Bonjour !

 

 

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Agenda

Le 27 avril, conférence à la maison de la laïcité sur le thème de "Fichu voile !" à 20h.

 

Le 28 avril, participation à une table-ronde organisée par Entre-vues sur avenir des cours philosophiques, à la Maison de la Laïcité Hypathia, rue des Deux Ponts, 19 à 1340 Ottignies-Louvain-La-Neuve, de 10 à 15h.


Texte Libre

La Louvière 9 sept. 2008

Enseignement

Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 09:26

Cet article est paru dans La Libre des 21-22 janvier 2012 sous le titre "Décloisonner les chapelles".

 

La ministre Simonet prévoit pour la rentrée 2013 une harmonisation des programmes du cours de morale non-confessionnelle et des cours de religion, tant en primaire qu’en secondaire, afin d’y introduire le questionnement philosophique, des éléments de connaissance des religions et des laïcités ainsi que des éléments de citoyenneté. Une belle avancée, diront certains. Une manière de ne surtout pas toucher au système actuel, diront d’autres.

 

Familiariser les élèves avec le questionnement philosophique, qui s’en plaindrait ? Introduire d’avantage de formation à la citoyenneté à l’école, quelle belle idée ! Et de même, faire en sorte que les élèves sortant de l’enseignement officiel – seul concerné, et pour cause, par cette mesure – connaissent un peu mieux les religions et convictions de leurs concitoyens, voilà bien un noble projet, ô combien nécessaire qui plus est en ces temps de recrudescence de l’intégrisme religieux, de l’intolérance et du populisme.

On peut donc se réjouir que la ministre compétente ait enfin pris la mesure du vide actuel – rappelons que si la citoyenneté est au programme de l’enseignement primaire  et secondaire depuis 2007, cette formation se réduit trop souvent à une peau de chagrin, tant par manque d’enseignants formés que par absence d’heures dévolues à cet effet dans les grilles horaire – et de l’urgence de le combler.

Cependant, on peut s’interroger sur ce qui apparaît à bien des égards comme une demi-mesure : si réellement il s’agit de « développer la pensée rationnelle, logique et argumentative autour de trois grands axes : le questionnement philosophique, le dialogue interconvictionnel et l’éducation à une citoyenneté active » ; si réellement la citoyenneté, la connaissance des religions et de l’humanisme – dans ses différentes variantes que sont l’athéisme ou la laïcité politique -  et la démarche philosophique sont essentielles à la formation de nos élèves, pourquoi ne pas pousser la logique à son terme et proposer, purement et simplement, la suppression des cours si improprement nommés « philosophiques »  au profit d’un cours commun à tous ?

Peut-on sérieusement soutenir, en d’autres termes, que les cours de religion contribuent à « développer la pensée rationnelle, logique et argumentative » ? Je ne nie pas ici que certains enseignants de religion favorisent en effet l’émergence d’une telle pensée chez leurs élèves. Cependant, il faut bien reconnaître que ceux-là sortent peu ou prou de la mission catéchistique historiquement dévolue aux cours de religion, et choisissent de faire, à peu de choses près, ce que font leurs collègues de morale non-confessionnelle. Ces derniers, rappelons-le, n’ont jamais eu pour vocation ni pour mission d’enseigner à leurs élèves l’inexistence de Dieu, mais bien de leur apprendre autant que possible à penser par eux-mêmes, hors de tout dogmatisme.

 

Outre que l’enseignement religieux, en tant que transmission d’un corpus dogmatique, n’a guère sa place à l’école officielle, un cours commun permettrait la rencontre et l’échange entre les tenants de diverses conceptions du monde, et ce faisant la mise en perspective par chacun de ses convictions personnelles au regard de celles de l’autre, ce qui favoriserait bien plus certainement la tolérance et le respect de l’autre que le cloisonnement actuel.

Un cours commun axé sur la citoyenneté, la connaissance du fait religieux et de l’humanisme et la philosophie permettrait également de substantielles économies à une Communauté française qui en a grand besoin. Mais surtout, cette formule, tout en étant respectueuse des convictions de chacun, serait infiniment plus en phase avec l’un des objectifs généraux décrits dans le décret « Missions », à savoir : » préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société  démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures ».

 

La mesure actuelle ne fâchera sans doute personne : ni les syndicats soucieux de préserver l’emploi des enseignants (en l’occurrence de cours dits « philosophiques ») ni les défenseurs desdits cours, dont l’autonomie est préservée et la pertinence réaffirmée, ni les acteurs du monde de l’éducation attachés à l’introduction d’éléments de citoyenneté, de philosophie ou d’éducation au fait religieux – en ce compris la laïcité. Et c’est probablement sa principale, si pas sa seule vertu.

