Des fonctions de l'uniforme

Publié le par Nadia Geerts

La décision du conseil communal de Saint-Josse d’imposer un uniforme aux élèves dès la rentrée scolaire prochaine suscite bon nombre de réactions, souvent scandalisées, sur les réseaux sociaux. Et pour certains, l’équation coule de source : uniforme = fascisme, dictature, pensée unique, tout ça tout ça.

Personnellement, je n’ai pas d’avis arrêté sur la question. Plus exactement, l’adolescente rebelle qui sommeille toujours en moi bondit : « bleu marine ? Beurk ! ». Je l’avoue, je n’ai jamais aimé le bleu marine, couleur des forces de l’ordre, donc de l’ordre, de la discipline, de la règle. Re-Beurk.

Mais quittons un peu l’adolescente rebelle…

L’uniforme, c’est aussi le tablier des écoliers du début du siècle – oui, le précédent. Pas la peine de me rappeler que l’adolescente rebelle date un peu.

C’est cette tenue qui avait pour vocation de mettre tous les élèves à égalité, symboliquement. De laisser les différences sociales à la porte de l’école. De rappeler aux élèves qu’ils étaient à l’école pour travailler, pas pour parader, séduire, frimer. Et ça, ma foi, je me dis : « Pourquoi pas ? ».

Oui mais « la liberté », me dira-t-on.

La liberté ? Quelle liberté ?

Avec ou sans uniforme, nos adolescents ne sont pas libres, loin s’en faut. Il y a bien sûr les normes sociales, qui leur interdisent de se présenter à l’école en robe à crinoline, en scaphandre ou en étui pénien. Mais aussi et surtout – car je gage qu’aucun ne penserait à adopter pareille tenue – les normes spécifiques de leur groupe, à savoir les autres jeunes, ou la « communauté » à laquelle ils appartiennent.

Et dans cette mesure, les règlements scolaires, qui balisent la liberté en matière de tenues vestimentaires, ont parfois pour effet salutaire d’opposer une limite à l’emprise du groupe sur l’individu, et donc de lui restituer une part de liberté qui lui serait, sinon, confisquée par le groupe tout-puissant.

Je pense évidemment aux signes religieux, et en particulier au voile islamique. Interdire ce dernier à l’école, en effet, n’est pas liberticide, mais profondément émancipateur, puisqu’il s’agit de restituer à chaque jeune fille son statut d’être humain non assujetti, en tout cas dans l’espace scolaire, à un prescrit soi-disant religieux qui a pour principale fonction de rappeler son infériorité.

Or, voilà le paradoxe : le lycée Guy Cudell, tout en imposant l’uniforme par souci d’égalité et de gommage des particularismes, continuera à accepter le voile. Le voile, cet uniforme imposé par les théocrates par souci d’inégalité. Le voile, affirmation d’une différence, d’un particularise qui divise.

Cherchez l’erreur.

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