Quantcast

Bonjour !

 

 

      portraits nadia 2011 220

Agenda

Le 6 mars 2013: conférence à Virton à 20h sur le thème "Lutter contre l'islamisme, est-ce faire le lit de l'extrême droite ?" A la salle « Nos Loisirs », rue Léon Colleaux à Saint-Mard (Virton). Participation aux frais : adultes : 3 euros ? étudiants : 1 euro. Renseignements: 063/57 93 55

Le 7 mars 2013: séance de signatures de "La neutralité n'est pas neutre !" à la Foire du Livre de Bruxelles, de 17 à 18h, sur le stand La Muette/Interforum.

Le 8 mars 2013 à 20h: Journée internationale des droits des femmes à Neupré. "Femmes des années 2000: Anne-Joëlle Philippart, Nadia Geerts et Natacha Kowalski". "La soirée sera colorée musicalement par le récital "Portraits de Femmes", kaléidoscope lyrique autour des grandes figures amoureuses et romantiques de l'Opéra et de la mélodie..."

Le 20 mars 2013 à 19h : Conférence-débat "L'égalité hommes-femmes au regard de la laïcité de l'Etat", organisée par les Femmes MR de Schaerbeek. Intervenants: Nadia Geerts, (auteure, initiatrice du R.A.P.P.E.L, professeur de philosophie); Viviane Teitelbaum (auteure, députée MR, Présidente du Conseil des Femmes, licenciée en journalisme et relations internationales); Georges Verzin (chef de groupe MR au conseil communal de Schaerbeek, licencié en sciences politiques, diplomatiques et financières, également actif au sein du R.AP.P.E.L.).  Au Centre culturel de Schaerbeek, rue de Locht 91-93 à 1030 Schaerbeek.

Le 23 mars 2013 à 11h30, conférence et vin philo sur le thème "Liberté et transgression", dans le cadre du Festival Philo Escales à la Ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve. Plus d'infos sur http://www.escales.be/LIBERTE-ET-TRANSGRESSION-par-Nadia-Geerts-Conference-Vin-philo_a74.html

Texte Libre

Féminisme

Jeudi 12 avril 2007 4 12 /04 /Avr /2007 10:44

 

 

« Plus féministe que femme, plus humaniste que féministe » : voilà la manière dont je définirais en quelques mots mon rapport au féminisme.

En effet : je suis femme, et après ?

 

Je n'en tire aucune gloire, aucune honte non plus d'ailleurs. Car qu'y puis-je, et que sait-on de moi une fois qu'on a dit ça ? Etre femme me confère-t-il une quelconque qualité ? Les adeptes d’un féminisme différentialiste répondront que oui, ce qui ne changera rien au fond du problème: si je suis tendre, compréhensive ou maternante parce que femme, mon mérite est nul.

 

La question n'est donc pas tant de savoir si et dans quelle mesure notre sexe biologique nous détermine, mais de savoir si et dans quelle mesure nous acceptons d'être déterminés par ce sexe que nous n'avons pas choisi.

 

Autrement dit, il me semble qu'il faut à tout prix éviter de tomber dans le piège toujours tendu qui consisterait à passer du discours descriptif au discours normatif : la tentation est grande, en effet, de passer du simple constat – par ailleurs discutable – que les femmes ont, par exemple, généralement « l’instinct » maternel, au décret : « toute femme doit avoir l’instinct maternel ». Il ne faudrait pas, en effet, que notre liberté d’humains se voie d’une quelconque manière limitée par le sexe dont nous sommes pourvus. Avant que d’être femme, je suis homme – être humain, s’entend, c’est-à-dire qu’il m’est possible d’échapper à la nature, à ma nature, à la différence de l’animal qui y est à jamais inscrit.

 

C’est en cela que le féminisme « différentialiste » me semble dangereux : en essentialisant les différences entre hommes et femmes, il fige chacun dans son appartenance, lui conférant des droits ou des devoirs particuliers en fonction de son sexe. Ce féminisme-là se transforme alors en sexisme, ainsi lorsque le « nationalisme féminin » postule « la qualité unique de l’esprit, des facultés et des émotions des femmes qui les constitue en une entité radicalement distincte et inassimilable à l’ensemble des hommes ».[1] Ou lorsque les lesbiennes féministes radicales prônent le refus total du masculin, qui incarne à jamais l’intolérable et séculaire domination.

