De quelle vie parle-t-on ?

Publié le par Nadia Geerts

L’arrêt des soins à Vincent Lambert, en état végétatif depuis dix ans, avait débuté hier. Enfin. Et voilà que la cour d’appel de Paris ordonnait hier la reprise des traitements. Le calvaire continue donc, pour Vincent Lambert mais aussi pour sa femme Rachel, à qui vont toutes mes pensées.

 

On ne le dit pas assez me semble-t-il : le motif de l’obstination scandaleusement déraisonnable des parents, ce sont leurs convictions religieuses, et rien d’autre. Et il y a quelque chose d’absurde et de terriblement révoltant à ce qu’un Etat laïque comme la France ne soit pas capable de dire à ces parents que leurs convictions religieuses ne sont pas au-dessus des lois de la République, ni au-dessus de la volonté de leur fils de 42 ans.

Le « droit à la vie » qu’ils brandissent comme un mantra est en réalité, comment ne pas le voir, une condamnation à vivre, si tant est que l’on puisse parler de vie ici.

La vie, à mes yeux, ne se limite pas aux fonctions vitales. La vie, c’est bien autre chose qu’un cœur qui bat dans une enveloppe corporelle inerte. Et un Etat laïque devrait impérativement permettre que des individus qui ont de la vie une vision moins biologique soient entendus, fut-ce par le biais de leur partenaire de vie. 

Faute de quoi – et c’est hélas souvent le cas lorsque la laïcité se confond avec le respect dévot de tous les points de vue – ce sont toujours les cléricaux et les bigots qui gagnent. Lorsque la laïcité n’assume pas sa fonction essentielle de bouclier contre les velléités de certains religieux d’imposer leur loi – celle de dieu – à tous, ce sont des milliers de Vincent Lambert qui sont contraints de subir une loi qui n’est pas la leur.

Aujourd’hui, je suis triste et en colère.

J’ai eu l’extraordinaire chance d’accompagner ma mère dans sa fin de vie digne. Et je ne souhaite à personne le calvaire que constitue le maintien en vie, dix années durant – dix ans ! – d’un être que l’on chérit et dont on sait que jamais il n’aurait voulu qu’on le traite de cette manière.

Quand donc la France adoptera-t-elle enfin une loi dépénalisant l’euthanasie ? Quand donc sera-t-elle enfin à la hauteur, dans ce cas précis, de l’idéal laïque qui, par ailleurs, m’a tant inspirée dans mes divers autres combats laïques ?

 

 

 

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