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Agenda

Le 6 mars 2013: conférence à Virton à 20h sur le thème "Lutter contre l'islamisme, est-ce faire le lit de l'extrême droite ?" A la salle « Nos Loisirs », rue Léon Colleaux à Saint-Mard (Virton). Participation aux frais : adultes : 3 euros ? étudiants : 1 euro. Renseignements: 063/57 93 55

Le 7 mars 2013: séance de signatures de "La neutralité n'est pas neutre !" à la Foire du Livre de Bruxelles, de 17 à 18h, sur le stand La Muette/Interforum.

Le 8 mars 2013 à 20h: Journée internationale des droits des femmes à Neupré. "Femmes des années 2000: Anne-Joëlle Philippart, Nadia Geerts et Natacha Kowalski". "La soirée sera colorée musicalement par le récital "Portraits de Femmes", kaléidoscope lyrique autour des grandes figures amoureuses et romantiques de l'Opéra et de la mélodie..."

Le 20 mars 2013 à 19h : Conférence-débat "L'égalité hommes-femmes au regard de la laïcité de l'Etat", organisée par les Femmes MR de Schaerbeek. Intervenants: Nadia Geerts, (auteure, initiatrice du R.A.P.P.E.L, professeur de philosophie); Viviane Teitelbaum (auteure, députée MR, Présidente du Conseil des Femmes, licenciée en journalisme et relations internationales); Georges Verzin (chef de groupe MR au conseil communal de Schaerbeek, licencié en sciences politiques, diplomatiques et financières, également actif au sein du R.AP.P.E.L.).  Au Centre culturel de Schaerbeek, rue de Locht 91-93 à 1030 Schaerbeek.

Le 23 mars 2013 à 11h30, conférence et vin philo sur le thème "Liberté et transgression", dans le cadre du Festival Philo Escales à la Ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve. Plus d'infos sur http://www.escales.be/LIBERTE-ET-TRANSGRESSION-par-Nadia-Geerts-Conference-Vin-philo_a74.html

Texte Libre

Enseignement

Jeudi 13 juin 2013 4 13 /06 /Juin /2013 09:49

Petit rappel concernant la modération des commentaires: http://nadiageerts.over-blog.com/pages/moderation-des-commentaires-8341301.html.

 

Ce 15 juin 2013, le Soir consacre un long article à la question des signes convictionnels à l’école. Il y a rappelle le changement de positionnement d’Edouard Delruelle en la matière, désormais favorable à une interdiction généralisée, et y fait un état des lieu de l’évolution (disons plutôt de la stagnation) du dossier dans le monde politique. Mais surtout, on y apprend, sous la plume de Ricardo Guttierez, que « la situation est particulièrement  tendue en région bruxelloise, où plus de 40% des élèves de l’enseignement secondaire officiel sont musulmans, mais où à peine quatre établissements (sur un total de 98) tolèrent encore le port de signes convictionnels ».

 

« Particulièrement tendue », la situation ? C’est curieux : de par ma profession, je suis amenée à visiter quantité d’écoles de l’enseignement officiel, dans tous les coins de Bruxelles. Que ce soit dans les couloirs, dans les classes ou aux abords des écoles, jamais je n’ai constaté la moindre tension. Je vois des jeunes gens et des jeunes filles qui discutent, parlent de choses et d’autres, rient, se chamaillent. Je vois des jeunes filles qui rajustent leur voile dans le hall de l’école ou à la sortie avant de rentrer chez elles, et d’autres qui sortent les cheveux au vent. Nulle part je n’ai perçu le moindre climat insurrectionnel s’articulant autour du « foulard ».

Je me souviens à cet égard d’un reportage réalisé par une chaine flamande que, par le plus grand des hasards, j’avais découvert sur le net. Ce reportage donnait la parole à des jeunes filles de confession musulmane. Il y avait celles qui ne portaient pas le voile du tout et expliquaient que selon elles, ce n’était pas une obligation religieuse, ou bien qui s’estimaient trop jeunes pour franchir ce cap. Il y avait celles qui portaient le voile et fréquentaient une école qui l’acceptait. Et puis surtout, il y avait celles qui portaient le voile, et expliquaient qu’elles l’enlevaient pour entrer à l’école et que ça ne leur posait aucun problème.

Cette troisième catégorie de jeunes musulmanes, on ne leur donne jamais la parole. A la première non plus, d’ailleurs. Lorsqu’une école décide de modifier son règlement d’ordre intérieur pour interdire les signes convictionnels, nos médias donnent longuement la parole aux jeunes filles « brimées », aux hommes qui défendent bec et ongles leur « droit fondamental », aux associations qui ont fait du droit de porter le voile à l’école leur cheval de bataille. Mais jamais on n’entend celles qui comprennent les raisons de l’interdiction, celles qui acceptent, voire approuvent cette dernière, celles qui trouvent dans cette interdiction un espace de liberté.