 

Etre féministe, cela ne me semble pas devoir signifier conquérir quoi que ce soit ni contre les hommes, ni même en tant que femme. C’est bien plutôt exiger que les femmes soient traitées en tant qu’êtres humains, c’est-à-dire comme les hommes, sans considération pour leur sexe. On objectera bien sûr à cela qu’être femme induit des situations particulières auxquelles il est essentiel d’apporter une réponse adaptée : la grossesse, notamment, nécessite un traitement différencié, par exemple dans le monde professionnel. Mais il s’agit alors non de traiter les femmes différemment des hommes, mais d’octroyer aux femmes qui sont dans cette situation particulière des droits particuliers. 

 

Le féminisme a, me semble-t-il, évolué d’un féminisme agressif et revanchard vers un féminisme apaisé, plus proche de l’attitude que je décris ici. Il est vrai que dans nos régions, l’égalité des hommes et des femmes est aujourd’hui pour l’essentiel un acquis, si pas dans les esprits, du moins dans les textes. Et la lutte contre le machisme quotidien n’étant pas de celles qui se mènent à coup de manifestations et de slogans, le féminisme actuel n’a plus grand chose à voir avec celui des suffragettes. C’est que si ces dernières devaient conquérir des droits jusqu’alors réservés aux hommes, il ne s’agit plus aujourd’hui de conquérir, mais de consolider… et de préserver. 

 

Ainsi la naissance du mouvement Ni Pute Ni Soumise en France, puis récemment son implantation en Belgique, participe-t-elle de cette volonté de lutter pour qu’hommes et femmes naissent et demeurent libres et égaux en dignité et en droits. Nul différentialisme dans ce féminisme-là : il s’agit de défendre la cause des femmes par le biais de la préservation de leur droit inaliénable à échapper aux classifications traditionnelles qui les enferment. Ni pute, ni soumise. Comme les hommes, les femmes sont multiples. « L’homme », « la femme » n’existent pas. il n’y a que des hommes, des femmes, toujours singuliers, toujours irréductibles à leur anatomie, toujours humains. Quoi qu’en pensent les religieux de tout poil : 

 

Or, « on ne naît pas femme, on le devient » disait Simone De Beauvoir. On le devient en effet, non par une fatalité hormonale, non par un appel irrésistible de la Nature, non par l’obéissance scrupuleuse à des rites, codes et interdits, mais parce qu’on l’a voulu, et autant qu’on l’a voulu.

 

Pourtant, il me semble que ces dernières années, on assiste au retour d’une conception du féminisme bien plus différentialiste qu’universaliste. Comment justifier en effet l’introduction de la parité en politique autrement qu’en présupposant que les femmes ont une sensibilité particulière s’agissant de la gestion de la cité ? Sensibilité qu’elles ont d’ailleurs mise en avant, en France, sitôt que la question de la parité s’est posée. Les femmes, ainsi, se sont essentialisées, brandissant fièrement leurs particularités de femmes, leur sens de l’écoute, leur manière différente de faire de la politique.

 

Ce faisant, ont-elles compris qu’elles affirmaient inévitablement leur identité sexuelle comme étant une composante plus importante, à leurs propres yeux, que leur couleur de peau, leur origine culturelle, leur orientation sexuelle, leur condition sociale ou leurs convictions religieuses ou… politiques ?

 

Défendre la parité, n’est-ce pas présupposer que les femmes ont, parce qu’elles sont femmes, un éclairage particulier à apporter à la vie politique, bien plus que les noirs, les handicapés, les homosexuels, les laïques, les jeunes ou les ouvriers ? Qui se préoccupe de savoir si les gays ou les chômeurs sont représentés dans les lieux de décision politique à proportion de leur représentativité dans la société ? Et si d’aventure on prétendait demain instituer des quotas de noirs, de pensionnés, de musulmans ou de naturistes sur les listes électorales, c’est à juste titre qu’on crierait à la dérive communautariste. Les élus ne doivent-ils pas être les représentants du peuple, et non de leur communauté ?