Car la logique qui prévaut reste profondément ancrée dans un modèle belge dont la mise en question serait bienvenue : un modèle pilarisé, qui organise l’enseignement en chapelles et, au sein de la « chapelle officielle » reproduit l’existence de six chapelles différentes, correspondant aux religions reconnues et à la morale non-confessionnelle.

Un nombre qui est destiné à augmenter, dès lors que le bouddhisme a eu accès récemment à la reconnaissance publique, et que d’autres « communautés convictionnelles » frapperont très certainement dans les prochaines années à la porte du financement public.

Verra-t-on demain huit ou dix cours « philosophiques » dispenser en parallèle la même formation à vocation universaliste ? Quelles seront les exigences en termes de neutralité qui seront fixées aux enseignants de ces différents cours lorsqu’ils aborderont les convictions voisines ? Quelle formation – initiale ou continuée - prévoit-on pour les enseignants qui seront amenés à dispenser ces cours à partir de 2013 ?

Et surtout, combien de temps encore réformera-t-on l’enseignement à coups de mesurettes consensuelles plutôt que de poser la seule vraie question qui importe en l’occurrence, à savoir : de quoi nos enfants ont-ils un urgent besoin ? Est-ce de connaître leur religion ou d’apprendre à penser et à devenir des citoyens responsables ?

 

Nadia Geerts

 

Décret relatif au renforcement de l’éducation à la citoyenneté responsable et active au sein des établissements organisés ou subventionnés par la Communauté française du 12 JANVIER 2007

Décret définissant les missions prioritaires de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire et organisant les structures propres à les atteindre 24 JUILLET 1997.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Mercredi 12 octobre 2011 3 12 /10 /Oct /2011 16:53

Léonard a encore frappé. Je parle évidemment du primat de Belgique, qui a cru utile de déconseiller aux divorcés d’enseigner la religion ou d’exercer une fonction de direction dans l’enseignement catholique.

 

L’affaire fait grand bruit, et les représentants de l’enseignement catholique, notamment, s’indignent au nom de la vie privée, du refus de la discrimination à l’embauche, etc. Et certes, il est un peu surprenant d’exiger d’un enseignant ou d’un directeur d’école un état civil particulier.

Pourtant, n’est-ce pas ce que l’Eglise catholique fait très communément, lorsqu’elle interdit la prêtrise aux femmes, ainsi bien sûr qu’aux hommes mariés - ou aux homosexuels ? Il est rare qu’on parle alors de discrimination à l’embauche, tant il est admis que la profession de prêtre n’est pas tout à fait comme les autres, et, surtout, que l’Eglise a bien le droit de décider qui, et selon quels critères, est apte à prêcher la parole de Dieu dans Sa maison. Cela ne la rend ni moderne, ni en phase avec les réalités de ce temps, mais encore une fois, rien ne l’y oblige.

Si le mission de l’école chrétienne consiste bien à « évangéliser en éduquant » (1), si elle a « la conviction qu'elle n'humanise en plénitude qu'en ouvrant à Dieu et au Christ. », si « Les écoles catholiques et l'Église      se reconnaissent mutuellement comme des partenaires privilégiés, inspirés à une source commune: celle de l'Évangile annoncé par Jésus- Christ » et si l’Eglise maintient que la chasteté, la fidélité et l’hétérosexualité sont voulues par Dieu, alors il n’y a pas à tortiller , et Léonard a raison de ne pas vouloir confier l’éducation des rejetons de bonnes familles chrétiennes à ces pécheurs de divorcés. On se demande simplement pourquoi il ne conseille pas pareillement aux célibataires ayant perdu leur pucelage, aux époux infidèles et aux homos de s’abstenir également de souiller son école chrétienne de leurs turpitudes. Et le distingo vie privée / vie publique semble en l’occurrence une ratiocination de rationaliste ou de laïque, totalement absurde pour qui se donne pour mission d’élever les âmes vers le Christ.

Si en revanche l’enseignement catholique « inscrit son action dans la logique du service public en s’ouvrant à tous ceux qui acceptent son projet, quelles que soient leurs convictions », alors l’école chrétienne devient l’école de tous, et en tant que service public, elle ne peut discriminer qui que ce soit sur une base aussi éminemment non pertinente que la situation matrimoniale. Et dans ce cas, Léonard a tout faux.

Le hic, c’est que l’école chrétienne se cherche : tantôt elle se veut « service public fonctionnel » à peine teinté d’un chouia de pluralisme situé, tantôt elle se veut évangélisatrice, missionnaire, prosélyte même. Ce qui lui permet à la fois de percevoir de généreux subsides publics et de revendiquer son enracinement religieux.

Alors moi, je proposerait bien un deal à André-Joseph Léonard : on lui laisse ses directeurs et enseignants mariés, fidèles et tout le toutim, et lui, il renonce à ses subsides publics. Comme ça, tout le monde est content. Et pour ceux qui ne le seraient toujours pas, il reste l’enseignement officiel, qui accueille tout le monde dans le respect de ses convictions et en se foutant comme d’une guigne de sa vie privée.