Ce qui est vrai en revanche, c’est que quatre écoles du réseau officiel accueillent à elles seules les jeunes filles musulmanes qui ne peuvent ou ne veulent ôter leur voile durant le temps scolaire. Et que de ce fait, ces écoles sont dramatiquement ghettoïsées. Ça aussi, je l’ai vu : des classes de deuxième secondaire dans lesquelles la majorité des filles est voilée, et dans lesquelles la totalité des élèves est musulmane. La quasi totalité des profs également, d’ailleurs, ce qui ne cesse de me poser question.

L’article de Ricardo Guttierez ne le mentionne pas, mais une des raisons fondamentales pour lesquelles Edouard Delruelle a changé d’avis sur la question, c’est l’expérience de la préfète de l’athénée royal d’Anvers, qui après avoir fait le pari de la diversité et de l’ouverture, a dû adopter une politique d’interdiction, tant une partie de ses élèves se radicalisaient, brimant la liberté de leurs condisciples.

On ne lutte pas contre la ghettoïsation de l’enseignement, et donc pour plus de justice sociale, en pratiquant une politique de la patate chaude, telle que la pratiquent nos politiques depuis de trop longues années maintenant, se retranchant derrière l’autonomie des établissements pour ne pas légiférer.

Par ailleurs, la question des droits fondamentaux mériterait d’être interrogée en profondeur. Et si l’article de Ricardo Guttierez rappelle la position d’Amnesty international – position élaborée par le siège anglo-saxon d’A.I. - et celle du collectif Neutralite.be en la matière, il ignore superbement le fait que, dans différents arrêts, la Cour européenne des droits de l’homme a considéré que l’interdiction des signes religieux ostensibles était acceptable dans un Etat laïque tel que la France, et donc que la laïcité française est bien conforme au droit européen puisqu’elle relève de la « protection des droits et libertés d’autrui et de l’ordre public”. » (1):

« l’interdiction de tous les signes religieux ostensibles dans l’ensemble des classes en établissements scolaires est motivée par la sauvegarde du principe constitutionnel [français] de laïcité, objectif conforme aux valeurs sous-jacentes à la Convention et à la jurisprudence de la Cour. » (2)

 Bref, en ne citant que les points de vue corroborant l’idée selon laquelle l’interdiction des signes religieux est une atteinte aux droits fondamentaux, voilà un article qui risque fort de susciter ou raviver une tension qu’il prétend se borner à constater.

 

Pour une réflexion plus approfondie sur la gestion de la diversité convictionnelle à l’école, voir mon dernier livre: "La neutralité n'est pas neutre ! » aux éditions La Muette, 2012.

(1) La Cour Européenne des Droits de l’Homme a validé l’exclusion d’élèves pour le port de signes religieux ostensibles, 20 août 2009, http://www.sundep.org/spip.php?article771

(2) idemNeutralite-couverture.jpeg

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Mardi 7 mai 2013 2 07 /05 /Mai /2013 15:08

URL Courte : https://12833.lapetition.be/

Catégorie : Politique

Pour l’instauration d’un cours philosophique commun à tous les élèves de l’enseignement obligatoire

• Attendu que l’instruction religieuse est l’affaire des parents, et non de l’école officielle ;
• Attendu que, lors des cours « philosophiques » (morale non-confessionnelle et religions catholique, protestante, islamique, israélite et orthodoxe), la séparation des élèves selon les convictions de leurs parents nuit à la cohérence des projets pédagogiques et à l’harmonie des relations entre élèves.
• Attendu que l’école officielle organise déjà six cours « philosophiques »; que ce nombre risque de croître avec la reconnaissance récente du bouddhisme et celle, prévisible, de l’hindouisme ; et que l’organisation de ces cours relève d’un casse-tête pour les chefs d’école et d’un gouffre financier pour la Fédération Wallonie-Bruxelles ;
• Attendu que le « référentiel commun » voulu par la ministre Simonet ne répond en rien aux objections émises ci-dessus ;
• Attendu que le cours de morale « neutre » proposé par Madame Simonet - outre qu’une morale neutre nous semble une gageure, voire un oxymore - viendrait s’ajouter aux six cours existants, et ne répond donc pas davantage aux objections émises ci-dessus ;
• Attendu que la Constitution précise en son article 24 que « les écoles organisées par les pouvoirs publics offrent, jusqu’à la fin de l’année scolaire, le choix entre l’enseignement d’une des religions reconnues et celui de la morale non confessionnelle » ;
• Attendu que les trois constitutionnalistes -Christian Behrendt (ULg), Hugues Dumont (St Louis) et Marc Uyttendaele (ULB) - consultés en mars 2013 par la commission enseignement ont estimé que cet article obligeait certes les écoles à proposer lesdits cours, mais en aucun cas les parents à y inscrire leurs enfants ;
• Attendu que, dans la perspective de la construction et du renforcement du vivre ensemble, il est urgent que les élèves soient familiarisés dès leur plus jeune âge à la culture du débat et à la confrontation des idées dans le respect des personnes ;

Nous demandons aux responsables politiques compétents de supprimer le caractère obligatoire des cours dits « philosophiques » et d’instaurer en leur lieu et place un cours obligatoire commun à tous les élèves, axé sur le développement de la citoyenneté démocratique et des principes qui la sous-tendent et la découverte des grands courants de la pensée philosophique, religieuse et humaniste, et ce pendant toute la durée de l’enseignement obligatoire.

