La plainte de Vigilance musulmane n’est pas fondée

Publié le par Nadia Geerts

 

Interpelée cet après-midi au Parlement de la Communauté française par Christine Defraigne, Madame la Ministre Marie-Dominique Simonet a confirmé que l’inspection, à laquelle elle avait confié une mission d’inspection, ne souhaitait donner aucune suite à ce dossier. La plainte de Vigilance musulmane contre moi pour violation du décret neutralité était donc non fondée, et j'avais parfaitement le droit, en-dehors de mes fonctions d'enseignante, de donner des conférences, y compris dans des écoles.

Une réponse contraire aurait gravement restreint la liberté d'expression des enseignants, qui auraient dès lors été sommés de s'abstenir de toute activité militante, et ce 24h/24 et 7jours/7. Et la conséquence surréaliste d'une telle interprétation du décret aurait été que tout chef d'établissement, avant d'accueillir un conférencier ou un représentant associatif ou politique, aurait dû s'assurer qu'il n'était pas par ailleurs enseignant...

Le bon sens a donc gagné.

Reste que je m’étonne de l’empressement avec lequel la quasi-totalité de la presse écrite, mais aussi la RTBF – qui en a fait un sujet du JT de 13h ! – a relayé une plainte de toute évidence fantaisiste et ayant pour effet, sinon pour but, non seulement à nuire à ma réputation professionnelle, mais plus largement de restreindre la liberté d’expression, comme le soulignait le CAL de Liège dans une lettre qu’il m’a adressée :

« Nous nous interrogeons, par ailleurs, sur les conséquences qu'une telle interdiction pourrait engendrer au niveau de l'ensemble des établissements scolaires ; à savoir le refus de toute animation, conférence sur tout sujet d'actualité qui divise notre société. Cela signifierait-il le refus de toute intervention sur les questions d'ordre éthique (euthanasie, avortement, contraception...) politique (les idées d'extrême droite...) par exemple ?

Susciter le débat et la réflexion, confronter les idées, argumenter restent des priorités dans notre volonté commune de construire une société plus juste et plus égalitaire. »

 

J’ose espérer que le retentissement médiatique de cette réponse parlementaire sera à la hauteur de la diffusion de la plainte de départ.

Je rappelle par ailleurs que Vigilance musulmane n’en est pas à son coup d’essai en matière de tentatives de museler la liberté d’expression, puisque ce « think tank » avait déjà déposé plainte en juillet dernier contre Alain Destexhe et Claude Demelenne pour incitation à la haine religieuse. Une plainte que le Centre pour l’égalité des chances avait considérée comme non fondée.

Et en septembre 2008, Abdelghani Ben Moussa, pour Vigilance musulmane, avait déjà saisi le Centre pour l’Egalité des Chances pour l’inviter à entamer des poursuites contre l’hebdomadaire Le Vif/L’Express suite à son dossier intitulé «Comment l’islam gangrène l’école ?» Le Centre, là encore, n’avait pas estimé nécessaire d’entamer des poursuites.

Aujourd’hui dans Le Soir, on apprenait que Vigilance musulmane diffuserait dès demain ses consignes de vote. Le « think tank » a par ailleurs réservé les noms de domaine correspondant aux slogans de campagne des principaux partis politiques. Un groupuscule très actif, donc, et disposant visiblement à la fois de temps, de moyens et de relais, à défaut d’être crédible.

Publié dans Laïcité - religions