 

De la même manière, accepter le port du voile à l’école, au nom du fait que devraient exister des « projets éducatifs contrastés »[3], n’est-ce pas entériner le fait que la femme, la jeune fille, voire l’enfant, peut être considérée comme un objet sexuel et qu’elle se doit donc de préserver sa vertu par le moyen d’un voile couvrant sa chevelure ? N’est-ce pas de facto accepter qu’il y ait un monde des femmes distinct de celui des hommes, un monde régi par des codes, des prescrits, des interdits particuliers qui s’adressent à la femme parce qu’elle est femme ? 

 

Or, le féminisme, à mes yeux, ne saurait être qu’universaliste, sous peine de reproduire des schémas sexistes aux antipodes de l’esprit du féminisme.

 

L’esprit du féminisme ? L’égalité. L’égale dignité. L’affirmation que la femme n’est pas un individu de seconde zone, une esclave ou une génitrice. La liberté de se construire, de se définir, loin de tout déterminisme asphyxiant. Sans que cette liberté soit considérée comme une criminelle trahison à son sexe.

 

Etre féministe, en ce sens, ne peut passer que par la revendication d’être considéré, qu’on soit homme ou femme, d’abord en tant qu’être humain, ensuite en fonction de ce que nous avons choisi d’être – nos engagements, nos combats, nos valeurs. Tel est le propos originel du féminisme : libérer la femme du joug de son appartenance au sexe féminin pour lui permettre d’accéder au stade d’être humain « libre et égal en dignité et en droit » à ses congénères masculins. Une évidence, me semble-t-il, du moins pour les esprits éclairés, qui ont compris que le biologique ne dit rien, ou si peu, de l’humain. 

 

 

 

 

[1] Ti-Grace Atkinson, cité par Elisabeth Badinter, Fausse route.

 

[2] Leïla Babès, Le voile démystifié, Bayard, 2004, pp. 57-58

 

[3] Selon le mot de Marie Arena, refusant, en septembre 2005, de donner tort à deux écoles de la région de Charleroi qui avaient interdit le port de signes religieux.

 

 

 

 

 « Aucune perversion, aucun crime sexuel - pas même l'inceste que l'islam ne nomme pas, faute de concept - ne représente un tabou aussi fort que la transgression de la différence entre le masculin et le féminin. Selon un haddith rapporté par Bukhâri - source considérée comme authentique par la tradition sunnite -, le Prophète a maudit les femmes garçonnes et les hommes efféminés. C'est pourquoi aux différences biologiques entre l'homme et la femme doivent correspondre des différences de rôles et de fonctions, et par-dessus tout, une nette différenciation physique et vestimentaire ».[2]

 

Ce que je veux dire par là, c’est en effet qu’il me semble que le féminisme est, avant toute chose, un humanisme : une manière de placer l’homme – l’être humain – au centre de toute chose, non pas en tant que créature divine, mais en tant qu’être doué de raison. Nulle place, si l’on part de cette attitude humaniste fondamentale, ni pour le sexisme, ni pour l’essentialisme : l’homme et la femme sont également doués de raison, nulle tâche ne leur est assignée par « nature », nul sens n’est donné à leur vie, si ce n’est celui qu’ils choisiront librement de lui donner. Au fond, on se fiche comme d’une guigne de leur sexe anatomique.

 

Je republie ici un article paru dans Morale Laïque n°154 (1er trimestre 2007) consacré au XIXe colloque de la laïcité: "Femmes: enjeux et combats d'aujourd'hui".

Par Nadia Geerts - Publié dans : Féminisme
Voir les 11 commentaires
Lundi 26 mars 2007 1 26 /03 /Mars /2007 10:33

Les banlieues françaises voient aujourd'hui émerger un "féminisme voilé" né en réaction au mouvement "Ni putes ni soumises", qu'il considére comme "un féminisme qui repose sur une caricature de l'arabe voleur, violeur et voileur" véhiculant "les présupposés idéologiques du féminisme blanc". Ce "féminisme voilé" prétend concilier le respect des préceptes de l'islam avec la lutte contre le sexisme et pour l'émancipation féminine.