Pour le R.A.P.P.E.L.,

Philipp Bekaert
Yvan Biefnot
Farouk Boustami
Dominique Celis
Chemsi Cheref-Khan
Elie Cogan
Gisèle De Meur
Nadia Geerts
André Nayer
Jean-Claude Nicolay
Michèle Peyrat
Philippe Schwarzenberger
Fatoumata Sidibe
Jamila Si M’Hammed
Sam Touzani
Georges Verzin
Willy Wolsztajn

 


Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Vendredi 19 avril 2013 5 19 /04 /Avr /2013 08:56

C’est la dernière idée en date de la ministre Simonet : organiser, à côté du cours de morale « laïque », un cours de morale vraiment neutre. Parce que bon, c’est vrai quoi : le système actuel ne coûte pas assez cher, et surtout, n’est pas suffisamment respectueux des convictions de chacun…

 

 Ce serait drôle si ce n’était pas si exaspérant : voilà des années qu’on se tue à nous répéter que le cours de morale est « non-confessionnel » (attention, hein : pas « laïque » !), et voilà qu’aujourd’hui, on en épingle les aspects trop engagés pour promouvoir, à ses côtés, un cours de morale « vraiment neutre ». Faudrait savoir…

L’idée lumineuse, c’est celle-ci : à côté des cours engagés que sont les cours de religion et de morale-qu’on-ne-sait-plus-comment-appeler, il faudrait un cours pour les malheureux élèves qui ne se reconnaissent dans aucun de ses engagements : les témoins de Jéhovah, les chiites dans les écoles où le prof de religion islamique est sunnite, les baha’is, les hindouistes – du moins jusqu’à ce qu’ils aient obtenu leur reconnaissance -, les vaguement déistes, etc. A ces élèves-là, on enseignerait une morale rigoureusement neutre.

Une morale rigoureusement neutre ? Kekséksa, Madame la Ministre ? Comment une morale pourrait-elle être neutre, dès lors qu’elle se fonde nécessairement sur des valeurs que l’on juge préférables à d’autres ? Et en admettant même que cette morale neutre existe, pourquoi ne pas décider de l’enseigner dorénavant à tous, plutôt que de faire de ce projet ambitieux un cours résiduel ?

J’ai sans doute mauvais esprit, mais j’ai du mal à ne pas voir dans cette lumineuse saillie une nouvelle manière, après le fameux tronc commun, de ne surtout rien changer tout en donnant l’impression de beaucoup réfléchir, et même d’innover.

Et puis surtout, j’aimerais lui dire ceci, à madame la Ministre :

Oui, le cours de morale non-confessionnelle est un cours engagé. Même si la Commission permanente du Pacte scolaire définit en 1963 le cours de morale comme: «  un guide d’action morale fondée sur des justifications sociologiques, psychologiques et historiques. Il ne fait pas appel à des motivations de caractère religieux; il ne tend pas non plus à la défense d’une ultime conception philosophique déterminée (1), le programme de morale de l’enseignement secondaire précise quant à lui que

« la finalité du cours de morale non confessionnelle est d’exercer les élèves et les étudiants, dont les parents ne se réclament d’aucune confession, à résoudre leurs problèmes moraux sans se référer à une puissance transcendante ni à un fondement absolu, par le moyen d’une méthode de réflexion basée sur le principe du libre examen » (2); et le programme applicable à l'enseignement fondamental, adopté en 2005, précise quant à lui que le cours s’adresse aux enfants « dont les parents se réclament d'une forme de pensée laïque »(3).

Pour autant, le cours de morale ne s’est jamais donné pour mission d’apprendre aux élèves l’inexistence de Dieu, la stupidité des religions ou le fléau de la croyance. Non, il se limite – et c’est déjà extraordinairement ambitieux ! - à encourager les élèves à pratiquer une méthode appelée le libre examen. Loin de tout endoctrinement, qu’il soit religieux ou athée, cette méthode consiste à inviter les élèves à penser par eux-mêmes, librement, en usant de leur raison. En aucun cas le cours de morale ne prétend dire aux élèves quoi penser. Tout au plus tente-t-il de leur enseigner comment penser.

Et j’avoue, Madame la Ministre, avoir le plus grand mal à saisir pourquoi une si belle méthode, qui constitue le fondement même de la démarche scientifique et de l’activité philosophique – je pense ici à Descartes ou Poincaré -, ne pourrait être enseignée qu’à de petits athées, au prétexte qu’elle serait trop engagée.

