercice de leurs fonctions. Et je ne soupçonne pas Mr Tonnelier de vouloir aller travailler en uniforme SS.

En revanche, certaines professions exigent par exemple un casier judicaire vierge, ce qui n’est pas le cas de Monsieur Tonnelier.

 

En tout état de cause, si Monsieur Tonnelier rencontre des difficultés pour trouver un emploi, la faute ne me paraît pas en incomber à RésistanceS, mais à son obstination à poursuivre des activités publiques au sein de l’extrême droite tout en prétendant avoir viré sa cuti. Tant que Monsieur Tonnelier fera partie de l’actualité politique et judicaire, il sera normal que son nom apparaisse dans les médias. Il serait temps que, plutôt que de jouer la victime innocente d’un obscur complot, Monsieur Tonnelier assume la responsabilité de ses engagements passés et actuels.

http://www.youtube.com/watch?v=aijIdkRXCuY

http://www.resistances.be/tonnelier05.html

http://www.diversite.be/index.php?action=artikel_detail&artikel=218&select_page=215

http://www.resistances.be/fnlafin10.html

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
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Mardi 15 juin 2010 2 15 /06 /Juin /2010 19:49

 

Difficile de passer à côté de l’information : un événement circulant largement sur Facebook vient d’être interdit. Son propos : protester contre l’occupation de la rue Mirha (Paris, 18è arrondissement), chaque vendredi depuis des années, par des musulmans en prière, et ce en organisant un grand « apéro pinard et saucisson », le vendredi 18 juin prochain.

« Où est le mal ? » se demandent certains, furieux de ce qu’ils perçoivent comme une interdiction faite à des citoyens de partager un bout de saucisson et un verre de vin, alors que le même lieu est envahi chaque semaine par des musulmans qui prient, empêchant la circulation. « Deux poids deux mesures », protestent-ils, indignés.

« Provocation ! » s’offusquent les autres : « Est-ce la faute de ces gentils musulmans s’ils n’ont pas de local adapté pour faire leur prière, et ce depuis des années, et se retrouvent contraints, pour faire bouger les autorités, à prier en pleine rue ? ».

 

Or, la question n’est pas là. Non, la préfecture n’interdit pas à de paisibles citoyens de consommer du vin et du saucisson dans la rue, au motif que ça choquerait les pieux musulmans. Et non non plus, il ne s’agit pas de malheureux musulmans contraints de prier en rue faute de locaux adaptés.

 

Parmi les organisateurs de cet événement (1), et c’est là que le bât blesse, on trouve le Bloc identitaire, Novopress, Résistance républicaine, le site Internet Bivouac-Id, les Jeunes pour la France (mouvement de jeunes villiéristes), l’association Vérité valeurs & démocratie, Riposte laïque, etc.

Motif ? « Parce que la rue Myrha et d'autres artères du quartier sont occupées, particulièrement le vendredi, par des adversaires résolus de nos vins de terroir et de nos produits charcutiers ».

Selon SOS racisme, la date du 18 juin n’a pas été choisie au hasard : « il s’agit de commémorer la résistance à une armée d’invasion ».

Si on ajoute à cela l’affiche de l’événement, qui utilise la typographie de manière à ce que les lettres « SS » du mot saucisson apparaissent à la manière nazie, on comprend qu’on est loin d’un pique-nique bon enfant.

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De l’autre côté, selon Caroline Fourest, point de musulmans débonnaires demandant simplement un espace convenable pour prier, mais des personnes qui choisissent de prier en rue parce que Dieu « leur a demandé de faire de la pub pour l’islam ». Avec pour corollaire le détournement de la circulation, la cessation des activités des commerçants, et l’impossibilité pour un piéton de passer dans cette rue sans longer le mur.

 

Alors soyons clairs :

Oui, il est parfaitement scandaleux que depuis des années, une rue, voire un quartier, soient rendus impraticables à la circulation par des gens qui estiment que leur devoir est de faire de la pub pour leur religion. Oui, on a le droit d’y réagir, même de manière provocante et humoristique, en allant étaler sa nappe à carreaux et déboucher son litron de vin rouge dans la rue Myrha, en l’accompagnant d’un délicieux saucisson pur porc. Parce que soit la rue est à tout le monde, soit elle n’est à personne, mais que son occupation ne peut être autorisée à certains sous prétexte de religiosité exacerbée, mais pas à d’autres sous prétexte qu’ils offenseraient ainsi ladite religiosité.

 

Mais non, la raison de l’interdiction de ce rassemblement n’est pas là. Elle est dans l’identité pour le moins sulfureuse des organisateurs, dont le but n’est pas de réaffirmer des principes démocratiques dont ils n’ont cure, mais constitue une réponse de bergère identitaire et fascisante à un berger identitaire et fascisant.