On fait comme ça ?

(1) Cette citation, comme les suivantes, est tirée du document « Mission des écoles chrétiennes », http://www.segec.be/mission_EC_web.pdf

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Jeudi 17 février 2011 4 17 /02 /Fév /2011 15:13

Cet article a été proposé comme carte blanche au Soir.

Les bras m’en sont tombés lorsque j’ai lu le titre en Une du Soir : « Une circulaire pro-IVG envoyée aux écoles ». Quoi, y aurait-il des gens qui font la promotion de l’avortement, qui incitent les filles et les femmes à y recourir, qui les découragent de garder l’enfant qu’elles portent ? A en croire l’article, c’est bien de cela qu’il s’agit, puisque certains font le parallèle avec des circulaires émanant de milieux religieux qui, si elles diffusaient dans les écoles un discours anti-avortement, susciteraient des cris d’orfraie. Confusion, confusion…

La loi belge autorise depuis une vingtaine d’années, et sous strictes conditions, la pratique de l’interruption volontaire de grossesse. Celle-ci n’est jamais présentée comme une solution idéale, comme une sorte de contraception de secours, mais comme un choix difficile, potentiellement traumatisant, mais pouvant néanmoins être considéré comme la moins mauvaise solution lorsqu’une grossesse non désirée se présente. Informer les jeunes filles fréquentant l’enseignement secondaire de l’existence de la loi et de la possibilité pour elles d’y recourir en cas de nécessité, ce n’est en aucun cas faire la promotion de l’avortement. En réalité, ce n’est rien d’autre que promouvoir la connaissance par les adolescents de leurs droits et de leurs devoirs, tels qu’ils sont établis par la législation belge.

Partant de là, mettre sur le même pied une brochure d’information et une brochure militante visant à combattre une pratique absolument légale – que l’on reste évidemment libre de refuser pour soi-même, pour des raisons de conscience – relève d’une singulière confusion. Et le fait que cette brochure soit distribuée dans tous les réseaux, libre confessionnel y compris, ne change rien à l’affaire : les élèves ont droit à l’information, et la présenter comme de la propagande dénote d’une singulière ignorance de ceci : informer laisse chacun libre, tandis que les discours propagandistes ont pour but avoué de peser sur les décisions, en l’occurrence en fonction d’un prisme éthique dont les fondements sont loin d’être partagés par tous.

 Autrement dit, l’information précède la formation d’une opinion, et présumer qu’informer pourrait heurter les consciences revient à ouvrir la porte à la censure. L’école ne peut se contenter d’accueillir les élèves tels qu’ils sont ; elle a aussi pour mission de les former à être demain des citoyens responsables, conscients de leurs droits et devoirs et capables d’exercer leur jugement de manière libre et indépendante de tout prosélytisme.

Cela, évidemment, c’est l’idéal d’une école laïque. Non pas une école athée, donc,  mais une école où la formation du jugement se fait sans recourir à un quelconque dogmatisme ni à une quelconque transcendance. Ce qui pose nécessairement la question de la pertinence d’un enseignement confessionnel financé par les fonds publics : l’Etat n’a ni à organiser, ni à financer un enseignement inspiré par des textes religieux, quels qu’ils soient. Il n’a pas à « évangéliser en éduquant » mais à promouvoir l’émancipation par l’instruction.

Sera-t-on demain soupçonné d’infraction à la neutralité et au pacte scolaire parce qu’on aborde à l’école des concepts comme celui de majorité sexuelle, de libre examen, de législation sur les mariages forcés, d’égalité entre hommes et femmes ou de théorie de l’évolution ?

 Notons que le lendemain, Hugues Dorzée enfonçait le clou en qualifiant la circulaire d'"inappropriée et tendancieuse" (http://archives.lesoir.be/inappropriee-et-tendancieuse_t-20110217-018UY3.html), avec l'argumentaire suivant:

"1. En Belgique, l’enseignement est neutre. Il ne tolère, en théorie, ni prosélytisme religieux ou philosophique, ni militantisme affirmé.

2. Le CAL est l’organe officiel de la laïcité organisée et financé comme tel. En toute logique, les autres cultes reconnus seraient donc en droit de diffuser leur vision de l’IVG à l’école. C’est intenable.

3. Si Pro Vita ou les adeptes d’un islam rigoriste étaient parvenus à faire de l’entrisme dans l’administration, pour sûr que les laïques auraient hurlé, à raison, à la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Voilà pourquoi, oui, cette circulaire de la Direction générale était tendancieuse et inappropriée."