Passons sur la désormais traditionnelle suspiscion de colonialisme, voire de racisme larvé.

Il me semble quant à moi qu'il s'agit moins ici d'une opposition entre un quelconque "féminisme blanc" et un féminisme "indigène (du nom du "collectif des féministes indigènes"), qu'entre un féminisme universaliste et un féminisme différentialiste, tel que l'a théorisé Elisabeth Badinter dans son livre "Fausse route".(1)

Le féminisme différentialiste, en effet, revendique des droits différents pour les femmes parce qu'elles sont femmes. Il met l'accent sur leurs spécificités de femme, leur "nature" différente de celle des hommes, pour revendiquer, par exemple, une représentation garantie dans les instances politiques. Il s'agit d'une démarche essentialisante, qui court le risque de figer chacun dans son appartenance sexuelle, enjoignant à chacun de se conformer aux prescrits de son sexe "naturel": aux femmes la douceur, l'empathie, l'émotion, la maternité. Aux hommes l'esprit d'entreprise, la combativité, la rationnalité. Avec le risque inhérent à toute démarche de type "communautariste": celui de glisser insidueusement du droit à la différence à la différence des droits.

Le féminisme universaliste, quant à lui, présuppose que la femme est "un homme comme les autres" et qu'on ne saurait donc l'enfermer dans sa condition de femme, que ce soit en lui imposant des devoirs particuliers en raison de son sexe ou en lui garantissant des privilèges pour la seule raison qu'elle est femme. La femme, comme l'homme, doivent être libres d'échapper autant que possible à leurs déterminismes sexuels pour se définir en tant qu'humains, avant tout. Un féminisme qui se définit comme humaniste avant tout, en quelque sorte.

Le "féminisme voilé" me paraît sans conteste appartenir à la première catégorie de féminisme. Je n'ai nulle intention de contester l'authenticité de ce féminisme, mais seulement de pointer en quoi ce dernier, tout en revendiquant sans doute une certaine émancipation pour les femmes, ne s'en fonde pas moins sur un sexisme principiel qui instaure à chacun des deux sexes des droits et des devoirs particuliers dictés par une "nature" indépassable. Ce qui l'amène à revendiquer le port du voile, lequel est pourtant de toute évidence un prescrit religieux sexué, si pas sexuel.

Comment ne pas se réjouir, en contrepoint à ce "féminisme voilé", de l'apparition depuis quelques années, en France également, de mouvements musulmans laïques, revendiquant un islam libéral et républicain ? Ainsi du "Manifeste des libertés", publié en février 2004 à l'initiative d'Aziz Sahiri (président et membre fondateur du Mouvement des musulmans laïques de France), de l'écrivain Malek Chebel et de l'ex-députée européenne Djida Tazdait. Ce manifeste, qui prône un islam libéral et républicain, revendique l'égalité des droits entre hommes et femmes, lutte contre l'homophobie et l'antisémitisme, et prend clairement position contre le port du voile.

En Belgique est actuellement en cours de création un Institut d'humanisme musulman, dont la première conférence est annoncée pour le 19 avril prochain. Nul doute que j'aurai l'occasion de vous en reparler.

 

(1) voir à ce sujet mon article "Le féminisme aujourd'hui" publié dans le n° 154 de Morale Laïque, 1er trimestre 2007.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Féminisme
Voir les 25 commentaires
Dimanche 24 décembre 2006 7 24 /12 /Déc /2006 11:15

 

Ceci est le texte de mon intervention lors du colloque des 19 et 20 décembre sur le thème "Le plaisir ? Une question politique !", organisé par la Fédération laïque des centres de planning familial (www.planningfamilial.net).

 

"Les plus grands progrès accomplis ces dernières années l'ont tous été grâce à l'audacieuse déconstruction du concept de nature" (Elisabeth Badinter)

 

 

 

Ma première réaction, lorsque Carole Grandjean m’a proposé de remplacer Françoise Collin à cette tribune, a été l’enthousiasme.

