L'Aïd questionne le calendrier des congés scolaires

Publié le par Nadia Geerts

Ce lundi 8 décembre aura lieu la fête de l’Aïd-el-Kebir, autrement dit la fête du sacrifice. Le Soir du 5 décembre se faisait l’écho à cette occasion des difficultés administratives auxquelles se trouvaient confrontées les écoles fréquentées par une nombreuse population musulmane : beaucoup d’élèves, en effet, ne vont pas à l’école ce jour-là. Et les directions « ferment les yeux ou s’adaptent ».

Je ne peux m’empêcher, en guise de préambule, de m’étonner que de nombreux parents semblent préférer garder leur enfant à la maison ce jour-là, et ce alors que l’on est en pleine période d’examens. Le bon sens ne voudrait-il pas que la fréquentation de l’école prime sur la célébration d’une fête, aussi importante soit-elle ? Il semblerait qu’au contraire, pour certains parents, le prescrit religieux supplante en importance l’assiduité à l’école, et cela ne laisse pas de m’inquiéter. Comme dans les débats sur la question du port du voile à l’école, certains parents sont manifestement prêts à compromettre l’instruction de leur progéniture au nom de certains prescrits religieux considérés comme sacro-saints.
Cela étant, la fête de l’Aïd doit nous pousser à mettre en question le calendrier scolaire, tel qu’il est élaboré aujourd’hui en Belgique. Si des périodes de congés comme Noël ou Pâques – d’ailleurs rebaptisés vacances d’hiver et de printemps depuis quelques années – ne me paraissent pas poser problème, étant donné qu’elles introduisent une respiration salutaire dans le rythme scolaire sans être encore perçues comme spécifiquement chrétiennes, il n’en va pas de même des congés de l’Ascension ou de la Pentecôte, lesquels, soyons honnêtes, ne correspondent plus à rien pour l’immense majorité de nos concitoyens.
Face à ce double constat que nombre de nos congés scolaires sont encore calqués sur les fêtes chrétiennes tout en n’évoquant plus grand-chose pour les élèves, parents et enseignants concernés, deux options s’offrent à nous. Autrement dit, devant la diversification des confessions religieuses ces dernières décennies, si nous sommes soucieux d’abolir le privilège historique dont jouit la religion chrétienne – et plus spécifiquement catholique – nous ne pouvons que souhaiter gommer toute référence religieuse ou assurer une reconnaissance égale à tous les cultes reconnus en Belgique.
La première option, conséquence directe d’une interprétation radicale de la laïcité, consisterait à exiger la suppression de toute référence religieuse dans le calendrier des congés scolaires. Au diable l’Aïd, Roch Hachana ou la Pentecôte, car, pour paraphraser la Constitution française, « la laïcité connaît mais ne reconnaît aucun culte ». Mais il faudrait alors ne pas se borner à un simple et hypocrite changement de nom, et ne prévoir désormais que des jours de congé exempts de toute symbolique religieuse. Outre qu’en Belgique, nous sommes loin d’une telle laïcité, et que de surcroît la France elle-même n’est jamais allée jusqu’à supprimer toute référence chrétienne dans le calendrier des congés scolaires, ce serait peut-être manquer de pragmatisme. Aussi, une fois n’est pas coutume, plaiderais-je personnellement pour une révision complète du calendrier des congés scolaires pour y insérer les jours des principales fêtes religieuses de chacune des religions reconnues en Belgique, et en supprimer naturellement celles qui paraissent aujourd’hui totalement archaïques et ne subsistent qu’en tant que vestiges de privilèges du passé.
Dans le monde du travail en revanche, je serais partisane d’un nombre de congés annuels à prendre par le travailleur quand bon lui semble, que ce soit pour une fête religieuse ou pour quelque motif de convenance personnelle qu’il soit, sans qu’aucune fête religieuse ne soit automatiquement considérée comme devant être chômée par tous les travailleurs – à l’exception de Noël, qui me semble être aujourd’hui totalement débarrassé de ses références chrétiennes, elles-mêmes par ailleurs postérieures aux origines païennes de la fête.
Il n’en reste pas moins que dans les circonstances actuelles, autoriser son enfant à « brosser » les cours le jour de l’Aïd m’apparaît comme une attitude peu responsable, et surtout peu citoyenne. Ma conception de la citoyenneté s’accommode mal de ses « droits » extorqués, et préférera toujours que l’on respecte les lois tout en travaillant à les modifier.

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