Retour sur l’affaire Arday/Cofnas : la vérité a ses droits

Publié le par Nadia Geerts

Je vois beaucoup de publications transformer cette affaire en débat pour ou contre les thèses « héréditaristes » de Nathan Cofnas. Aussi j’aimerais revenir à quelques faits, qu’il me semble essentiel de dissocier de leurs interprétations possibles.
1. Les qualifications académiques de Jason Arday, qui sont le point de départ de l’affaire : Cambridge a bien rouvert et élargi l’enquête après avoir initialement conclu à l’absence de plagiat. Des éléments nouveaux indiquaient en effet l’existence avérée de mensonges et de plagiat, et c’est suite à la divulgation de ces éléments qu’Arday a démissionné de Cambridge, avant d’être retrouvé mort quelques jours plus tard, la thèse du suicide étant dès lors la plus vraisemblable.

2. Les théories de Cofnas, qui portent sur la dimension génétique de l’intelligence : celles-ci sont certes extrêmement dérangeantes d’un point de vue éthique. Et elles devraient déboucher sur une réflexion approfondie sur la liberté académique et ses limites, afin de concilier le droit des chercheurs à mener librement leurs recherches et la préservation de principes éthiques élémentaires.

3. La suspension de Cofnas de l’UGent : Nathan Cofnas a été engagé par l’UGent alors qu’il avait déjà publié sur son blog son article controversé sur l’héréditarisme. C’est cet article qui lui a valu les plaintes de 58 étudiants de Cambridge et une enquête universitaire qui a conclu que ses positions, bien que considérées comme offensantes par beaucoup, ne violaient ni la loi ni les règlements de Cambridge protégeant la liberté d’expression. Cambridge ne l’a donc pas licencié, mais son contrat, arrivant à son terme, n’a pas été reconduit, et l’UGent l’a engagé en toute connaissance de cause. Pourquoi, dès lors, ce revirement de l’UGent aujourd’hui ? Si c’est à cause de son héréditarisme, il faut se demander pourquoi cela pose soudain problème aujourd’hui. Si c’est à cause de ses révélations sur Jason Arday, et que, comme tout l’indique aujourd’hui, celles-ci sont fondées, il est très problématique qu’une université sanctionne un membre de son personnel pour avoir contribué à faire avancer la recherche de la vérité quant aux qualifications académiques d’un de ses anciens collègues.

4. La responsabilité alléguée de Cofnas dans la mort de Arday : cette dernière est évidemment dramatique. Mais en accuser Cofnas, c’est oublier d’abord qu’il n’est pas le seul, ni même le premier à avoir porté ces accusations. Le premier, c’est David Harris, professeur émérite de Plymouth Marjon University, qui a signalé à Cambridge les problèmes qu’il avait repérés dans les travaux d’Arday. Cofnas les a ensuite vérifiées et, surtout, rendues publiques. De plus, c’est bien Cambridge qui, selon les informations disponibles aujourd’hui, a engagé Arday en dépit d’un parcours académique sujet à caution, très probablement parce qu’il satisfaisait à merveille aux règles de « diversité, équité, inclusion » qui contredisent frontalement les principes de la méritocratie « colorblind ». C’est oublier aussi que c’est la presse qui a donné à ces accusations de plagiat et de mensonges une audience considérable – 248 articles en 22 jours – faisant de l’affaire Arday le « feuilleton médiatique de l’été ». Une couverture médiatique qui n’a pas cessé après la démission d’Arday et l’annonce par sa famille du fait qu’il nourrissait des pensées suicidaires. Et cette presse est loin d’être exclusivement de droite, puisque le Guardian a largement couvert l’affaire, notamment en publiant des révélations substantielles et en mettant en cause le manque de vigilance de Cambridge dans le recrutement d’Arday.

Personnellement, je ne fais pas de Nathan Cofnas un héros. J’estime simplement nécessaire de dissocier ses révélations au sujet de Jason Arday des idées qu’il défend par ailleurs. Oui, Cofnas est peut-être raciste, mais même un raciste peut dire la vérité. Tout comme Arday pouvait être noir et autiste tout en ayant recouru au plagiat et déformé la vérité sur plusieurs éléments de sa biographie.

La vérité a ses droits.

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