Pourtant, au fur et à mesure que les jours passaient, l’enthousiasme a fait place à la perplexité. En effet, il me semble que la principale conquête de la société occidentale actuelle est précisément d’avoir fait du plaisir une question essentiellement privée, de l’avoir sortie du champ du politique donc.

Autrement dit, les menaces qui pèsent sur le plaisir et les droits des femmes aujourd’hui me paraissent venir d’un ailleurs temporel ou spatial : du passé ou d’ailleurs.

 

 La réflexion que je vais vous livrer sera donc celle, très modeste, d’une femme qui se définit davantage comme féministe que comme femme et davantage comme humaniste que comme féministe.
En effet, je suis femme, et après ?
Je n'en tire aucune gloire, aucune honte non plus d'ailleurs. Car qu'y puis-je, et que sait-on de moi une fois qu'on a dit ça ? En quoi mes caractéristiques biologiques, anatomiques ou génétiques apprennent-elles aux autres quelque chose d’essentiel me concernant ?
C’est pourquoi je suis plus féministe que femme, et plus humaniste que féministe : car le combat féministe me semble devoir être celui de tout homme de bonne volonté, de tout honnête homme, quel que soit son sexe d’ailleurs. C’est un féminisme universaliste, qui, part de la commune appartenance des hommes et des femmes au genre humain et condamne l’enfermement des femmes dans une pseudo « nature » féminine.
Tel est le propos originel du féminisme : libérer la femme du joug de son appartenance au sexe féminin pour lui permettre d’accéder au stade d’être humain « libre et égal en dignité et en droit » à ses congénères masculins. Une évidence, me semble-t-il, du moins pour les esprits éclairés, qui ont compris que le biologique ne dit rien, ou si peu, de l’humain.
Cette exigence d’égalité en dignité et en droit entre hommes et femmes me paraît aujourd’hui pleinement rencontrée dans nos régions, à tout le moins d’un point de vue légal.

 

 On ne peut pas en dire autant, peut-être, du point de vue des mentalités. Et ce, même si la morale sexuelle paraît évoluer de plus en plus vers une morale du consentement, où ce dernier est le seul critère de jugement de la licéité d’un rapport sexuel. Et même si l’apparition récente de « sex-toys » et autres gadgets dévolus au plaisir sexuel féminin laisse entrevoir une évolution de la manière dont on perçoit le droit des femmes au plaisir.

 

 J’esquisserai rapidement deux pistes de réflexion à cet égard.
1. Peut-on affirmer que nous, parents, éduquons aujourd’hui nos enfants garçons et filles dans une stricte égalité pour ce qui est du rapport au corps et au plaisir ?
Avons-nous enfin cessé de considérer que nos adolescentes devaient, plus que leurs frères, protéger leur vertu, faire preuve de pudeur, de décence et de retenue ?
Est-il enfin passé, le temps où une fille collectionneuse de conquêtes était une pute… et son équivalent masculin un don juan ?
Accorde-t-on la même valeur à la virginité de nos filles et au pucelage de nos garçons ?
Conscientise-t-on autant nos garçons que nos filles à l’importance de la contraception et de la prévention des MST ?
Ne vit-on pas aujourd’hui encore, en d’autres termes, dans une société qui valorise le plaisir masculin et… la continence féminine, au nom de références archétypales aussi efficaces qu’obsolètes : la maman et la putain, et sous sa forme moderne : la pute et la soumise ?

 

