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Texte Libre

21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 20:22

Le dimanche sans voiture, j'adore. C'est l'occasion de faire du vélo dans Bruxelles en éprouvant un merveilleux sentiment de liberté: les rues sont à nous, enfin, nous les cyclistes, les piétons, les trottinettistes (?), les patineurs,... Nous qui toute l'année sommes confinés sur des espaces restreints - quand ils existent -, pouvons enfin nous déployer librement, et penser qu'aujourd'hui, ce sont les automobilistes qui doivent tenir compte de nous, ce sont eux les usagers de seconde zone, eux qui sont tolérés.
Bien sûr, il serait illusoire de rêver d'une ville qui, toute l'année, serait ainsi dévolue aux cyclistes, piétons et autres adeptes de la mobilité douce. Tant qu'il y aura du pétrole, il y aura des voitures. Et pourtant, ce serait merveilleux si ne serait-ce qu'une personne sur dix décidait de prendre demain le chemin du travail d'une autre manière qu'en montant dans sa voiture. Changer les habitudes de déplacements, n'est-ce pas le véritable but de ce dimanche sans voiture ? Mais hélas, cet événement pèche justement par son agrément: comment convaincre les cyclistes d'aujourd'hui que demain, ce pourrait être agréable d'aller travailler à vélo, alors que la fête sera finie ? La voiture aura retrouvé tous ces droits, et comment convaincre les cyclistes d'un jour que, moyennant un peu d'audace les premiers jours, il peut rester agréable toute l'année de se déplacer autrement ? Au politique de développer des incitants, d'aménager l'espace afin que tous y trouvent leur place, afin que, devant une grande artère bruxelloise, le candidat cycliste ne recule pas, effaré, en constatant que rien n'est pensé pour lui, et que s'il veut sa place dans le trafic, il devra la prendre, seul, peut-être même sous les regards courroucés des automobilistes qui ne lui accordent qu'à regret le droit d'emprunter leurs chaussées...
Pourtant, un espoir existe peut-être aussi ailleurs : peut-être demain les automobilistes se souviendront-ils qu'ils ont été cyclistes ou piétons aujourd'hui; peut-être intègreront-ils cette évidence, que tous, nous automobilistes, nous sommes aussi autre chose, et qu'il est plus citoyen de partager la route que de la prendre ?
Rassurez-vous: je n'ai rien contre les automobilistes. C'est l'arrogance que je n'aime pas. Une arrogance qui, si elle est équitablement partagée entre tous les usagers de la route, n'en est pas moins particulièrement dangereuse quand elle émane d'un "carrossé".
Cela dit, depuis plusieurs années, je me déplace couramment dans Bruxelles à vélo, et ce sans le moindre accident. Alors demain, lancez-vous ! La météo est optimiste...

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Published by Nadia Geerts - dans Société
20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 16:24

Moi qui, il y a quelques semaines à peine, tirais à boulets rouges sur « Face de bouc » (comme l’appelle une ex-collègue et pas future ex-copine retrouvée grâce à lui), je ne vais pas ici vous faire un éloge dythirambique de ce machin à ma mode, mais juste vous livrer quelques impressions contrastées.

 

Constat numéro un : il est impératif, si l’on veut s’en sortir, de revoir sa définition de l’ami. Pas question ici de relations privilégiées avec quelques individus triés sur le volet au fil de nos rencontres, ni même de copains ou de connaissances : sur Facebook, tout le monde peut être ami avec tout le monde, et certains (je m’en doutais un peu) semblent avoir fait un sport national d’emmagasiner le plus grand nombre d’ « amis » possibles en le moins de temps possible. Mon ami Pierre me dira que c’est normal : c’est ce qui s’appelle un « réseau », qui n’a de sens que s’il est le plus large possible, et tant pis pour la nuance.

 

Constat numéro deux : il faut apprendre à « gérer »  tout ça. J’ai d’ailleurs, soit dit en passant, déjà rompu avec un « ami » qui m’agressait violemment parce qu’il estimait que parler de « gérer ses amis », ça tenait du Politburo. Pourtant, c’est bien ce que j’ai le sentiment de devoir faire : régulièrement, des gens qui ont l’air bien braves mais que je connais ni d’Eve ni d’Adam expriment le désir que je devienne leur amie. Cas de conscience : dois-je les ignorer en espérant qu’ils m’oublient, les refuser brutalement, ou les accepter négligemment ? Pour l‘instant, je n’ai pas tranché : je leur envoie un petit message leur demandant de se situer un petit peu, et puis j’avise.

