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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 14:05

Nicolas Sarkozy nous avait préparés au pire, avec ses quelques sorties remarquées sur l’instituteur et le curé, la nécessaire spiritualité et la laïcité positive. De son côté, Benoît XVI ne s’est jamais profilé comme un pape subversif (un oxymore ?), ni même progressiste. Il n’empêche, la rencontre de ces deux là ne laisse pas d’inquiéter.

Devant le monde de la culture, réuni au Collège des Bernardins, le pape a discouru sur « Les origines de la théologie occidentale et les racines de la culture européenne ». Une occasion de dénoncer pour la énième fois «Une culture purement positiviste, qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison, le renoncement à ses possibilités les plus élevées et donc un échec de l’humanisme, dont les conséquences ne pourraient être que graves ».

La question de l’existence de Dieu est donc une question scientifique, ou à tout le moins objective (personnellement, je ne saisis pas bien la nuance, mais soit). Fort bien. Sauf que ça pourrait devenir gênant, à la longue, pour le souverain pontife, qu’on ne puisse d’une quelconque manière objectiver l’existence d’un Dieu dont il ne cesse d’affirmer l’existence. M’enfin, c’est son problème, pas le mien.

De même, renoncer à traiter objectivement de la question de Dieu, ce serait une capitulation de la raison et un échec de l’humanisme. Voilà une adroite récupération de l’humanisme – digne du CDH – par le Vatican, et sous les auspices de la science encore bien. Personnellement, j’en étais restée à une définition de l’humanisme  peut-être très scolaire, mais qui avait le mérite d’être claire : « L’homme est la mesure de toute chose ». Visiblement, pour Benoît XVI, il n’en est rien, puisque, si je le suis bien, l’homme ne devient pleinement homme qu’en se posant la question de Dieu – et tout à la fois objectivement et sans conclure à sa non-existence, encore bien. En d’autres termes, c’est Dieu qui fait l’homme. Et ce dernier n’est donc plus la mesure de toute chose, CQFD. Mais soit, une fois de plus : il aurait été naïf de penser que le pape en personne allait se lancer dans un vibrant éloge du rationalisme et de l’humanisme réunis.

Par contre, quand Sarkozy chante la même chanson, martelant que «Ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à l’écouter, demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable », ça m’interpelle quelque part, comme dirait l’autre. Ainsi donc, pas de culture hors de la recherche de Dieu ? Si l’on creuse un peu, c’est encore plus grave, ça, Monsieur le Président, que de dire que jamais l’instituteur ne remplacera le curé. Parce que si l’on y songe, la culture, c’est encore beaucoup plus vaste que l’instruction. La culture, c’est ce qui nous arrache à l’animalité, ce qui fait de nous des hommes. Impossible de se nourrir, de se coucher, de s’aimer, de se réjouir ou de pleurer, sans qu’aussitôt la culture sans mêle. Et derrière tout ça, il y aurait Dieu ?

Moi j’veux bien, mais je commence à en avoir marre de faire figure d’andouille parce que je ne « cherche pas Dieu » qui pourtant ne cesse de me parler, puisque je manque de « disponibilité à l’écouter ». Alors Dieu, si tu me lis, de grâce, fais-moi un signe, que je puisse enfin te reconnaître en toute objectivité, et du même coup chanter de vibrants alleluia à la laïcité positive, avec Benoît et Nicolas.

 

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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 17:59

Une initiative qui vient de France, mais qui vaut sans aucun doute d'être soutenue, relayée et largement diffusée...


MANIFESTE  LAIQUE


Pour information et signature éventuelle
, allez sur le site:  
http://manifestepape.info//index.php?petition=2


TEXTE  DU  MANIFESTE :  

Le pape a le droit de venir en France. Loin de nous l’idée de nous y opposer parce que nous sommes laïques. Mais cet accueil officiel, sur un mode révérenciel et sur fonds publics, ne va pas de soi.

En tant que chef d’un État, Benoît XVI ne mérite guère l’enthousiasme d’une démocratie laïque et égalitaire.
À la tête d’un petit État théocrate et patriarcal, il use essentiellement de son siège d’observateur permanent à l’ONU pour faire reculer tout programme en faveur de la planification familiale, des droits des femmes, de la lutte contre le sida, ou des minorités sexuelles. Souvent aux côtés des pires dictatures de l’Organisation de la Conférence islamique.