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Mardi 18 mai 2010 2 18 /05 /Mai /2010 17:19

Suite à la plainte introduite la semaine dernière par le Think tank « Vigilance musulmane » pour violation du décret neutralité, nous estimons que cette plainte relève d’une interprétation erronée dudit décret. Ce dernier vise en effet exclusivement à s’assurer que les enseignants adopteront, dans le cadre de leurs fonctions d’enseignement, une attitude neutre, et ne saurait être compris comme une interdiction faite aux enseignants d’être également, en-dehors de leurs fonctions, des personnalités engagées, fût-ce lors de conférences données dans des écoles.

 

 

Jonathan FISCHBACH, Administrateur Enseignons.be

Jean-Philippe Schreiber, professeur à l'ULB

Roberto GALLUCCIO, Administrateur délégué CPEONS

Philippe Raxhon, historien

Claude WACHTELAER, Inspecteur – coordinateur, département de l'instruction publique, Schaerbeek

Caroline Sägesser

Edouard Delruelle, Professeur de philosophie à l’ULg

Guy HAARSCHER, professeur à l’ULB

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Lundi 10 mai 2010 1 10 /05 /Mai /2010 19:33

Le think tank « Vigilance musulmane » publie sur son site (http://www.chroniquelaique.be/violation-du-decret-neutralite-pour-les-nuls/) une « plainte pour violation du décret neutralité du 17 décembre 2003 » où, après avoir rendu compte de ma présence dans un athénée provincial pour une conférence sur la question du voile, il invite le service d’inspection de l’enseignement secondaire de la Communauté française à « apprécier ce cas de violation du décret neutralité » et à « prendre les mesures qui s’imposent » vis-à-vis de Nadine Joelants, préfète de l’athénée en question, et de moi-même.

Ainsi donc, selon ce collectif, l’enseignante que je suis n’aurait pas le droit, en vertu du décret neutralité, de « faire de la propagande ou du prosélytisme » dans un établissement scolaire. C’est oublier un peu vite que je ne suis pas intervenue dans cet établissement en tant qu’enseignante, mais en tant que personne engagée, ce que j’ai parfaitement le droit d’être en-dehors de mes fonctions d’enseignement. Les élèves que j’avais en face de moi n’étaient aucunement mes élèves, et ils étaient venus écouter une conférencière, non une enseignante.

En outre, si, comme l’article le prétend, je suis professeure de morale, les auteurs semblent négliger le fait que le décret neutralité ne s’applique pas à cette catégorie d’enseignants de la même manière qu’aux autres, les professeurs de cours dits philosophiques n’étant astreints qu’à ne pas dénigrer les convictions défendues dans les cours parallèles. En d’autres termes, un professeur de morale peut bien, même dans l’exercice de ses fonctions, témoigner de son athéisme. Ce que, d’ailleurs, je n’ai guère pour habitude de faire : la promotion de la laïcité dite philosophique m’importe peu ; seule m’importe la laïcité politique, et le couvre-chef « Dieu n’existe pas » que j’ai revêtu un jour sur un plateau télé (et qui sert d’illustration à l’article précédant immédiatement cette plainte)(1) avait pour seul but d’inviter chacun à réfléchir à la question de savoir si la liberté d’afficher ses convictions philosophiques valait aussi pour les athées.


Bref, Vigilance musulmane a tout faux :

-         si je suis bel et bien soumise au décret neutralité, cela ne m’interdit pas de témoigner de mes convictions, y compris dans le cadre d’un établissement scolaire, pour peu que ce ne soit pas dans l’exercice de mes fonctions d’enseignante.


Sans doute faut-il voir dans cet article intellectuellement malhonnête une tentative d’intimidation bien plus qu’un réel souci de défendre l’esprit du décret neutralité, que mes prises de positions laïques visent précisément à défendre contre les tentatives d’immixtion du religieux dans la sphère scolaire.

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Mardi 30 mars 2010 2 30 /03 /Mars /2010 15:16

Ce texte a été publié en courrier des lecteurs du Soir du 1er avril 2010.

La décision de la Cour s'appel de Mons autorisant une enseignante voilée à reprendre ses fonctions dans l’enseignement de la Ville de Charleroi fait couler beaucoup d’encre. Trois éléments, en particulier, suscitent mon étonnement dans cet arrêt :

Tout d’abord, la Cour d'appel relève à juste titre que le décret neutralité s’appliquant à l’enseignement officiel subventionné n’interdit pas explicitement au personnel enseignant de témoigner de ses convictions religieuses. Cependant, ce même texte stipule que l’enseignant « refuse de témoigner en faveur d'un système philosophique ou politique quel qu'il soit ». dans un pays où l’on a pris l’habitude de qualifier de « philosophiques » les cours de religion, il est pour le moins étonnant que la Cour d'appel n’ait pas considéré comme allant de soi que le terme « système philosophique » incluait les doctrines religieuses, sans qu’il soit utile de préciser davantage.