 2. Les dernières années ont vu la résurgence de revendications à caractère culturel ou religieux, au nom desquelles le féminisme universaliste dont je parlais tout à l’heure est battu en brèche : le véritable féminisme, selon ces apôtres du différentialisme, serait celui qui reconnaîtrait aux femmes des caractéristiques propres, une « nature » féminine assortie d’obligations particulières – présentées comme des prérogatives. Or le risque est grand, à brandir des droit collectifs, d’enfermer les femmes dans leur identité sexuelle en leur déniant les droit individuels (à mes yeux non négociables) que le féminisme universaliste leur avait accordé.
Elisabeth Badinter, dans « Fausse route », critique ainsi les mesures prises récemment en France en faveur de la parité. Sous d’évidentes bonnes intentions, ne s’agit-il pas en effet de réactiver une approche différentialiste des hommes et des femmes, figeant les femmes dans une identité biologique qu’elles n’ont pas choisie et qui apparaît pourtant comme prépondérante au regard d’autres critères. En quoi le fait d’être femme est-il plus révélateur d’une approche spécifique que le fait d’être riche, noir, homosexuel ou bouddhiste ?
Concernant le port du voile, Elisabeth Badinter – pour qui les débats autour de cette question, comme ceux autour de la parité, marquent un retour du féminisme différentialiste et donc de la « fausse route » - dit ceci:
« Sous l’événement apparemment anodin du port d’un foulard par les jeunes filles musulmanes se cachait une double transgression, dont l’une a occulté l’autre. En effet, ce n’était pas seulement un défi lancé à la laïcité traditionnelle, c’était aussi l’affirmation de devoirs spécifiques qui incombent à la femme en vertu de sa nature. »

 

 Or, le propos originel du féminisme n’était-il pas précisément de rompre avec une tradition qui conférait des droits et des devoirs spécifiques aux uns et aux autres en vertu de leur nature ? N’y a-t-il pas quelque danger à laisser se développer des idéologies qui, à nouveau, prétendent faire de l’identité sexuelle un élément déterminant ?

Notons que l'extrême droite excelle à utiliser les femmes pour la promotion d'un projet politique qui, sous couvert de valoriser leur féminité, vise à les enfermer dans une conception sclérosée des rôles sexuels. Ligues anti-avortement, anti-homosexualité, promotion de la femme au foyer, autant de combats autour desquels se rassemblent extrémistes de droite et intégristes religieux. L'épidémie de SIDA a elle aussi entraîné une stigmatisation du plaisir, perçu comme un signe de décadence des sociétés modernes. De G. Bush à Jean-Paul II, le maître mot est, aujourd'hui encore: abstinence.

 Pour en venir au plaisir, thème du colloque d’aujourd’hui, il me paraît peu compatible avec la ségrégation des sexes à laquelle risque de nous amener toute politique différentialiste. Ségrégation ? Le mot est un peu fort, me direz-vous. Mais c’est bel et bien le danger qui nous guette, lorsque des revendications motivées par les droits collectifs d’une minorité prennent le pas sur les droit individuels, lesquels sont à mon sens non négociables : port du voile dans l’espace public, piscines à horaires non mixtes, plages réservées aux musulmanes, …

 

 Je m’en voudrais de ne pas citer pour terminer une initiative d’un collège de l’Ohio qui promulgua, au début des années 90, une charte réglementant l’acte sexuel. Désormais, il s’agissait de coucher par écrit toutes les étapes de la rencontre amoureuse, dans une sorte de contrat détaillé établi entre les deux partenaires.
Cet exemple caricatural, quoique bien réel, nous montre une autre dérive du « sexuellement correct ». A force de vouloir préserver les femmes des attaques inopportunes d’hommes considérés comme essentiellement priapiques et pulsionnels – tendance qui est à l’œuvre aussi bien dans ce contrat sexuel que dans la codification des rapports entre hommes et femmes revendiquée notamment par le port du voile – ne risque-t-on pas de voir remise en cause la mixité même ?

 

 Vivre ensemble, hommes et femmes confondus dans un même espace public, comporte en effet toujours un risque. Ce risque n’est pas seulement celui du harcèlement sexuel et de ses diverses déclinaisons. C’est aussi le risque de la séduction, du trouble, de l’émoi… bref : du plaisir.
Il ne faudrait pas que par pruderie, par féminisme revanchard, au nom de la nécessaire protection de la femme, par respect des droits des minorités ou au nom d’un certain relativisme culturel, on en revienne demain à des pratiques ségrégationnistes qui auraient comme corollaire la condamnation du plaisir puisque, comme le chantait déjà merveilleusement Jean Ferrat, « Une femme honnête n’a pas de plaisir ».