En tant que leader religieux, Benoît XVI est un pape ultraconservateur et liberticide. Sa vision du catholicisme, promue à travers des mouvements comme l’Opus Dei ou la Légion du Christ, est dogmatique, étroite, antiféministe, inégalitaire, hostile à un véritable œcuménisme et à l’esprit moderniste de Vatican II. Il n’y a vraiment pas là matière à révérence. Mais c’est l’affaire des croyants.

En tant que citoyens laïques, notre vigilance est ailleurs. Nous tenons à profiter de cette visite en France pour dire et redire notre refus de la « laïcité positive », un terme utilisé par Benoît XVI puis revendiqué par Nicolas Sarkozy, dans son livre « La République, les religions et l’espérance », et plus encore dans ses discours présidentiels de Latran et Ryad.

Comme l’immense majorité des Français, nous sommes attachés à la laïcité sans adjectif. C'est à dire à une laïcité qui distingue bien la sphère de la puissance publique de la société civile et de la sphère privée. Cette séparation tient sagement à distance le politique du religieux, dans l’intérêt des deux.

Nous refusons l’évolution de cette laïcité vers une religion civile à l’américaine, le subventionnement public des lieux de culte, ainsi que l’assouplissement de la vigilance envers les sectes.

Nous appelons au contraire à une vigilance vis-à-vis de tous les intégrismes. Cette vigilance passe par une revalorisation du lien social sur un mode laïque, un soutien aux associations de quartier luttant pour le vivre ensemble et la défense de l’école publique. Nous le disons sans détour : dans la transmission des principes de la République, le curé, le pasteur, le rabbin ou l’imam ne pourront jamais remplacer l’instituteur.

Nous ne pensons pas, comme le chef de l’État, que le plus grand mal des banlieues soit d’être devenues des « déserts spirituels », mais d’être devenues des ghettos souffrant d’un ascenseur social bloqué, de la flambée des prix immobiliers, du recul des services publics et du manque de mixité sociale.

Nous n’avons pas la prétention de croire, comme lui, que « Dieu est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme ». Mais nous sommes sûrs d’une chose, pour fondamentale qu’elle soit, la question spirituelle ne nous semble pas relever des missions du chef de l’État, dont le rôle est plutôt de s’occuper de la question sociale.

Si le catholicisme fait incontestablement partie du patrimoine culturel de la France, la France n’est plus la « fille aînée de l’Église » depuis quelques siècles déjà, mais une République séparée des Églises. Son objectif n’est pas de veiller à ce qu’un plus grand nombre de Français croient mais vivent mieux, toujours plus libres et plus égaux, ensemble. Telle devrait être la mission que se fixe un président de la République. Telle est notre espérance.

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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 10:58

Le parquet général de la cour d’appel de Rennes vient de repousser un procès pour braquage. Motif : le ramadan. Le prévenu concerné aurait en effet été en état de « grande faiblesse physique » si le procès avait eu lieu à la date prévue.

 

L’argument, à première vue, tient la route. Il faut en effet être en état d’assurer sa défense de manière optimale lorsqu’on comparaît devant la justice. Et lorsqu’on jeûne, on n’est pas au top de sa forme.

Cependant, une question se pose d’emblée : ce monsieur est-il obligé de jeûner ? Son cas, autrement dit, est-il comparable à celui de tous ceux qui, dans une situation de précarité extrême, se présentent au tribunal le vendre vide, sans avoir pour cela une raison religieuse ? Et, corollairement, est-il juste que la justice fasse plus de cas d’un prévenu qui jeûne par choix, pour des raisons religieuses, que d’un autre qui jeûne par nécessité, et dont le procès ne sera assurément pas reporté jusqu’à ce qu’il ait de quoi se nourrir à suffisance ?

Derrière cette question, il y a aussi celle de la priorité qu’établit le prévenu entre, d’une part, ses obligations religieuses[1], et de l’autre, ses obligations civiles. Libre à lui de décider qu’il préfère se conformer à un prescrit religieux que de prendre un bon déjeuner pour être en forme à l’audience. Mais la justice a-t-elle à connaître de cela ? En demandant un report de l’audience, le prévenu ne suggère-t-il pas ipso facto que les prescrits religieux sont, pour lui, plus importants que ses obligations de citoyen ? Qu’il est, autrement dit, croyant avant que d’être citoyen, redevable devant Dieu avant de l’être devant les hommes ?

Et une justice qui entérine cette demande ne donne-t-elle pas implicitement raison à cet homme ?