 


(1) Xavier Delgrange, Le cours de morale entre neutralité et prosélytisme, http://webcampus.fundp.ac.be/claroline/backends/download.php?url=L0RFTEdSQU5HRV8rK19sZV9jb3Vyc19kZV9tb3JhbGUucGRm&cidReset=true&cidReq=FAGRM409&11dfa0bc3276e0fa688ae0abd1132b7e=1698a852b9977f58f5fa9df15ee4928d

(2)Programme du cours de morale pour l'enseignement secondaire de plein exercice, premier degré,

2002, p. 1 (http://www.restode.cfwb.be/download/programmes/181-2002-240.pdf).

 (3) Programme de cours de morale pour l'enseignement fondamental, p. 7

(http://www.restode.cfwb.be/download/programmes/512-14.pdf).

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Mardi 4 septembre 2012 2 04 /09 /Sep /2012 15:33

Chaque année, c’est la même chose. A la rentrée scolaire, la chaîne publique nous abreuve de reportages sur les institutrices qui préparent leur classe, les directeurs qui sont fins prêts, la première journée des petits bouts à l’école,…

Normal, c’est la rentrée. Ce qui l’est moins, c’est que tant de ses reportages soient réalisés dans l’enseignement « libre » confessionnel catholique.

 

Passe encore que le libre confessionnel tente de se présenter comme un « service public fonctionnel ». Késako ? C’est simple : c’est un service qui n’est pas public, mais en fait c’est tout comme, parce qu’il fait le même boulot, vous comprenez ? Un peu comme si je créais ma petite milice privée et que je revendiquais ensuite des subsides égaux à ceux de la police, sous prétexte qu’après tout je fais bien mon boulot et que j’assure après tout moi aussi une mission de service public en assurant la sécurité de mes concitoyens. Bon d’accord, les milices privées, c’est pô bien, c’est d’ailleurs interdit, ma comparaison vaut donc ce qu’elle vaut. Mais enfin il y a de ça.

Or donc, l’enseignement confessionnel est passé maître dans l’art de clamer qu’il est ouvert à tous, qu’il est fini le temps de l’évangélisation, qu’on y respecte la diversité des convictions,... Nombre d’enseignants et de parents se joignent d’ailleurs à ce chœur émouvant, protestant que les enfants sont choyés, les locaux agréables, la formation de qualité, et qu’au cours de religion on ne parle même pas de Jésus, c’est vous dire si ces gens-là sont ouverts.

Par ailleurs, le Secrétariat général de l’enseignement catholique (SEGEC) s’est fendu en 2007 d’un petit mot explicatif sur les « missions de l’école chrétienne ». Ces dernières, en effet, prétendaient « évangéliser en éduquant », le tout « à la lumière de Jésus-Christ ». On peut donc lire aujourd’hui sur le site su SEGEC que

« Dans une société déconfessionnalisée, s’adressant à un public pluriel, l’enseignement catholique ne doit-il pas réaffirmer son identité chrétienne? Comment réconcilier espace public et convictions personnelles? L’enseignement catholique entend répondre à ces questions en rappelant son projet: être au service du jeune dont il espère faire une personne de conviction, qui prend sa place dans la société d’aujourd’hui. Et cette mission, il la remplit en faisant résonner la parole de Dieu et en gardant vivante la mémoire de son histoire. C’est de tout cela qu’il est question dans "Mission de l’école chrétienne". La philosophie générale du document est bien, en effet, de rechercher des articulations, des liens entre des éléments qu’on aurait plutôt tendance à séparer. Du texte, on peut dégager trois accents principaux: le premier, le choix de parler d’identité plutôt que de spécificité; ensuite, l’affirmation d’une unité entre formation humaine et formation chrétienne; enfin, l’articulation de la mission pastorale de l’école sur sa mission sociale. » (…) Il était important de redire qu’il s’agit bien de faire de l’éducation à la lumière de l’Évangile, en étant guidé par la conviction que la voie qu’Il propose conduit à être pleinement humain. Quant aux valeurs, si elles ne sont pas l’apanage des seuls catholiques, elles revêtent une signification particulière en ayant été assumées de façon radicales par Jésus, qui leur a donné une force et un éclat singuliers.

Au fond, c’est un peu comme cette histoire de service public fonctionnel : l’enseignement confessionnel catholique est catholique, mais pas trop. Juste assez pour rassurer les parents soucieux de mettre leurs rejetons dans une école où la tradition, le respect, les valeurs et tout ça ont encore un sens, dans un monde où tout fout le camp ma bonne dame. Pas trop, histoire de ne pas effrayer les gentils parents athées ou d’une autre confession, pour qui l’école Saint-Machin est la plus proche.