Ensuite, le décret de 2003 précise que l’enseignant « s'abstient, devant les élèves, de toute attitude et de tout propos partisan dans les problèmes idéologiques, moraux ou sociaux, qui sont d'actualité et divisent l'opinion publique. ». A l’heure où la question du port de signes convictionnels par les fonctionnaires publics divise l’opinion, à l’heure où des voix musulmanes s’élèvent pour protester contre l’idée selon laquelle le port du voile serait un prescrit religieux islamique incontestable, ne doit-on pas considérer qu’une enseignante portant le voile dans sa classe prend de toute évidence position, par son attitude, sur ces questions controversées ? Ne prend-elle pas parti, ce faisant, pour une interprétation particulière de l’islam, des devoirs de la femme au sein de ce dernier, et, last but nos least, de la neutralité des fonctionnaires et singulièrement des enseignants ?

Enfin, la distinction entre le simple port d’un signe religieux distinctif et le prosélytisme me semble pour le moins floue et sujette à bien plus de difficultés que l’interdiction de tout signe « convictionnel ». A partir de quand, en effet, estimera-t-on qu’il y a prosélytisme ? Le simple port d’un voile ne témoigne-t-il pas suffisamment du type d’islam qui a la préférence de cette enseignante, sans même parler du « système philosophique » qui aurait ses faveurs ? Que peuvent en penser les jeunes musulmanes qui, dans sa classe, ont choisi de ne pas porter le voile, quelles qu’aient été les difficultés rencontrées sur ce chemin ? Ceux et celles qui tentent de convaincre toute musulmane de porter le voile ne peuvent-ils pas y voir de la part de leur enseignante un soutien implicite ?

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /Mars /2010 19:36

Il y a quelques jours, le site enseignons.be relatait l’incroyable histoire d’une professeur de morale de la région de Malmédy qui, prise en flagrant délit d’appartenance aux Témoins de Jéhovah par des parents d’élèves lui ayant ouvert la porte par un beau dimanche matin, était néanmoins maintenue en fonctions[1]. Aujourd’hui, c’est à une professeur de mathématique qui contestait l’interdiction de porter le voile que la Cour d’Appel vient de donner raison. Une décision pour le moins étonnante si l’on se réfère au décret neutralité…

Certes, le décret neutralité n’astreint pas les professeurs de cours dits « philosophiques » à un même degré de neutralité que les autres enseignants, et pour cause. Cependant, la question demeure : l’esprit du décret – ou, pour être précise, des deux décrets, celui de 1994 et celui de 2003 – n’est-il pas violé lorsqu’un professeur témoigne de son appartenance pour une religion qu’il n’est pas censé enseigner ?

Concernant l’enseignante portant le voile, il m’a toujours paru que le texte du décret portant sur l’enseignement officiel subventionné, ici concerné, était clair. A son article 5, il stipule en effet que « le personnel de l'enseignement officiel subventionné (…) refuse de témoigner en faveur d'un système philosophique ou politique quel qu'il soit. II veille toutefois à dénoncer les atteintes aux principes démocratiques, les atteintes aux droits de l'homme et les actes ou propos racistes, xénophobes ou révisionnistes. Il veille, de surcroît, à ce que, sous son autorité, ne se développent ni le prosélytisme religieux ou philosophique, ni le militantisme politique organisé par ou pour les élèves. ».

Comment peut-on considérer le port du voile comme autre chose qu’un témoignage en faveur d’un système philosophique ? Porter le voile, n’est-ce pas exprimer sa préférence pour l’islam ? Voire même pour une certaine interprétation de l’islam, qui pourrait entrer en conflit avec celle qu’en ont certains élèves ?

Il semblerait, selon les premières informations[2], que l’arrêt se fonde sur une erreur d’argumentation : la Ville de Charleroi avait en effet invoqué le décret neutralité de la Communauté française, et non celui s’appliquant à l’enseignement subventionné. Dans les attendus, l’arrêt précise en outre que le voile, au même titre que la kippa ou la croix, peut être visible, mais que la manière de le porter doit être empreinte de discrétion…

Ne reste donc à la Ville de Charleroi que de se pourvoir en cassation, en invoquant cette fois le décret neutralité portant sur l’enseignement officiel subventionné, lequel me paraît extrêmement clair en l’occurrence.

Quant à l’enseignante de morale non confessionnelle faisant du porte à porte le dimanche matin pour porter la bonne parole, le cas est ubuesque, et exploite les failles du système belge, et ce à plusieurs niveaux :

D’abord parce qu’à la différence des autres enseignants, les professeurs de cours dits philosophiques ont bien entendu le droit de témoigner de leurs convictions philosophiques ou religieuses, mais qu’à mon humble estime, le législateur n’a jamais imaginé que le professeur de morale témoignerait de sa préférence pour les témoins de Jéhovah, tout comme il n’a jamais imaginé que le professeur de religion catholique témoigne de sa préférence pour l’islam ou le professeur de religion islamique pour le judaïsme…