Plutôt que d’organiser une guéguerre entre les adeptes du hallal et ceux du saucisson, entre les buveurs de thé à la menthe et ceux de vin, une initiative sympathique aurait consisté à organiser un grand pique-nique rassembleur, conviant tous les citoyens soucieux de vivre ensemble, au-delà des replis identitaires, à venir partager qui leur litron de vin rouge, qui leurs pâtisseries orientales, qui leur saucisson, qui leur raki ou leur thé. Et oui, pourquoi pas, au nez et à la barbe des islamistes. Une manière de dire que certains, dans le quartier de la Goutte d’Or, veulent vivre ensemble, qu’ils soient par ailleurs musulmans ou non. Et qu’ils n’entendent pas se laisser enfermer par les extrémistes de tous poils.

 

Parce que le véritable enjeu n’est pas de défendre les produits du terroir contre la menace islamiste, mais de défendre un modèle de vivre ensemble qui, tout en étant respectueux des convictions privées de chacun, interdit que ces convictions n’empiètent sur l’espace commun à tous d’une manière qui aboutit à le privatiser.

L’apéro pinard et saucisson, en mettant en avant l’identité française – d’une manière, soit dit en passant, pathétiquement réductrice, comme si la France n’avait rien de plus noble à proposer ! – joue le jeu de ce qu’elle prétend dénoncer.

 


 

(1) Liste des associations organisatrices de l’événement :

Action Sita
Bivouac-ID
Bloc Identitaire
Cercle Aristote
Comité de Lépante
François De Souche
Initiative Gaulliste de Brives
Jeunes Pour la France
Ligue du Droit des Femmes
Novopress
Observatoire de l’Islamisation
Parti de l’In-nocence
Poste de Veille
Projet Apache
Résilience TV
Résistance Républicaine
Riposte Laïque
Solidarité Des Français
Titis Parisiens
Union Gaulliste
Vérité Valeurs & Démocratie

 

(Remarque: l'Union du peuple français, qui avait d'abord rejoint cette initiative, s'en est retirée ensuite pour les motifs suivants:


"Après avoir été contacté par Riposte Laique, l'Union du Peuple Français avait donné son accord pour participer en leur compagnie à un rassemblement laïc et républicain dans le 18ème
arrondissement de la capitale le jour de l'anniversaire du 18 juin 1940.

Force est de constater que cette manifestation sympathique a été récupérée par le Bloc Identitaire et que des affiches fleurissent à Paris avec les SS marqués en gras dans "saucisson".

Riposte Laique, informé, n'a pas condamné ce rapprochement et bien plus, a indiqué dans son site la présence de ce mouvement dans la liste des soutiens au même titre que F. de Souche, le projet
Apache ou Novopress.

Cet amalgame est non seulement contreproductif mais encore dangereux.

Dans ces conditions, tant qu'une mise au point sérieuse et définitive de Riposte Laique ne sera pas intervenue, l'Union du Peuple Français s'est retirée de la liste des soutiens à cette
manifestation.

Si nous partageons le combat républicain et laïc de Riposte Laïque, gaullistes et attachés à une certaine idée de la France, il ne peut être acceptable pour nous de cotoyer les mouvements
précités, ne serait-ce dans un intérêt considéré comme supérieur.

Nous vous demandons donc de faire taire toutes les rumeurs nous accusant d'être partie prenante de ce rassemblement."

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
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Vendredi 16 avril 2010 5 16 /04 /Avr /2010 12:27

L’hebdomadaire satyrique Pan consacre cette semaine un articulet à Claude Demelenne. On sait depuis longtemps que la rédaction de Pan ne voit pas d’un bon œil, c’est le moins qu’on puisse dire, les critiques de l’islam radical, qu’elle est prompte à assimiler à de l’ « islamophobie » ou à du racisme à peine voilé. Soit. Je déplorerai toujours cette manie du raisonnement binaire, qui ne laisse aucune place à la nuance, mais là n’est pas l’essentiel. Pan, en effet, conclut son article par cette phrase :

« Prophètes du péril islamique aux incessantes lamentations, Jérémie Demelenne et son compère Elie (Alain) Destexhe – qui ne rate pas une occasion non plus de crier haro sur les ‘barbus’ – vont finir par passer pour les Dupond-Dupond du Mossad. »

La « judaïsation » des prénoms n’est pas nouvelle sur la toile. Suite à ses prises de positions anti « barbus » après la manifestation de soutien à Gaza, le comédien Sam Touzani avait déjà été rebaptisé « Samuel ». Son crime ? Avoir manifesté en faveur de la Palestine, et s’être alarmé de la tonalité religieuse, voire islamiste et antisémite de certains slogans.

Pour certains, dès lors, le diagnostic était clair : Sam Touzani était pro-israélien (une absurdité pour tous ceux qui le connaissent un tant soit peu, notamment dans son soutien à la cause palestinienne), « sioniste », donc juif… Une équation simpliste qui fait de tout critique de l’islam radical un Juif.