C’est de bonne guerre. Et c’est évidemment ce qui permet à Benoit Lutgen de revendiquer, avec un sens de l’à propos qui force le respect en ces temps de disette, le financement du réseau libre (ultra majoritairement catholique, faut-il le rappeler) à hauteur de l’officiel. Ben oui, vous comprenez : on fait la même chose que ceux de l’officiel, mais autrement (et souvent mieux, entend-on si on tend bien l’oreille). On tient à notre autonomie, ça oui : pas question de devoir calquer nos programmes sur ceux de l’officiel, quand même, faut pas exagérer ! Mais on tient à avoir des sous aussi, et autant que les autres, parce que sinon, c’est pas juste.

 

Mais la RTBF, radio et télévision de service public, doit-elle vraiment se prêter à cette comédie ? Dans « service public », n’y a-t-il pas « public » ? Pourquoi alors tendre si souvent son micro à des directeurs, enseignants, parents où élèves du réseau  dit « libre », dont la mission évangélisatrice est toujours affirmée dans les textes ? N’y a-t-il pas suffisamment d’écoles communales et athénées royaux (vous savez, ceux où les enfants de roi ne vont jamais) près de la RTBF ? (Amis journalistes, si vous voulez, je peux vous donner des adresses.)

 

Je sais : on me dira que la guerre scolaire, c’est du passé. Que les écoles libres d’aujourd’hui sont vachement ouvertes (c’est possible), qu’elles sont meilleures que celles de l’officiel (j’en doute fort), que j’ai bien tort de me focaliser sur un texte alors que sur le terrain, c’est tout différent…

Soit. Eh bien, Messieurs et Mesdames du libre confessionnel catholique, si vous faites vraiment la même chose que vos collègues de l’officiel, si vous avez vraiment renoncé à évangéliser nos chères têtes de toutes les couleurs, si vous êtes prêts à introduire des cours de morale non-confessionnelle, de religions (les autres que la vôtres) en attendant la suppression de tout ce bazar au profit d’un cours commun à tous, j’ai une idée toute simple :

 

Rejoignez le réseau officiel !

http://enseignement.catholique.be/segec/index.php?id=803

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Jeudi 21 juin 2012 4 21 /06 /Juin /2012 14:35

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Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 09:26

Cet article est paru dans La Libre des 21-22 janvier 2012 sous le titre "Décloisonner les chapelles".

 

La ministre Simonet prévoit pour la rentrée 2013 une harmonisation des programmes du cours de morale non-confessionnelle et des cours de religion, tant en primaire qu’en secondaire, afin d’y introduire le questionnement philosophique, des éléments de connaissance des religions et des laïcités ainsi que des éléments de citoyenneté. Une belle avancée, diront certains. Une manière de ne surtout pas toucher au système actuel, diront d’autres.

 

Familiariser les élèves avec le questionnement philosophique, qui s’en plaindrait ? Introduire d’avantage de formation à la citoyenneté à l’école, quelle belle idée ! Et de même, faire en sorte que les élèves sortant de l’enseignement officiel – seul concerné, et pour cause, par cette mesure – connaissent un peu mieux les religions et convictions de leurs concitoyens, voilà bien un noble projet, ô combien nécessaire qui plus est en ces temps de recrudescence de l’intégrisme religieux, de l’intolérance et du populisme.

On peut donc se réjouir que la ministre compétente ait enfin pris la mesure du vide actuel – rappelons que si la citoyenneté est au programme de l’enseignement primaire  et secondaire depuis 2007, cette formation se réduit trop souvent à une peau de chagrin, tant par manque d’enseignants formés que par absence d’heures dévolues à cet effet dans les grilles horaire – et de l’urgence de le combler.

Cependant, on peut s’interroger sur ce qui apparaît à bien des égards comme une demi-mesure : si réellement il s’agit de « développer la pensée rationnelle, logique et argumentative autour de trois grands axes : le questionnement philosophique, le dialogue interconvictionnel et l’éducation à une citoyenneté active » ; si réellement la citoyenneté, la connaissance des religions et de l’humanisme – dans ses différentes variantes que sont l’athéisme ou la laïcité politique -  et la démarche philosophique sont essentielles à la formation de nos élèves, pourquoi ne pas pousser la logique à son terme et proposer, purement et simplement, la suppression des cours si improprement nommés « philosophiques »  au profit d’un cours commun à tous ?

Peut-on sérieusement soutenir, en d’autres termes, que les cours de religion contribuent à « développer la pensée rationnelle, logique et argumentative » ? Je ne nie pas ici que certains enseignants de religion favorisent en effet l’émergence d’une telle pensée chez leurs élèves. Cependant, il faut bien reconnaître que ceux-là sortent peu ou prou de la mission catéchistique historiquement dévolue aux cours de religion, et choisissent de faire, à peu de choses près, ce que font leurs collègues de morale non-confessionnelle. Ces derniers, rappelons-le, n’ont jamais eu pour vocation ni pour mission d’enseigner à leurs élèves l’inexistence de Dieu, mais bien de leur apprendre autant que possible à penser par eux-mêmes, hors de tout dogmatisme.