Il y a par ailleurs des gens avec qui je reprendrais bien contact en découvrant à quel point c’est facile – ce qui pose bien évidemment la question de savoir ce qu’ils signifient à nos yeux si jamais on n’a tenté de retrouver leur trace autrement jusqu’ici, mais soit –, et puis qui m’ignorent. Dommage…

 

Constat numéro trois : bonjour l’usurpation d’identité. Rien de plus simple en effet que de créer un profil au nom de quelqu’un d’autre. J’ai déjà pensé à me faire passer pour Baudouin Ier ou Benoît XVI, mais je crois que j’aurais, sur la longueur, quelques problèmes de crédibilité.

Pas plus tard qu’hier, j’ai ainsi, grâce à un « ami » qui s’en était fait membre, découvert un groupe soi-disant de lutte contre l’extrême droite, administré par Georges-Pierre Tonnelier himself. Ben voyons ! Pas gêné le mec, alors qu’il est, pour rappel, collaborateur parlementaire au Front National (1). Revers de la médaille (pour lui, pas pour moi) : rien de plus simple que d’avertir illico les membres de ce groupe pour qu’ils rétractent leur adhésion.

 

Constat numéro quatre : il y a moyen de passer énormément de temps sur Facebook en le perdant : envoyer des petits cadeaux virtuels à des « amis », regarder leurs photos de famille, les tenir au courant heure par heure de nos activités (« euh… là, je m’apprête à partir pour trois semaines en vacances, voici mon adresse, les clés sont sous le paillasson), etc.

En faire un usage intelligent est possible, mais ça s’apprend. Et en la matière, je débute.


(1) Selon Georges-Pierre Tonnelier, il aurait depuis quelques mois rompu toute collaboration avec le FN, en raison de divergences idéologiques. Ce qui ne l'autorise évidemment pas à récupérer une campagne de RésistanceS comme s'il faisait partie de cette dernière...

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Published by Nadia Geerts - dans Société
18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 15:11

Pour ceux à qui ça ne dirait rien, ce titre est extrait d'une chanson de Renaud (Me jette pas), mais la comparaison d'arrête là. Car si j'ai craqué, ce n'est pas pour une "pisseuse aguicheuse" ni pour un de ses homologues masculins, mais pour Facebook.
Enfin craquer, c'est beaucoup dire. Disons que, face à tous ces gens qui me disent qu'aujourd'hui, on n'existe en quelque sorte que si on "y" est, j'ai fini par me résoudre à tester le bidule, rassurée tout de même par la possibilité qui semble offerte aux utilisateurs d'en restreindre l'usage aux aspects publics de leurs activités. Car je n'ai aucune intention de sacrifier à cette mode qui semble vouloir qu'on affiche son état civil, sa date d'anniversaire, mais aussi ses films et bouquins préférés, ce qu'on fait en ce moment et une foultitude d'autres inepties, à mes yeux en tout cas.
Bref, j'ai choisi d'utiliser Facebook de la seule manière qui me semblait utile: pour y diffuser les idées qui me tiennent à coeur: la république, la laïcité politique, l'antifascisme. Pour le reste, rien de changé: ma vie privée reste ma vie privée, et ce que j'ai écrit précédemment sur Facebook (
http://nadiageerts.over-blog.com/article-20518812.html) reste valable. Na.
Ah oui, je profite de l'occasion pour préciser que la vidéo-qui-ne-fonctionne pas (voir mon article précédent) devrait être lisible dans les prochaines heures, et qu'elle vaut le détour. Simplement, il faut le temps (beaucoup de temps apparemment) qu'elle soit "traitée".