[1] Obligations dont on pourrait discuter, dès lors que le jeûne du ramadan n’est pas un prescrit absolu, mais une recommandation à laquelle on peut se dérober en cas d’extrême nécessité.

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21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 10:45

Je voudrais commencer par remercier ici tous ceux qui m’ont témoigné leur soutien suite à ma décision de fermer ce blog aux commentaires. Cette décision ne fut pas facile à prendre. Lorsque, il y a près de deux ans, j’ai créé ce blog, je désirais qu’il soit avant un espace de débat, où s’échangeraient arguments, réflexions, expériences diverses. Je n’ambitionnais pas de ronronner entre pairs, mais bien de dialoguer, ce qui, dans mon esprit, d’excluait pas des désaccords et des échanges parfois vifs. Mais toujours dans le respect de l’interlocuteur. Le respect des personnes, pas des idées, voilà ce que j’ai toujours tenté de favoriser.

Las, il m’a bien fallu constater que d’aucuns n’avaient pas la moindre idée de ce que pouvait bien signifier le respect de la personne. Se drapant souvent derrière un confortable anonymat, ils ont profité de ce blog pour recourir à l’attaque personnelle, à l’insulte, à l’invective. Et ce alors même que je relatais ici une douloureuse expérience vécue lors d’un enterrement. Odieux, je n’ai pas d’autre mot pour qualifier l’attitude de ces gens que même la mort n’incite pas à un peu de retenue, de décence, de correction.

La fermeture des commentaires est un échec. Il me faut faire le deuil de cet espace de rencontre, de dialogue, d’affrontement même (mais dans le respect de la personne) que j’avais souhaité créer ici. Mais comment s’étonner de cet échec alors qu’on apprend par ailleurs que Bart De Wever est régulièrement menacé de mort ? Je n’ai pas beaucoup de sympathie pour le personnage, c’est un fait. Mais tous ses propos provocateurs, que ce soient sur les francophones « immigrés » en Flandre ou sur les excuses des autorités anversoises envers la communauté juive ne justifieront jamais qu’on menace cet homme de mort. Nous avons la chance de vivre en démocratie. Notre liberté d’expression est garantie, nous bénéficions d’élections libres et régulières, nous pouvons manifester, pétitionner, écrire à nos dirigeants, que sais-je ? Ces pratiques inacceptables sont un indicateur de l’état de notre démocratie, dès lors que certains de nos concitoyens usent de leur liberté d’expression pour invectiver, menacer, salir la personne dont ils contestent à bon droit les idées.

Notre petit pays, à force d’éviter à tout prix le conflit à coup de compromis, n’en a-t-il pas perdu de vue une certaine culture du débat ? N’y a-t-il pas urgence à apprendre à nos enfants à confronter leurs points de vue, lors de « disputes », de « querelles » où s’affronteraient enfin des idées et des arguments, à l’exclusion de tout autre procédé indigne d’une démocratie qui vit ?

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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 17:16

Depuis que ce blog existe, les débats y ont souvent été virulents. Il est aussi arrivé, trop souvent, que l'injure ou l'attaque personnelle se substitue au débat d'idées. Mon dernier article en date a cependant suscité des commentaires d'un niveau de méchanceté jamais atteint. J'ai donc décidé de désactiver la possibilité de poster des commentaires. Que ceux d'entre vous qui avaient à coeur d'enrichir le débat par leurs réflexions m'en excusent.

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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 15:46

J’étais hier à un enterrement. Ce dernier était précédé d’une cérémonie religieuse que les proches avaient souhaitée courte et œcuménique, dès lors que la défunte était « modérément catholique » et que la majorité des personnes présentes à la cérémonie étaient quant à elles athées.

Or, en fait de cérémonie œcuménique, nous avons eu droit à un prêchi-prêcha catholique de la plus belle eau (bénite), un galimatias de références à Jésus, à la résurrection, à la rédemption des péchés et à la vie éternelle, elle-même présentée non pas comme une espérance, mais comme une certitude.

Pour faire nos adieux à la défunte, nous, les athées, en fûmes réduits à nous enfermer dans une bulle invisible de souvenirs, en faisant autant que possible abstraction des rites, prêches, prières et chants qui, exclusivement centrés sur la relation à Dieu, ne pouvaient nous être d’aucun secours.

