Les aventures de Mathilde et de l'IA à Charleroi

Publié le par Nadia Geerts

Le 17 juin dernier, la reine Mathilde rendait visite au campus universitaire de Charleroi. Le but de cette royale visite ? S’informer sur la place de l’intelligence artificielle dans les formations proposées aux étudiants des cinq partenaires académiques présents sur le site de Charleroi, et plus particulièrement sur l’impact de l’intelligence artificielle dans la formation des professionnels de la santé.

Mais finalement, c’est peut-être ailleurs qu’il faut trouver la leçon majeure de cette visite, et c’est l’intelligence artificielle qui nous l’a amenée… sur un plateau d’argent, comme il se doit !

On vante souvent, à tort ou à raison d’ailleurs, l’humour belge. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que notre petit pays ne manque pas d’humoristes, chroniqueurs et autres influenceurs qui ont fait profession de se payer la tête de nos hommes et femmes politiques, et qui trouvent sur les réseaux sociaux une précieuse caisse de résonnance.

Parmi ces comptes parodiques, il y a Coucou Charles. Un pseudonyme qui n’est autre qu’une allusion à notre ancien premier ministre Charles Michel (MR), mais aussi à un selfie posté par Emmanuel Macron sur son compte Twitter lors du sommet One Planet Summit, à Paris en 2017. Sur cette photo, on pouvait voir le président français à côté d’Arnold Schwarzeneger, et en bas à droite, le haut du crâne de Charles Michel. Coucou Charles était né !

Or, suite à la visite de la reine Mathilde à Charleroi, Coucou Charles poste une vidéo sur sa page Facebook. Sur celle-ci, on voit la reine sortir d’un bâtiment, accompagnée notamment du bourgmestre de Charleroi Thomas Dermine (PS). On entend des voix féminines s’extasier devant la beauté de la reine, et puis soudain, hop ! d’un bond élégant, Mathilde saute à pieds joints sur la rampe d’escalier, la descend à la manière d’une surfeuse chevronnée, puis, très distinguée, salue l’assemblée.

Distingué, le commentaire de Coucou Charles l’est un peu moins, puisqu’il légende ainsi la vidéo : « La reine Mathilde a craqué son slip ». Pas de quoi fouetter un chat cependant, d’autant qu’au sens figuré, cette expression signifie notamment « prendre une décision inattendue » et s’applique donc parfaitement lorsqu’une reine quitte brutalement le registre royal qu’on attend d’elle pour basculer en mode surfeuse.

Bien évidemment, cette partie de la vidéo n’est pas authentique, mais a été générée par l’intelligence artificielle. Celle, précisément, qui faisait l’objet de la visite de la reine à Charleroi.

Mais le bourgmestre de Charleroi Thomas Dermine a eu le mauvais goût de commenter cette vidéo sur la Page de Coucou Charles (« Elle reviendra pour l’inauguration de la future esplanade ‘Tony Hawk’ », écrit-il en référence à la légende américaine du skateboard), ainsi que de la partager sur ses réseaux sociaux, accompagnée du commentaire « Elle m’a bluffé! ». Et ça, ça n’a pas plu au Palais, qui a immédiatement demandé au bourgmestre de retirer cette vidéo.

Thomas Derminne s’est aussitôt exécuté, mais la vidéo est toujours en ligne sur la Page de Coucou Charles, à qui le Palais n’a semble-t-il rien demandé, estimant devoir considérer différemment la satire pratiquée par un compte parodique et son partage par un mandataire politique.

À la décharge du Palais, il faut préciser que ces derniers temps, des deepfakes de la princesse Elisabeth ont été mis en circulation sur les réseaux sociaux, montrant l’héritière du trône dansant de manière lascive ou vêtue de tenues inhabituellement légères dans des décors insolites. Un faux compte Facebook avait même été créé à cet effet, qui comptait près de 30 000 abonnés. Le Palais était alors déjà intervenu vigoureusement pour faire fermer le compte et supprimer les vidéos litigieuses.

Mais soyons sérieux : quelqu’un peut-il vraiment croire que la reine Mathilde serait capable (sans même parler de ses capacités sportives) de quitter quelques secondes son attitude altière pour slider sur une rampe d’escalier en pleine visite royale ?

Si oui, il faut de toute urgence renforcer la formation à l’intelligence artificielle, en commençant par les bases, c’est-à-dire l’apprentissage du décryptage critique des images qu’elle produit.

Quant au Palais, peut-être devrait-il approfondir un peu la réflexion sur les aspects éthiques de l’usage de l’IA, en lien avec l’histoire du crime de lèse-majesté. La loi de 1847 a en effet été abrogée en octobre 2021, la Cour constitutionnelle ayant estimé qu’elle violait la liberté d'expression. Les souverains sont donc désormais soumis aux règles de diffamation applicables à tout citoyen.

 

 

 

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Publié dans Société, République

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