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Published by Nadia Geerts - dans Société
18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 08:25

J’étais hier au Parlement de la Communauté française pour la remise des prix Condorcet-Aron pour la démocratie. La laïcité y fut étonnamment présente, à ma grande joie. C’est en effet Caroline Fourest qui reçut le prix Raymond Aron, ce qui me valut un double plaisir : d’abord bien sûr celui de l’entendre, elle, exposer en quelques minutes un condensé des idées qu’elle défend de manière limpide dans ses ouvrages ; mais aussi celui d’entendre, au sein d’un bâtiment officiel belge, par un orateur belge et en présence de ministres et autres huiles belges, un vibrant éloge d’une laïcité qui, sous nos cieux, est trop souvent taxée de laïcarde, voire d’extrémiste ou même – je n’oublie pas la perle involontaire de Jean Bricmont dans le Bon usage de la laïcité – de talibanesque.

 

Autour de Caroline Fourest, comme par un fait exprès, deux personnalités qui semblaient comme l’annoncer, pour la première, et la prolonger, pour la seconde.

C’est en effet Karima, auteur d’Insoumise et dévoilée et fondatrice de l’asbl du même nom, qui reçut le prix Condorcet-Aron des mains de la ministre Fadila Laanan.
Et c’est Elie Barnavi qui clôtura la soirée, en lauréat du prix international Condorcet-Aron, par une allocution au cours de laquelle il insista sur la nécessité pour nous, Européens désormais bien conscients de nos différences, de nous accorder sur un minimum de quelques valeurs communes. Sans qu’elles doivent être très nombreuses, nous dit-il : cinq suffisent – il faudra je suppose lire son prochain livre pour les découvrir. Mais il nous dévoila tout de même l’une d’elles.

Je vous le donne en mille, il s’agissait de la laïcité.

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Published by Nadia Geerts - dans Laïcité - religions
14 septembre 2008 7 14 /09 /septembre /2008 12:54

Face au ministre Tarabella ce dimanche matin sur RTL-TVI dans l’émission « Citoyen, citoyenne », nous étions quatre : un professeur de gymnastique, un professeur de religion catholique, une étudiante en dernière année de l’enseignement secondaire, et moi-même. Quoi de plus normal, me direz-vous, dès lors que le sujet de l’émission était la proposition du ministre de remplacer les cours dits « philosophiques » par davantage de sport à l’école.

Sauf que…

Sauf qu’au moins deux – si pas trois – des « citoyens » présents appartenaient au réseau libre. Bizarre, dès lors que la proposition du ministre ne concerne évidemment que l’enseignement officiel. À moins que Mr Tarabella ne veuille sur sa lancée fusionner les réseaux et donc contraindre l’enseignement « libre » à fonctionner selon les mêmes programmes de cours que l’enseignement officiel, voire à renoncer à sa particularité confessionnelle pour intégrer le réseau officiel, ce dont il n’a pas été question.

Qui plus est, on a eu droit, de la part du professeur de religion catholique, à un vibrant éloge du réseau libre, dans lequel – évidemment – tous les élèves sont réunis dans la même classe pour aborder les questions philosophiques. C’est oublier un peu vite que le cours en question se nomme « religion catholique » et que dès lors, prétendre comme il l’a fait que le réseau libre accueille tous les enfants, quelles que soient leurs convictions, est à tout le moins une édulcoration de la réalité, puisque quelles que soient vos convictions, vous serez dûment catéchisés à raison – au moins – de deux heures par semaine. L’enseignant a eu beau jeu de prétendre qu’en sixième et dernière année, il aborde « même » les philosophes athées, cela ne dément pas le fait que durant cinq longues années – auxquelles il faut ajouter les six années de l’enseignement primaire – c’est bel et bien d’enseignement religieux qu’il faut parler.

Quant à l’étudiante, elle a bien gentiment défendu le cours de religion – son professeur était d’ailleurs en personne à côté d’elle –, arguant que la philosophie était bien utile lorsqu’on voulait se lancer dans des études supérieures.

Certes, ce n’est pas moi qui contesterai l’importance d’un enseignement philosophique… Mais une fois encore, je m’étonne : car enfin, soit les écoles catholiques dispensent à leurs élèves, pendant les deux heures de cours concernées, un cours conforme à son intitulé, et alors il ne s’agit pas de philosophie mais de religion ; soit elles ont renoncé à la « mission évangélisatrice » – qui figurait dans la déclaration de principe de l’enseignement catholique de 1995 – de l’enseignement catholique, et rien ne justifie encore l’existence d’un réseau distinct. Si tant est qu’on puisse justifier l’existence d’un réseau confessionnel largement subventionné par l’Etat, mais je m’égare…

Personnellement, j’aurais aimé que le débat ait lieu entre des acteurs réellement concernés par la proposition du ministre, sans que la question des réseaux – non abordée, je le répète, mais de toute évidence présente en filigrane – ne vienne parasiter un débat qui pose la question essentielle de la place des religions et convictions philosophiques dans l’école, et plus largement dans la société.