Je n’attendais évidemment pas d’une cérémonie religieuse qu’elle soit exempte de toute référence à une quelconque transcendance. Mais j’aurais aimé, puisqu’après tout l’Eglise prétend remplir un rôle social, qu’elle ménage une petite place à ceux qui, tout en étant de misérables mécréants, n’en éprouvaient pas moins le besoin de dire adieu à une personne chère. Était-ce trop demander ? Fallait-il vraiment que nous, les athées, nous sentions si terriblement seuls dans cette église où était censé se dérouler un rituel qui nous aide à faire face à la mort, et autant que possible à l’accepter ? Car enfin, ce qui nous réunissait hier n’était pas, n’en déplaise au curé, la foi en un même dieu, mais le chagrin face à la perte d’un même être.

Si la religion se borne à diffuser sa chaleur à ses seuls adeptes, tout en étant profondément incapable d’épauler les autres le moins du monde, les renvoyant à une solitude qu’ils espéraient moins vive et qui n’en est que plus pénible, n’est-il pas temps alors de mettre en question son prétendu rôle social ?

 

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28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 18:21

J’ai déjà eu souvent l’occasion d’attirer l’attention sur la différence qu’il y avait entre laïcité et athéisme, la première étant une conception politique concernant la manière dont l’Etat s’organise – séparément du religieux –, et le second étant une conviction philosophique particulière.

De manière assez comique, les auteurs du récent Bon usage de la laïcité semblent reprocher à une certaine laïcité de vouloir promouvoir une sorte d’athéisme d’Etat, tandis qu’eux se borneraient à défendre la laïcité politique. Or, il aura suffi d’un débat radiophonique[1] pour le constater, le problème n’est pas là : eux et moi partageons la conviction que l’athéisme est une conviction particulière, qui n’a, au même titre que les convictions religieuse, aucun droit à s’imposer à tous dans la sphère publique. Alors, d’où vient notre désaccord ?

À mon sens, il vient de ce qu’eux prônent, bien plus que la laïcité, une simple neutralité de l’Etat, lequel considèrerait avec la même bienveillance les convictions philosophiques et religieuses des uns et des autres, ces dernières ne pouvant constituer ni un avantage, ni un handicap pour celui qui s’en revendique.

Cette neutralité, à mon sens, ressort plus du pluralisme que de la laïcité, laquelle implique l’existence d’une sphère étatique neutre, certes, mais non pas seulement en ce qu’elle ne privilégierait aucune conviction : il faudrait en plus qu’elle les mette toutes à distance, et qu’elle demande à chacun, dans cette sphère institutionnelle dont je parle, de se présenter en tant que citoyen, que membre du laos (peuple)  et non en tant que membre de telle confession, ethnie, culture, identité sexuelle, etc.

Ainsi, si le pluralisme est atteint dès lors qu’on a rassemblé, à l’école par exemple, un professeur de chacune des religions reconnues – mais il y aurait à dire sur les critères qui font que l’on reconnaît les orthodoxes et pas les sympathiques jaïns[2] –, la laïcité exigerait que plus aucune conviction philosophique ou religieuse ne soit enseignée à l’école. Cela ne signifierait pas, bien sûr, que l’école cesse d’accueillir les élèves ayant des convictions – car elle n’accueillerait alors plus personne – mais qu’elle les accueille non pas en tant que tels, mais en tant qu’élèves – ou membres du laos.

Un ami m’a fait découvrir dernièrement une amusante initiative[3]. Comment mieux démontrer par l'absurde qu’une école, une administration, un hôpital public, un bureau de vote ou chacun arborerait ses convictions ne pourrait que déclencher des tensions, voire des incidents ? Malgré la sympathie qu’il m’inspire, jamais je ne porterai ce t-shirt dans la sphère institutionnelle, pas plus d'ailleurs que mon t-shirt « Vive la République », convaincue que les arborer ne pourrait être perçu que comme une provocation par ceux qui ne pensent pas comme moi. Personnellement, je ne les porterais même pas en rue, tout en étant convaincue qu’il est bon que j’en conserve le droit, comme mes « coreligionnaires » croyants. Pourquoi ? Parce que, comme je l’écrivais ici-même [4], « l’espace public n’est pas la rue ».

En revanche, je vous recommande chaudement la lecture du livre de Dawkins, Pour en finir avec Dieu… Si la si mal nommée « laïcité philosophique » n’a pas à s’exhiber, elle peut sans nuire à personne se cultiver, comme on cultive son jardin.

