Voile et diversité : La triple imposture

Publié le par Nadia Geerts

La Commission Finances et affaires générales du Parlement bruxellois a entamé une série d’auditions relatives à la neutralité de la fonction publique bruxelloise, et plus précisément au port de signes « convictionnels » par les agents des services publics bruxellois.

Défilent ainsi depuis février dernier une vingtaine d’intervenants aux casquettes et qualités diverses, académiques ou militants, dont on peut suivre les interventions sur la chaîne youtube du Parlement bruxellois (https://www.youtube.com/c/parlementbrusselslive/videos). Et comme on pouvait s’y attendre, se succèdent farouches partisans d’une approche laïque de la fonction publique et défenseurs du droit des représentants de l’État d’afficher leurs convictions religieuses, sous prétexte que seule compterait la neutralité du service rendu.

Mais une chose est particulièrement frappante, à entendre les diverses interventions de ces derniers : c’est la confiscation du vocabulaire de la « diversité » à des fins de promotion du voile islamique, et ce par le biais de trois subterfuges :

Le premier de ces subterfuges consiste à se présenter comme d’ardents défenseurs du droit d’afficher ses convictions, quelles qu’elles soient, et à nous faire miroiter une conséquence une société merveilleusement « ouverte », « inclusive » et « tolérante » ou cohabiteraient harmonieusement, au guichet des administrations, des dames en foulard, des juifs en kippa, des turbans sikhs et des croix chrétiennes. Or, ces intervenants reconnaissent généralement d’entrée de jeu qu’il s’agit bien de s’adapter aux mutations qui recomposent la société bruxelloise, c’est-à-dire, en réalité, à l’irruption du seul islam, et encore, sous sa forme politique. Tant les juifs que les chrétiens ont largement appris à faire de leurs convictions une affaire privée, qu’ils pouvaient certes afficher dans l’espace public, mais qu’il aurait été totalement incongru, voire indécent, de brandir au nez et à la barbe des usagers des services publics. Sans même parler des Sikhs, qui doivent être encore moins nombreux à Bruxelles que les juifs orthodoxes… En d’autres termes, c’est bien du voile islamique et de lui seul qu’il est question, non parce qu’il serait une « obsession islamophobe », mais parce que c’est l’unique revendication actuellement exprimée.

 

Le second de ses subterfuges consiste à faire comme si le voile était une caractéristique intrinsèque et donc inamovible : tout comme il y a des personnes qui ont la peau plus foncée, d’autres qui sont porteuses d’un handicap, et d’autres encore qui sont homosexuelles, il y aurait des femmes voilées, dont on ne pourrait qu’accepter ou refuser la présence à certains postes, sans qu’aucune négociation ne soit envisageable. Le fait qu’il est matériellement possible d’enlever un voile est ainsi magnifiquement passé sous silence, et le refus d’engager une femme voilée devient donc aussi inacceptable moralement que le serait une discrimination homophobe ou xénophobe – je vous le donne en mille : « islamophobe ».

 

Le troisième subterfuge, conséquence directe des deux premiers, forme la clé de voûte de tout l’argumentaire : refuser le voile dans la fonction publique, c’est refuser la diversité. Vous voulez une société ouverte à la diversité ? Dans ce cas, c’est simple : acceptez la présence de musulmanes – sous-entendu : voilées - dans la fonction publique ! Sinon, votre pseudo attachement à la diversité sera d’emblée suspect, entaché de conservatisme, de rejet de l’autre, de volonté de maintenir intacts les privilèges des dominants, etc.

 

C’est à pleurer. Car nos institutions publiques sont depuis longtemps ouvertes à la diversité, et la composition du Parlement bruxellois elle-même en est un exemple parlant. Tout ce qui est demandé, aux musulmans aujourd’hui – et nombre d’entre eux l’ont parfaitement compris et admis – comme aux catholiques hier, c’est de s’abstenir d’afficher leurs convictions religieuses lorsqu’ils représentent l’État. Parce que c’est ainsi qu’on manifeste réellement son souci d’accueillir et d’inclure, dans toute leur diversité, des citoyens porteurs de convictions variées.

 

 

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Publié dans Laïcité - religions

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