 

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Published by Nadia Geerts - dans Laïcité - religions
13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 14:05

Nicolas Sarkozy nous avait préparés au pire, avec ses quelques sorties remarquées sur l’instituteur et le curé, la nécessaire spiritualité et la laïcité positive. De son côté, Benoît XVI ne s’est jamais profilé comme un pape subversif (un oxymore ?), ni même progressiste. Il n’empêche, la rencontre de ces deux là ne laisse pas d’inquiéter.

Devant le monde de la culture, réuni au Collège des Bernardins, le pape a discouru sur « Les origines de la théologie occidentale et les racines de la culture européenne ». Une occasion de dénoncer pour la énième fois «Une culture purement positiviste, qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison, le renoncement à ses possibilités les plus élevées et donc un échec de l’humanisme, dont les conséquences ne pourraient être que graves ».

La question de l’existence de Dieu est donc une question scientifique, ou à tout le moins objective (personnellement, je ne saisis pas bien la nuance, mais soit). Fort bien. Sauf que ça pourrait devenir gênant, à la longue, pour le souverain pontife, qu’on ne puisse d’une quelconque manière objectiver l’existence d’un Dieu dont il ne cesse d’affirmer l’existence. M’enfin, c’est son problème, pas le mien.

De même, renoncer à traiter objectivement de la question de Dieu, ce serait une capitulation de la raison et un échec de l’humanisme. Voilà une adroite récupération de l’humanisme – digne du CDH – par le Vatican, et sous les auspices de la science encore bien. Personnellement, j’en étais restée à une définition de l’humanisme  peut-être très scolaire, mais qui avait le mérite d’être claire : « L’homme est la mesure de toute chose ». Visiblement, pour Benoît XVI, il n’en est rien, puisque, si je le suis bien, l’homme ne devient pleinement homme qu’en se posant la question de Dieu – et tout à la fois objectivement et sans conclure à sa non-existence, encore bien. En d’autres termes, c’est Dieu qui fait l’homme. Et ce dernier n’est donc plus la mesure de toute chose, CQFD. Mais soit, une fois de plus : il aurait été naïf de penser que le pape en personne allait se lancer dans un vibrant éloge du rationalisme et de l’humanisme réunis.

Par contre, quand Sarkozy chante la même chanson, martelant que «Ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à l’écouter, demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable », ça m’interpelle quelque part, comme dirait l’autre. Ainsi donc, pas de culture hors de la recherche de Dieu ? Si l’on creuse un peu, c’est encore plus grave, ça, Monsieur le Président, que de dire que jamais l’instituteur ne remplacera le curé. Parce que si l’on y songe, la culture, c’est encore beaucoup plus vaste que l’instruction. La culture, c’est ce qui nous arrache à l’animalité, ce qui fait de nous des hommes. Impossible de se nourrir, de se coucher, de s’aimer, de se réjouir ou de pleurer, sans qu’aussitôt la culture sans mêle. Et derrière tout ça, il y aurait Dieu ?

Moi j’veux bien, mais je commence à en avoir marre de faire figure d’andouille parce que je ne « cherche pas Dieu » qui pourtant ne cesse de me parler, puisque je manque de « disponibilité à l’écouter ». Alors Dieu, si tu me lis, de grâce, fais-moi un signe, que je puisse enfin te reconnaître en toute objectivité, et du même coup chanter de vibrants alleluia à la laïcité positive, avec Benoît et Nicolas.

 

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Published by Nadia Geerts - dans Laïcité - religions
10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 17:59

Une initiative qui vient de France, mais qui vaut sans aucun doute d'être soutenue, relayée et largement diffusée...


MANIFESTE  LAIQUE


Pour information et signature éventuelle
, allez sur le site:  
http://manifestepape.info//index.php?petition=2


TEXTE  DU  MANIFESTE :  

Le pape a le droit de venir en France. Loin de nous l’idée de nous y opposer parce que nous sommes laïques. Mais cet accueil officiel, sur un mode révérenciel et sur fonds publics, ne va pas de soi.

