Ni Dieu, ni César ni tribun… mais Allah, Ramadan et l’imam

Publié le par Nadia Geerts

« La religion est l’opium du peuple », disait Marx. Depuis, la gauche extrême a bien changé. Et s’accommode parfois fort bien de la religion, pourvu bien sûr qu’il s’agisse de la « religion du pauvre », c’est-à-dire l’islam. Curieuse alliance.

J’avais déjà tiqué en voyant Nadine Rosa-Rosso, ancienne secrétaire générale du PTB, diriger un ouvrage collectif ayant pour unique fil conducteur l’opposition de ses auteurs à la pétition contre l’immixtion du religieux à l’école – pétition que tous avaient un peu rapidement limitée à un texte « anti-voile ». Il est vrai cependant que le PTB avait déjà fait alliance avec la Ligue arabe européenne d’Abou Jahjah pour les élections fédérales de 2003, revendiquant notamment la création d’un réseau d’écoles confessionnelles islamiques subventionnées, mais aussi, si ma mémoire est bonne, l’adoption de l’arabe comme langue nationale.
J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ici ce personnage haut en couleur qui sévit dans nombre de mes conférences, m’interpelant systématiquement avec agressivité pour m’accuser de vouloir recommencer avec les musulmans ce que les nazis ont fait subir aux Juifs durant la seconde guerre mondiale… Passé le choc, ces interventions prêteraient plutôt à rire par leur côté grotesque, s’il ne s’agissait en fait d’un militant du PTB, qui fut même candidat sur les listes électorales. Abdel (Abdou) Moussaddaq était en effet 5ième candidat effectif sur les listes du PTB Hainaut aux élections fédérales de 2007.
Lors des deux dernières conférences où ce monsieur m’a fait l’honneur de sa présence, il était accompagné de jeunes musulmans bien mis, au discours bien plus policé que le sien, bien qu’aucune divergence de fond ne me soit apparue entre leurs discours respectifs. Quelle ne fut pas ma stupéfaction de voir ces jeunes gens prendre en charge, à l’issue du débat auquel je participais avec Philippe Grollet et Marc Jacquemin – l’autre codirecteur du « Du bon usage de la laïcité » avec Nadine Rosa-Rosso – la vente de ces livres …

Voilà donc une belle alliance entre islamistes et gauchistes: les uns promouvant une laïcité qui a perdu tout contenu, non seulement philosophique, mais surtout politique, en échange d’un soutien aux revendications communautaristes des autres.
Au nom de la lutte des classes, une frange de l’extrême gauche accepte ainsi de remettre en question les principes qui la guidaient lorsqu’il s’agissait de lutter contre la religion des dominants – j’ai nommé le catholicisme. Comme si l’anticléricalisme et la lutte pour l’émancipation de l’humanité ne valait que pour nous, occidentaux. Comme si finalement, les musulmans n’étaient pas capables d’entendre le discours laïque dans toute sa dimension émancipatrice. Les renvoyant ainsi à une altérité certes compassionnelle, mais au fond terriblement méprisante aussi. A nous les bienfaits de la démocratie, des droits de l’homme et de l’émancipation ; à vous, musulmans, les chaînes de la religion.

Je ne suis pas d’extrême gauche. Et j’ai toujours estimé que l’instauration d’un athéisme d’Etat ne valait guère mieux que l’instauration d’une théocratie. En revanche, quelle tristesse de voir la laïcité – concept éminemment politique à mes yeux – vidée de sa substance par des héritiers de Marx et de l’Internationale, devenus les idiots utiles (pour reprendre d’expression de Caroline Fourest) de l’islamisme !

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