Ca casse rien !
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Peut-on se moquer de la Vierge Marie dans une pièce de théâtre ? Peut-on détruire une statuette à son effigie sur la chaîne publique flamande ? Ces deux questions agitent la Belgique ces dernières semaines, faisant resurgir la question du « blasphème », mais aussi celle de l’égalité de traitement entre toutes les convictions.
Il y a quelques jours, une pièce de théâtre était annulée en province de Namur. « Madonna (non) grata »[1] avait en effet suscité l’indignation de certains catholiques qui y voyaient un manque de respect envers la Vierge Marie. Un spectacle « blasphématoire » accusait même une pétition, nonobstant le fait que le blasphème n’est fort heureusement plus un délit en Belgique.
Et voici qu’au nord du pays surgit une polémique du même type, née cette fois non d’une production artistique, mais d’une émission diffusée le 19 janvier dernier sur Studio Brussel, l’une des chaînes du média audiovisuel public flamand (la VRT), à l’occasion du « Blue Monday ».
Pour permettre aux auditeurs de décharger leurs frustrations en ce jour présenté comme le plus déprimant de l’année, les animateurs leur proposaient de briser pour eux un objet dans une « rage room ». Un service de défoulement par procuration, en somme. Et parmi les objets détruits figuraient une statue de Jésus et une représentation de la Vierge à l'Enfant.
Mais pourquoi n’en parle-t-on qu’aujourd’hui ? Pour le comprendre, il faut savoir que du 22 au 24 mars se tenaient les Radiodays Europe à Riga, en Lettonie. À cette occasion, Colm Flynn, un journaliste irlandais qui travaille notamment pour la BBC, interroge les trois animateurs flamands auteurs de ce « sketch ». Et ceux-ci reconnaissent non seulement avoir commis une maladresse qu’ils regrettent, mais aussi - sur l’insistance du journaliste - qu’ils n’auraient pas brisé une représentation du prophète Mahomet ou un symbole du judaïsme comme l'étoile de David.
Soyons de bons comptes : le concept-même de l’émission me semble personnellement assez consternant, et à mille lieues de ce que l’on pourrait qualifier, même avec une vision large, de « mission de service public ».
Cela étant la manière dont la ministre flamande des médias Cieltje Van Achter (N-VA) a exprimé sa réprobation de la séquence mérite qu’on s’y arrête : elle a en effet invoqué les devoirs de « responsabilités » et de « respect », avant de conclure, assez paradoxalement d’ailleurs, que « Et oui, on doit pouvoir rire de toutes les religions ». Pourtant, rire avec respect me paraît un exercice pour le moins compliqué, les animateurs ayant dès lors visiblement résolu de s’affranchir de la consigne par une séquence ni respectueuse ni drôle.
Par ailleurs, les animateurs se sont défendus de l’accusation de double standard en invoquant le fait que briser une statue de la Vierge Marie, ce serait se moquer de sa propre culture, et donc d’une certaine manière de soi-même. Car, ont-ils expliqué dans un bel ensemble au micro de Colm Flynn, « On a tous été élevés dans le catholicisme », ajoutant que Studio Brussel est une radio « alternative » dont les auditeurs ne sont probablement pas très religieux en général…
Pas très religieux, les auditeurs de Studio Brussel ? C’est possible.
Alternative, cette radio ? Sans doute…
Mais pas au point qu’on puisse y traiter l’islam ou le judaïsme comme on le fait du christianisme, visiblement. Ce qui, mine de rien, revient à dire que ni l’islam, ni le judaïsme ne font partie de « notre » culture.
Le chemin est encore long, manifestement, pour que prévalent l’égalité de traitement de toutes les convictions – ce qui inclut le droit de s’en moquer et de leur manquer de respect. Comme celui, d’ailleurs, de trouver qu’une émission qui propose de casser des objets à la place d’auditeurs énervés, ça casse rien…
Note: mon programme d'intelligence artificielle, à qui je demandais de me faire une représentation de Vierge Marie en morceaux, s'y refuse : "Je ne peux pas créer d’image représentant la Vierge Marie mutilée, démembrée ou traitée de manière dégradante, car cela rentrerait dans une représentation violente et irrespectueuse d’une figure religieuse vénérée par beaucoup de personnes."
[1] Geerts Nadia, Peut-on blasphémer contre la Vierge Marie ?, La Libre, 23 mars 2026, https://www.lalibre.be/debats/ripostes/2026/03/23/peut-on-blasphemer-contre-la-vierge-marie-F7PLV6N44BEHDM6LZNSBKKYNXA/