 

Outre que l’enseignement religieux, en tant que transmission d’un corpus dogmatique, n’a guère sa place à l’école officielle, un cours commun permettrait la rencontre et l’échange entre les tenants de diverses conceptions du monde, et ce faisant la mise en perspective par chacun de ses convictions personnelles au regard de celles de l’autre, ce qui favoriserait bien plus certainement la tolérance et le respect de l’autre que le cloisonnement actuel.

Un cours commun axé sur la citoyenneté, la connaissance du fait religieux et de l’humanisme et la philosophie permettrait également de substantielles économies à une Communauté française qui en a grand besoin. Mais surtout, cette formule, tout en étant respectueuse des convictions de chacun, serait infiniment plus en phase avec l’un des objectifs généraux décrits dans le décret « Missions », à savoir : » préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société  démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures ».

 

La mesure actuelle ne fâchera sans doute personne : ni les syndicats soucieux de préserver l’emploi des enseignants (en l’occurrence de cours dits « philosophiques ») ni les défenseurs desdits cours, dont l’autonomie est préservée et la pertinence réaffirmée, ni les acteurs du monde de l’éducation attachés à l’introduction d’éléments de citoyenneté, de philosophie ou d’éducation au fait religieux – en ce compris la laïcité. Et c’est probablement sa principale, si pas sa seule vertu.

Car la logique qui prévaut reste profondément ancrée dans un modèle belge dont la mise en question serait bienvenue : un modèle pilarisé, qui organise l’enseignement en chapelles et, au sein de la « chapelle officielle » reproduit l’existence de six chapelles différentes, correspondant aux religions reconnues et à la morale non-confessionnelle.

Un nombre qui est destiné à augmenter, dès lors que le bouddhisme a eu accès récemment à la reconnaissance publique, et que d’autres « communautés convictionnelles » frapperont très certainement dans les prochaines années à la porte du financement public.

Verra-t-on demain huit ou dix cours « philosophiques » dispenser en parallèle la même formation à vocation universaliste ? Quelles seront les exigences en termes de neutralité qui seront fixées aux enseignants de ces différents cours lorsqu’ils aborderont les convictions voisines ? Quelle formation – initiale ou continuée - prévoit-on pour les enseignants qui seront amenés à dispenser ces cours à partir de 2013 ?

Et surtout, combien de temps encore réformera-t-on l’enseignement à coups de mesurettes consensuelles plutôt que de poser la seule vraie question qui importe en l’occurrence, à savoir : de quoi nos enfants ont-ils un urgent besoin ? Est-ce de connaître leur religion ou d’apprendre à penser et à devenir des citoyens responsables ?

 

Nadia Geerts

 

Décret relatif au renforcement de l’éducation à la citoyenneté responsable et active au sein des établissements organisés ou subventionnés par la Communauté française du 12 JANVIER 2007

Décret définissant les missions prioritaires de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire et organisant les structures propres à les atteindre 24 JUILLET 1997.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Mercredi 12 octobre 2011 3 12 /10 /Oct /2011 16:53

Léonard a encore frappé. Je parle évidemment du primat de Belgique, qui a cru utile de déconseiller aux divorcés d’enseigner la religion ou d’exercer une fonction de direction dans l’enseignement catholique.

 

L’affaire fait grand bruit, et les représentants de l’enseignement catholique, notamment, s’indignent au nom de la vie privée, du refus de la discrimination à l’embauche, etc. Et certes, il est un peu surprenant d’exiger d’un enseignant ou d’un directeur d’école un état civil particulier.

Pourtant, n’est-ce pas ce que l’Eglise catholique fait très communément, lorsqu’elle interdit la prêtrise aux femmes, ainsi bien sûr qu’aux hommes mariés - ou aux homosexuels ? Il est rare qu’on parle alors de discrimination à l’embauche, tant il est admis que la profession de prêtre n’est pas tout à fait comme les autres, et, surtout, que l’Eglise a bien le droit de décider qui, et selon quels critères, est apte à prêcher la parole de Dieu dans Sa maison. Cela ne la rend ni moderne, ni en phase avec les réalités de ce temps, mais encore une fois, rien ne l’y oblige.

Si le mission de l’école chrétienne consiste bien à « évangéliser en éduquant » (1), si elle a « la conviction qu'elle n'humanise en plénitude qu'en ouvrant à Dieu et au Christ. », si « Les écoles catholiques et l'Église      se reconnaissent mutuellement comme des partenaires privilégiés, inspirés à une source commune: celle de l'Évangile annoncé par Jésus- Christ » et si l’Eglise maintient que la chasteté, la fidélité et l’hétérosexualité sont voulues par Dieu, alors il n’y a pas à tortiller , et Léonard a raison de ne pas vouloir confier l’éducation des rejetons de bonnes familles chrétiennes à ces pécheurs de divorcés. On se demande simplement pourquoi il ne conseille pas pareillement aux célibataires ayant perdu leur pucelage, aux époux infidèles et aux homos de s’abstenir également de souiller son école chrétienne de leurs turpitudes. Et le distingo vie privée / vie publique semble en l’occurrence une ratiocination de rationaliste ou de laïque, totalement absurde pour qui se donne pour mission d’élever les âmes vers le Christ.