Ensuite parce que la question des critères d’accès à la profession de professeur de morale est une fois de plus posée, sans que nul puisse y répondre clairement. Historiquement en effet, le cours de morale a été instauré à la demande de parents qui ne désiraient pas que leur enfant suive un cours de religion. Il s’est donc profilé comme un cours destiné aux petits athées, agnostiques, libre-penseurs, etc., sans jamais cependant être placé sous la tutelle du « chef de culte » laïque, en l’occurrence le CAL. Progressivement, ce cours est ensuite devenu de plus en plus philosophique, à vocation « universaliste » en quelque sorte. Moitié par la force des choses, de nombreux croyants assistant au cours de morale pour des raisons diverses et variées, moitié par volonté délibérée d’introduire de plus en plus de philosophie dans les programmes de cours. Et aujourd’hui, le flou règne en maître. Le cours de morale souffre de son statut hybride, ni cours général dispensé à tous les élèves sur base du développement de la pensée critique et de la réflexion citoyenne, ni cours particulariste, strict pendant des cours de religions.

En attendant une nécessaire clarification, une enseignante censée être neutre donne cours avec son voile, et une autre fait du prosélytisme religieux le dimanche, tout en donnant cours de morale non confessionnelle la semaine. Tout va bien !


[1] Voir http://www.enseignons.be/actualites/2010/02/28/professeur-morale-temoin-jeovah/ et ,http://www.le-rappel.be/FR/spip.php?article92. Le site enseignons.be publiera prochainement un dossier sur la question.

[2] http://www.rtbf.be/info/belgique/enseignement/enseignante-voile-la-cour-dappel-lui-donne-raison-196347

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Lundi 16 février 2009 1 16 /02 /Fév /2009 11:21

Cet article fait suite à un article publié par Brussel deze week (http://www.brusselnieuws.be/artikels/stadsleven/islam-zet-evolutietheorie-in-het-verdomhoekje). Il a été publié dans sa version française, que vous trouverez ci-dessous, dans La Libre Belgique du 14 février 2009 (http://www.lalibre.be/index.php?view=article&art_id=481969)

Cent cinquante ans après la parution de L’origine des espèces, la théorie de l’évolution a toujours du mal à passer la rampe, du fait de convictions religieuses qui font de Dieu le créateur de toutes choses, et essentiellement de l’homme. Des élèves, majoritairement de confession musulmane, mais aussi des enseignants, refusent de souscrire à cette théorie scientifique. Un refus qui ne peut laisser indifférent.

 

Au-delà des résistances vis-à-vis de la théorie de l’évolution, ce qui pose question, c’est en effet le recul de la raison, en tant qu’instrument de compréhension du monde. Une raison qui, au mieux, devrait se soumettre face aux « vérités » révélées par le texte sacré, et au pire, serait fondamentalement discréditée en tant que produit d’une civilisation occidentale, blanche et laïque.

Or, l’école est le lieu par excellence, non seulement de transmission de savoirs, mais aussi d’acquisition d’une méthode en matière de pensée. À l’heure où il devient de plus en plus illusoire de prétendre tout connaître, tant le champ de la connaissance humaine est vaste, reste une mission fondamentale de l’école : apprendre à penser. Penser, c’est-à-dire refuser tout préjugé, tout a priori, tout dogme, pour s’ouvrir à tous les domaines du savoir, acquérir les méthodes qui, tout au long de notre vie, nous permettront d’apprendre, encore et encore, non pour le simple plaisir d’accumuler des savoirs stériles, mais pour comprendre un monde de plus en plus complexe. Une complexité dont il semble bien que certains élèves la refusent, leur préférant le manichéisme de la pensée binaire, clivant le monde entre « eux » et « nous ».

Face à ce constat, que faire ?