Rebelotte aujourd’hui avec Claude Demelenne et Alain Destexhe, rebaptisés Jérémie et Elie, et ce alors que rien, dans l’article en question, ne permet de penser qu’ils auraient de quelconques affinités avec Israël ou le judaïsme (et quand bien même !). Simplement, ils critiquent l’islamisme.

Derrière de procédé se cache une évidence inquiétante : le méchant, c’est le Juif. Procédé odieux qui porte un nom : « antisémitisme ». L’autre, l’adversaire, n’est plus combattu sur le terrain des idées, seul légitime, mais est essentialisé, et d’une manière insidieuse et profondément raciste. Mais certains, visiblement, ont pris l’habitude détestable de traquer le racisme anti-musulmans y compris là où il n’y a en réalité que critique de l’emprise politique de l’islam sur la société civile, tout en recourant eux-mêmes à des procédés incontestablement antisémites, donc racistes.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
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Samedi 3 avril 2010 6 03 /04 /Avr /2010 17:48

Le week-end dernier avait lieu une « marche pour la vie », soutenue par des mouvements d’extrême droite, mais aussi des représentants religieux comme Monseigneur Léonard ou Yacob Mahi. Des partisans inconditionnels de la vie, donc ?

 

Que l’extrême droite se soucie de la vie a quelque chose de comique, lorsqu’on connaît ses accointances passées et présentes avec les génocidaires nazis du IIIè Reich. De la même manière, l’engouement de certains pour la défense inconditionnelle du droit à la vie d’un embryon humain a de quoi faire sourire, lorsqu’on considère leur capacité d’empathie pour l’extermination d’êtres humains, bien achevés ceux-là.

Il y a vingt ans, la loi dépénalisant l’avortement passait enfin la rampe, après près de vingt années de lutte : la première proposition de loi en la matière datait en effet de 1971. Parmi ses adversaires les plus acharnés : le roi Baudouin, que sa conscience conduisit finalement à une interruption volontaire de règne, le temps que la loi soit promulguée… sans sa signature. Acte unique en son genre au cours d’un très long règne, au cours duquel on doit donc supposer qu’aucune loi ne fut votée qui n’offusquât la royale conscience.

Vingt ans plus tard, les intégristes chrétiens sont encore bien présents pour dénoncer le crime contre la vie que constitue à leurs yeux l’avortement. Sans toujours être aussi prompts à dénoncer le peu d’empressement du Vatican à dénoncer le génocide des juifs et des tsiganes pendant la seconde guerre mondiale – puis à reconnaître ce coupable silence -, ou la peine de mort encore appliquée aujourd’hui dans certains pays très chrétiens.

Côté extrême droite, on trouve évidemment, parmi les relais de cette manifestation, l’association « Belgique et chrétienté ». Un « nid de fascistes » (1) qui proclame que dorénavant, grâce à elle, « se moquer de la religion catholique deviendra dangereux », appelle à la lutte contre la construction d’un minaret à Bastogne, et constitue en réalité la branche politique de la Fraternité Saint Pie X. Une « fraternité » exclue de l’Eglise catholique depuis 1988, et qui conjugue l’admiration pour le maréchal Pétain avec un antisémitisme notoire à la Charles Maurras.

Parmi les autres soutiens de cette manifestation « pro-vie », on trouve aussi le très médiatique Yacob Mahi. Ce professeur de religion islamique, s’il ne partage sans doute pas les options de Belgique et chrétienté en matière de construction de minarets, a d’autres points d’accord avec Belgique et chrétienté. Par exemple son admiration pour Rober Garaudy, un converti à l’islam condamné en 1998 pour provocation à la haine raciale et contestation de crimes contre l’humanité. Mais ce « détail » ne semble pas gêner Mahi, qui n’hésite pas à le citer ainsi :

« Maître Roger Garaudy, sainteté sur lui, dit : "Lève toi et marche contre le chaos, en disant non à hégémonie de nos petits enfants causé par le terrorisme de l'Etat sioniste israélien"» (2) Outre celui de Garaudy, Mahi publiait également sur son site internet (3) l’ « avis de l’islam » d’un autre converti, Yahia Michot, congédié de l'UCL en 1996 pour avoir fait l'apologie de l'égorgement des moines de Tibhérine en Algérie (4).

 

Bref, si les intégristes chrétiens et musulmans sont prompts à dénoncer le relativisme (5), leur attachement à la vie humaine semble être également très relatif. Selon que l’on soit moine, juif, tsigane ou embryon…

 


 

(1) http://www.resistances.be/bcproces.html

(2) http://rachid-zz.skynetblogs.be/post/7298943/yacob-mahi--communication-du-dernier-vendredi

(5) Ainsi Yacob Mahi : « nous sommes dans une société postmoderne où le tout relatif prend le dessus, tout est réduit à des valeurs marchandes : tout s'achète et tout se vend - même la dignité des hommes - il est important que l'on maintienne les fondements de l'édifice social qui est la famille ». Source : http://www.rtbf.be/info/belgique/politique/avortement-201418

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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