Prince Laurent: la tourmente ?

Publié le par Nadia Geerts

Le ban et l'arrière-ban des supporters les plus ardents de la monarchie était présent ce dimanche midi sur le plateau de Controverses pour répondre doctement à la question "Prince Laurent: la tourmente ?" et démontrer en toute objectivité qu' "Il n'y a pas d'affaire Laurent" (Armand De Decker). Rudy Bogaert - qui fut précepteur du prince Laurent et qu'on a connu moins politiquement correct, notamment lorsqu'il présentait, en 2001, son protégé comme un véritable cancre - y alla de sa petite intervention pour affirmer que "Les dés sont pipés parce que le colonel Vaessen ne craint rien", comme si le prince Laurent craignait, lui, quoi que ce soit... et alla jusqu'à affirmer: "Je ne vois rien d'illégal là-dedans".  Isabelle Durant, comme on pouvait hélas s'y attendre, continua à piétiner les statuts de son parti, qui prévoient la suppression des privilèges de naissance et l'abolition, à terme, de la monarchie, en affirmant la bouche en coeur que "Ce n'est pas une affaire de la monarchie mais une affaire de détournements de fonds".

Christian Laporte rompit une lance en faveur du pauvre prince persécuté: "On essaie d'impliquer des gens qui n'ont pas le droit de se défendre", aussitôt relayé par Christian Cannuyer, qui crut utile de préciser que "Les princes ne sont pas au-dessus des lois, mais ont droit à la protection de leur vie privée", stigmatisant l'inconscience de ceux qui "causent des dégâts psychologiques dont ils ne mesurent peut-être pas l'ampleur".

Francis Balace communautarisa le débat en suggérant que la presse flamande exploitait une affaire juteuse médiatiquement, et Anna-Marie Lizin renchérit en rappelant sentencieusement qu'étaient actuellement en attente "une dizaine de propositions de révision, pratiquement toutes introduites par le Vlaams Belang", concluant - je vous le donne en mille - que "On voit donc très bien d'où viennent les attaques". Et la présidente du Sénat de se lancer dans un véritable éloge des trois rejetons royaux: "Ils sont tous les trois des sénateurs actifs, et moi j'aime bien ça", "Ils travaillent bien", "On est injuste à leur égard; ils essaient d'être utiles". D'ailleurs, Madame Lizin "se pose beaucoup de questions par rapport à ces attaques contre la monarchie". Elle voit dans cette "attaque permanente" une "tactique qui est d'affaiblir au travers de la monarchie l'instrument essentiel de la Belgique".

Christian Cannuyer alla jusqu'à affirmer "Nous sommes en République" prétendant que "Le traitement réservé au prince est identique à celui réservé à n'importe quel citoyen", contredisant ainsi sans le vouloir son compère Francis Balace qui avait affirmé un peu plus tôt que "Nous ne sommes pas dans un pays comme les autres" et que les princes et princesses, y compris lorsqu'ils sont onzième dans l'ordre de succession, "ne pourraient rien faire comme boulot".

Après un couplet désespérément jésuitique et creux du père Guy Gilbert demandant "que les médias ne jouent pas aux juges" et souhaitant un joyeux noël aux Belges unis autour de "Laurent et Claire dans leur crèche d'amour avec leurs trois enfants" on eut encore droit à une dernière salve de soutien au pauvre prince persécuté: Rudy Bogaert rappela que "On a souvent placé le prince dans des situations absurdes" et que "une armée de margoulins tourne autour de ces princes" pour "être couverts en cas d'ennuis". Et après Armand De Decker, qui demandait "Est-ce qu'un des trois enfants du roi peut prendre les risques d'une activité ordinaire ?"Isabelle Durant rappela qu'il fallait "leur permettre d'avoir des engagements".

 

Mes conclusions ?

Un: Il y a des pères fondateurs du socialisme qui doivent se retourner dans leur tombe en entendant Anne-Marie Lizin, et des écolos bien vivants qui ont dû avoir l'appétit coupé par les propos d'Isabelle Durant.

Deux: Manifestement, le décalage était grand entre les propos de ces "experts" et les interventions des téléspectateurs, qui tournaient majoritairement, d'après Pascal Vrebos - puisqu'en effet les téléspectateurs n'eurent quasiment pas droit à la parole lors de l'émission -, autour de la question "Pourquoi Laurent ne va-t-il pas travailler ?".

Trois: Personne sur le plateau n'a pu justifier qu'on ait créé un Institut tout spécialement pour fournir occupation, responsabilités et salaire plantureux (1 million de FB par mois) au prince Laurent. Seule Isabelle Durant a tenté de protester que c'était une noble cause (le développement durable, pas la thérapie occupationnelle offerte au prince !) mais elle oubliait manifestement qu'on n'avait pas attendu l'IRGT pour se préoccuper d'environnement. Ce qui pour une sénatrice écolo est tout de même un comble...

Quatre: Les larmes versées par Laporte, Balace, Cannuyer, Bogaert, Lizin et Gilbert sur le malheureux fiston n'auront sans doute pas fait pleurer dans les chaumières, puisqu'après tout le bon sens voudrait en effet que Laurent de Saxe-Cobourg soit traité comme tout le monde, sans privilège dû à son rang ou à sa naissance. Si Laurent avait été dès le départ traité comme n'importe lequel de ses concitoyens, il y a fort à parier que le juge d'instruction l'aurait entendu comme témoin, avant de décider ou non de son inculpation. Ce qui aurait coupé court aux éventuelles médisances.

Cinq: La monarchie a de toute évidence une armée de thuriféraires prêts à lever une armée de boucliers au moindre début d'attaque à la noble institution. Il faut dire qu'on compte parmi eux un baron et quelques ministres et/ou ministrables, nommés/nommables par le roi donc.

Six: Heureusement qu'existe le Cercle républicain pour faire entendre une voix dissonnante dans ce concert de louanges apitoyées...

 

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