Si en revanche l’enseignement catholique « inscrit son action dans la logique du service public en s’ouvrant à tous ceux qui acceptent son projet, quelles que soient leurs convictions », alors l’école chrétienne devient l’école de tous, et en tant que service public, elle ne peut discriminer qui que ce soit sur une base aussi éminemment non pertinente que la situation matrimoniale. Et dans ce cas, Léonard a tout faux.

Le hic, c’est que l’école chrétienne se cherche : tantôt elle se veut « service public fonctionnel » à peine teinté d’un chouia de pluralisme situé, tantôt elle se veut évangélisatrice, missionnaire, prosélyte même. Ce qui lui permet à la fois de percevoir de généreux subsides publics et de revendiquer son enracinement religieux.

Alors moi, je proposerait bien un deal à André-Joseph Léonard : on lui laisse ses directeurs et enseignants mariés, fidèles et tout le toutim, et lui, il renonce à ses subsides publics. Comme ça, tout le monde est content. Et pour ceux qui ne le seraient toujours pas, il reste l’enseignement officiel, qui accueille tout le monde dans le respect de ses convictions et en se foutant comme d’une guigne de sa vie privée.

On fait comme ça ?

(1) Cette citation, comme les suivantes, est tirée du document « Mission des écoles chrétiennes », http://www.segec.be/mission_EC_web.pdf

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Jeudi 17 février 2011 4 17 /02 /Fév /2011 15:13

Cet article a été proposé comme carte blanche au Soir.

Les bras m’en sont tombés lorsque j’ai lu le titre en Une du Soir : « Une circulaire pro-IVG envoyée aux écoles ». Quoi, y aurait-il des gens qui font la promotion de l’avortement, qui incitent les filles et les femmes à y recourir, qui les découragent de garder l’enfant qu’elles portent ? A en croire l’article, c’est bien de cela qu’il s’agit, puisque certains font le parallèle avec des circulaires émanant de milieux religieux qui, si elles diffusaient dans les écoles un discours anti-avortement, susciteraient des cris d’orfraie. Confusion, confusion…

La loi belge autorise depuis une vingtaine d’années, et sous strictes conditions, la pratique de l’interruption volontaire de grossesse. Celle-ci n’est jamais présentée comme une solution idéale, comme une sorte de contraception de secours, mais comme un choix difficile, potentiellement traumatisant, mais pouvant néanmoins être considéré comme la moins mauvaise solution lorsqu’une grossesse non désirée se présente. Informer les jeunes filles fréquentant l’enseignement secondaire de l’existence de la loi et de la possibilité pour elles d’y recourir en cas de nécessité, ce n’est en aucun cas faire la promotion de l’avortement. En réalité, ce n’est rien d’autre que promouvoir la connaissance par les adolescents de leurs droits et de leurs devoirs, tels qu’ils sont établis par la législation belge.

Partant de là, mettre sur le même pied une brochure d’information et une brochure militante visant à combattre une pratique absolument légale – que l’on reste évidemment libre de refuser pour soi-même, pour des raisons de conscience – relève d’une singulière confusion. Et le fait que cette brochure soit distribuée dans tous les réseaux, libre confessionnel y compris, ne change rien à l’affaire : les élèves ont droit à l’information, et la présenter comme de la propagande dénote d’une singulière ignorance de ceci : informer laisse chacun libre, tandis que les discours propagandistes ont pour but avoué de peser sur les décisions, en l’occurrence en fonction d’un prisme éthique dont les fondements sont loin d’être partagés par tous.

 Autrement dit, l’information précède la formation d’une opinion, et présumer qu’informer pourrait heurter les consciences revient à ouvrir la porte à la censure. L’école ne peut se contenter d’accueillir les élèves tels qu’ils sont ; elle a aussi pour mission de les former à être demain des citoyens responsables, conscients de leurs droits et devoirs et capables d’exercer leur jugement de manière libre et indépendante de tout prosélytisme.

Cela, évidemment, c’est l’idéal d’une école laïque. Non pas une école athée, donc,  mais une école où la formation du jugement se fait sans recourir à un quelconque dogmatisme ni à une quelconque transcendance. Ce qui pose nécessairement la question de la pertinence d’un enseignement confessionnel financé par les fonds publics : l’Etat n’a ni à organiser, ni à financer un enseignement inspiré par des textes religieux, quels qu’ils soient. Il n’a pas à « évangéliser en éduquant » mais à promouvoir l’émancipation par l’instruction.

Sera-t-on demain soupçonné d’infraction à la neutralité et au pacte scolaire parce qu’on aborde à l’école des concepts comme celui de majorité sexuelle, de libre examen, de législation sur les mariages forcés, d’égalité entre hommes et femmes ou de théorie de l’évolution ?