En tant que chef d’un État, Benoît XVI ne mérite guère l’enthousiasme d’une démocratie laïque et égalitaire.
À la tête d’un petit État théocrate et patriarcal, il use essentiellement de son siège d’observateur permanent à l’ONU pour faire reculer tout programme en faveur de la planification familiale, des droits des femmes, de la lutte contre le sida, ou des minorités sexuelles. Souvent aux côtés des pires dictatures de l’Organisation de la Conférence islamique.

En tant que leader religieux, Benoît XVI est un pape ultraconservateur et liberticide. Sa vision du catholicisme, promue à travers des mouvements comme l’Opus Dei ou la Légion du Christ, est dogmatique, étroite, antiféministe, inégalitaire, hostile à un véritable œcuménisme et à l’esprit moderniste de Vatican II. Il n’y a vraiment pas là matière à révérence. Mais c’est l’affaire des croyants.

En tant que citoyens laïques, notre vigilance est ailleurs. Nous tenons à profiter de cette visite en France pour dire et redire notre refus de la « laïcité positive », un terme utilisé par Benoît XVI puis revendiqué par Nicolas Sarkozy, dans son livre « La République, les religions et l’espérance », et plus encore dans ses discours présidentiels de Latran et Ryad.

Comme l’immense majorité des Français, nous sommes attachés à la laïcité sans adjectif. C'est à dire à une laïcité qui distingue bien la sphère de la puissance publique de la société civile et de la sphère privée. Cette séparation tient sagement à distance le politique du religieux, dans l’intérêt des deux.

Nous refusons l’évolution de cette laïcité vers une religion civile à l’américaine, le subventionnement public des lieux de culte, ainsi que l’assouplissement de la vigilance envers les sectes.

Nous appelons au contraire à une vigilance vis-à-vis de tous les intégrismes. Cette vigilance passe par une revalorisation du lien social sur un mode laïque, un soutien aux associations de quartier luttant pour le vivre ensemble et la défense de l’école publique. Nous le disons sans détour : dans la transmission des principes de la République, le curé, le pasteur, le rabbin ou l’imam ne pourront jamais remplacer l’instituteur.

Nous ne pensons pas, comme le chef de l’État, que le plus grand mal des banlieues soit d’être devenues des « déserts spirituels », mais d’être devenues des ghettos souffrant d’un ascenseur social bloqué, de la flambée des prix immobiliers, du recul des services publics et du manque de mixité sociale.

Nous n’avons pas la prétention de croire, comme lui, que « Dieu est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme ». Mais nous sommes sûrs d’une chose, pour fondamentale qu’elle soit, la question spirituelle ne nous semble pas relever des missions du chef de l’État, dont le rôle est plutôt de s’occuper de la question sociale.

Si le catholicisme fait incontestablement partie du patrimoine culturel de la France, la France n’est plus la « fille aînée de l’Église » depuis quelques siècles déjà, mais une République séparée des Églises. Son objectif n’est pas de veiller à ce qu’un plus grand nombre de Français croient mais vivent mieux, toujours plus libres et plus égaux, ensemble. Telle devrait être la mission que se fixe un président de la République. Telle est notre espérance.

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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 10:58

Le parquet général de la cour d’appel de Rennes vient de repousser un procès pour braquage. Motif : le ramadan. Le prévenu concerné aurait en effet été en état de « grande faiblesse physique » si le procès avait eu lieu à la date prévue.

 

L’argument, à première vue, tient la route. Il faut en effet être en état d’assurer sa défense de manière optimale lorsqu’on comparaît devant la justice. Et lorsqu’on jeûne, on n’est pas au top de sa forme.

Cependant, une question se pose d’emblée : ce monsieur est-il obligé de jeûner ? Son cas, autrement dit, est-il comparable à celui de tous ceux qui, dans une situation de précarité extrême, se présentent au tribunal le vendre vide, sans avoir pour cela une raison religieuse ? Et, corollairement, est-il juste que la justice fasse plus de cas d’un prévenu qui jeûne par choix, pour des raisons religieuses, que d’un autre qui jeûne par nécessité, et dont le procès ne sera assurément pas reporté jusqu’à ce qu’il ait de quoi se nourrir à suffisance ?