 


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17 juin 2008 2 17 /06 /juin /2008 09:53

Que les choses soient bien claires: c'est non.
Disons-le tout de go, j'en ai marre de recevoir des mails de gens, au demeurant peut-être fort sympathiques, qui me demandent d'être leur amie. Parce qu'au risque de paraître terriblement passéiste, ma conception de l'amitié s'accomode mal de ces procédés que je ressens comme tout à la fois intrusifs et infantiles.
Mes amis, je les ai connus au hasard des rencontres, j'ai appris à les apprécier, et peu à peu je me suis attachée à eux, au point qu'aujourd'hui, ma vie me paraîtrait plus terne si je ne savais pas qu'ils existent quelque part dans le monde, et si je n'avais moi aussi conscience d'être là pour eux.
Avec eux, je n'ai nulle besoin d'une interface virtuelle pour communiquer. je lui préfère mille fois une soirée en tête à tête, un déjeuner sympa, quelques heures ou quelques jours partagés, entre rires et confidences.
Je n'ai nulle envie, qui plus est, de répondre à de quasi inconnus qui, tout de go et par je ne sais quel miracle de la technologie, ont découvert en moi une amie potentielle, outre qu'il me semble que c'est là brader un sentiment profond, que le partage de photos, de cadeaux virtuels ou d'"amis" communs est loin d'épuiser.
Je ne fantasme pas non plus à l'idée de pouvoir afficher au monde entier une collection de 1387 amis, que j'irais illico mesurer à la liste de quelques uns d'entre eux. Désolée, mais je n'ai jamais compris le plaisir qu'on pouvait éprouver à jouer à qui avait la plus longue... Mes amis se comptent sur les doigts, et c'est très bien ainsi. L'amitié se cultive, et il y faut du temps. Un temps que je n'ai nulle envie de gaspiller pour allonger une liste qui perdrait de son sens à mesure qu'elle s'allongerait.

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 11:21

L’affaire fait grand bruit en France : un tribunal de Lille a annulé un mariage entre deux musulmans parce que l’épousée n’était pas vierge. Motif invoqué ? « Erreur sur les qualités essentielles du conjoint ». Pour l’avocat du mari, il s’agit d’un « vice dès le départ », l’époux ayant conclu ce mariage, comme l’a souligné le tribunal, « sous l’empire d’une erreur objective ».

Précisons d’emblée que si, pour l’époux en question, la virginité est réellement un élément déterminant, il était en effet préférable que le mariage soit rompu. On imagine en effet sans peine le calvaire de la jeune femme si elle avait dû poursuivre la vie commune avec un homme estimant qu’elle manquait d’une « qualité essentielle » pour être digne d’être son épouse.

On ne peut cependant qu’être interpelé par l’argument de l’avocat du mari, qui estime que, bien plus que la virginité, c’est la question du mensonge qui est au centre de cette affaire. Certes, mentir, ce n’est pas beau. Cependant, peut-on décemment comparer le mensonge sur sa vie sexuelle passée avec le fait d’avoir « caché quatre pages de casier judiciaire, le fait d'avoir déjà été plusieurs fois marié ou de s'être prostitué » ? La question centrale, autrement dit, me semble être celle de la réciprocité, domaine auquel la virginité échappe forcément. Le mariage, en tout cas dans un Etat de droit, se doit de reposer sur des engagements réciproques des époux. Il ne saurait donc être question que la femme, en l’occurrence, soit soumise à des obligations qui ne valent aucunement pour le mari. Or, ici, c’est bien de cela qu’il s’agit, ne serait-ce que parce que nulle femme ne pourra jamais démontrer que son mari n’était pas puceau au moment des épousailles. On peut d’ailleurs se demander si, dans l’hypothèse où son mari avouerait spontanément à une jeune épousée qu’elle n’est pas sa première partenaire sexuelle, l’épouse obtiendrait d’un tribunal l’annulation du mariage, au motif que son mari lui a menti sur ses « qualités essentielles ».

On touche là, on le voit, à la sacralisation culturelle de la virginité de la femme, à laquelle ne répond aucune exigence pour l’homme. Est-ce bien à un tribunal d’entériner une telle injustice ?

