Zoé Genot a raison !

Publié le par Nadia Geerts

À une dizaine de jours des élections régionales, fédérales et européennes, un tract fait scandale : celui distribué sur un marché de la commune bruxelloise de Laeken par Ahmed Mouhssin et Zoé Genot, tous deux députés régionaux et candidats sur les listes ECOLO.

 

Ce tract présente en effet le positionnement du parti vert – doublement vert, hélàs – sur cinq questions relatives à la « liberté de culte ». Et sans surprise, du moins si l’on suit l’évolution du parti ces dernières années, particulièrement à Bruxelles, c’est OUI au port du foulard islamique pour le personnel au guichet des administrations, OUI au droit pour les parents de choisir pour leurs enfants un jour de congé en fonction de leurs convictions, OUI au maintien des cours de morale et de religion dans les écoles officielles, OUI au port du « foulard » à l’école pour les élèves, et OUI à l’abattage sans étourdissement dans le cadre de rites religieux à Bruxelles.

Le verso du tract annonce par ailleurs un débat à Saint-Josse avec les deux députés en question sur ces thématiques.

 

Le tract en question, largement diffusé sur les réseaux sociaux, a suscité l’indignation de beaucoup, et un prudent rétropédalage de la régionale ECOLO de Bruxelles, qui a indiqué n’avoir jamais donné son accord quant à la diffusion de ce tract. Dont acte.

Pourtant, le vrai problème n’est pas là, tout comme le vrai problème n’est pas, non plus, le racolage communautaire dont le parti est accusé.

Certes, axer sa campagne électorale exclusivement sur des questions liées au culte musulman, et en faire état dans deux communes où vivent justement beaucoup de musulmans, ce n’est pas conforme à ma conception de la citoyenneté, qui implique de parler à tous de toutes les questions qui les concernent – et « concerner » n’est pas synonyme d’ « intéresser spontanément » …

Mais au moins, on doit reconnaître à ce tract un mérite : sa fidélité aux positions défendues par ECOLO, en tout cas à Bruxelles, depuis de longues années. Comme le rappelle Zoé Genot sur sa page Facebook : 

« Vraiment désolée pour les personnes qui ont été choquées par le tract d invitation au débat sur les libertés convictionnelles et reprenant les réponses des partis sur ces aspects faites au journal La Libre Belgique. Une grosse erreur : la non concertation avec la régionale.Depuis 2 semaines sur les marchés populaires bruxellois, nous discutons avec des personnes qui sont desinformées par des socialistes inquiets " Ne votez pas Écolo, ils sont contre le foulard, contre le hallal". Pour prouver que nous ne mentons pas sur les positions Ecolo, nous googlons et montrons les articles. Nous avons voulu donner accès au public des marchés à la vraie information copiée-collée des sites de La libre et de la RTBF qui comparent les programmes, en indiquant les sources pour que les personnes puissent vérifier. Ne pas prendre les gens pour des débiles : dire la même chose dans les médias, sur les marchés et dans les parlements. Ce qu à toujours fait ECOLO. Ras le bol du double discours. Le communautarisme, c est adapter son discours en fonction du public. » 

Passons sur le fait que Zoé Genot fait du communautarisme sans le savoir, puisqu’elle en ignore manifestement la définition, le confondant avec la pratique du double discours.

Pour le reste, il faut bien reconnaître qu’elle a raison. À l’époque des Assises de l’interculturalité, ECOLO se positionnait déjà très clairement en faveur des accommodements raisonnables. ECOLO, il faut le dire, n’a jamais été laïque. À sa décharge, sans doute cela s’explique-t-il en partie par son arrivée sur l’échiquier politique belge à une époque où les guerres scolaires et autres joyeusetés opposant cléricaux et anticléricaux semblaient appartenir au passé. Qui plus est, le parti écologiste a séduit dès son origine des militants de la mouvance social-chrétienne en quête d’un positionnement plus à gauche et plus axés sur l’environnement que ce que le PSC (Parti social-chrétien, ancien nom du CDH) avait à offrir. Ce n’est donc pas chez ECOLO qu’il faut chercher un quelconque – et pourtant très sain - anticléricalisme, loin s’en faut.

Cependant, l’aveuglement persistant d’ECOLO devient fatigant. La naïveté, c’est sympa un temps, surtout de la part de débutants avides de participer à la construction d’un « autre monde », plus juste, plus solidaire, plus vert. Mais quand les professionnels de la politique qu’ils sont devenus persistent à nier l’évidence, ça devient inquiétant.

Car les positions défendues dans ce tract sont la négation même de la laïcité, et même de la citoyenneté : en revendiquant l’instauration de droits différenciés en fonction des convictions religieuses, c’est le principe-même d’égalité devant la loi qui est foulé aux pieds, pour le plus grand bonheur des islamistes, dont l’infiltration de tous les domaines de la société civile est l’objectif numéro 1. Avec ECOLO, les citoyens d’aujourd’hui, égaux en dignité et en droits, feront place demain à des communautés juxtaposées, caressées dans le sens du poil obscurantiste au nom du respect de la sacro-sainte liberté de culte… 

Un autre monde est possible, certes. Mais pour ma part, je ne veux pas de celui que nous prépare ECOLO. Et c’est bien dommage pour la cause environnementale.

 

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