Derrière cette question, il y a aussi celle de la priorité qu’établit le prévenu entre, d’une part, ses obligations religieuses[1], et de l’autre, ses obligations civiles. Libre à lui de décider qu’il préfère se conformer à un prescrit religieux que de prendre un bon déjeuner pour être en forme à l’audience. Mais la justice a-t-elle à connaître de cela ? En demandant un report de l’audience, le prévenu ne suggère-t-il pas ipso facto que les prescrits religieux sont, pour lui, plus importants que ses obligations de citoyen ? Qu’il est, autrement dit, croyant avant que d’être citoyen, redevable devant Dieu avant de l’être devant les hommes ?

Et une justice qui entérine cette demande ne donne-t-elle pas implicitement raison à cet homme ?



[1] Obligations dont on pourrait discuter, dès lors que le jeûne du ramadan n’est pas un prescrit absolu, mais une recommandation à laquelle on peut se dérober en cas d’extrême nécessité.

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21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 10:45

Je voudrais commencer par remercier ici tous ceux qui m’ont témoigné leur soutien suite à ma décision de fermer ce blog aux commentaires. Cette décision ne fut pas facile à prendre. Lorsque, il y a près de deux ans, j’ai créé ce blog, je désirais qu’il soit avant un espace de débat, où s’échangeraient arguments, réflexions, expériences diverses. Je n’ambitionnais pas de ronronner entre pairs, mais bien de dialoguer, ce qui, dans mon esprit, d’excluait pas des désaccords et des échanges parfois vifs. Mais toujours dans le respect de l’interlocuteur. Le respect des personnes, pas des idées, voilà ce que j’ai toujours tenté de favoriser.

Las, il m’a bien fallu constater que d’aucuns n’avaient pas la moindre idée de ce que pouvait bien signifier le respect de la personne. Se drapant souvent derrière un confortable anonymat, ils ont profité de ce blog pour recourir à l’attaque personnelle, à l’insulte, à l’invective. Et ce alors même que je relatais ici une douloureuse expérience vécue lors d’un enterrement. Odieux, je n’ai pas d’autre mot pour qualifier l’attitude de ces gens que même la mort n’incite pas à un peu de retenue, de décence, de correction.

La fermeture des commentaires est un échec. Il me faut faire le deuil de cet espace de rencontre, de dialogue, d’affrontement même (mais dans le respect de la personne) que j’avais souhaité créer ici. Mais comment s’étonner de cet échec alors qu’on apprend par ailleurs que Bart De Wever est régulièrement menacé de mort ? Je n’ai pas beaucoup de sympathie pour le personnage, c’est un fait. Mais tous ses propos provocateurs, que ce soient sur les francophones « immigrés » en Flandre ou sur les excuses des autorités anversoises envers la communauté juive ne justifieront jamais qu’on menace cet homme de mort. Nous avons la chance de vivre en démocratie. Notre liberté d’expression est garantie, nous bénéficions d’élections libres et régulières, nous pouvons manifester, pétitionner, écrire à nos dirigeants, que sais-je ? Ces pratiques inacceptables sont un indicateur de l’état de notre démocratie, dès lors que certains de nos concitoyens usent de leur liberté d’expression pour invectiver, menacer, salir la personne dont ils contestent à bon droit les idées.

Notre petit pays, à force d’éviter à tout prix le conflit à coup de compromis, n’en a-t-il pas perdu de vue une certaine culture du débat ? N’y a-t-il pas urgence à apprendre à nos enfants à confronter leurs points de vue, lors de « disputes », de « querelles » où s’affronteraient enfin des idées et des arguments, à l’exclusion de tout autre procédé indigne d’une démocratie qui vit ?

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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 17:16

Depuis que ce blog existe, les débats y ont souvent été virulents. Il est aussi arrivé, trop souvent, que l'injure ou l'attaque personnelle se substitue au débat d'idées. Mon dernier article en date a cependant suscité des commentaires d'un niveau de méchanceté jamais atteint. J'ai donc décidé de désactiver la possibilité de poster des commentaires. Que ceux d'entre vous qui avaient à coeur d'enrichir le débat par leurs réflexions m'en excusent.

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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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