C’est bien en ce sens que je rejoins Elisabeth Badinter : «Je suis ulcérée par la décision du tribunal d'accepter de juger ça parce que la sexualité des femmes est une affaire privée et libre en France, absolument libre »(…). Elisabeth Badinter estime que «ça aboutit tout simplement à faire courir nombre de jeunes filles musulmanes dans les hôpitaux pour se faire refaire l'hymen. Et par conséquent au lieu pour un tribunal de défendre les femmes, de défendre ces jeunes femmes, au contraire il accentue la pression sur elles».
«Et je vous dis franchement, je pense à cette malheureuse jeune fille, humiliée, publiquement humiliée, revenant dans sa famille, ce qu'elle a dû vivre a dû être épouvantable. J'ai honte que la justice française n'ait pas pris à coeur de défendre toutes ces jeunes filles ».[1]

Se séparer d’un mari qui, manifestement, estime avoir uni son sort à un produit avarié, c’était de toute évidence la seule chose à faire. Au moins aurait-on peu attendre de la justice française qu’elle permette à cette jeune femme de rentrer chez elle la tête haute, comme la victime d’exigences d’un autre âge et non comme la coupable d’un manquement indigne.



[1] Libération, jeudi 29 mai 2008.

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Published by Nadia Geerts - dans Féminisme
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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 15:35

 

L’information s’étale à longueur de suppléments, occupe la moitié d’un journal télévisé, alimente les conversations, fait la Une de la presse écrite. La situation des droits de l‘homme en Chine ? Une quelconque catastrophe naturelle ? Un nouveau scandale politico-financier ? Un énième épisode de la saga gouvernementale belge ?

Pas du tout. Justine Hénin a décidé qu’elle arrêtait de taper dans une baballe jaune avec une raquette. Chose qu’elle faisait certes fort bien, et qui lui a permis, en quelques années, d’engranger une coquette somme d’argent qu’elle a fort judicieusement planquée à Monaco, histoire d’éviter d’en gaspiller une partie en contributions et taxes diverses, non mais.

D’aucuns me traiteront sans doute une fois de plus de pisse-vinaigre, mais cette grand-messe médiatique autour d’une joueuse de tennis m’agace supérieurement. Non pas que j’aie plus de sympathie pour l’engouement qui a suivi je ne sais quelle victoire tant attendue des « Rouches » –  en tapant dans une baballe, eux aussi. Qu’ils soient d’ailleurs adeptes de la petite ou de la grosse balle, du vélo ou du cheval, de la brasse ou de l’aviron, du saut en hauteur ou d’un quelconque autre sport, je m’en tape éperdument : la Terre est pleine de gens qui font bien ce qu’ils font, et alors ? Porte-t-on pareillement aux nues, couvre-t-on pareillement d’argent, d’une manière qui en devient indécente, tous ceux qui ont un indéniable talent dans un domaine particulier ? L’artisan qui confectionne la meilleure tarte al djote, le traducteur qui a le mieux su saisir l’essence même d’un texte de Cicéron ou de Goethe, l’interprète qui chante avec le plus d’émotion tel opéra de Verdi, le virtuose de l’aiguille, du violoncelle ou de l’entrechat ne mériteraient-ils pas autant de considération que « Juju » ? Ou, pour traduire plus exactement ma pensée, Justine Hénin mérite-t-elle, pour ses exploits tennistiques, plus d’admiration, d’heures d’antenne et de gros sous que tous ces gens qui, chacun dans leur discipline, travaillent également sans compter leurs heures pour atteindre un jour, peut-être, l’excellence (et certainement sans produits dopants, mais je m’arrête là, au risque de me voir poursuivre pour crime de lèse-majesté, d’avoir sous-entendu qu’il n’était pas totalement inimaginable, après tout, que comme tant d’autres dans le domaine sportif, Justine Hénin ait eu recours à des substances illicites) ?

Bref. Quelqu’un pourra-t-il un jour m’expliquer ce qui justifie la place ahurissante qu’occupent les sports, et en particulier certains d’entre eux, dans une presse dont la mission me semble être de m'informer de l’actualité « généraliste »? De la même manière que je dois avoir recours à la presse dite spécialisée pour tout savoir des dernières frasques de Britney Spears – excusez, mes références datent un peu –, pour connaître le résultat du dernier tournoi de golf ou de la dernière course hippique, pour savoir si le dernier film d’Almodovar vaut le détour ou encore pour contempler la tenue que portait la princesse Machinchose au dernier rallye de la haute, pourquoi ne réserve-t-on pas le foot et le tennis à la presse sportive ?

Exit Juju donc, et, vous m’aurez comprise, c’est à mes yeux plutôt une bonne nouvelle. Pourvu que demain une nouvelle future championne (ou un nouveau futur champion, je ne suis pas sexiste) belge ne pointe pas le bout de sa raquette…

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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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