 Notons que le lendemain, Hugues Dorzée enfonçait le clou en qualifiant la circulaire d'"inappropriée et tendancieuse" (http://archives.lesoir.be/inappropriee-et-tendancieuse_t-20110217-018UY3.html), avec l'argumentaire suivant:

"1. En Belgique, l’enseignement est neutre. Il ne tolère, en théorie, ni prosélytisme religieux ou philosophique, ni militantisme affirmé.

2. Le CAL est l’organe officiel de la laïcité organisée et financé comme tel. En toute logique, les autres cultes reconnus seraient donc en droit de diffuser leur vision de l’IVG à l’école. C’est intenable.

3. Si Pro Vita ou les adeptes d’un islam rigoriste étaient parvenus à faire de l’entrisme dans l’administration, pour sûr que les laïques auraient hurlé, à raison, à la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Voilà pourquoi, oui, cette circulaire de la Direction générale était tendancieuse et inappropriée."

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Mardi 18 mai 2010 2 18 /05 /Mai /2010 17:19

Suite à la plainte introduite la semaine dernière par le Think tank « Vigilance musulmane » pour violation du décret neutralité, nous estimons que cette plainte relève d’une interprétation erronée dudit décret. Ce dernier vise en effet exclusivement à s’assurer que les enseignants adopteront, dans le cadre de leurs fonctions d’enseignement, une attitude neutre, et ne saurait être compris comme une interdiction faite aux enseignants d’être également, en-dehors de leurs fonctions, des personnalités engagées, fût-ce lors de conférences données dans des écoles.

 

 

Jonathan FISCHBACH, Administrateur Enseignons.be

Jean-Philippe Schreiber, professeur à l'ULB

Roberto GALLUCCIO, Administrateur délégué CPEONS

Philippe Raxhon, historien

Claude WACHTELAER, Inspecteur – coordinateur, département de l'instruction publique, Schaerbeek

Caroline Sägesser

Edouard Delruelle, Professeur de philosophie à l’ULg

Guy HAARSCHER, professeur à l’ULB

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Lundi 10 mai 2010 1 10 /05 /Mai /2010 19:33

Le think tank « Vigilance musulmane » publie sur son site (http://www.chroniquelaique.be/violation-du-decret-neutralite-pour-les-nuls/) une « plainte pour violation du décret neutralité du 17 décembre 2003 » où, après avoir rendu compte de ma présence dans un athénée provincial pour une conférence sur la question du voile, il invite le service d’inspection de l’enseignement secondaire de la Communauté française à « apprécier ce cas de violation du décret neutralité » et à « prendre les mesures qui s’imposent » vis-à-vis de Nadine Joelants, préfète de l’athénée en question, et de moi-même.

Ainsi donc, selon ce collectif, l’enseignante que je suis n’aurait pas le droit, en vertu du décret neutralité, de « faire de la propagande ou du prosélytisme » dans un établissement scolaire. C’est oublier un peu vite que je ne suis pas intervenue dans cet établissement en tant qu’enseignante, mais en tant que personne engagée, ce que j’ai parfaitement le droit d’être en-dehors de mes fonctions d’enseignement. Les élèves que j’avais en face de moi n’étaient aucunement mes élèves, et ils étaient venus écouter une conférencière, non une enseignante.

En outre, si, comme l’article le prétend, je suis professeure de morale, les auteurs semblent négliger le fait que le décret neutralité ne s’applique pas à cette catégorie d’enseignants de la même manière qu’aux autres, les professeurs de cours dits philosophiques n’étant astreints qu’à ne pas dénigrer les convictions défendues dans les cours parallèles. En d’autres termes, un professeur de morale peut bien, même dans l’exercice de ses fonctions, témoigner de son athéisme. Ce que, d’ailleurs, je n’ai guère pour habitude de faire : la promotion de la laïcité dite philosophique m’importe peu ; seule m’importe la laïcité politique, et le couvre-chef « Dieu n’existe pas » que j’ai revêtu un jour sur un plateau télé (et qui sert d’illustration à l’article précédant immédiatement cette plainte)(1) avait pour seul but d’inviter chacun à réfléchir à la question de savoir si la liberté d’afficher ses convictions philosophiques valait aussi pour les athées.


Bref, Vigilance musulmane a tout faux :

-         si je suis bel et bien soumise au décret neutralité, cela ne m’interdit pas de témoigner de mes convictions, y compris dans le cadre d’un établissement scolaire, pour peu que ce ne soit pas dans l’exercice de mes fonctions d’enseignante.


Sans doute faut-il voir dans cet article intellectuellement malhonnête une tentative d’intimidation bien plus qu’un réel souci de défendre l’esprit du décret neutralité, que mes prises de positions laïques visent précisément à défendre contre les tentatives d’immixtion du religieux dans la sphère scolaire.

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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