 

  Une femme honnête (Jean Ferrat, 1972)

 Vous allez ma fille voguer vers Cythère
Mais j'ai le devoir de vous avertir
Puisqu'il faut parler de choses vulgaires
Evoquant les feux qui vous font frémir
Evoquant les feux qui vous font frémir
Une femme honnête n'a pas de plaisir

Qu'elle soit couchée ou genoux en terre
Point d'égarements en puissants soupirs
En cris émouvants "Ah je vais mourir"
Prise de cent mille ou d'une manière
Prise de cent mille ou d'une manière
Une femme honnête n'a pas de plaisir

Assaillie devant brisée par derrière
Si vous vous sentiez prête à défaillir
Songez à l'enfer songez aux martyrs
C'est en revivant ce qu'ils ont souffert
C'est en revivant ce qu'ils ont souffert
Qu'une femme honnête n'a pas de plaisir

Monsieur le curé le disait naguère
A la frêle enfant en proie au désir
On peut succomber mais ne point faillir
Même en se livrant aux joies solitaires
Même en se livrant aux joies solitaires
Une femme honnête n'a pas de plaisir

Cédant aux folies d'autres partenaires
S'il vous arrivait de vous divertir
En brisant les liens que l'hymen inspire
Sachez qu'au sein même de l'adultère
Sachez qu'au sein même de l'adultère
Une femme honnête n'a pas de plaisir

Et si votre époux glacé de colère
Eperdu d'amour et fou de désir
Vous criait un jour "On dirait ta mère !"
Ce beau compliment devrait vous réjouir
Ce beau compliment devrait vous réjouir
Une femme honnête n'a pas de plaisir

 

  

Par Nadia Geerts - Publié dans : Féminisme
Voir les 0 commentaires
Mardi 12 décembre 2006 2 12 /12 /Déc /2006 20:22

Je viens de terminer la lecture d'un livre extrêmement intéressant : Le voile démystifié, par Leïla Babès, que j'avais pu entendre lors de la table ronde "Fraternités - Ces traditions qui nous enferment", le 7 décembre dernier.

Michèle Peyrat, quant à elle - par ailleurs prof de morale comme moi - m'envoie quelques photos de son récent voyage en Syrie. L'envie m'a prise de mettre les mots de Leïla Babès en parallèle avec les photos de Michèle Peyrat. Je leur cède la parole:

"Aucune perversion, aucun crime sexuel - pas même l'inceste que l'islam ne nomme pas, faute de concept - ne représente un tabou aussi fort que la transgression de la différence entre le masculin et le féminin. Selon un haddith rapporté par Bukhâri - source considérée comme authentique par la tradition sunnite -, le Prophète a maudit les femmes garçonnes et les hommes efféminés. C'est pourquoi aux différences biologiques entre l'homme et la femme doivent correspondre des différences de rôles et de fonctions, et par-dessus tout, une nette différenciation physique et vestimentaire."

Leïla Babès, Le voile démystifié, Bayard, 2004, pp. 57-58

"Devenu l'étendard de toute une communauté, le voile, comme le tabou qu'il symbolise, s'oppose de toutes ses forces à un autre système de valeurs, celui des droits de l'Homme. Ce dernier ne (re)connaît aucun particularisme, aucune différence, ni de sexe, ni de religion, ni de race. Il ne (re)connaît que l'humain, et le droit qu'il représente, universel et abstrait. Il est curieux de constater que la revendication des partisans du "foulard", relayée, amplifiée, étendue aux pays musulmans depuis le vote de la loi d'interdiction des signes religieux à l'école, recourt à ces mêmes valeurs alors que les idéologies qui la sous-tendent ne les reconnaissent nullement  sous d'autres cieux, et les bafouent impunément: "les droits de l'Homme", "l'égalité", "la liberté religieuse", et même "la liberté de conscience"... A croire que les droits de l'Homme ont été inventés pour défendre... les identités collectives."

Leïla Babès, Le voile démystifié, Bayard, 2004, pp. 59-60

Par Nadia Geerts - Publié dans : Féminisme
Voir les 3 commentaires

Accueil

Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

Mes bouquins

fichuvoile-f6f88

 

 

 

Recherche

Recommander

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés