À propos de cordon sanitaire médiatique et d’infréquentables

Publié le par Nadia Geerts

Ces dernières semaines, quelques unes de mes apparitions publiques ont visiblement déplu à certains gardiens de l’ordre moral, qui y ont vu la confirmation de ce qu’ils pensaient depuis longtemps, à savoir que ma défense de la laïcité sans adjectif et d’un féminisme universaliste faisaient de moi une idiote utile ou une alliée objective de l’extrême-droite.

En cause, deux articles publiés dans « Causeur », et un passage dans l’émission d’André Bercoff sur Sud Radio, où sont pointés mes propos sur la votation anti-burqa initiée par l’UDC.

 

Quelques mots donc au sujet de ces « fréquentations » qui me rendraient infréquentable, ou à tout le moins suspecte.

Premièrement, j’ai toujours accepté de discuter avec un spectre très large de personnalités, comme Pierre Cassen et Anne Zalenski, de Riposte Laïque (1), en 2012, Rokhaya Diallo en 2015 ou Tariq Ramadan en 2016. Et je ne me souviens pas que quiconque m’ait alors reproché de cautionner d’une quelconque manière, en acceptant de discuter avec eux, les idées qu’ils véhiculent et qui sont, à mes yeux, non seulement problématiques, mais extrêmement dangereuses.

Je suis en effet de plus en plus convaincue que c’est par le débat que l’on fait avancer les idées. Ce qui m’importe, c’est que mon discours porte, au-delà du cercle des convaincus. Et pour cela, il me semble important de proposer ma vision des choses à un public non-acquis, ce qui implique nécessairement de rencontrer des gens qui sont plus à droite ou plus à gauche que moi. Autrement dit, tant que j’ai l’impression que ce que j’ai à dire a une chance d’être entendu, j’y vais. À mes yeux, il y a peu d’irrécupérables, de véritables « salauds » avec lesquels la discussion ne sert à rien. Et je suis profondément convaincue que face à l’islam politique qui avance à grands pas, l’urgence est de maintenir ou de ramener dans le giron démocratique les gens qui pourraient se laisser séduire par les discours simplistes de l’extrême-droite et du populisme.

Ainsi, si j’ai démissionné de RésistanceS en 2010, ce n’était pas, comme on peut le lire par ailleurs, parce que « mise en minorité » suite à une quelconque entreprise de lobbying interne que j’aurais orchestrée pour que RésistanceS s’attaque à l’islamisme, mais parce qu’une partie de l’équipe voulait exclure, sans même l’avoir rencontré, un membre du comité de soutien de RésistanceS qui s’était « compromis » avec des personnalités jugées trop à droite de l’échiquier politique, y compris par moi-même. Tout en ayant du mal à comprendre ce rapprochement – notamment avec le Parti Populaire – je me refusais à juger sans le moindre débat préalable, d’autant qu’il s’agissait d’un membre de très longue date qui avait toujours été très engagé dans la lutte contre l’extrême-droite.

Cela ne veut pas dire, bien sûr, qu’il n’y ait pas pour moi d’infréquentables. Mais je n’ai jamais confondu la droite, fut-elle populiste et conservatrice, avec l’extrême-droite. Mes critères à cet égard sont ceux qu’applique la presse belge, ni plus ni moins.

Et finalement, ce qui me paraît déterminant pour me juger – puisque c’est manifestement dans cette entreprise que ce sont lancés certains par réseaux sociaux interposés – ce sont mes propos, et rien qu’eux.

Et justement, un mot encore sur mes propos relatifs à l’initiative anti-burqa de l’UDC. Je me suis en effet félicitée, au micro d’André Bercoff, que la population suisse ait finalement voté favorablement à la proposition d’interdiction de toute dissimulation du visage sur la voie publique, bien qu’elle émane de l’UDC. J’ai, dans le même temps, établi une comparaison avec l’initiative anti-minarets de l’UDC en 2009, qui était quant à elle très problématique du point de vue démocratique, comme je l’avais déjà écrit à l’époque (4).

Dans le contexte précis d’une consultation populaire sur une question précise, et dès lors que l’interdiction du voile intégral n’est pas en tant que telle anti-démocratique – au contraire, dirais-je même -, j’estime que chaque citoyen doit pouvoir se prononcer en conscience sur la question posée, sans que l’origine de la question doive influencer sa réponse. Il en irait évidemment tout autrement s’il s’agissait d’accorder sa voix à l’UDC, mais une votation n’est pas une élection.

Qui plus est, pour cette question comme pour bien d’autres qui sont en lien avec l’islam politique, je considère que seule la laïcité peut mettre fin à la concurrence des extrêmes : fascisme brun (extrême-droite) et fascisme vert (islamisme) se renforçant mutuellement à force d’attentisme et de lâcheté politiques. Seul un coup d’arrêt à l’expansion de l’islam politique, par l’intermédiaire de lois respectueuses des principes démocratiques d’égalité de tous devant la loi et de dignité de la personne, peut entraver la montée en puissance des discours populistes et d’extrême-droite.

(1) la vidéo ne semble plus disponible sur le net, mais j’y ai consacré à l’époque un article sans ambigüité : http://nadiageerts.over-blog.com/article-entre-la-riposte-laique-et-l-integrisme-musulman-mon-coeur-ne-balance-pas-51172584.html 

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