  1. Favoriser la mixité scolaire. C’est une évidence : lorsque 95% de la population scolaire est musulmane, il devient illusoire de prétendre enseigner des savoirs qui s’opposent au dogme religieux. Et il est trop facile de jeter la pierre à l’enseignant qui, seul devant une classe hostile, renonce à enseigner certaines matières sensibles. Il faut donc lutter contre les écoles ghettos, afin que chaque établissement scolaire soit réellement le reflet des tendances qui composent la société.
  2. Enseigner la méthode scientifique. L’argument d’autorité a vécu. L’enseignant d’aujourd’hui ne peut plus prétendre que sa parole soit écoutée, et encore moins acceptée comme parole d’évangile, et c’est tant mieux. Il s’agit donc d’expliquer, avant toute chose, quelles sont les caractéristiques de la méthode scientifique, comment elle procède, ce qu’est le statut de la « vérité » en sciences : toujours provisoire, toujours falsifiable, mais en utilisant les mêmes outils, ceux que nous donne la raison. Car non, il ne s’agit pas de « croire » en Darwin comme on croirait en Dieu. Il s’agit de reconnaître une théorie comme pertinente, d’un point de vue scientifique, parce que conforme à une certaine méthode. Et cela, sans doute, ne peut être qu’un aboutissement, non un point de départ.
  3. Refuser la logique binaire : soit croyant, soit évolutionniste. Saisir chaque occasion de parler de scientifiques qui, bien que croyants, ont revu leur conception des choses à l’aune des découvertes qu’eux ou d’autres avaient faites. Sans pour autant perdre la foi ou devenir des « traîtres ». Accepter que l’enseignant sème des graines qui ne muriront pas en un jour, et que le chemin vers la raison est long et semé d’embûches, pour nous tous. Je me souviens à cet égard d’une élève musulmane de première secondaire qui, avec une étonnante maturité, m’avait un jour dit sa difficulté à choisir, entre ce qu’on lui racontait à la maison et en quoi elle croyait, et ce qu’on lui apprenait au cours de science et qui lui paraissait sensé. Cette fille-là était sur le bon chemin : celui de la complexité.
  4. Promouvoir la laïcité, en particulier dans le domaine scolaire. Et par « laïcité », je n’entends pas « athéisme », mais bien séparation des sphères de compétence. N’accepter, autrement dit, la présence de la religion à l’école qu’en tant qu’élément de la culture humaine, qui peut, en tant quel tel, être étudié au même titre que toute autre production culturelle, mais ne peut prétendre, dans la sphère scolaire, au statut de vérité indiscutable. Dans cet esprit, il me paraît urgent de remplacer enfin les cours de religion et de morale par un cours commun à tous les élèves, où l’exercice de la raison critique serait une compétence centrale et la citoyenneté, les religions et les philosophies des champs d’exercice de cette raison.
Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Mardi 2 décembre 2008 2 02 /12 /Déc /2008 11:30

L’histoire se passe au cours d’histoire, première année secondaire, Schaerbeek. Le professeur demande à ses élèves quelles sont, selon eux, les origines de l’homme. Beaucoup d’élèves de la classe sont croyants, musulmans pour la plupart. Ils répondent « Dieu ».

 

Et le professeur écoute, sans commentaire. Lorsque les élèves lui demandent ce qu’elle en pense, elle, elle répond qu’elle n’a pas à donner son avis, que chacun a le droit d’avoir son opinion.

-         Soit. Mais, m’inquiété-je, elle a quand même fini par expliquer ce que les recherches historiques nous enseignaient ? Le carbone 14, l’homme de Neanderthal et tout ça ?

Non, rien de tout ça.

-         Mais elle va sans doute le faire, lors d’une prochaine leçon ?

-         Ben non, c’est comme elle dit : chacun a le droit de penser ce qu’il veut.

J’espère que l’élève se trompe. J’espère qu’à la prochaine leçon, l’enseignante fera remarquer aux élèves que certes, ils croient ce qu’ils veulent, mais que l’histoire n’en est pas moins une science qui a permis de découvrir certaines choses au sujet des origines de l’homme, et que ces choses, elle est là pour les leur enseigner. Quelles que soient leurs croyances par ailleurs. Dans le cas contraire, je n'hésiterai pas à faire part de ma désapprobation à l'enseignante en question, ainsi qu'à l'échevin de l'enseignement. Quel sens, en effet, peut bien avoir l’enseignement dès lors que l’on ne pourrait plus rien enseigner de ce qui heurte, ou pourrait heurter, les convictions des uns ou des autres ? A ce compte-là, vivent l’ignorance, les préjugés et le dogmatisme !

Il ne s'agit pas, évidemment, de nier l'existence de Dieu, mais de remettre les convictions religieuses à la place qui est la leur, c'est-à-dire celle de la sphère privée, qui ne saurait faire obstacle à la transmission des connaissances scientifiques.

Et dire qu’en 1883, Jules Ferry pouvait écrire :

« Au moment de proposer à vos élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s’il se trouve, à votre connaissance, un seul honnête homme qui puisse être froissé par ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis bien un seul, présent à votre classe pourrait, de bonne foi, refuser son assentiment à ce qu’il entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire (…) ».

Bien sûr, ces lignes concernent l’enseignement primaire, et l’on n’enseignait que très peu d’histoire ou de biologie à l’école primaire à cette époque. Et de plus l’écart entre la morale religieuse la plus conservatrice et l’esprit général de la société civile était certainement bien moins grand qu’aujourd’hui.

Il n’empêche qu’il y a quelque chose de déprimant à constater que ce qui a longtemps fait figure de recommandation de bon sens, s’agissant de respect des sensibilités religieuses des élèves et de leurs parents, est devenu aujourd’hui totalement inapplicable sous peine de compromettre la mission d’enseigner elle-même, et ce au nom du relativisme culturel.

Et l’argument fait mouche : au retour de l’école, l’élève donnait entièrement raison à ce professeur tellement respectueux des opinions de chacun...

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Jeudi 29 novembre 2007 4 29 /11 /Nov /2007 19:53

Décret, file, inscriptions, Arena, thermos, 30 novembre.

