Laïque et républicaine

Publié le par Nadia Geerts

Je suis toujours étonnée lorsque je rencontre un laïque convaincu qui s’accommode sans difficulté de la monarchie, ou au contraire un républicain qui considère la laïcité comme un détail. Pour moi, il m’a toujours semblé que les deux concepts étaient indissociables. Et cette consubstantialité, je la ressens particulièrement aujourd’hui que notre bon roi Albert s’apprête, avec la bénédiction et la couverture du Premier ministre sortant, à assister à la béatification de Jean-Paul II.

 

Qu’est-ce que la laïcité ? Etymologiquement, le mot provient du grec « laos », c’est-à-dire « peuple », par opposition au membre du clergé (le clerc) qui est au-dessus du peuple. Un Etat laïque, c’est donc un Etat où tous, quelle que soit leur proximité avec un hypothétique créateur, sont traités à égalité, sans considération pour leur statut de clercs.

Qu’est-ce que la république ? Etymologiquement à nouveau, le terme provient des mots latins « res » et « publica », et désignent la « chose publique », c’est-à-dire ce qui est à tous : l’Etat.

 

Comment alors concevoir sans perversion du sens des mots une république qui ne soit pas laïque, ou un Etat laïque qui ne soit pas une république ? Pour que l’Etat soit le bien de tous, il faut nécessairement qu’il ne soit pas confisqué par certains. La laïcité empêche qu’il soit confisqué par un clergé, institué, autoproclamé ou informel. La république empêche qu’il soit confisqué par une dynastie. Le tout au détriment de la volonté populaire, seul fondement légitime du pouvoir dans un Etat démocratique moderne.

 

« Et Albert II dans tout ça ? », me direz-vous. Chef de l’Etat non élu, en poste exclusivement par le privilège archaïque du sang, il met encore plus à mal une légitimité déjà bien faible en manifestant aussi ostensiblement et officiellement les liens privilégiés qu’il entretient avec le Vatican et l’Eglise catholique. Il a certes le droit d’être catholique, mais son rôle de chef de l’Etat lui impose de ne pas témoigner de ses préférences religieuses, au risque de cesser d’apparaître comme le représentant de ce qui est « de tous », et de n’être plus que « de certains ».

Quand à Yves Leterme, qui justifiait ce matin sur les ondes de la RTBF sa présence aux côtés du roi par la nécessité de couvrir chacun des actes de ce dernier, il atteste par cette fumeuse explication que la présence du roi au Vatican est bel et bien un acte politique, sans quoi il n’aurait pas à être couvert par un ministre.

Le bon sens exigerait que si le roi tient absolument à assister à une cérémonie de béatification, cela se fasse à titre rigoureusement privé et à ses frais ; de même bien entendu pour tout homme ou femme politique élu. Le même bon sens exigerait d’ailleurs qu’aucun pouvoir ne puisse être acquis sans procédure élective ni possibilité de sanction. Et que ce pouvoir s’exerce au nom du bien commun, c’est-à-dire du peuple, et non de Dieu - ou de ce que certains lui attribuent comme volonté.

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