Jugement STIB : Un for intérieur très extérieur

Publié le par Nadia Geerts

La lecture du jugement rendu par le Tribunal du travail francophone de Bruxelles le 3 mai dernier dans l’affaire qui oppose la STIB à M.T., UNIA et la Ligue des droits humains, vaut son pesant d’or.

On peut en effet y lire, entre autres arguties, que « (…) le marquage convictionnel d’un voile n’est pas manifeste et que, sauf à laisser libre cours aux préjugés, l’application concrète de la règle interne qui interdit de manière générale, à l’ensemble des membres du personnel, le port de tout signe convictionnel, quel qu’il soit (religieux, politique, philosophique,…) nécessite le plus souvent que celui ou celle qui arbore un signe soit contraint de révéler à l’employeur ou ) son représentant sa motivation d’ordre convictionnel. 

Les échanges intervenus entre M.T. et les deux agences de recrutement confirment en l’espèce ce passage obligé par cette ingérence qui, d’une certaine manière, a poussé M.T. à devoir justifier son choix et, en quelque sorte, à se « mettre à nu » en dévoilant son for interne. » (page 27).

Et au fond, ce n’est pas tout-à-fait faux. C’est en tout cas ce que je compte invoquer à l’avenir chaque fois que quelqu’un aura l’outrecuidance de prétendre que je manifeste mes convictions dans un cadre où je ne suis pas censée le faire. Et je plaiderai bien évidemment la discrimination intersectionnelle, suivant en cela la ligne de la Ligue des droits humains, dès lors qu’il est manifeste que

  1. C’est sur la base de mes supposées convictions, lesquelles ne sauraient être déduites qu’hâtivement du choix de tel ou tel vêtement, que je suis exclue d’un emploi pour lequel je suis cependant compétente. Il faudrait d’ailleurs, pour pouvoir soutenir pareil raccourci, démontrer que
    a) je maîtrise suffisamment la langue anglaise pour comprendre le message figurant sur mes vêtements, et que 

    b) c’est bien par adhésion à ce message que je choisis de les porter, et non parce que leur forme, leur couleur, leur coupe, leur texture, ont motivé mon choix de les porter en toute circonstance. Et régler ces deux questions préjudicielles impliquerait nécessairement de me questionner sur mon choix, ce qui m’obligerait à me « mettre à nu » en dévoilant mon « for interne », chose qui bafoue de toute évidence ma liberté de conviction, laquelle ne saurait s’accommoder d’une obligation à rendre publiques lesdites convictions, qui sont, je tiens particulièrement à le souligner, du domaine privé, voire intime.
  2. Il est évident que, portés par un homme, de tels vêtements ne susciteraient pas le même effet. Il est même hautement probable qu’aucun homme ne se hasarderait jamais à porter pareil vêtement. Leur coupe, leur couleur, le message même qu’ils véhiculent les rendent difficilement compatibles avec l’appartenance au sexe masculin.

    Il faut cependant noter qu’à aucun moment je n’ai choisi de naître femme, et qu’on ne saurait donc me faire le reproche de porter des vêtements destinés à la gent féminine.

Je dois donc conclure de ces deux constats que c’est bien en tant que femme supposée athée que je suis discriminée.

 

 

 

 

 

Si cet article ou ce blog vous a plu, à vot' bon coeur !
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :