Pour un moratoire sur les déclarations de Benoît XVI

Publié le par Nadia Geerts

Décidément, il n’en loupe pas une, le bon vieux Benoît XVI. Après avoir réhabilité – oh pardon : juste dit qu’il n’était plus excommunié – l’évêque négationniste Williamson (celui qui croit sans preuves à toute une série d’absurdités, mais se triture la soutane avec circonspection quand il s’agit d’admettre l’existence des chambres à gaz), voilà qu’il laisse excommunier une gamine brésilienne de neuf ans mise enceinte par ton père – ainsi que l’équipe médicale qui a pratiqué cet avortement –, puis qu’il réitère son opposition à l’usage du préservatif, sous prétexte que ce n’est pas comme ça qu’on luttera efficacement contre le SIDA.

 


















Alors Benoît, ne penses-tu pas qu’il est grand temps que tu prennes un peu de repos ?

Tes scrupules de conscience à géométrie variable, ça commence à bien faire, tu ne crois pas ? Parce que bon, si la vie est sacro-sainte, pourquoi tolérer qu’un évêque qui ose mettre en question publiquement l’existence de la plus grande entreprise génocidaire du vingtième siècle puisse réintégrer ta très sainte Eglise ? Quand on sait que les négationnistes sont soit des crétins instrumentalisés par des idéologues fascisants, soit précisément des idéologues fascisants, tu vois pas qu’il y a là comme un problème ?

Pour rappel, un génocide, ça consiste à tuer des gens. Vraiment beaucoup de gens. Et sans autre raison que leur appartenance à un peuple. Alors, explique-moi, Benoît, il est où, le respect de la vie – des victimes du nazisme et des survivants à celui-ci –, dans les déclarations de Williamson ?

Et aller prétendre, alors que tu fais route vers l’Afrique, que « On ne peut la résoudre (l’épidémie de sida) avec la distribution de préservatifs. Au contraire, cela accroît le problème », tu ne trouves pas ça un peu limite, dans le genre déclaration irresponsable ? Et après ça, tu crois que tu pourras encore faire croire à qui que ce soit que ta seule et unique préoccupation, ou à tout le moins le principe sacro-saint qui guide ton action, c’est le respect de la vie ? Sans compter que tu te ridiculises un peu, côté scientifique, sur ce coup-là. Que tu dises que c’est pô bien d’avoir des relations sexuelles avec un préservatif (ni d’ailleurs d’avoir des relations sexuelles tout court, parce que bon, y a pas de raison : toi, tu te prives bien depuis… si longtemps), passe encore. On peut avoir du mal à comprendre en quoi une pièce de latex peut être en soi immorale, mais soit. Mais dire que le préservatif accroît le problème du sida, tu trouves pas que ça fait un peu remise en question d’un truc scientifiquement prouvé, qui plus est par une « autorité » qui, sauf ton respect, n’y connaît strictement rien en la matière. Parce que bon, t’es pas plus médecin que Williamson n’est historien, hein.

Alors après tout ça, venir dire à la vilaine fille qui, à neuf ans, se retrouve enceinte de jumeaux des œuvres de son père que, si sa vie est menacée par cette grossesse, c’est pas ton problème, parce que zut, elle porte deux enfants qui ne demandent qu’à vivre, et que donc elle a qu’à assumer, moi, je trouve ça franchement indécent. T’en fais quoi, de sa vie à elle ? Et t’en fais quoi, du salaud qui l’a violée ? Rien. Rien. Lui, il n’est pas excommunié. Parce que selon ta morale assassine, violer sa fille, c’est moins grave que de choisir de pratiquer un avortement pour sauver ladite fille.

Moi, je te propose un truc, Benoît : tu prends quelques semaines de repos, et tu en profites pour réfléchir au problème structurel qu’a ton Eglise avec le sexe, le corps, le plaisir, enfin la vie quoi. Parce que la vie que tu défends, elle manque vachement d’humanité, si tu veux mon avis. Et même si tu ne le veux pas : après tout, moi, je me serais bien passée du tien.

Publié dans Laïcité - religions