Difficile, ces jours-ci, de trouver une conversation qui ne contienne aucun de ces mots. Le plus souvent d’ailleurs accompagnés de commentaires peu flatteurs sur la sagacité de la ministre.

 

Leterme, gouvernement, orange bleue, BHV, scission, Flamands, facilités ?

Pensez-vous ! Les Belges, du moins ceux qui engendrèrent il y a environ onze ans, ont d’autres soucis en tête.

Et je les comprends.

Car c’est vrai : l’enseignement, c’est important, comme n’ont d’ailleurs cessé de le clamer les enseignants, en 1990, en 1993 ou en 1996 par exemple.

 

Néanmoins, je ne parviens pas à comprendre ce que tant de parents et d’enseignants lui reprochent, à ce décret inscriptions. Ou plutôt, je crois que je ne le comprends que trop bien.

Pour ces parents, habitués à faire partie de l’élite de ceux qui savent – à quelle date commencent les inscriptions dans telle école, s’il faut écrire, ou téléphoner, ou aller à la journée portes ouvertes, …– être brusquement priés de faire la file comme tout le monde – éh oui Madame, comme à la boucherie ! -, c’est proprement intolérable. Car au fond, ça leur convenait très bien, qu’il y ait des écoles dorées, où l’on se retrouve entre soi, parce qu’on est informés, nous, n’est-ce pas ? L’injustice qu’ils craignent aujourd’hui, c’est celle qui frappait les autres, avant, sans que ça leur fasse ni chaud ni froid. Ben oui : z’avaient qu’à savoir. Le problème étant que l’assurance qu’ils avaient de pouvoir inscrire leur progéniture dans l’école de leur choix reposait précisément sur le fait que beaucoup ne savaient pas.

 

Aujourd’hui, chacun sait. Nul n’est censé ignorer la loi, et moins encore la date fatidique du trente novembre. Et les files, déjà, se sont formées devant certains établissements réputés, enclenchant un mouvement de panique qui, à son tour, a fait grossir lesdites files. Et d’aucuns de pointer ces parents aussi déterminés qu’emmitouflés, s’étendant à l’envi sur les pathétiques et révoltantes manœuvres de certains – on paie, dit-on, jusqu’à 500 euros pour qu’un étudiant fasse la file à votre place - comme la preuve de l’incommensurable bêtise du décret.

 

Alors certes, le décret à des défauts. Mais je voudrais dire à tous ceux – et je veux croire qu’ils sont nombreux – qui déclarent que les écoles ghettos sont un fléau, qu’on ne peut pas vouloir supprimer les ghettos en restant entre soi. Qu’on ne peut pas vouloir l’interculturalité à l’extérieur de l’école, plus tard et si possible pour les autres, merci. Et que s’ils sont donc non seulement des parents attentifs et aimants, mais encore des citoyens attachés à la démocratie, ce n’est pas l’annulation du décret qu’ils devraient réclamer à corps et à cris, mais son renforcement.

 

En effet, puisqu’il semble illusoire de vouloir tout à coup mettre les élèves sur un pied d’égalité, comme par un coup de baguette magique, alors qu’ils ont déjà six ou neuf ans d’école derrière eux, pourquoi ne pas instaurer un tel décret pour l’enseignement maternel et primaire ? Chacun sait que l’enseignement primaire recèle lui aussi ses ghettos défavorisés et ses écoles d’élite. Permettre aux élèves sortant des premiers d’entrer dans les écoles huppées de l’enseignement secondaire, c’est certes généreux, mais c’est très probablement mensonger. Car il y a fort à parier que ces élèves, ne pouvant se hisser ainsi brusquement au niveau que leurs camarades de classe, seront rapidement largués, dégoûtés et … réorientés. Aussi, c’est dès la maternelle qu’il faudrait se soucier de mixité sociale.

 

Parallèlement et de manière plus périphérique, je proposerais deux mesures susceptibles de limiter certains effets pervers du système actuel :

  1. pour éviter les inscriptions multiples, fixer non pas une date d’inscriptions, mais trois ou quatre, chaque fois à une semaine d’intervalle. Chaque école se verrait attribuer par les pouvoirs publics une date de début d’inscriptions, ce qui permettrait aux parents n’ayant pas pu obtenir une place lors de la première journée d’inscriptions de tenter à nouveau leur chance une semaine plus tard auprès d’une autre école. Sans trop de stress.
  2. pour lutter contre la constitution d’une autre classe de privilégiés – non plus ceux qui sont informés des arcanes de l’enseignement secondaire, mais ceux qui sont sans emploi, peuvent facilement prendre congé deux ou trois jours s’il le faut, ou même payer un étudiant ou un chômeur pour faire la file à leur place -, fixer le premier jour des inscriptions à un samedi, ou mieux, un dimanche !
Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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